PRINCE VISIGOTII , MARTYR EN ESPAGNE
(13 avril.)
Lévigilde ou Léovigilde, roi des Golhs en Espagne. eut deux fils de sa femme Théodosie ; leurs noms étaient llerménigilde et Récarède. Ils furent tous deux élevés dans Tarianisme, que leur père pro fes-
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sait. Hermënigilcle , l'aîné des deux princes , épousa Ingonde . fille de Sigebert, roi d'Austrasie.
La couronne avait toujours été élective chez les Goths d'Espagne; c'étaient les grands qui choisissaient celui qui devait la porter. Lévigilde, voulant l'assurer à ses descendants, associa ses deux fils à la royauté ; il donna même à chacun une partie de ses états à gouverner. Séville fut la capitale du pays que l'aîné eut en partage.
Ingonde, sa femme, eut beaucoup h souffrir de la part de Goswinde , arienne outrée , que Lévigilde avait épousée après la mort de Théodosie. Les persécutions qu'elle lui suscita avaient pour but de la détacher de la doctrine catholique; mais rien ne put ébranler Ingonde , elle resta toujours ferme dans la profession de la vraie foi. Ses exemples et ses discours firent même une vive impression sur Herménigilde. Ce prince eut des doutes sur la religion qu'il professait , et ces doutes furent éclaircis par les instructions de S. Léandre, évêque de Séville. Il ouvrit les yeux h la lumière , qu'il avait jusque là méconnue , et profita d'une absence de son père pour abjurer solennellement l'hérésie. Il fut ensuite reçu dans l'Église par l'imposition des mains et par l'onction du saint-chrême qu'on lui fit sur le front.
Lévigilde, que les premières apparences du changement de son fils avaient déjà indisposé contre lui, entra dans une étrange colère quand il eut appris qu'il faisait une profession ouverte de la foi catholique. Il le dépouilla du titre de roi, qu'il lui avait donné, et résolut de lui ôter ses biens, sa femme, la vie même, s'il ne retournait à l'arîanisme. Herménigilde, se regardant comme prince
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souverain, prit des mesures pour empêcher l'effet des menaces de son père. Il envoya demander du secours à Tibère , empereur d'Orient ; il n'en obtint ni de ce prince, mort peu de temps après, ni dcMaurice, son successeur. Ce dernier fut obligé de réunir toutes ses forces pour se défendre contre les Perses, qui avaient fait plusieurs irruptions sur les terres de l'empire. Herménigilde implora ensuite l'assistance de l'armée romaine, que les empereurs de Constantînople entretenaient en Espagne pour conserver le peu de possessions qui leur restaient dans ce pays. Les chefs de cette armée s'engagèrent par serment h soutenir sa cause , et prirent en otage sa femme et son fils, sous prétexte de mettre en sûreté la vie de la mère et de l'enfant; mais ensuite ils se laissèrent corrompre par l'ordeLévigilde, et manquèrent à leur parole.
Lévigilde tint son fils assiégé dans Séville pendant un an. Herménigilde, se voyant hors d'état de faire une plus longue résistance, s'enfuit secrètement pour se rendre au camp des Piomains ; mais, sur la nouvelle qu'il eut de leur trahison , ilse retira à Cordoue,puisàOsseto. 11 se renferma dans cette dernière ville, qui avait d'assez bonnes fortifications, avec trois cents hommes d'élite. La place ne put tenir , elle fut prise et brûlée par Lévigilde. Le prince vaincu se réfugia dans l'église, au pied de l'autel. Son père ne voulut point feu retirer de force; il permit même à Récarède, engagé aussi dansl'arianisme , d'aller trouver son frère et de lui promettre sa grâce s'il reconnaissait sa faute en se soumettant. Herménigilde, qui croyait qu'on agissait de bonne foi à son égard , vint se jeter aux pieds de son père.
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Lérigilde l'embrassa et renouvela tontes les promesses qui lui avaient été faites de sa part ; mais il ne l'eut pas plus tôt mené dans son camp qu'il le fit dépouiller de ses habits royaux ; il ordonna ensuite qu'on le chargeai de fers et qu'on le conduisît prisonnier dans la tour de Séville.
Lévigilde employa de nouveau les menaces et les promesses pour rengager :on fils dans l'arianisme; et afin de le vaincre plus facilement il le fit resserrer dans un cachot affreux, avec ordre de l'y traiter avec la plus grande dureté. Herménigilde resta toujours inébranla])îe et ne cessa de répéter ce qu'il avait précédemment écrit à son père : « Je confesse que votre bonté pour moi a été portée trop loin; aussi conserverai-je jusqu'au dernier soupir le respect et l'amour que je vous dois. Mais pouvezvous exiger que je préfère une grandeur périssable à mon salut éternel ! Je ne veux point de couronne cl ce prix; je suis prêt à la sacrifier, ainsi que ma propre vie, plutôt que d'abandonner la vérité. »
La prison devint pour îlerménigilde une école de vertu : il s'y consacra aux exercices d'une austère pénitence; il prit le cilice et ajouta beaucoup de mortifications volontaires aux peines qu'il endurait déjà. Sans cesse il s'adressait à Dieu par des prières ferventes , afin d'obtenir le courage dont il avait besoin dans les combats qu'il soutenait pour la cause de la foi.
La fête de Pâque étant arrivée, Lévigilde chargea mi évêque arien d'aller trouver son fils pendant la nuit pour lui offrir sa grâce, au cas toutefois qu'il voulût recevoir la communion des mains du prélat. Mais Herménigilde rejeta cette proposition avec
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horreur. Il reprocha même k l'évêque avec mie généreuse liberté son attachement aune doctrine impie. Le roi, informé de ce qui s'était passé, devint plus furieux que jamais, et résolut d'éteindre dans le sang de son fils la haine qu'il portait à la foi cathohque. Il envoya donc des soldats pour le mettre à mort. Ceux-ci étant entrés dans la prison lui fendirent la tête d'un coup de hache le i3 avril 586.
S. Grégcirele-Grand attribue aux mérites du saint martyr la conversion du roi Piécarède ainsi que celle de toute la nation des Goths d'Espagne. Quant h la faute qu'il commit en prenant les armes contre son père, il l'expia, dit S. Grégoire de Tours, par ses héroïques vertus et par l'effusion de son sang.