‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 74 sur 131 · NEUVIÈME SIECLE DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME SIECLE DE L'ÉGLISE

PRÉCIS HISTORIQUE DES ÉVÉNEMENTS LES PLUS REMAR- QUABLES DES NEUVIÈME, DIXIÈME ET ONZIÈME SIÈCLES.] ■

Charlemagne avait rendu de grands services à la religion; elle sut aussi les reconnaître. Ce prinee était maître de presque toutes les provinces qui avaient composé l'empire romain d'Occident. La Germanie, les Gaules, une grande partie de l'Espagne et de l'Italie lui obéissaient. Il ne lui manquait plus que le titre d'empereur. Le pape Léon III et les Romains ne crurent pas pouvoir mieux reconnaître les services signalés qu'il avait rendus à l'Église qu'en lui déférant la couronne impériale. Charlemagne signala son empire par un redoublement de zèle pour le bien de ses peuples et pour l'extirpation des vices. Il mourut à Aix-la-Chapelle plein de gloire et de vertus.

^ L'Église avait joui du repos au commencement* du neuvième siècle, mais ce repos fut troublé par Photius , usurpateur du siège de Constantinople : c'était un homme rempli de science et de talents ; illes renditfnnestes à l'Eglise et à lui-même par son ambition et ses fourberies. Appuyé delà faveur d'un ministre de l'empereur d'Orient, homme également impie et débauché, il parvint à faire chasser de son siège S. Ignace, patriarche de Constantinople, qu'on redoutait à cause de son zèle contre l'iniquité, et

il usurpa sa place au mépris de toutes les règles de rÉglise. Le fourbe écrivit au pape Nicolas I" pour lui fairepart de son élévation, et n'oublia rien pour le prévenir en sa faveur. A l'entendre c'était malgré lui qu'on l'avait choisi pour cette place éminente ; il avait résisté de toutes ses forces, on lui avait fait violence. Il ajoutait qu'Ignace avait donné de lui-même sa démission et qu'il s'était retiré de plein gré dans un monastère.

Tous ces articles étaient autant de mensonges; car S. Ignace avait refusé constamment de se pr»^ ter à ces injustices, et il était renfermé dans une prison infecte où on le traitait indignement. II trouva cependant moyen d'informer le souverain pontife de tout ce qui s'était passé h Constantinople, Alors le pape écrivit des lettres où il rétablissait Ignace et condamnait l'intrusion de Photius. Mais celui-ci supprima les lettres du pape, et en substitua d'autres où il lui faisait dire tout le contraire. Ce fut ainsi qu'à force d'artifices et de fourberies cet ambitieux scélérat se maintint pour lors dans son usurpation.

Quelques années après l'intrusion de Photius, l'empereur Basile étant monté sur le trône, les choses changèrent de face. L'usurpateur fut chassé du palais patriarcal et enfermé dans un monastère. S. Ignace, patriarche légitime, rentra solennellement dans son Eglise et engagea le pape à convoquer un concile général. Ce concile fut le huitième, et se tint h Conslantinoplc. Le pape y présidait par ses légats. Photius fut cité à comparaître; mais il fallut l'amener malgré lui. Cet hypocrite joua le personnage du juste opprimé. A la plupart des

questions qu'on lui fit il garda le silence , et lorsqu'il fut obligé de parler il emprunta dans ses réponses les mêmes paroles que Jésus-Christ avait prononcées devant ses juges au temps de sa passion. II fut renvoyé avec indignation. Le concile l'excommunia lui et ses adliérents. Le pape confirma les décrets du concile, et l'Eglise grecque recouvra sa tranquillité. Mais il resla dans plusieurs de ses membres le germe funeste de la division qui devait un jour la séparer de l'Église latine.

L'Église eut ensuite beaucoup à souffrir de la part des nations encore infidèles du nord de l'Europe. Dans les neuvième et dixième siècles ces nations parcoururent le fer à la main l'Allemagne, l'Angleterre, la France, l'Espagne, l'Ilalic, et laissèrent parlent des marques de leur l'urcur contre le christianisme. Les arls et les sciences furent bannis de ces contrées el ne trouvèrent plus d'asile que dans les monastères. On s'y occupa à transcrire les ouvrages anciens, échappes aux barbares; monuments précieux qui auraient péri pour toujours si l'Église n'avait pris soin de les transmettre à la postérité. C'est dans son sein que se conserva le goût des lettres; et l'Église seule eut la gloire de soumettre à son obéissance les nations belliqueuses qui l'avaient désolée, de les adoucir, de les civiliser et de changer en enfants dociles les plus cruels de ses persécuteurs.

Dans le neuvième siècle elle avait converti successivement les Danois, les Suédois, les Polonais et les Russes. Après eux, les Normands, qui depuis long-temps ravageaient la France, et qui paraissaient au commencement du dixième siècle plus

acharné que jamais, ouvrirent tout à coup les yeux a la lumière, et l'on vit un changement subit dans les mœurs de ce peuple jusqu'alors féroce et indomptable.

