‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 38 sur 131 · S. LEANDRE · texte numérisé non relu

S. LEANDRE

iVEQUE DE SÉVILLE.

(27 février.)

Léanclre naquit à Carthagène, en Espagne, de parents très distingués par leur naissance; il eut pour frères S. Fulgence, évêque d'Eciia, et S. Isidore, qui lui succéda sur le siège de Séville; il eut aussi une sœur nommée Florentine, qui fit à Dieu le sacrifice de sa virginité. Léandre étant encore fort jeune se retira dans un monastère, où il passa plusieurs années. L'application qu'il y donna h l'étude et h faccomplissement de tous ses devoirs fit de lui un parfait modèle de science et de sainteté. L'éclat que son mérite répandait de tous côtés attira les yeux sur lui, et après la mort de l'évêque de Séville on le choisit pour gouverner l'église de cette ville. Le changement d'état n'en apporta point dans sa manière de vivre; il ne relâcha rien de ses austérités quoiqu'il fut chargé de la conduite d'un peuple nombreux et du soin de pourvoir aux besoins de presque toute fÉglise d'Espagne.

Ce royaume était alors sous la domination des \isigoths ou Goths occidentaux, qui s'étaientd'abord établis en Languedoc, puis en Espagne vers l'an 470. Ces barbares, presque tous ariens, répandirent le poison de leurs erreurs dans les lieux qu'ils conquirent; et il y avait cent soixante-dix ans que TEspagne en était infectée lorsque Léandre fut élevé sur le siège de Séville. La vue des désordres causés par l'hérésie toucha vivement le saint évêaue : il em-

s. LÉAKDRE, ÉVEQUE. 157

ploya d'abord les prières et les larmes auprès de Dieu, qui peut seul convertir les cœurs, puis se mit à travailler de toutes ses forces à rétablir le rèo-ne de la vérité. Le succès répondit à la vivacité de son zèle; de toutes parts on ouvrit les yeux, et l'arianisme ne comptait presque plus de sectateurs. La victoire que l'Eglise venait de remporter sur le démon rendit furieux Lé vilgilde, roi des Yisigoths. Il fit sentir à notre saint les eflets de sa colère, et le condamna à l'exii. Il était surtout outré de la conversion d'Herménigilde, son fils aîné et l'héritier de sa couronne; aussi, l'année suivante, ce malheureux prince devint-il la victime de la fureur d'un père barbare, qui le condamna à mourir pour avoir refusé de recevoir la communion des mains d'un évcque arien. Lévilgilde ne larda pas à se repentir de ce qu'il avait fait, et pour apaiser les remords de sa conscience il rappela le saint évêque de Se ville. Étant ensuite tombé dans la maladie dont il mourut, il envoya chercher Léandrc, et le chargea d'élever dans la religion catholique son fils Récarède, qui devait lui succéder. Il était naturel de croire que de si belles dispositions porteraient le roi à abjurer Terreur; mais il eut la faiblesse d'y rester attaché, de peur de choquer ceux de ses sujets qui étaient encore ariens.

Récarède, instruit par les soins de Léandrc, devint un fervent catholique; et lorsqu'il fnt monte sur le trône il parla avec tant de sagesse des motifs de sa conversion dans une conférence qu'il eut avec les évéques ariens qu'il les ramena à forlhodoxio. plutôt par la solidité de ses raisons que par son autorité royale. Ainsi se convertit toul ce qui r. ?tart

l58 s. LiA>DRE, ÉVÊQUE.

d'ariens parmi les Visigoths. Les Suève?, pervertis parLévilgilcIe, rentrèrent aussi dans rnnité. Ce fut un grand sujet de consolation pour FÉglise entière de voir les abondantes bénédictions que Dieu versait sur les travaux de notre saint. Le pape S. Grégoirele-Grand en ressentit la joie la plus vive : il écrivit à Léandre pour le féliciter des prodiges qui s'étaient opérés par son ministère.

Notre saint ne se borna pas au rétablissement de la vraie foi, il travailla encore h corriger les abus et à nourrir la ferveur des fidèles: de là ces sages règlements du concile de Séville, qu'il assembla en 590 et dont il fut l'ame et le chef. Il assista aussi au troisième concile de Tolède, qui fit vingt-trois canons pour arrêter le cours des maux occasionnés par l'arianisme. Il était défendu par un de ces canons aux évêques, aux prêtres et aux diacres qui avaient abjuré Ihérésie d'habiter dans la même chambre, et, si cela était possible, dans la même maison que leurs femmes. Un autre ordonnait de tenir la main dans les différents diocèses à l'exécution des anciennes règles de l'Eglise touchant la pénitence.

Comme S. Léandre était un homme d'oraison, il n'est pas étonnant qu'il ait mis tout en œuvre pour inspirer lamour de la prière à tous en général, mais surtout aux religieux, pour lesquels elle est doublement un devoir indispensable. Il écrivit sur ce sujet une lettre h sa sœur Florentine, où l'on trouve d'excellentes instructions sur le mépris du monde et sur l'exercice de la prière. C'est cette lettre qu'on appelle sa Hèglc monastique. Il s'appliqua ensuite, pour perfectionner l'ordre qu'on doit garder dans l'office divin, à réformer la liturgie de

Page 1