‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 114 sur 131 · S. ROBERT · texte numérisé non relu

S. ROBERT

ABBÉ BE MOLESME ET FONDATEUR DE l'oRDRE DE CÎTEAUX,

(29 avril.)

S. Robert naquit en Champagne vers l'an 1024. Tlîierri son père et Ermegarde sa mère étaient encore plus recommandables par l'éclat uc leur vertu

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que par la noblesse de leur sang. Il fut élevé auprès d'eux dans la connaissance des lettres et des maximes de la piété chrétienne. Il montra dès ses premières années un grand désir de vivre uniquement pour Dieu.

A l'âge de quinze ans il quitta le siècle et se retira chez les bénédictins de l'abbaye deMontier-la- Celle, près de la ville de Troyes. Ses progrès dans la perfection furent extrêmement rapides; il devint en peu de temps l'exeaiple et l'admiration de toute la communauté. Les religieux l'élurent pour prieur malgré sa grande jeunesse, et ils n'eurent qu'à se féliciter du choix qu'ils avaient fait.

Quelques années après on l'élut abbé de Saint- Michel de Tonnerre. Il s'appliqua de toutes ses forces à rétablir la discipline régulière, qui avait beaucoup souffert du relâchement; mais il eut la douleur de voir ses bonnes intentions traversées par ceux mêmes qui auraient dû le seconder. Il ne trouva dans ses religieux que des esprits rebelles et des cœurs endurcis. Désespérant donc de les ramener à l'observation de la règle , il résolut de les abandonner.

Il y avait dans le voisinage de Tonnerre un désert nommé Golan; sept anachorètes s'y étaient retirés pour y vivre dans les exercices de la contemplation et de la pénitence; mais ils étaient sans chef et sans guide. Instruits de l'éminente sainteté de Robert, ils le conjurèrent de se charger de leur conduite. Divers obstacles firent qu'ils ne purent d'abord obtenir ce qu'ils demandaient. Ces obstacles furent enfin levés, et Robert se rendit aux instances réitérées des pieux solitaires. Ils le reçurent

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comme un autre Moïse qui venait les conduire à travers le désert de cette vie dans la vraie terre promise.

La solitude de Col an étant fort malsaine, Robert et ses disciples se retirèrent dans la forêt de Molesme. Ils s'y construisirent de petites cellules avec des branches d'arbres, et s'y bâtirent un oratoire sous Tinvocalion de la sainte Trinilé, en 1075. On ne parlait de toutes parts que de l'austérité de leur pénitence. Leur pauvreté était si grande qu'ils manquaient souvent des choses les plus nécessaires à la vie. Plusieurs personnes du voisinage, excitées par l'exemple de l'évêque de Troyes, s'empressèrent à l'envi de fournir à leurs besoins. Les secours qu'ils reçurent furent si considérables qu'ils se trouvèrent bientôt dans l'abondance; mais cette abondance introduisit peu à peu le relâchement. Le saint abbé voulut inutilement en arrêter les progrès; on n'eut point égard à ses remontrances, et le mal ne fit qu'augmenter de jour en jour.

Robert quitta donc son monastère et se retira on s le désert de Hauz, parmi des religieux qui vivaient avec beaucoup de ferveur et de simplicité. Il subsistait comme eux du travail de ses mains et donnait la plus grande partie de son temps à la prière et k la méditation. Ces bons religieux, frappés de sa vie édifiante, félurent pour supérieur. Ceux de Molesme ne l'eurent pas plus tôt appris qu'ils rougirent de l'avoir forcé h. les abandonner. Ils lui firent ordonner par le pape et par févêque dcLangres de revenir parmi eux; ils lui promirent en même temps d'être plus dociles qu'ils ne l'avaient été et de se conformer en tout à ses instructions.

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Le saint ne différa plus de retourner à Molesme , mais il eut bientôt lieu de s'en repentir. On ne l'avait rappelé que par des rues temporelles; aussi ne changea-t-on pas de conduite, du moins pour longtemps. Le mal n'était pourtant pas générai^ comme nous Talions voir.

Quelques religieux, voyant qu'ils ne vivaient pas d'une manière conforme à la règle de S.. Benoît, qu'on lisait tous les jours au chapitre, demandaient la réforme avec instance: mais ils se trouvaient dans une conjoncture fort critique. Comment en effet remplir ses devoirs avec fidélité au milieu d'une communauté quine voulait point entendre parler de réforme ? Ils déposèrent leurs peines dans le sein de Dieu etie prièrent de leur faire connaître sa volonté; ils s'adressèrent ensuite à leur abLé et lui demandèrent la permission de se retirer dans quelque lieu solitaire afm qu'ils pussent y exécuter leur dessein et garder le vœu qu'ils avaient fait à Dieu d'observer leur règle dans toute sa pureté. Le saint acquiesça à leurs instanceset leur promit daller bientôt les joindre. Il partit avec six de ses frères et alla trouver Hugues, archevêque de Lyon et légat du saint -siège. Il lui exposa les raisons qu'il avait de sortir de son monastère, et les lui fit agréer. iNon seu:emcnt le légat lui perrait, mais il lui enjoignit encore de quitter Molesme et de persister dans la pieuse résolution où il était de pratiquer toutes les austérités de la règle de S. Benoît.

Lorsque Robert fut de retour à Molesme, tout ce qu'il y avait de religieux fervents se joignirent à lui. Ils partirent tous au nombre de vingt -un et allèrent s'établir dans la forêt de Ci te aux, à cinq

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lieues de Dijon et au diocèse de Châlons-sur-Saône. Les pieux solitaires se mirent h. défricher une certaine étendue de terrain, après quoi ils s'y bâtirent des cellules du consentement de Gautier, évêque de Châlons, et de Renaud, vicomte de Beaune, seigneur du pays. Le nouvel établissement se fit le 21 mars 1098, jour de la fêle de S. Benoît, et c'est de là que l'on date l'origine de l'ordre de Giteaux.

L'archevêque de Lyon, considérant que les nouveaux solitaires ne pourraient subsister qu'autant qu'ils seraient assistés par quelque personne puissante, écrivit en leur faveur à Eude, duc de Bourgogne. Ge prince les prit sous sa protection; il fit achever à ses dépens les bâtiments du monastère, il leur fournit pendant long-temps toutes les choses dont ils avaient besoin, et leur assigna enfin des revenus fixes et assez considérables. L'évêque de Ghâlons érigea le nouveau monastère en abbaye et en donna la conduite à Robert. R.ien n'était plus édifiant que la vie que l'on menait h Gîteaux : on y pratiquait des austérités extraordinaires. Les religieux ne dormaient chaque nuit que quatre heures et en employaient quatre à chanter les louanges de Dieu. Dans la matinée ils travaillaient pendant quatre heures, puis ils lisaient jusqu'à noues. Des herbes et des racines faisaient toute leur nourriture.

L'année suivante les moines de Molesme envoyèrent des députés à Rome afin de soUiciter le retour de Robert. Ils allégaèrent pour raison qu'il était leur abbé; que la discipline régulière avait beaucoup souflert depuis sa sortie ; que sa présence seule pourrait rétabfir l'ordre et que le salut des re-

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