‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 72 sur 131 · CHRODEGAND, ÉVEQUE. 3l · texte numérisé non relu

CHRODEGAND, ÉVEQUE. 3l

ordonna de le remettre en prison et de l'y battre de verges jusqu'à ce qu'il mourût. Ceux qui furent chargés de cette barbare exécution n'eurent point le courage de l'achever. L'empereur, apprenant qu'Etienne vivait encore, s'écria :« Personne ne me délivrera donc de ce moine ? » Aussitôt une troupe de scélérats, excités par quelques courtisans, courent à la prison, se saisissent du saint abbé, lui attachent les pieds à des cordes et le traînent dans les rues delà ville; plusieurs lui jettent des pierres ou le frappent avec des b âtons. Un de cesf urieuxl ui décharge sur la tête un coup si violent qu'il lui fait sauter la cervelle. On continua d'insulter son cadavre jusqu'à ce que ses membres fussent mis en pièces et que ses entrailles avec toute sa cervelle fussent répandues par terre.

CHRODEGANG ,

ÉVÊQIE DE METZ.

(6 mars.)

Chrodegang , issu d'une famille très illustre, naquit dans leBrabant, nommé alors Hasbain. Il passa ses premières années dans l'abbaye de Saint-Tron, où il se rendit fort habile dans les sciences et dans les voies intérieures de la piété. Il devint référendaire et chancelier de France, puis premier ministre de Charles- Martel en 757. Quoiqu'il fût obh'gé de vivre à la cour, il ne changea rien à la simplicité des habits qu'il avait coutume de porter; il continua aussi de macérer son corps par les jeûnes, les veilles et l'usage du cilice. Son amour pour la mor-

5l6 s. CHRODEGAND, ÉVEQUE.

tiiicatlon allait si loin qu'il n'accordait à la nature que ce qui lui était absolument nécessaire. Sa charité pour les pauvres ne connaissait point de bornes; il pourvoyait aux besoins d'une multitude innombrable de malheureux ; il protégeait les veuves et les orphelins, qui le regardaient comme leur père et leur tuteur.

Quelque temps après la mort de Charles-Martel, c'est à dire en 742, il fut élu pour remplir le siège épiscopal de Metz ; mais Pépin, fils et successeur de Charles, ne voulut consentir à son sacre qu'à condition qu'il continuerait d'exercer la charge de ministre d'état. Le saint sut allier les devoirs que cette double dignité lui imposait. Il ne perdit rien de son humihté, de sa douceur, de son recueillement et de la simplicité qui régnait dans tout son extérieur. Il portait toujours un ciHce sous ses habits. Il passait une grande partie de la nuit en prières, et ses yeux avaient coutume de verser un torrent de larmes durant ce saint exercice.

Pépin, devenu roi de France, députa Chrodegang vers le pape Etienne III pour l'inviter à passer en France, afin de se délivrer de l'oppression des Lombards. Le saint se chargea lui-même de conduire le souverain pontife, et lui fit traverser les Alpes sans danger. Etienne fut reçu avec les plus grandes marques d'honneur. Le roi n'eut pas plus tôt appris qu il allart entrer dans ses états qu'il envoya son fils aîné pour l'accompagner jusqu'àPontsur- Yonne en Champagne, où il se rendit en personne pour le recevoir. Le pape étant sur le point d'arriver en cette ville, Pépin alla au devant de lui, et lorsqu'il l'eut joint, il descendit de cheval, se pro-

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sterna avec toute sa famille et les seigneurs de sa cour, et marcha quelque temps h pied par respect pour le saint-père, Etienne se retira dans, le monastère de Saint-Denis en attendant que ses affaires prissent une tournure plus heureuse.

Cependant Pépin, qui avait fait sa propre cause de celle du souverain pontife, députa notre saint en 754 vers Astolphe, roi des Lombards, pour le conjurer au nom des saints apôtres de n'exercer aucune hostilité contre la ville de Rome, de rendre au saint-siège les places qu'il lui avait enlevées, et de ne point assujétir lesPioniainsà des superstitions incompatibles avec leurs lois. Chrodegang s'acquitta de sa commission ; mais il avait affaire à un prince inflexible, qui ne voulut rien accorder.

