S. LEON IX
PAPE.-
(19 avril.)
Brunon, quipritlenoai de Léon IX lorsqu'on l'eut élevé sur la chaire de S. Pierre, naquit en Alsace. La maison dont il était originaire descendait en droite ligne d'Athic ou d'Adalric, qui avait été duc de cette province au septième siècle.
Hugues lY, comte de Nordgau ou de la Basse- Alsace, père de Brunon, était cousin-germiin de remi>ercur Conrad le Salique. Ileilwige, ia mène, était fille unique et héritière de Louis, comie de Dagsbourg ou de DaLo. Hugues et Heihvigf faisaient leur séjour ordinaire en Alsace dans le château d'Egisheim près de Golmar, ou dans celui de Daho, situé dans les Vosges sur la pointe d'un très haut rocher. Ils n'étaient pas moins distingués par leurs connaissances et leur piété que par leur noblesse. Ils savaient l'un et l'autre la langue romance aussi pariailement que leur langue maternelle, qui était l'allemande. Ils se signalèrent aussi parleurs libéralités envers les monastères : les abbayes de Hesse, dans le diocèse de Metz, et de AYoiTenheim, dans celui de Bàîe, les regardent comme leurs fonda teurs.
Outre Brunon, Hugues et Heilwige eurent Gérard ou Gerhard et Hugues, qui furent, l'un comte
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de la Basse-Alsace, et l'autre comle cVEgislieim et de Dabo. Ils eurent aussi ciu.f filles, Adélaïde, qui épousa Herman , comte des Ardenues; Gitzel, qui fut mariée h Hartvig, comle de Galb; Udile et Gebba, qui fureat abbesses, l'une de WoiFenheiin et l'autre de Nuitz; la cinquième, dont on ignore le nom, épousa Ernest, duc d'Ak^ace et de Souabe,
Brunon vint au monde le 21 juin 1002 : ce fut selon les uns au château d'Egishcim, et à Woifenheim selon les autres. Wibert, auteur contemporain , le fait naître aux extrémités de l'Alsace ; et comme ceci ne peut convenir aux deux endroits dont nous venons de parler, il est probaljle de mettre sa naissance au château de Dabo; c'est d'ailleurs la tradition constante du pays. Il y a près du château de Dabo une colline encore appelée Léousberg, du nom de notre saint; on y voit aussi une petite chapelle dédiée sous son invocation, et dans laquelle on prétend qu'il fut baptisé.
Brnnon fit paraître dès son enfance d'heureuses inclinations pour la vertu; il eu suça l'amour avec le lait de sa mère, qui voulut elle-même le nourrir conlre fiisage ordinaire des femmes de son rang. Lorsqu'il eut atteint fâge de cinq ans ses parents confièrent son éducation à Bcrthold , évoque de Toul, qui félcva dans les principes de ;a religion et la connaissance des lellres. Brunon répondit parfaitement aux soins de ses maîtres. 11 eut à peine fini ses premières études que Bertliokl le nomma h un canonicat de sa cathédrale. Le jeune chanoine menait la vie la plus édifiante: il partageait tout son temps entre la prière, la lecture des bons livres et l'élude des sciences ecclésiastiques. Les heures
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que les antres donnaient h la récréation il les employait h visiter les hôpitaux et à instruire les pauvres. Ayant été ordonné diacre, il fut appelé à la cour de l'empereur Conrad ^ qui l'honora de sa confiance. 11 y montra une grande capacité pour les affaires; mais il sut en même temps vaquer fidèlement aux exercices de la pitié chrétienne. Il ne relâcha rien non plus de sa première ferveur pour les austérités de la pénitence.
