EVÊQUE DE PARIS
(28 mai.)
S. Germain, qui fut la gloire de FÉglise gallicane au sixième siècle, naquit vers Fan 496 dans le territoire d'Autun. Le saint prêtre Scopilion, son cousin, se chargea du soin de l'élever dans les maximes de la piété et dans la connaissance des lettres. Il montra dès sa jeunesse une ferveur singulière ; il assistait régulièrement à l'office divin ; il ne manquait point h matines même en hiver, quoiqu'il fût éloigné de l'église environ d'une demi-lieue.
S. Agrippin,. évêque d'Antun, le fit entrer dans son clergé. Il lui conféra d'abord le diaconat, et trois ans après la prêtrise. Germain , croissant tous les jours en vertu, fut fait abbé du monastère de Saint- Symphorien, dans un des faubourgs d'Autun. Alors Dieu le favorisa du don des miracles et de celui de prophétie, selon Fortunat, évêque de Poitiers, qui le connaissait particulièrement. Lorsque les moines reposaient il allait à l'église, où il passait ordinairement une bonne partie de la nuit en prières. On rapporte qu'ayant eu un songe mystérieux il vit un vénérable vieillard qui lui présentait les clefs de Paris, en lui disant que Dieu lui confiait la conduite des habitants de cette ville pour qu'il les empêchât de périr.
Se trouvant à Paris quatre ans après, le siège épiscopal devint vacant par la mort d'Eusèbe : on y éleva Germain malgré lui. Sa nouvelle dignité n'ap-
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porta aucun changement dans sa manière de vivre. On le vit toujours simple, frugal, mortifié, pénitent. Vers les neuf heures du soir il se rendait à l'église, et y restait en prières jusqu'à matines. Sa maison était continuellement environnée d'une foule de malheureux auxquels il servait de père. Il avait toujours plusieurs pauvres h sa table, où l'on ne voyait point de mets délicats, et pour nourrir en même temps l'ame et le corps de ses convives il faisait lire quelque livre de piété. Ses sermons opéraient les plus grands fruits, et toute la ville de Paris eut bientôt changé entièrement de face. Les amusements profanes furent proscrits, les désordres cessèrent, et les pécheurs de toute espèce effacèrent leurs crimes par une sincère pénitence.
Le roi Ghildebert, qui jusque là avait mené une vie peu chrétienne , ne put résister à fonction de^s discours du saint; il se convertit et bannit de sa cour tous les désordres. Voulant échanger des biens périssables contre des trésors éternels , il ne se contenta pas de fonder des monastères où l'innocence pût trouver un asile dans les siècles suivants, il envoyait encore des sommes considérables au saint évêquepour le soulagement des pauvTcs. Quand ses coffres étaient épuisés il faisait fondre sa vaisselle d'or et d'argent, ainsi que les ornements du même métal qui servaient à son usage. Ne cessez point de donner, dis^ih-il au saint, qu'il avait établi le distributeur de ses aumônes; j'espère que la Providence me fournira des fonds dont la source ne tarira jamais.
Ghildebert et Clotaire, son frère, faisant la guerre en Espagne , mirent le siège devant Saragosse en
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542. Les habitants de cette ville invoquèrent avec confiance S. Tincent, martyr, leur patron, et portèrent ses reliques en procession à la vue du camp des Français. Chiidehert lut touché de leur piété; il demanda à parler à l'évêque de Saragosse, et lui dit qu'il lèverait le siège si l'on voulait lui donner une portion des reliques de S. Vincent. On accepta la condition, et l'évêque donna au roi l'étole que le saint diacre portait à l'autel. Childebert tint sa parole, et fit retirer son armée. De retour à Paris , il y fonda une église en l'honneur de la sainte Croix et de S. \incent.
Ce prince étant tombé malade au château de Celles, le saint lui fit une visite. Sa santé paraissait désespérée, et les médecins avouaient qu'ils ne trouvaient aucune ressource dans leur art: Germain ne perdit point pour cela l'espérance; il passa la nuit en prières pour solliciter le rétablissement du roi. Le lendemain matin, il lui imposa les mains, et il se trouva tout à coup paiTailement guéri. Childebert rapporte lui-même ce miracle dans les lettres-patentes par lesquelles il donne en reconnaissance à l'Église de Paris et à l'évêque Germain la terre de Celles, où il avait recouvré la santé d'une manière surnaturelle, 11 mourut peu de temps après. Comme il avait choisi l'église de S. Vincent pour le lieu de sa sépulture, Germain, assisté de six autres évêques, en fit la dédicace le 25 décembre 558 , le jour même que le roi était mort. Cette église, à cause de sa magnificence, lut appela église d'or. Les murailles étaient couvertes en dehors de plaques de cuivre doré; en dedans elles étaient ornées de peintures
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appliquées sur un fond très riche qu'on avait aussi
doré.
A côté de l'église était un vaste monastère que le même prince fit bâtir, et auquel il donna le fief d'Issy et d'autres terres^ dont une partie a servi d'emplacement à un faubourg considérable de la ville de Paris. Le soin de ce monastère fut confié à S. Germain, qui y mit pour abbé S. Droctovée, qu'il avait fait venir d'Autun.
Clotairc, le dernier des fils du grand Glovis, succéda h Childebert, son frère, et réunit en sa personne la monarchie française, qui avait été partagée en quatre royaumes. Il quitta Soissons, où il avait réo^né jusqu'alors, pour se rendre à Paris. Il montra d'abord quelque indifférence pour le saint évêque; mais étant tombé malade peu de temps après, il l'envoya chercher. Quand il fut arrivé, il prit son manteau qu'il appliqua aux parties de son corps où il ressentait de la douleur, et à l'instant il se trouva guéri. Depuis ce moment-là jusqu'à la fin de sa vie il ne cessa de traiter le saint avec encore plus d'égards que n'avait fait son prédécesseur.
