‹ Vieilles maisons, vieux papiersChapitre 7 sur 52 · DEUX POLICIERS · texte numérisé non relu

DEUX POLICIERS

275, rue Saint-Honoré ; une vieille et solide maison dont le rez-de-chaussée est occupé par une pharmacie : des fenêtres sans rideaux, au troisième étage, indiquaient un local vacant. J'entrai.

La porte de l'immeuble s'ouvre sur la rue Saint- Florentin : un porche sombre, une cour humide et froide, un escalier à marches de bois et à paliers de briques, la rampe en fer, à barreaux droits; des fenêtres « à guillotine », quatre pièces et des « débarras », d'aspect peu moderne, mais sans style: tel est le décor, fort banal. La maison, pourtant, a son histoire : c'est dans ce logement qu'en 1790, se tapit Marat, échappé aux poursuites des commissaires au Chàtelet.

Avant le décret de « prise de corps », Y ami du peuple occupait deux pièces à l'hôtel de la Fautrière, rue de l' Ancienne-Comédie ; il vivait là avec

une servante, Vicloire Nogait, à la l'ois son secrétaire, sa domestique et son archiviste, car elle portait sous ses jupons la correspondance de, son maitre. Un carton oublié depuis le ministère Danton, dans les mansardes de la Chancellerie, contient un paquet de lettres enliassées sous cette rubrique: Papiers trouvés sur la demoiselle No(jait lors des scellés apposés chez Marat. Quand les gens du roi se présentèrent à l'hôtel de la Fau trière, — c'était le 22 janvier 1790, — le peuple s'ameuta; tandis qu'on parlementait, une actrice du Théâtre-Français bonne fille et complaisante à tous, M"" Fleury, qui, elle aussi, habitait la maison, ouvrit à Marat la porte de son logement dont une sortie dérobée donnait sur lame des Mauvais-Garçons, et, parla, le fit évader. Le proscrit s'en vint, à la nuit, frapper là où il savait trouver un compère, et c'est ainsi qu'il s'établit, attendant des jours meilleurs dans le logement de la rue Saint-Honoré.

Le compère qui lui donnait asile, était Héron.

C'est là un nom qui n'est guère illustre : ceux seulement qui ont lu les Révélations de SénarW^cni de la Sûreté générale, se souviennent d'avoir vu passer dans le récit l'étrange ligure de ce Héron, copieusement sinistre, si odieuse et si noire que les bonnes gens, elTarés, se disent: « Est-ce possible?» Puis, pour se rassurer, ajoutent : « Bah ! ça n'est pas vrai! » Et voilà comment Sénar passe pour un ha-

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