Ce fut en 1026 que Brunon reçut la nouvelle du choix qu'on avait fait de lui pour gouverner l'église de Toul , vacante par la mort de l'évêque Herman. L'empereur \oulut inutilement lui persuader de différer son sacre à l'année suivante ; le saint se rendit h Toul le plus promptement qu'il le put , afin de veiller à la garde du troupeau dont Dieu devait lui demander compte. 11 fut sacré, le 9 de septembre, par l'archevêque de Trêves, son métropohtain. Ce prélat ayant exigé qu'il jurât d'observer une ordonnance par laquelle il obligeait ses suffragants h ne rien faire que par son avis , il refusa de prêter un pareil serment, qui était contraire à la liberté de l'épiscopat.
Immédiatement après son sacre Brunon travailla à la réforme de son clergé et des moines de son diocèse. Ses soins rétablirent la discipline et la ferveur dans les abbayes de Sénones, de Saint-Dié, d'Estival, de Bon-Moutier, de Moyen-Moutier et de Saint-Mansui ; il réforma aussi la manière de célébrer l'office divin , et rendit plus majestueuse la musique des églises. Il était très habile dans la musique en général , et il en savait si parfaitement
composition qu'il surpassait en ce point plu-
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àieiirs des anciens. Il était infatigable lorsqu'il s'agissait de procurer le salut des âmes et de faire fleurir la piété. Toujours petit à ses propres yeux, il ne se laissait point enorgueillir par les grandes actions qu'il faisait. Il lavait chaque jour les pieds à plusieurs pauvres , et les servait lui-même. Jamais il ne perdait l'esprit de componction ; il l'entretenait au contraire par des austérités secrètes. Sa patience et sa douceur étaient inaltérables : ce fut par ces deux vertus qu'il triompha de la malignité de ceux qui voulurent le brouiller avec l'empereur et avec d'autres personnes puissantes. Il avait une tendre dévotion pour les apôtres S. Pierre etS. Paul, dont il allait chaque année visiter les tombeaux a Rome.
LamortdupapeDamase, arrivée en 1048, laissait le saint-siége vacant. L'Eglise de Piome demandait un pontife qui réunit la prudence au zèle, les bons exemples à la fermeté contre le vice, la connaissance des canons au désir de les ftiire exécuter. On admirait toutes ces qualités dans Brunon. Il refusa d'abord de se rendre aux vœux unanimes de ceux qui , dans la diète de Worms, lui déférèrent la dignité pontificale. L'empereur Henri III honora l'assemblée de sa présence. Brunon, qui s') trouvait, employa tous les moyens possibles pour se soustraire à cette éminenle dignité; mais voyant que ses efforts étaient inutiles, il demanda trois jours pour délibérer. Il les passa dans la prière, dans les larmes et dans un jeûne si rigoureux qu'il ne prît aucune nourriture durant tout ce lemps-là. Le termcexpiré, il retourna à rassemblée, où il fil une confession publique de toute sa vie avec une telle
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aLondance de larmes qu'il en tira des yeux de tous les assistants. Son dessein était de convaincre de son indignilé ceux qui Tavaient élu, et par là de les porter à révoquer leur choix. Ce nioven ne lui rénssit point encore; il fut donc obligé de se rendre. Il ne se rendit toutefois qu'à condition que s'il n'avait pas le suffrage de tout le clergé et de tout le peuple de Rome on ne l'obligerait pas à rester pape. Les choses élant ainsi disposées, il revint à Toul. Il partit pour l'Italie quelque temps après Pâques. Il était en habit de pèlerin el sans équipage. A quelques milles de Rome il descendit de cheval , et fit son entrée dans cette ville. On l'y reçut avec de grandes acclamations, et l'on y ratifia son élection. Il fut sacré le 12 février 10/19, ^^ P''^^ à son intronisation le nom de Léon, choisissant S. Léonle-Grand pom^ modèle, et se proposant d'honorer comme lui la chaire apostolique par sa piété, son zèie, son courage et sa douceur. Il commença son pontificat par travailler à extirper la simonie et à abolir les mariages incestueux, qui étaient fort fréquents parmi la noblesse. Dans un voyage qu'il fît en Allemagne, la môme année io49> ^^ signala tous ses pas par des actes de religion. Il tint un concile à Reims, où il consacra l'église de l'abbaye de Saint- Remi: de là il alla à Metz et à Mayence. Ce fut dans cette dernière ville qn'il tint au mois d'octobre un concile, où assistèrent quarante évéques en présence de I empereur. A son retour il passa près de trois mois en Alsace, sa pairie , et y consacra un grand nombre d'éghses abbatiales et paroissiales. Etant venu à Strasbourg au mois de janvier de l'année 1000, il accorda à la cathédrale de cette ville pUi-
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sienrs inJulgences et des privilèges particuliers; îl consacra aussi la nouvelle église de Saint-Pierre-le- Jeune. Il ne passa dans aucun lieu sans y laisserdes marques de sa piété et de son zèle. Il fit assembler les seigneurs d'Alsace, et les engagea h. recevoir et à établir dans la province la trêve de Dieu.