Ce prince étant mort en 56 1 , la monarchie française fut de nouveau partagée en quatre royaumes. Charibert fut roi de Paris, Contran d'Orléans et de Bourgogne , Sigebert d'AustrasieetChilpéric de Soissons. Ces quatre princes étaient fils de Clotaire.
Quoique Charibert fût d'un caractère indolent, il n'en était pas moins fougueux dans ses passions. Comme il ne s'était point encore défait de tous les préjugés du paganisme il répudia sa femme Ingoberge pour épouser Méroflède , une des filles qui la
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servaient. Après la mort de celle-ci il en épousa la sœur, nommée Marcovèse , qui avait porté le voile de religieuse. Ingoljerge vivait cependant toujours. S. Germain mit tout en œuvre pour faire sentir au roi l'énormité de ses crimes , mais les efforts de son zèle ne produisirent aucun effet, \oyant que le prince était incorrigible, il l'excommunia ainsi que la complice de ses désordres, dans la persuasion que cet exemple de sévérité devenait nécessaire pour empêcher les mauvaises suites du scandale. Les deux coupahies ne se corrigèrent point pour cela ; mais Dieu vengea bientôt le, mépris de sa loi et l'autorité de son serviteur. Marcovèse mourut au bout de quelques jours^ et le roi ne tarda pas à la suivre. Il laissa de sa femme légitime trois fiiles, dont deux furent religieuses ; la troisième , nommée Berthe, épousa Étlielbert, roi de Kent.
A la mort de Charibert, arrivée en 670, ses trois frères partagèrent entre eux ses états ; mais, n'ayant pu s'accorder sur la possession de Paris, ils firent un arrangement, par lequel il fut stipulé qu'ils posséderaient conjointement cette ville et qu'aucun ne pourrait y entrer que du consentement des deux autres. S. Germain eut besoin d'une grande prudence pour conduire son troupeau au milieu de tant d'intérêts différents. 11 employa les moyens que peut suggérer une charité vigilante et ingénieuse pour réunir tous les esprits et maintenir la tranquillité publique.
Malheureusement la jalousie et l'ambition divisèrent Sigcbcrt et Chilpéric. Ces deux princes , que leurs femmes Brunchaut ctFrédégonde , qui se haïssaient mortellement, animaient l'un contre Tautre,
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en vinrent jusqu'à s'entre-déclarer la guerre. S. Germain eut beau fiiire des représentations , tout ce qu'il obtint se réduisit à suspendre les hostilités pour quelque temps. Chilpéric tomba sur les terres de Sigebert ; mais il fut vaincu et obligé de s'enfuir à Tournai. Après cette victoire Sigebert, accompagné de sa femme Brunchaut et de ses enfants, vint à Paris, où il fut reçu comme un conquérant. Le saint évêquo écrivit à la reine pour la conjurer d'obtenir de son mari qu'il rendît la paix à la France et qu'il épargnât la vie et la fortune d'un frère dont le sang et la ruine crieraient vengeance au ciel. Brunehaut-nc se laissa point toucher ; elle détermina même Sigebert par ses conseils à assiéger Tournai. Pendant que le roi se préparait à exécuter son entreprise S. Germain alla le trouver pour faire un dernier effort. « Si vous pardonnez à votre frère, lui dit-il, vous reviendrez vainqueur; si au contraire vous méditez de lui ôter la vie, la justice divine vous frappera, et la mort vous empêchera d'exécuter voire projet. » Le prince méprisa ce»t avis salutaire ,• mais l'événement prouva que Dieu avait inspiré son serviteur. En effet la reine Frédégonde , furieuse de l'état désespéré où se trouvaient les affaires de son mari , aposta deux scélérats qui l'assassinèrent, en 570, à Vitri, où son armée faisait halte. 11 avait régné quatorze ans, et avait quelque réputation d'humanité, au rapport de Fortunat.
S. Germain malgré son grand âge montrait toujours le m.ême zèle et la même activité dans l'accomplissement de ses devoirs. La faiblesse où de rudes austérités avaient réduit son corps ne lui fît rien relâcher des exercices ordinaires de sa péni-
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tence ; il redoubla même de ferveur à mesure qu'il sentait approcher sa fin.
n parut avec éclat dans le concile tenu à Paris en 557, et fut le principal auteur des canons que l'on y dressa. Par ses soins les restes du paganisme furent extirpés en France. Il engagea le roi Chiidebert à porter un éditqui ordonnait de renverser les idoles dans tout le royaume, et qui proscrivait les danses et autres divertissements par lesquels on profanait les jours de dimanches et do fêtes. Il composa aussi un ouvrage excellent que nous avons encore , sous le titre d'Explication de la liturgie. Enfin il continua ses travaux pour la conversion des pécheurs jusqu'à sa bienheureuse mort, qui arriva le 28 mai 576. Il était âge de quatre-vingts ans. Le roi Chilpéric composa son épitaphe , où il est représenté comme un pasteur brûlant de zèle pour le salut des âmes, singulièrement aimé et respecté de son troupeau. Il y est dit encore qu'il s'opéra des prodiges h. son tombeau , que les aveugles et les sourds y recouvrèrent les ims l'usage de la vue, les autres l'usage de l'ouïe.
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