De retour dans son diocèse, il s'appliqua à rétablir la discipline et h faire fleurir la piété de toutes parts. En 765 ilfit du chapitre de sa cathédrale une communauté régulière; en quoi il fut imité par plusieurs autres Églises. Il donna a ses chanoines une règle fort sage, composée de trente- quatre articles. Dans le premier de ces articles riiumiHté était fortement recommandée, comme étant la base de tout le reste; dans un autre le saint obHgeail les chanoines à se confesser h l'évêque au moins deux fois par an; savoir, au commencement du carême et de l'avent. Il bâtit et dota les monastères de Saint- Pierre, de Gorze et de Lorsh ou Laurisham. Ce dernier était dans le diocèse de Worms. S. Chrodegang mourut le 6 mars 766, et fut enterré dans le monastère de Gorze, auquel il avait légué de grands biens par son testament, que nous avons encore. Il

3l8 s. JEAIS' DAMASCk>E.

est nommé en ce jour dans les martyrologes de France, d'Allemagne et des Pays-Bas.

S. JEAN DAMASGEiXE,

PÈRE DE l'église.

6 mai.)

Mahomet, ce fameux imposteur, souQiit une partie considérable de TArabie avant sa mort, qui arriva en 652. Il eut pour successeur Abubeker, qui étendit ses conquêtes dans la Ghaldée et la Perse. Omar, second calife des Sarrasins, se rendit maître de la Palestine, de la Syrie, de la Mésopotamie et de rÉgypte, sous le règne de Tempereur Héraclius, qui mourut en 64 1. Othman et Ali furent ensuite élevés successivement au califat. Le premier mourut en 655 et le second en 66o. Ali fonda la secte du mahométisme que suivent les Perses, mais qui est souverainement détestée par les Turcs et par tous ceux qui reçoivent les interprétations d'Omar et d'Othman.

Telle était la situation des affaires de l'Orient lorsque S. Jesn vint au monde. Il naquit sur la fin du septième siècle à Damas, ^ iiie qui lui a fait donner le surnom de Damaschie» Il sortait d'une famille noble et ancienne. Son père, quoique très zélé pour le christianisme, était singuhèrement estimé parmi les Sarrasins à cause de sa naissance, de sa probité et de ses talents. Les califes relevèrent mécne anx premières places et lui conférèrent la charge de secrétaire ou de conseiller d'état. Le pieux ministre redoubla de ferveur et de vigilance

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sur lui-même h proportion de la grandeur du danger auquel il voyait sa foi exposée; il prit surtout un soin particulier de l'éducation de son fils, dont l'innocence et la religion couraient tant de risques à la cour des princes infidèles. Entre autres captifs qu'il racheta il yen avait un nommé Cosme: c'était un religieux grec, aussi distingué par sa vertu que par son savoir. Les Sarrasins l'avaient amené ^ Damas pour le vendre avec les esclaves. Ce fut sous sa conduite que le père de Jean mit son fils. Le maître ne négligea rien pour répondre à la confiance qu'on avait en lui. Il cultiva les heureuses dispositions de son élève, et vint à hout d'en faire un homme également habile et vertueux. Jean fut honoré comme son père parmi les Sarrasins. Son rare mérite lui valut la confiance du calife, qui le fîit gouverneur de Damas, sa capitale.

Après la mort d'Ali la dignité de calife avait passé dans la famille des Ommiades, et celui qui en fut le premier revêtu se nommait Moavia. Ce prince et ceux qui lui succédèrent immédiatement traitèrent toujours les chrétiens avec douceur. La vertu de Jean et sa capacité pour les affaires étaient si universellement reconnues qu'il jouissait de la faveur de son prince sans faire de jaloux. Il en résultait un très grand avantage pour la religion qu'il professait.

Cependant le saint ne pouvait se rassurer contre les dangers qui l'environnaient de toutes parts. Il craignait la contagion de l'air qu'il respirait, persuadé qu'il est bien difficile de se soutenir quand on vit dans l'abondance et au sein des honneurs. Les réflexions qu'il faisait chaque jour sur les faux biens du monde en détachèrent parfaitement son

520 s. JEAX I)AMASCÈ>'E.

cœur. Il prit enfin la résolution de se démettre de sa place; peu de temps après il distribua ses biens aux pauvres et aux églises, et se retira secrètement dans la laure de Saint-Sabas, près de Jérusalem. Il eut pour compagnon de sa retraite Cosme, avec lequel il avait fait ses études et qui fut depuis évéque de Majume en Palestine.

