SUR M. DE RANGÉ
Armand-Jean le Boulhillier de Rancé , d'une famille très ancienne, naquit à Paris le 9 janvier 1626. Ses progrès dans l'étude des belles-lettres donnèrent une haute idée de son esprit, et annoncèrentce qu'il seraitunjo'ir. Etant entré dans l'état ecclésiastique, il fut pourvu de plusieurs bénéfices. Il fit sa licence avec distinction, et prit le bonnet de docteur le 10 février 1654» Il fut aumônier du duc d'Orléans, et parut avec éclat dans l'assemblée du clergé de 1655, en qualité de député du second ordre.
NOTICE SUR M. DE RANCfe. w^ï
Personne ne possédait mieux que l'abbé lîe Raocé^ ces qualités qui rendent aimable dans le monde , ei font briller dans le- sociétés. 31a}heureusement il oublia ce que l'auguste caractère du sacerdocs? exigeait de lui. A la vérité ses mœurs étaient réglées , mais il vivait dans une dissipation et un fasite qui insensiblement éteignaient en lui l'esprit sacerdotal. Dieu, qui avait sur lui des vues de miséricorde et qui le destinait àde grandes choses, lui ouvrit enlîa les yeux sur le danger où il était II sentit qaun chrétien , et à plus forte raison un prêtre, ne po-'ji^ vait se sauver eii menant une vie de plaisir; il comv prit que l'usage qu'ilfaisait des revenus de ses bénéfices était contraire à leur destination : il résolut done de prendre tous les moyens possibles pour tranquit^ User sa conscience, et pour se mettre dans lavoiediî salut, i^près avoir consulté les personnes les moins capables de le flatter, il vendit son patrimoine^ eu donna une partie aux pauvres , et employa le reste à d'autres bonnes œuvres. Son but était de réparer par là toutes lesdé()enses superflues qu'il avait faites par le passé. Il résigna trois abbayes et deux prieurés qu'il possédait en cominende , après quoi il se prépara à quitter le monde pour toujours. On voulut inutilement l'y retenir en lui offrant 1 1 coadjutorerie derarchevéché de Tours.
En se défais nt de ses bénéfices il s'était réservé l'abbaye de la Trappe; mais il avait le dessein de la posséder en règle. Il se relira donc à PersaignOy où il prit l'habit monastique, et fit profession le (> juin I66Z1 ; il alla ensuite à la Trappe pour y établir la réforme qu'il projetait , c'est à dire pour y faire observer la règle de S. Benoît dans sa pureté primiitive. Nous ne raconterons point en détail tout ce qu'il lui en coûta de peine pour achever cette boane œuvre. Il mourut en odeur de sainteté le 26 octobre
02 2 XOTICE SUR M. DE RIXCÉ.
1700.11 a composé plusieurs excellents ouvrages, qui ont presque tous pour objet les devoirs de la vie monasiique : on n'en peut trop recommander la lecture aux religieux qui aspirent à la perfection de leur état. Nous avons trois différentes vies de M. l'abbé de Rancé. >"ous n'en dirons rien, pcsrceque tout le monde les connaît ; nous observerons seulement que le vénérable réformateur de la Trappe n'y a pas été représenté sous ious les traits qui le caractérisent.
Le monastère de la Trappe est dans le Perche, et au milieu des bois. Le nombre des religieux y est toujours considérable. Celvii qui ouvre la porte aux étrangers se prosterne devant eux , puis les conduit dans une chapelle attenante à Téglise, afin qu^ilsy fassent leur prière; il les mène ensuite au parloir, où, après leur avoir fait une petite lecture de piété, il leur recommande le silence, et les prie d^ètre attentifs à ne rien dire ou faire qui puisse troubler la communauté. Les hôteliers ne parlent que quand la nécessité les y oblige.
Lorsqu'un religieux est sur le point de faire profession, il écrit à sa famille pour renoncer à tous ses biens. Sa profession faite , il rompt tout commerce avec ses amis, et même avec ses proches , et s'il se souvient encore du m<mde, ce n'est qu'afin de prier pour lui. On ne reçoit rien dans le monastère , qui, sans être riche, trouve le moyen de faire des aumônes considérables. Quand l'abbé sait la mort d'un parent de quelque religieux, il le recommande aux prières de la communauté, mais sans le désigner, et en disant en général que le père, la mère, etc., d'«n des frères est mort. Ils ont tous les yeux baissés, et ne regardent jamais les étrangers. S'ils passent devant eux, ils les saluent par une inclination profonde. Ils gardent entre eux un silence perpétuel. Ils ne parlent qu'à leurs supérieurs, et ne peuvent s'entretenir