SAINTE CUNÉGONDE
gonde, la cérémonie de son couronnement se fit à Paderborn, le jorn- de S. Laurent. Les églises de cette ville ressentirent alors les effets de ses pieuses libéralités. Elle accompagna son mari à Piome en ioi4j et y reçut avec lui la couronne impériale des mains du pape Benoît MIL
Cunégonde, avant la célébration de son mariage, avait fait vœu de virginité perpétuelle, et cela du consentement de son futur époux, qui de son côté se résolut à vivre dans une continence parfaite. Un engagement aussi saint, loin de nuire à leur union, ne fit qu'en ressei^rer les nœuds ; mais le démon fui jaloux de leur bonheur, et se servit de la calomnie pour le troubler. On accusa donc l'impératrice d'entretenir secrètement un commerce illicite. L'empereur se laissa séduire, et conçut des soupçons désavantageux à la fidélité de son épouse. Cunégonde fut moins afiîigée de l'humiliation qui lui revenait de la calomnie, que du scandale qui en résultait. Elle mit en Dieu sa confiance; et, pour prouver qu'elle était innocente du crime dont on faccusait, elle marcha nn-pieds sur des socs de charrue qu'on avait fait rougir, sans en recevoir le moindre dommage. Henri, frappé de ce qui venait d'arriver, s'accusa d'un excès de crédulité, et demanda pardon à l'impératrice. Depuis ce temps-lh ils vécurent Fun et l'autre dans funion la plus intime, cherchant en tout les moyens de procurer la gloire de Dieu et de contribuer h faccroissement delà piété. Notre sainte étant ailée faire une retraite dans la Hesse, y tomba dangereusedient malade. Dès qu'elle lut rétablie elle accomplit le vœu qu'elle avaitfait de fonder un monastère à Gapungen, aujourd'hui
436 SAINTE Cr.NÉîO.NDE.
Raffungen. Elle voulait y mettre des religieuses de l'ordre de S. Benoît; mais tandis qu'elle était occupée de ce pieux établissement, la mort lui enleva sou mari en 1024. Cette perte lui causa une douleur très sensible, sans la jeter toutefois dans l'abattement. Elle pria et fit prier Dieu pour le repos de l'ame de l'empereur; elle le recommanda surtout la piété de ses religieuses, en leur témoignant le désir qu'elle avait de se réunir à elles, désir qu'elle ne tarda pas à effectuer.
Déj à l'impératrice avait épuisé ses trésors et son patrimoine à fonder des évêchés, h bâtir des monastères, à décorer les églises et à soulager la misère des pauvres; mais cela ne suffisait point encore à son détachement des biens du monde. Elle voulut embrasser la pauvreté évangélique, afin de n'avoir plus que Dieu pour partage. Yoici comment la chose se passa. Le jour anniversaire de la mort de Tempercur, elle assembla un nombre considérable d'évéques pour faire la dédicace de l'église de Raffungen ; elle assista à la cérémonie et offrit sur l'autel un morceau de la vraie croix. Après la lecture de l'évangile de la messe elle quitta Ihabit d'impératrice pour se revêtir d'une robe fort pauvre ; on lui coupa ensuite les cheveux, après quoi l'évéque de Paderborn Jui mit le voile sur la tête et lui donna un anneau pour gage delà fidélité qu'elle devait à son divin époux.
