‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 37 sur 131 · ÉVÊQUE DE T OURS · texte numérisé non relu

ÉVÊQUE DE T OURS

(17 novembre.)

George Florentias Grégoire fut le plus bel ornement de TEglise de Tours après S. Martin. Il sortait d'une des plus riches et des plus illustres familles d'Auvergne, où la piété semblait héréditaire. Léocadie, son aïeule, descendait de Yettius Epagatus, martvr de Lyon. S. Gaî, évêque de Clerniont, était son oncle paternel. Armentaria, sa mère, était petite-fille de S. Grégoire, qui mérita par ses vertus d'être élevé sur le siège de Langres. Il vint au inonde le 5o novembre ôSg; il n'eut d'abord d'autre nom que George Florentins ; on croit qu'il n'y ajouta celui de Grégoire que par respect pour la mémoire de S. Grégoire de Langres, son bisaïeul.

Il fut élevé sous la conduite de S. Gai, son onclç. Il ne donna qu'mie application médiocre aux belleslettres, mais il acquit une grande connaissance de toutes les sciences ecclésiastiques. Son oncle lui conféra la tonsure. S. Avit, successeur de S. Gai, l'ordonna diacre.

Ayant été guéri d'une maladie dangereuse, il voulut, pour témoigner à Dieu sa reconnaissance, visiter le tombeau de S. Martin à Tours. Peu de temps après son départ de cette ville, le clergé etle peuple, qui venaient d'admirer sa piété, son savoir, son humilité, l'élurent pour remplacer le saint évêque Euphrone, que la mort leur enlevait. Les députés chargés de lui annoncer son élection le trouvèrent

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h la cour de Sigebcrt roi d'Auslrasie. li fut sacré par Gilles, évèqiie de Reims, le 22 aouiojo; il avait alors trente-quatre ans. Par son zèle il fit fleurir la religion et la piété. Il rebâtit sa cathédrale^ fondée par S. Martin , et plusieurs autres églises. Il défendit les franchises de celles de Saint-Martin ea refusant de livrer à Chilpéric le duc Contran qui s'était retiré dans cet asile, qu'on regardait alors comme inviolable. Chilpéric s'était emparé de la ville de Tours après l'assassinat de Sigebert, et Contran avait mis Childebert II, fils de ce prince, sur le trône de son père. Le duc, qui craignait le ressentiment de Chilpéric, s'était renfermé dans l'église de Saint-Martin.

Le saint évêque de Tours assista au concile qui se tint à Paris en 077, contre Prétextât, évêque de Rouen, que Frédégondc, femme de Chilpéric, voulait perdre absolument. Il prit la défense de ce prélat, faussement accusé de divers crimes, reprocha à quelques évêques leur indigne complaisance pour la reine, et empêcha du moins que l'affaire ne fut portée aux dernières extrémités.

Frédégonde, dont la vengeance n'avait point été entièrement satisfaite, ne le pardonna point h l'évêque de Tours. Elle trouva un digne ministre do sa fureur dans Leudaste, comte de Tours. C'était un hoQime de néant, qui h. force d'intrigues et de crimes s'était élevé aux premières places. Il chargea Grégoire de diverses accusations, qu'il rendit vraisemblables et dont il se vanta de fournir la preure. Chilpéric convoqua une assemblée d'évêqucs h Berni près de Compiègne, pour juger cette affaire. Grégoire y fut mandé comme les autres. On déco 'rit

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la calomnie, et on reconnut l'innocence de Févêque de Tours : ses accu^ateurs furent traités comme ils le méritaient, et Leudaste périt depuis misérablement.

Grégoire eut ensuite une dispute assez vive avec Félix, évoque de Nantes; il s'agissait d'une terre de l'église de Tours, que Félix voulait avoir. Celui-ci tomba malade peu de temps après, et résigna son évêché à Burgundîo, son neveu, qui n'avait que vingt ans et qui n'était pas encore tonsuré. Grégoire refusa d'ordonner le résignataire, pour ne pas violer les canons qui défendaient dénommer à l'épiscopat quelqu'un qui n'était point engagé dans les saints ordres.

Nous croyons devoir rapporter ici un fait qui arriva à Berni. Un gentilhomme nommé Daccon fut condamné à mort pour crime de trahison ; il demanda un prêtre à l'însu du roi pour l'admettre à !a pénitence: on lui accorda cette grâce, après quoi il fut exécuté. Ce trait prouve qu'on recevait une pénitence secrète et qu'on se confessait à la raort; il est encore une preuve de l'usage barbare où étaient anciennement les cours de justice en France de refuser aux criminels mourants la facilité de se réconcilier avec Dieu.

