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INFLUENCE DU THÉATRE DES MYSTÈRES

On a beaucoup discuté sur l'influence artistique du théâtre religieux, qui n’est à l’origine qu’une forme populaire de la liturgie. Le drame liturgique peut être en effet défini comme une liturgie dialoguée, qui se jouait primitivement en latin dans l’intérieur des églises et dont les acteurs étaient des prêtres ou des diacres qui se partageaient les rôles d'hommes. et de femmes.

Plus tard le théâtre des Mystères, dont le nom ne vient pas de mysterium, mais de ministerium dans le sens de cérémonie, se détache peu à peu de l’Église du fait qu’il est joué par les laïcs et en langue vulgaire. Néanmoins il garde jusqu’au bout l'empreinte de ses origines.

De nombreuses œuvres d’art de la fin du Moyen âge sont dans une certaine mesure des illustrations de Mystères. Émile Mâle s’est efforcé de démontrer, avec une grande richesse d’arguments et d’exemples, que le répertoire de l’iconographie médiévale a été enrichi par le théâtre, d’une série de scènes nouvelles « qui ont été jouées avant d’être peintes ou sculptées », que la mise en scène a renouvelé les costumes des personnages ainsi que le décor.

Ces observations sont justes à condition de ne pas les généraliser et de n’en pas exagérer la portée. Pour que cette

argumentation fût irréfutable, il faudrait que les textes allégués fussent antérieurs aux œuvres d’art qu’on veut interpréter : or ce n’est pas toujours le cas et certains sujets, dont on avait cru pouvoir attribuer l’invention ou le renouvellement à la mise en scène des Mystères, ont incontestablement une origine beaucoup plus ancienne, orientale ou byzantine.

D'autre part, s’il est vrai que certaines œuvres d’art s’inspirent du drame religieux, nous avons la preuve que le phénomène inverse s’est produit aussi plus d’une fois. En 1410, on représente « un moult pieux Mystère de la Passion de Notre Seigneur au vif, selon qu’elle est figurée autour du chœur de Notre-Dame de Paris ». Ainsi, ce sont les hauts-reliefs du pourtour du chœur de la cathédrale qui servent de modèles au metteur en scène. La fresque des Arts hbéraux dans la Bibliothèque du Chapitre de la cathédrale du Puy, œuvre probable de Jean Perréal, est semblablement transformée en « tableau vivant » pour l’Entrée royale de François 1°.

Ainsi, on ne peut pas parler d’une influence unilatérale du théâtre sur l’art, mais bien d’influences réciproques. C’est faire trop d’honneur aux Mystères que de leur attribuer le renouvellement de l’art du Moyen âge : en tout cas, le réalisme trivial et burlesque de cette littérature populaire, loin

d'élever le niveau de l’art chrétien, a plutôt contribué à labaisser.

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