SEPTIÈME SIECLE DE L'ÉGLISE
rRÉCIS HISTORIQUE DES ÉVÉNEMENTS LES PLIS REMAR- QUABLES DU SEPTIÈME ET DU HUITIÈME SIÈCLES.
Au commencement du septième siècle le démon voulut avoir un empire dont il fut le seul maître; et comme c'était dans l'Église d'Orient que les schismes et les hérésies avaient eu jusqu'alors le plus de succès, ce fut aussi dans cette Eglise que Dieu, par un juste effet de sa colère, lui permit d'exécuter les projets de destruction qu'il méditait. Mahomet fut l'instrument dont se servit l'esprit de mensonge pour faire à la religion la plaie la plus profonde qu'elle eût encore reçue.
Cet homme extraordinaire descendait d'lsn>ael, fds d'Abraham; il naquit à la Mecque, d'un père païen et d'une mère juive. Cène fut qu'à l'âge de quarante ans qu'il commença k faire le prophète et h se dire publiquement l'envoyé de Dieu. Ses concitoyens, qui le connaissaient pour un débauché, ne crurent point à sa prétendue mission, et ils voulurent l'arrêter. Mais Mahomet prit la fuite et se retira a Médina avec quelques partisans, qui l'aidèrent à s'emparer de cette ville. La religion qu'il prêchait était un mélange monstrueux de judaïsme, de christia^ nisme et de paganisme. Comme cet imposteur ne savait ni lire ni écrire, il fit rédiger sa doctrine par un moine apostat, et il donna au livre qui la conte-
l66 PRÉCIS HISTORIQUE.
nait le nom d'à/ Coran, c'est à dire de livre par excellence. Il était sujet a des attaques d'épilepsie, il les fit passer pour des extases occasionnées par les visites de l'ange Gabriel. Quand on lui demandait des miracles pour preuve de sa mission il disait qu'il n'était point envoyé pour faire des miracles, mais pour étendre la religion par Tépée. En effet, une troupe de soldats fugitifs et de voleurs s'étant jointe h lui, il commença par piller les caravanes, puis il marcha contre la Mecque et la prit. Il soumit ensuite les différentes contrées de l'Arabie, forçant les peuples h embrasser sa nouvelle religion. Ses successeurs continuèrent ses conquêtes, et se répandirent comme un torrent dans l'Asie et dans l'Afrique, où ils firent des maux irréparables au christianisme.
Vers cette époque l'Eglise eut aussi h combattre contre l'hérésie des monolhélites. Ces hérétiques étaient un reste d'eutychicns déguisés, qui depuis leur condamnation, n'osant plus dire qu'il n'y avait qu'une nature en Jésus-Christ, se bornaient à prétendre qu'il n'y avait en lui qu'une seule volonté. Cette nouvelle erreur fut principalement combattue par le pape S. Martin et par le saint abbé Maxime, à qui leur zèle pour la foi coûta la liberté et la vie. L'Église d'Orient fut agitée et troublée par les monothéhtes jusqu'au règne de Constantin-Pogonat, qui fit assembler en 680 un concile à Constantinople. Ce concile, qui fut le sixième général, frappa d'anathème les auteurs de la nouvelle secte; elle tomba en peu de temps, et la paix fut rendue à l'Eglise.
Cependant au milieu de ses pertes la religion eut
quelque sujet de consolation ; le flambeau delà foi, ainsi que le soleil, ne quitte une contrée que pour aller en éclairer une autre. A mesure que la religion s'affaiblissait en Orient, soit par les hérésies soit par les conquêtes des mahométans, elle s'étendait du côté du nord par les travaux apostoliques de plusieurs saints missionnaires. Le plus célèbre de ces missionnaires fut S. Boniface, archevêque deMayen ce. Toute l'Allemagne, et la Bavière en particulier ressentit les effets de son zèle; il l'avait trouvéô presque tout idolâtre, il la rendit presque toute chrétienne. De toutes parts les temples des idoles furent abattus ou changés en églises consacrées au vrai Dieu. S. Boniface après vingt-cinq ans de travaux, obtint une récompense assez ordinaire aux missionnaires apostoliques; il reçut la palme du martyre, et Dieu glorifia son serviteur par un grand nombre de miracles.
L'Eglise pendant le huitième siècle courut un nouveau danger de la part des iconoclastes on briseurs d'Images, Cette hérésie fut d'autant plus dangereuse qu'elle avait pour auteur le prince lui-même. Léon-l'Isauricn était parvenu h l'empire par ses vertus guerrières. Quoique son ignorance fut grande en fait de sciences et de religion, il voulut cependant s'ériger en réformateur. S'élant mis dans la tête que le culte des saintes images était une idolâtrie, il entreprit de l'abolir, et ordonna d'ôter des églises toutes les images de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des saints. Cette entreprise souleva tout le monde; mais Léon, qui avait pour lui la force, exila ou fit mourir ceux qui osèrent élever la voix en faveur delà vérité. Constantin-Copronyme, son
l68 PRÉCIS HISTORIQUE.
fils et son successeur, persécuta les catholiques avec plus de fureur encore ; il leur fît souffrir toutes sortes d'outrages et de tourments.
L'hérésie sanguinaire des iconoclastes ravagea l'Église d'Orient jusqu'au règne de l'impératrice Irène. Cette princesse, étant montée sur le trône, demanda au pape Adrien la convocation d'un concile général, qui fut le septième. Il se tint à Nicée en 7.87, et déclara que c'était une chose pieuse d'honorer les saintes images, puisque l'honneur qu'on leur rend se rapporte tout entier à l'objet qu'elles représentent.
Tandis que ces choses se passaient en Orient, Charlemagne, roi de France, employa constamment sa puissance h étendre le royaume de Jésus-Christ. Il aida les évêques à rétablir la discipline ecclésiastique; il protégea les souverains pontifes contre les usurpations des Lombards ; il réprima les entreprises des Saxons; et après une guerre de trente ans, les ayant domptés, il les amena à la connaissance de l'Évangile.
Lorsqu'il monta sur le trône l'ignorance était répandue sur toute la France; on n'y voyait plus ni maîtres, ni écoles publiques. Charlemagne, qui savait combien l'ijinorance pouvait être funeste à la religion, entreprit de relever l'étude des lettres. En conséquence il attira dans ses états par des bienfaits les hommes les plus instruits des pays étrangers, et leur donna des écoles publiques dans les principales villes et dans les plus grandes abbayes du royaume. lien établit une dans l'enceinte même de son palais ; et ce grand prince , pour donner Texemple de l'application, ne rougissait pas de des-
s. AICTJSTIN, APÔTRli 1)' ANGLETERRE. 169
cendre quelquefois de son trône et de prendre le rang de'disciple avec les jeunes princes ses enfants. On croit que ce fut là le berceau de riniversité de Paris, la plus ancienne et la plus célèbre de l'Earope.