S. Grégoire défendit la divinité de Jésus-Christ contre les juifs, les ariens et autres hérétiques. Il confondit les différents ennemis de TÉglisc et en convertit plusieurs. Chilpérlc, qui se piquait de savoir la théologie, fit un écrit où il détruisait quelques articles fondamentaux de notre foi. 11 le fit voir à Grégoire, qui eut le courage de lui dévoiler ses erreurs et de les combattre. Il en témoigna le

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plus grand mécontentement, mais le saint cvêqiie ne rabattit rien de sa fermeté. On ajoute que ce prince avait rédigé le projet d'un édit en faveur du sabellianisme, qui anéantissait la distinction des personnes divines de la Trinité; mais que S. Grégoire de Tours et S. Salvi d'Albi s'armèrent d'un zèle intrépide et l'obligèrent h le supprimer.

Notre saint savait allier la douceur avec le zèle; tous ses dio'^ésains étaient l'objet de sa sollicitude pastorale; sa charité s'étendait à tous, et ses ennemis en éprouvaient les effets les plus sensibles. Les malheureux , ceux mêmes qui paraissaient le moins dignes de compassion, trouvaient en lui un père et un défenseur. Des voleurs ayant pillé l'église de Saint-Martin, on les arrêta et on leur fit leur procès: Grégoire demanda leur grâce au roi, et comme personne ne se présentait pour suivre l'affaire Chilpéric leur laissa la vie.

Les rois Childebert et Gontran donnèrent de grandes marques de confiance au saint évêquc de Tours; il s'en servit pour assurer, autant qu'il était en lui, la paix entre ces deuxprinces. Il remplittoujours avec autant de zèle que de capacité les commissions importantes dont il fut chargé, et ne se proposa jamais que le bien de l'état et la gloire de la religion.

Sainte Piadégonde avait beaucoup deslime pour Grégoire. Cette princesse étant morte en ôSy dans lemonastèrede Sainte-Croix dePoiliers, qu'elle avait fondé, ré\êque de Tours fit la cérémonie de ses funérailles en l'absence de Tévêquc diocésain. Sa mort fit naître un schisme dans le monastère. Clotilde, fille du roi Caribert, qui y était simple religieuse,

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voulut faire déposer TabLesse pour se mettre en sa place. Elle avait plusieurs religieuses dans son parti, entre autres Basine, fille de Chilpéric; les choses furent portées h un point qu'il fallut nommer une commission composée de plusieurs évêques pour terminer cette affaire. Grégoire fut du nombre des commissaires. L'innocence de fabbesse qu'on voulait déposer fut reconnue ; on condamna les religieuses qui s'élaient soustraites h son obédience, et on prononça contre elles la peine d'excommunication.

S. Grégoire eut aussi de grandes liaisons de piété avec Ingoberge, veuve de Garibert , roi de Paris. C'était une princesse aussi vertueuse que charitable. L'évêquc de Tours l'assista dans sa dernière maladie, et elle le nomma son exécuteur testamentaire. Elle mourut en 089.

La même année S. Grégoire obtint la conservation des privilèges de son église qu'on attaquait; il sut en maintenir les exemptions par son zèle et sa fermeté.

L'auteur de l'ancienne vie de S. Grégoire rapporte que ce saint évêque fit en 5 94 un voyage de dévotion à Rome, que le pape S. Grégoire-Ie-Grand le reçut avec honneur, et qu'il lui fit présent d'une chaîne d'or. Le pape, continue-t-il, en admirant les rares vertus de son ame fut surpris de la petitesse de sa taille : « Nous sommes tels que Dieu nous a faits, répondit l'évêque de Tours; il est le même dans les petites et dans les grandes choses ; » donnant h entendre par là que Dieu est l'auteur de tout le bien qui est en nous, et que c'est à lui seul qu'il faut en rapporter la gloire.

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La sainteté de l'évêque de Tours fat attestée par divers miracies dès son vivant; il les attribuait par humilité à S. Martin et aux autres saints dont il avait coutume de porter des reliques. Il mourut le 17 novembre ôqS, après plus de vingt ans d'épiscopat. Il ordonna avant de mourir qu'on enterrât son corps dans un iieu par où passaient tous ceux qui entraient dans l'église; son but était qu'en foulant aux pieds son tombeau on en perdît insensiblement le souvenir. Mais son clergé érigea un monument en son honneur, k la gauche du tombeau de S. Martin.

S. Grégoire de Tours a composé plusieurs ouvrages, dont le plus remarquable est V Histoire des Français. Cette histoire est divisée en seize livres; elle comprend un intervalle de cent soixante-quatorze ans, depuis l'établissement fixe des Français dans quelques villes de la Gaule, sur les rives du Rhin. Elle est tout à la fois ecclésiastique et civile. On y trouve plusieurs traces des anciennes lois et coutumes des Gaulois et des Français qu'on chercherait inutilement ailleurs. Elle sera toujours lue avec plaisir par ceux qui veulent bien connaître l'origine et les commencements de notre monarchie et qui ne se laissent rebuter ni par le défaut de méthode, ni par la né^^h'gence du style. [Voyez les remarques de D. Kuinarl, qui a donné une excellente édition des œuvres de S. Grégoire de Tours, laquelle parut à Paris en 1G99, in-folio.)

l56 s. LÉANDRE, ÉVÊQUE.

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