De retour h Ronie, Léon y tint en io5o un concile , où les erreurs de Bérenger sur l'eucharistie furent condamnées. Peu de temps après il se remit en chemin pour aller combattre les vices qui défiguraient la face de fEglise. Dans un nouveau concile qui se tint h Yerceil, et qui fut composé d'évêques de différents pays, il renouvela la censure des erreurs de Bérenger, et condamna au feu un écrit de Jean Scot Erigène. L'année suivante il lit un voyage à Toul par attachement pour son ancien troupeau , et accorda de grands privilèges a fabbaye de Sainl-Mansui. Eu 1002 il passa on Allemagne pour travailler h la réconciliation de l'emperour Henri et d'André, roi de Hongrie.
L'année suivante Michel Cérularius , patriarche dcConstanlinopIe, et Léon, évèquc d' A cri de, écrivirent une lettre commune à Jean , évoque de Trani dans la Fouille. Ils y faisaient un crime aux Latins de robscrviition do quelques praiiqiies concernant la discipline, comme de célébrer avec du pain azime, de jeûner les samedis de carême, de ne pas s'abstenir de manger du sang , d'omettre en carême le chant de XAUcUila, etc. Un schisme fondé sur de pareilles raisons était assurément bien inex cuiabIc.Le saint pape répondit au patriarche parune exhortation touchante h la paix, et lui montà^a que les pratiques en question , surtout celle de consa-
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crer avec du pain aziine, étaient d'une haute antiquité et remontaient jusqu'à S. Pierre. Il envoya le cardinal Humbert à Constantinople pour justifier l'Eglise latine et pour empêcher que les Grecs ne se séparassent de son sein. La belle apologie qu'il fit de la discipline observée parmi les Latins ne produisit pas tout l'effet qu'on devait en attendre. Rien ne fut capable de toucher le patriarche; il vint même à bout par ses intrigues d'entraîner dans le schisme la plus grande partie des Eglises orientales. Cependant l'Italie était en proie aux ravages des Normands, qui s'étaient emparé du royaume de Naples après en avoir chassé les Sarrasins et les Grecs. Léon, ne pouvant plus souffrir les désordres qu'ils causaient de toutes parts, implora contre eux le secours de l'empereur Henri III, avec lequel il avait fait l'échange de Fulde , de Bamberg et de quelques terres que les papes possédaient en Allemagne , contre la ville de Bénévent et toutes ses dépendances. Sestroupes, jointes à celles qu'il reçut de Tempereur, marchèrent contre les Normands ; mais comme elles étaient mal disciplinées , elles furent vaincues et taillées en pièces. Le saint pontife, qui s'était avancé jusqu'à Bénévent, tomba entre les mains des vainqueurs, qui le firent prisonnier. Ils le traitèrent toutefois avec beaucoup d'égards et de respect pendant l'année que dura sa captivité.
Léon sanctifia ce temps-là par des jeûnes rigoureux, de longues veilles et une prière continuelle. Il portait le cilice, et n'avait pour lit que le plancher de sa chambre, couvert d'une natte, et qu'une pierre pour oreiller. A toutes ces mortifications il joignait d'abondantes aumônes.