Affranchi de l'esclavage du monde, il goûtait combien il est doux de vivre dans la solitude; tous ses moments s'écoulaient avec une tranquillité inaltérable, et son unique étude était de travailler sans distraction à répondre aux vues de Dieu sur lui et à metrtre son sakit en sure lé. Il fit de sérieuses réflexions sur l'important ouvrage qu'il entreprenait, et se hâta de trouver les moyens propres à se fixer dans le chemin de la vertu. Plein de ces pensées, il s'adressa au supérieur de la laure, qui lui donna pour directeur un ancien moine fort expérimenté dans la conduite des âmes. Cet habile maître mena Jean dans sa cellule, et lui donna les leçons suivantes : « Yous devez, lui dit-il, ne jamais faire votre propre volonté. Exercez-vous à mourir h vousmême en toutes choses, afin de bannir de votre cœur tout attachement aux créatures. Offrez à Dieu vos actions, vos peines, vos prières. Ne vous enorgueillissez point de votre savoir, ni de quelque avantage que ce soit; mais convainquez-vous fortement que de votre propre fonds vous n'êtes qu'ignorance et faiblesse. Renoncez à toute vanité; défiez-vous de vos lumières et ne désirez jamais d'avoir des visions et des faveurs extraordinaires. Eloignez de votre esprit tout ce qui pourrait vous rappeler l'idée du monde; gardez cxactemer.t le silence, et souve-

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nez-yous que l'on peut pécher môme en disant de bonnes choses, lorsqu'il n'y a point de nécessité.» Le fervent novice suivit ces leçons avec ponctualité; ausiû avança-t-il à grands pas dans les voies de la perfection. Son directeur l'éprouvait tous les jours de mille manières différentes, afin de le faire parvenir à une obéissance consommée. Il lui ordonna un jour d'aller vendre des paniers h Damas, et lui défendit en même temps de les donner au dessous d'un certain prix qu'il marqua et qui était exorbitant. Le saint obéit sans le moindre murmure. Il se rendit sous un habit pauvre à Damas, où il avait autrefois vécu dans la splendeur. Quand il y eut exposé sa marchandise il répondit h ceux qui lui en demandaient le prix conformément à ce qui lui avait été prescrit. On le traita d'extravagant et on l'accabla d'insultes, qu'il souffrit en silence. A la fin un de ses anciens domestiques eut pitié de lui, et acheta tous les paniers pour le prix qu'il voulait les vendre. Ce fut ainsi qu'il remporta la victoire sur la vanité, passion contre laquelle son directeur tachait par toutes sortes de moyens de le prémunir.

Un moine étant inconsolable de la mort de son frère, Jean pour arrêter le cours de ses larmes lui dit un vers grec dont le sens était que tout ce que le temps détruit n'est que vanité. Son directeur, qui craignait que la tentation de faire parade de sa science ne s'emparât de son cœur, lui fit de grands re,proches. « Vous avez, lui dit-il, violé la défense que je vous ai faite de parler sans nécessité. » Il le condamna ensuite h être renfermé dans sa cellule. fee serviteur de Dieu s'avoua humblement coupable

32 2 S. JEAN DAMA.SCÎiNE.

de désobéissance, et, au lieu de chercher à s'excuser par la pureté de son intention, il pria les autres moines d'intercéder pour lui et de lui obtenir le pardon de la faute qu'il avait commise. Sa grâce lui fut accordée, mais à des conditions très humiliantes auxquelles il se soumit avec joie.

Son éminente vertu le rendait infiniment cher à ses supérieurs. Il fut enfin jugé digne d'être élevé au sacerdcce, dignité qui pour lors s'accordait auxmoines beaucoup plus rarement qu'aujourd'hui. Ce nouvel état ne fit qu'augmenter sa ferveur et son humilité. Son directeur, le voyant solidement établi dans la vertu, lui permit d'employer ses talents à écrire pour l'édification du prochain et l'utilité de l'Eglise. Il n'avait plus rien à craindre de cette vanité secrète qui dérobe souvent, même à un auteur chrétien, tout le mérite de ses veilles et de ses travaux; vanité plus commune que l'on ne pense, et qu'un homme d'esprit appelle le dernier faibU des grands génies. Quelque temps après il eut ordre de prendre la plume pour défendre la foi attaquée par les hérétiques.

