NOTICE SUR M. DE RANGÉ
si grande ferveur et si saintement avides de souffrances qu*ils ajoutent encore des mortifications -volontaires à celles de la règle. (Voyez les Rotations de ta tnort de plusieurs religieux de ta Trappe.) Qiiandils sont à l'agonie on les porte à l'église, où ils reçoivent les sacrements couchés sur la cendre. Ils restent ordinairement en cet état jusqu'à ce qu^ils aient rendu l'esprit. L'humilitéestune des vertus que les étrangers admirent le plus en eux. A entendre ceux qui ont permission de parler, ils ne sont tous que des pécheurs. Ils ne disent rien qui puisse tourner à la gloire de leur maison.
Chaque jour ils donnent plusieurs heures au travail des mains, et ce travail consiste à bêcher la terre, à porter les fumiers au jardin, à faire les foins, etc. Le chœur leur emporte un temps considérable. Ils sont toujours ensemble, afin de s'exciter les uns les autres par la force de l'exemple. Ils couchent sur des paillasses piquées. Ils se proclament mutuellement au chapitre, et les plus petites fautes y sont punies sévèrement.
Ce qu'il y a de plus admirable c'est qu'une douce sérénité est peinte sur le visage de ces pieux solitaires. Il semble que leur joie croisse à proportion de leur austérités. Cest ce qu'ittesla l'abbé de Prières lorsque, en qualité de visiteur, il eut été à la Trappe en 1678. Quelques personnes ayant en 1664 taxé cette réforme d'une rigueur excessive , l'abbé de Rancé fit assembler ses religieux, et leur ordonna de dire naïvement ce qu'ils pensaient. Ils s'écrièrent tous quêteurs mortifications étaient bien légères en comparaison de ce que méritaient leurs péchés passés, et qu'ils rougissaient de leur peu de zèle à satisfaire à la justice de Dieu. Un certain prélat voulant que l'on usât de quelque indulgence à l'égard des frères convers, le même abbé fit venir ceux-ci au chapitre