‹ Vieilles maisons, vieux papiersChapitre 5 sur 52 · CES · texte numérisé non relu

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niijourd'hui!... Et sa tristesse était intense, tandis qu'elle regagnait la rue paisible où elle s'était réfugiée : les voisins, sur les portes, la saluaient d'un : Bonjour, il/""" Carrant l car elle cachait son nom mandiM.

Elle habitait, avec les Mathon, qui ne la quittèrent plus, la rue de la Fontaine (aujourd'hui rue de la Pitié), voisine du Jardin des Plantes. 11 n'y a pas, à Pîiris, d'endroit plus solitaire ni plus silencieux; la rue, qui n'a point changé, rampe le long des murs du vieil hôpital ; l'énorme pavillon des « Princes » de la prison de Sainte-Pélagie écrase de sa mas^e les masures basses.

Charlotte occupait au premier étage, dans la maison d'un tanneur, une pièce qui prenait jour, par deux fenêtres, l'une sur la rue, l'autre sur la cour. Aux murs elle avait suspendu un portrait lithographie de Maximilien, un croquis au crayon représentant son autre frère et une miniature de Joséphine de Beauharnais; ces épaves étaient tout

1. Elle se faisait aussi appeler Caroline Delaroche, s'il faut en en croire les Souvenirs historiques de Pierre Joigneaux, où nous trouvons ces lignes : '

« Je me rappelle que, vers 1833 ou 183*. une sœur de Alarat habitait Paris au dernier étage d'une maison de la place Saint Michel... M"" Marat n'aimait point la sœur de Robespierre qui. elle aussi, vivait encore et habitait Paris ; elle ne la fréquentait pas. ]\I"° Marat était un caractère ; Charlotte Robespierre en manquait absolument. M"° Marat conservait son nom; M"" Robespierre cachait le sien sous le pseudonyme de Caroline Delaroche. Ces deu\ sœurs de Conventionnels n'avaient de cnmmun que la pauvreté et l'amour du travail. L'une faisait des ressorts de montre dans sa solitude ; l'autre faisait de la lingerie en compagnie de M"" Matton {sic), qui est allée mourir en Icarie, dans la communauté de Cabet. » {Souvenirs hisluriques de Pierre Jojgneau.v, t. Il, p. 293.)

son luxe ; olle préparait elle-même sa cuisine sur le poêle qui chauffait sa chambre, lisait peu, rêvait beaucoup, écrivait quelquefois. Telle fut sa vie jusqu'en 1834. Elle mourut cette année-là, le 1" août, dans l'après-midi'; un prêtre se présenta; mais elle réconduisit, disant c< qu elle avait toute sa vie pratiqué la vertu et qu'elle mourait avec une conscience pure et tranquille ».

Quand, dans le quartier, on sut que M"^^ Carrant était morte et qu'elle était la sœur de Robespierre, ce fut un émoi, on avait jusque-là ignoré son véritable nom; il fallut que deux témoins, le sieur Fichet, épicier, rue Mouffetard. et le sieur Thorel, corroyeur, colocataire de la défunte, allassent chez le notaire attester son identité. On dressa l'inventaire de son petit mobilier : le portrait de Maximilien fut estimé deux francs, et le médaillon de Joséphine, vingt sous ; on trouva, dans un tiroir de la commode, trois couverts d'argent « marqués des initiales de la famille ». une robe en « gros de Naples », d'autres robes de toile et une douzaine

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