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Etant tombé malade, il demanda qu'on le conduisît h Rome, ce qui lui fut accordé. Comme il sentait approcher sa fin il employa ce qui lui restait encore de vie h donner à son clergé les instructions les plus touchantes. Il se fit porter dans l'église du Vatican, où il pria long-temps ; après quoi il s'entretint de la résurrection sur le Lord de son tombeau. Le lendemain , lorsqu'on lui eut administré le sacrement de Tcxtrême onction , il v^oulut qu'on le transportât devant Tautel de Saint- Pierre: il y pria prosterné pendant une heure; ayant été ensuite remis sur son lit, il entendit la messe, reçut le saint viatique , et rendit l'esprit peu de temps après. Sa bienheureuse mort arriva le 19 avril looA, dans la cinquante-deuxième année de son âge, après un pontificat de cinq ans deux mois et neuf jours. 11 fut enterré avec une grande solennité à Saint-Pierre , près de l'autel de S. Grégoire, devant la porte de l'église. Sa sainteté fut attestée par plusieurs miracles opérés de son vivant et à son tombeau. Peu de temps après sa mort il fut mis au nombre des saints. Son culte passa bientôt d'Italie en France et en Allemagne. Ses reliques sont aujoiir rhui dans l'église de Saint-Pierre, sous raulel de S. Martial. On a long-temps conservé son bras dans l'église de Sainte-Croix de Woflcnhcim. Son crânecst exposé a la vénération publique dans l'église abbatiale de Lucelle on Alsace.
Le zèle de S. Léon contre les erreurs de Bérengcr(i)donnera lieu h quelques réllcxionssur l'auguste
(1) Un grand nombre d'halules tlxl-ologiens écrivirent contre les erreurs de liérenger ; mais les traités de LanfVanc et de Guitmond furent les principaux mcyens dont Dieu se servit nour
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sacrement de l'eucharistie. Il est, ce sacrement, le cher-d'œnvre de l'amour, de la puissance et de la sagesse de notre Dieu : par là le Sauveur reste corporellemcnt parmi les hommes ; il s'unit à eux de la manière la plus intime; il leur communique sa vie et son esprit, il les console et les soutient , les fortifie dans cette vallée de laru^es. Quoi de plus incompréhensible que la froideur et l'indifierence qu'on remarque en plusieurs chrétiens pource mystère adorable ? Est-il possible qu'il y ait si peu d'empressement pour s'approcher de Jésus-Christ ? Rien ne lui serait plus agréable que de nous voir participer souvent h. son corps et à son sang ; et nous négligeons la communion! Les uns s'en éloignent par un prétendu respect que l'Eglise réprouve, et les autres par défaut de zèle à réformer leur conduite. i\e soyons plus étonnés du refroidissement de la charité ; il vient surtout de ce qu'on ne va pas puiser h la source de toutes les grâces.
faire ouvrir les yeux à Bérenger. II ne répliqua point et renonça à ses erreurs. La sincérité de son repentir est attestée par le moine Clarius, qui mourut dix ans après hii, et presque dans le Toisinage; par Richard de Poitiers, moine de Cluny, par l'auteur de la Chronique de S. Martin de Tours.
Bérenger passa les huit dernières années de sa vie dans! es exercices de la pénitence et dans la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres. Il s'était retiré dans l'île de Saint-Côme, un peu au dessous de la ville de Tours, iaquel'e appartenait à l'abbaye de Marmoutier. 11 y mourut en 1088. Guillaume de Malmesbury rapporte qu'il fut saisi d'une grande crainte dans ses derniers moments, et qu'il prononça les paroles suivantes : «D'un « côté , j'espère que le Seigneur me recevra dans sa gloire, en a vue de la pénitence qu'il m'a inspirée; mais de l'autre je 0 crains sa justice, à cause de ceux que j'ai pervertis. »
s. EDOUARD LE CONFESSEUR. ^^l