S. NORBERT
ARCHEVÊQUE DE MAGDEBOURG, FONDATEUR DE l'ordre de PRÉMOMRÉ.
(6 juin.)
Norbert, issu d'une des plus illustres familles d'Allemagne, naquit en 1080 dans la ville de Sanlen, au duché de Clèves. Son application à l'étude perfectionna les heureuses dispositions qu'il avait reçues de la nature. Mais il se laissa d'abord séduire par les charmes trompeurs du monde. Quoique en- ^^agé dans l'état ecclésiastique, quoiqu'il fut sousdiacre et pourvu d'un canonicat à Sanlen, sa vie n'en devint pas plus régulière. Son caractère, naturellement gai et enjoué, le rendait l'ame de toutes les parties de plaisir. Il ne trouvait cependant pas le bonheur après lequel il soupirait, parcequ il aimait ses chaînes, et qu'il n'avait pas le courage de les rompre. Un événement ménagé par la Providence vint enfin le réveiller de son assoupissement léthargique.
Un jour qu'il traversait à cheval, avec un domestique, une belle prairie dans la Westphalie , il fut tout à coup assaiUi d'un violent orage accompagné
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d'éclairs et de foudres. C4omme il se trouvait à une grande distance de tout abri, l'inquiétude et la crainte s'emparèrent de lui. Il prit la résolution de continuer sa roule et de courir à toute bride pour arriver plus tôt. Mais dans le moment le tonnerre tomba aux pieds de son cheval avec un horrible fracas; l'animal effrayé renversa le cavalier, qui resta comme mort sur la place pendant près d'une heure.
Lorsqu'il fut revenu à lui il s'écria dans l'amertume de son ame : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse? » Une voix intérieure lai répondit : « Fuyez le mal et faites le bien; cherchez la paix, tournez de ce côté-la toute votre activité. » Sur-le-champ il forma le projet d'expier sa vie passée par une sincère pénitence.
De retour à Santen où était son canonicat^ il y vécut dans le silence et la retraite, uniquement occupé de la prière et de la méditation. Des larmes abondantes coulaient de ses yeux au souvenir de ses infidélités et delà miséricorde divine, qui l'avait épargné préférablcment à tant d'autres qui, surpris au milieu de leurs désordres, n'étaient sortis de ce monde que pour être précipités dans l'enfer. Une retraite qu'il fit dans un monastère mit le sceau à sa conversion. Il était alors dans sa trentième année.
Deux ans après il fut ordonné diacre et prêtre par l'archevêque de Cologne. Il représenta aux chanoi nés, ses confrères, l'oblio-ation où ils étaient de vivre d'une manière plus conforme à leur état. Plusieurs d'entre eux se convertirent sincèrement. Les autres, indignés de ce que leurs dérèglements étaient connus, résolurent de s'en venger. Ils dépeignirent le
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saint au légat du pape comme un novateur et un hypocrite qui cachait de mauvais desseins sous les apparences d'un prétendu zèle. Il souffrit avec joie cette épreuve que lui envoyait la Providence. Mais venant ensuite à réfléchir que sa réputation lui était nécessaire pour travailler efficacement à la gloire de Dieu, il se justifia des imputations dont le chargeaient ses ennemis, dans un concile où assistait le légat. Après quoi il se démit de ses bénéfices et vendit son bien pour le doriner aux pauvres. Ayant appris que le pape Gelase II était à Saint-Gilles en Languedoc, il vint lui demander l'absolution de ics péchés ainsi que de l'irrégularité dans laquelle il craignait d'être tombé en recevant le diaconat et la prêtrise sans garder les interstices que prescrivent les canons. Le pontife lui accorda plein pouvoir de prêcher l'Évangile partout où il le jugerait à propos.
Quoiqu'on fut alors au milieu de l'hiver, Norbert ne voulut point différer de commencer ses travaux apostoliques. On le voyait marcher nu-pieds dans la neige, et souffrir avec joie toutes les rigueurs du froid. Il observait un carême perpétuel, et ne mangeait que le soir tous les jours, excepté le dimanche. Il fit des mi.^sions dans le Languedoc, la Guienne, le Poitou et rOrléaiiais; et elles produisirent partout de grands fruits. Hugues, chapelain de l'évêque de Cambrai, voulut se joindre à lui; ils parcoururent ensemble le Hainaut, le Brabant et le pays de Liège. On courait en foule dans tous les lieux où Norbert devait prêcher. Ses sermons opérèrent un granducmbrede conversions. Les pécheurs de toute espèce s'empressèrent de sortir de leurs désordres.