L'empereur Léon Clsaarien avait publié en 72 G des édits contre le culte des images. Les iconoclastes, fiers de la protection de ce prince, s'étaient fait beaucoup de partisans. Comme les ravages de leur hérésie augmentaient de jour en jour, le saint pour arrêter les progrès du mal écrivit ses trois discours sur les images. Il commence ainsi le premier : « Connaissant ma bassesse et mon indignité, j'aurais dû sans doute garder un silence perpétuel , et me contenter de pleurer mes péchés devant Dieu; mais, voyant que l'Eglise était assaillie par une vio-

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lente tcmpùte, j'ai cru que je ne devais plus me taire, parcequc je crains beaucoup plus Dieu qu'un empereur d'ici-bas.» Ilpose pour principe que, l'Église ne pouvant errer, il est impossible qu'elle tombe jamais dans l'idolâtrie. Il explique ce que l'on doit entendre par l'adoration due k l'Etre suprême, et à laquelle il donne le nom de lati^ic avec S. Augustin et les autres pères; après quoi il montre qu'elle est entièrement diilérente de la vénération que nous marquons aux serviteurs et aux amis de Dieu. « Cette vénération, ajoute-t-il, est aussi distinguée du culte de latine que les marques de respect que nous témoignons aux princes et aux supérieurs, conformément à ce qui nous est prescrit par la loi de la nature et par l'Ecriture sainte. On ne peut rien conclure de la défense faite dans l'ancien Testament d'avoir des images; elle était restreinte aux seules idoles, ou du moins elle ne regardait que les Juifs. Si l'on veut rétablir la foi mosaïque , il faut par la même raison se faire circoncire et observer le sal>bat. D'ailleurs, continue-t-il en s'adressant aux iconoclastes, pourquoi n'honoreriez-vous pas les inubges puisque vous honorez le lieu du Calvaire, la pierre du saint sépulcre, le livre des évangiles, la croix et les vases sacrés? « Le saint prouve ensuite la doctrine de l'Église par l'autorité dos pères. Dans son second discours il montre fort au long que l'on ne doit point av oir égard aux édits de l'empereur.

C'est au prince, dit-il qu'appartient le gouvernement de l'état, mais il ne doit pas se mêler de faire des décisions sur la doctrine; son autorité ne va point jusque là. 11 apporte dans le troisième

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discours les preuves que fournit la tradition en fa- Tcor du culte qui a été rendu de tout temps aux images.

S. Jean Damascène ne se contenta point d'écrire contre les iconoclastes, il parcourut la Palestine pour exhorter les fidèles persécutés. Il alla dans le même dessein à Constantinopîe, sans se laisser effrayer parla puissance de Constantin-Copronyme, qui favorisait ouvertement les^ ennemis de l'Église. De retour en Palestine, qui était de la domination du calife des Sarrasins, il continua de défendre la foi catholique par de savants écrits.

Son application à l'étude ne diminuait rien de sa ferveur, parcequ'il avait soin de nourrir son ame par la pratique du recueillement et de la contemplation : il savait que c'était là l'unique moyen de prévenir la dissipation et de ne point laisser éteindre en lui l'esprit de prière. Par une telle conduite il empêchait l'amour de l'étude de dégénérer en passion et de le troubler dans ses exercices de piété; fl avait soin encore de chercher la vérité pour ellemême, et de se prémunir contre toute vaine curiosité. Il mourut dans sa cellule vers l'an 780. On découvrit son tombeau auprès du portail de l'église de la Laure, dans le douzième siècle, comme Jean •Phocas nous l'apprend dans sa descriptio,n de la Palestine.

C'est surtout dans ses ouvrages dogmatiques que S. Jean fait paraître l'étendue de son génie. Son style y est plein de force et de clarté; ses raisonnements sont solides et concluants. L'auteur y montre partout une singulière pénétration d'esprit et une sagacité merveilleuse à expliquer les mystères

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