Cunégonde après sa consécration parut avoir entièrement oublié son ancienne dignité. Elle se regardait dans la communauté comme la dernière des sœurs, et ne craignait rien tant que ce qui aurait pu lui rappeler ce qu'elle avait été dans le monde. A la
SAINTE CUNÉGONDE. . ^Sy
prière et h la lecture elle joignait le travail des mains et d'autres pratiques de pénitence. Son plus grand plaisir était de visiter et de consoler les malades. Elle traitait durement son corps, mesurant ce qu'elle lui accordait sur le simple besoin, et non sur la convoitise de la chair. Ce fut ainsi qu'elle passa les quinze dernières années de sa vie. A la fin ses mortifications affaiblirent considérablement sa santé^ et l'on eut lieu de craindre pour sa vie. Le monastère de Raffungenet la ville de Cassel nepouvaient penser sans une très vive douleur que la sainte allait bientôt leur être enlevée. Cunégonde seule ne s'afiligeait point de son état relie était couchée sur un rude cilicc. quoique près de rendre l'esprit; et dans le moment même qu'on récitait pour elle les prières des agonisants, s'étant aperçue qu'on préparait un drap mortuaire brodé en or pour mettre sur son corps, elle changea de couleur et ordonna par signe qu'on l'ôlât. On ne put la tranquilliser qu'on lui promettant de l'enterrer avec son habit de religieuse. Elle mourut le 5 mars io4o. Son corps fut porté l\ Bamberg et inhumé h côté de celui de l'empereur. Le pape Innocent III la canonisa solennellement en iî?oo. Il s'opéra plusieurs miracles h son tombeau ou par son intercession. La plus grande partie de ses reliques est encore à Bombcrii:.
4SB s. ODILON.
S. ODILOxX ,
SEPTIÈME ABBÉ DE CLr>Y,
(l^' janvier.)
Odilon ou Olon était issu Je la famille des seigneurs de Mercœur, l'une des plus illustres d'Auvergne. On remarqua en lui dès son enfance une disposition singulière h la piété, qui ne fît qu'augmenter de jour en jour.
Dès que l'âge lui permit de disposer de sa liberté il se retira dans le monastère de Cluuy; il y reçut l'habit des mains du saint abbé Maïeul, qui le fit son coadjuteur en 991, quoique le jeune profès n'eût encore que vingl-neuf ans. S. Maïeul étant mort trois ans après, Odilon fut seul chargé du gouvernement de l'abbaye. Des jeûnes rigoureux, l'usage du ciliée et d'une chaîne de fer garnie de petites pointes furent les moyens qu'il employa pour domp' ter les désirs déréglés de la chair. Malgré ses austérités, sa conduite envers les autres était pleine de bonlé et de douceur. 11 disait ordinairement que, s'il lui lallait opter entre les deux extrêmes, il aimerait mieux pécher par excès de douceur que par excès de sévérité. La répuUition de sa sainteté ne tarda pas à se répandre au loin. L'impératrice sainte Adélaïde eut envie de le voir avant de mourir : elle eut cette satisfaction au château d'Orbe en 999. Dès que cette pieuse princesse aperçut le serviteur de Dieu, elle pleura de joie, et dit en lai baisant sa robe qu'elle mourrait bientôt^ ce qui arriva elTectivement la même année. S'étant rendue en iilsace h
s. ODILON. 4%
l'abbaye de Seltz, quelle avait fondée, pour y celébrei' l'anniversaire de la mort de l'empereur Othonll, son fils, elle y mourut la nuit du 16 au 17 décembre de la même année 999.
Lorsque l'empereur Henri II alla se faire couroiiner h Piome en ioi4j S. Odilon l'accompagna. Après le couronnement de ce prince Benoît YIII lui fit présent d'une pomme d'or, ornée de deux cercles de pierreries et d'une croix d'or. L^empereur reçut ce présent avec plai.sir, et Tenvoya bientôt après à Cluny. Le saint, qui avait une grande dévotion pour S. Benoît, profita de l'occasion de son voyage à Rome pour visiter le Monl-Gassin, où il demanda par grâce de baiser les pieds de toute la communauté. Il était de retour à Giuny quand l'empereur S. Henri y passa et fat associé aux prières du m^onaslère.