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Barihélemi, évêqiiedeLaon, résolu de fixer Norbert dans son diocèse, le pria d'y chercher un lieu Oiiil pût bâtir un monastère. Le serviteur de Dieu choisit une vallée déserte, nommée Prémontré, et située dans la forêt de Concy. Il y mit treize de ses disciples, qui désiraient vivre sous sa conduite; il y en vint d'aulres, et la communauté fat bientôt composée de quarante personnes. Ils firent tous profession le jour de Noël de l'année 1321. Le nouvel ordre n'était qu'une réforme de chanoines réguliers. Ils menaient une vie fort austère, conformément h la règle de S. Augustin. Une des principales fondations du saint fut celle de Saint-Michel d'Anvers, ville qui éîaitalors du diocèse de Cambrai,
Un hérétique, nommé Tankelin, se mit h dogmatiser dans cette ville. 11 ecseigoait qu'on devait rejeter l'institution du sacerdoce, et que l'eucharistie et les autres sacrements n'étaient d'aucune utilité pour le salut. Il trouva le moyen de se faire beaucoup de partisans dans les diocèses de Cambrai et d'Utrecht; mais il subit bientôt la peine due à ses crimes; il fut assassiné en iii5, durant les troubles qu'il avait lui-même excités. Norbert partit pour Anvers; aidé par les chanoines, il travailla au rétablissement de Tordre; les hérétiques se convertirent, et les abus furent réformés. Il ranima la dévotion des peuples pour l'auguste sacrement de l'autel, et rétablit la fréquente communion, que l'hérésie avait interrompue.
Quoique le nouvel ordre eût été approuvé par les légats du pape Calixte II, il fut confirmé de nouveau par une bulle de Honorius II, successeur de Cahxle. Le nombre de ceux qui se présentaient
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pour Tembrasser augmentait de jour en jour. Parmi ceux-ci était Thibaut, seigneur français, homme ^e la plus haute distinction; Norbert le détourna d'entrer dans son institut, on lui représentant qu'il devait rester dans l'éiat où la Providence l'avait placé; qu'il se sanctifierait en remplissant ses obligations avec fidélité, et que par là il ferait plus de bien dans le monde qui! n'en pourrait faire dans un monastère où Dieu ne voulait pas qu'il fût.
Cependant l'empereur Lothaire II tenait une diète à Spire, où s'étaient rendus Norbert et le comte de Champagne. Les députés de Magdebourgse présentèrent pour le prier de donner un successeur à leur archevêque, qui était mort l'année précédente. -Son choix tomba sur l'abbé de Prémontré^ et il fut universellement approuvé. Norbert témoigna la plus vive douleur, et il fallut que le légat fit usage de son autorité pour obtenir son consentem.ent. Le nouvel archevêque partit avec les députés pour se rendre à Magdebourg. On le conduisit à l'église, puis au palais archiépiscopal; son extérieur pauvre fit que le portier du palais ne le connut point et qu'il ne le laissa entrer que quand on l'eut détrompé. « Mon frère, lui dit le saint, vous me connaissez mieux que ceux qui m'ont élevé à cette dignité. »
Norbert ne diminua rien de ses austérités ordinaires ; ses discours et ses exemples procurèrent la réforme des abus qui s'étaient introduits dans son diocèse. Quelques pécheurs incorrigibles le calomnièrent et attentèrent même deux fois à sa vie. « Doit-on s'étonner, disait-il à cette occasion, que le démon, après avoir traité indignement notre di-
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vin chef, attaque aujourd'hui ses membres. )/ 11 pardonna h ses ennemis et triompha des obstacles qu'on opposait à son zèle. Il se réunit avec S. Bernard pour travailler à l'extinction du schisme formé par l'anti-pape Anaclct II, et il eut la joie de voir ses efforts couronnés par un heureux succès. Il mourut le 6 juin ii34. Grégoire XIÎî le canonisa en i582, et Urbain YIII fixa sa fête h ce jour, en i643.