Malgré famour qu'Odilon avait pour la solitude et la contemplation , il ne refusa pas de se prêter quelquefois aux affaires extérieures, lorsqu'elles avaient pour but l'utilité du prochain. De là ces fréquents voyages qu'il entreprit pour mettre la réforme dans plusieurs maisons de son ordre qui avaient dégénéré de la sainteté primitive de leur institut; de là ces mouvements qu'il se donnait pour fournir aux besoins de tous les malheureux. Sa charité pour les pauvres était extraordinaire. Ayant distribué des aumônes immenses durant la grande famine de loiG, ses fonds se trouvèrent épuisés; alors, pour continuer de pourvoir aux besoins des membres souffrants de Jésus-Christ, il fît foudre les vases sacrés et vendit la couronne d'or que l'empereur S. Henri avait donnée à féglise de Cluny.
44o s. ODILON.
Les pillages et les massacres étaient fort communs dans ce temps-15, chaque seigneur se croyant en droit de venger à main armée ses querelles particulières. Pour réprimer un abus si criant on fit la trêve appelée trêve de Dieu. I! y était dit entre autres choses que les églises serviraient d'asile à toute sorte de personnes, excepté pourtant à celles qui auraient violé la trêve, et que depuis le mercredi jusqu'au lundi motin on n'userait de violence h l'égard de qui que ce fut, même sous prétexte de se faire justice d'une injure reçue. L'acceptation de cette trêve soulTrit de grandes difficultés dans la Neustrie ; mais par les soins et les exhortations réunies de S. Odilon et du bienheureux Richard, abbé de Yannes , chargés tous deux de la faire recevoir, plusieurs provinces s'y soumirent à la fin.
Casimir, fils de Miceslaw, roi de Pologne, s'était retiré à Cluny^ y avait fait profession et avait été même ordonné diacre. La noblesse polonaise l'ayant élu por.r roi lui envoya une députation solennelle pour lui offrir la couronne. Le saint abbé ne voulut " rien décider par lui-même sur ce sujet; il renvoya l'affaire au pape Benoit IX, qui accorda à Casimir une dispense de ses vœux.
La charité de notre saint s'étendait jusqu'aux morts qui n'avaient point encore satisfait entièrement à la justice divine; il sollicitait sans cesse leur délivrance par des prières ferventes, et recommandait fortement aux autres celte pieuse pratique. Il institua dans toutes les maisons de son ordre, et l'on l'on croit que ce fut en conséquence de plusieurs révélations, la CommlmoraliGn des Fidèles trépassés. On y célébrait cette fête, qui passa depuis dans
s, ODILON. 44 ï
l'Église universelle, en distribuant des aumônes, en offrant des prières et le saint sacrifice de la messe pour le soulagement des âmes détenues en purgatoire. Odilon avait encore une tendre dévotion pour la sainte Vierge, pour nos sacrés mystères, et spécialement pour celui de l'incarnation ; et lorsque l'on chantait à l'église le verset: Vous qui afin de dcUvrei^ C homme n'avez point dédaigné le sein d'une Vierge, il ressentait les plus vives impressions de l'amour divin. Il lui arriva même une fois lorsqu'on chantait ces paroles de tomber par terre, et les mouvements extatiques de son corps décelaient le feu céleste qui bridait dans son cœur. Il versait souvent des larmes abondantes dans la prière parcequ'il possédait dans un degré éminent cet esprit de pénitence et de componction qui les produit. Les communications extérieures n'avaient jamais rien pris en lui sur le recueillement de l'ame, parcequ'il s'était familiarisé de bonne heure avec l'exercice de la contemplation. S'il y eut quelques doutes sur son humilité et sur son éloignement pour les honneurs, ils auraient été dissipés en io5i par le refus constant qu'il fit de l'archevêché de Lyon. Sa patience fut mise h de rudes épreuves, puisque Dieu lui envoya des maladies très douloureuses pendant les cinq dernières années de sa vie; mais il ne se démentit point et souffrit toujours en vrai disciple de la croix. Enfin, après avoir été abbé pendant cinquante-six ans, il mourut d'une colique en lO^Q, au prieuré de Souvigny en Bourbonnais, dans le cours de la visite de ses monastères; il était dans la quatre-vingt-septième année de son âge. Il se fit porter h l'église durant son agonie, et il y rendit