Ce fut sur la fin du même siècle que les Hongrois, peuple encore plus féroce que les Normands, après avoir horriblement ravagé les églises d'Allemagne, furent convertis par S. Etienne, leur roi et leur apôtre.

Ce saint roi avait une dévotion particulière pour la Mère de Dieu, et il mit sous sa protection sa personne et son royaume ; exemple qui a depuis été imité par un de nos rois.

Dans le onzième siècle l'Eglise eut à combattre contre une nouvelle hérésie. Bérenger, archidiacre d'Angers, voulant se distinguer et acquérir de la célébrité, osa attaquer un mystère que dix siècles consécutifs avaient respecté ; il enseigna que le corps et le sang de Jésus-Christ ue sont pas contenus réellement dans l'Eucharistie. Anssitôt il s'éleva une réclamation générale, et l'on écrivit de toutes parts pour défendre l'ancienne croyance de l'Église contre cette nouveauté impie. On assembla un concile à Pvome. Bérenger y comparut et n'osa y soutenir son erreur; il se rétracta et jeta lui même au feu les livres qu'il avait écrits contre la sainte Eucharistie. Cette hérésie, anathématisée par l'auteur même, fut anéantie pour lors, et ne reparut que plusieurs siècles après, lorsque les calvinistes la renouvelèrent.

Ce fut dans le courant du onzième siècle que les Grecs se séparèreut de FÉglise romaine par un effet de l'aml^tion des patriarches de Constanti

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nople. Depuis long-iemps ces évêques voyaient avec une secrète jalousie la prééminence du siège de Rome et son autorité sur toutes les Eglises du monde chrétien. Michel Cérufaire, plus ambitieux encore et plus hardi que ses prédécesseurs, rompit ouvertement avec l'Eglise romaine et se sépara de l'unité dont elle est le centre. Pour justifier cette rupture scandaleuse il renouvela les injustes accusations et les reproches frivoles que Photius avait autrefois faits aux Latins ; par exemple de se faire la barbe, de jeûner le samedi, de ne pas chanter VaUclaia pendant le carême, etc. En conséquence il défendit de commiiniqner avec le pape, il fit fermer les églises que les Latins avaient à Constanti- Bople, et poussa le fanatisme jusqu'à rebaptiser ceux qui avaient reçu le baptême dans l'Éghse latine.

Par des lettres pleines de mensonges il s'efforça de soustraire à l'obéissance duc au chef de l'Église les trois patriarches de Jérusalem, d'Alexandrie et d'Antiochc, et les autres évêques d'Orient. Ses impostures réussirent auprès de plusieurs d'entre eux; mais le schisme n'était point encore général: il ne fut consommé que plus d'un siècle après, lorsque les Latins devinrent odieux aux Grecs par la conquête qu'ils firent de la ville et de l'empire de donstantinople.

Vers la fin du onzième siècle l'Église fut consolée par l'établissement d'un nouvel ordre religieux, connu sous le nom de Chartreux. S. Bruno en est le fondateur. C'était l'homme le plus savant et le plus habile écrivain de son siècle. Sa réputation releva h la dignité de recteur des grandes études dans l'église de Reims, célèbre alors par ses écoles, i

Mais Bruno, qUi sentait le vide des distinctions humaines, résolut de se retirer dans la solitude et d'y consacrer le reste de ses jours h la pénitence. Suivi de plusieurs de ses amis à qui il avait inspiré son dégoût pour le monde, il alla trouver S. HugueS;, évêque de Grenoble, qui le conduisit dans un lieu sauvage de son diocèse, au milieu des horribles montagnes connues sous le nom de Chartreuses. Bruno s'y établit avec ses compagnons.

On vit alors reparaître en France les merveilles delà Thébaïde. Ces nouveaux solitaires, dit un auteur contemporain, sont plutôt des anges que des hommes. Chacun a sa cellule entourée d'un petit enclos, d'où il ne sort pas: on lui Iburnlt du pain et des légumes d'une seule espèce, pour la nourriture de la semaine. Tous gardent un silence parfait et ne demandent que par signes les choses dont ils ont absolument besoin. Leur principale occupation est le travail des mains, leur seul délassement est la prière. Ils ne se réunissent que le dimanche pour chanter l'office en commun. Leur habit est fort simple; par dessous ils poctent le cilice. Tout est pauvre chez eux, même l'église, dont l'argenterie se réduit à un calice.

S. Brnno eut la consolation de voir le nouvel ordre se répandre rapidement dans toute TEurope- Quand iî sentit approcher sa fin il assembla ses religieux, cl fit en leur présence sa profession de foi contre l'hérésie de Bérengf^r ; elle était conçue en ces termes : Je crois les sacrements de l'Eglise, et en particulier que le pain et le vin consacrés sur l* autel sont le vrai corps cl le vra: sang de Jésus Christ, que nous recevons dans l'cspèmnc^ du salut éternel. L'es-

332 s. TARA.ISE.

prit de ce saiut fondateur s'est perpétué dans ses enfants : l'ordre des chartreux, par un privilège bien rare, n'a pas eu besoin de réforme durant huit siècles qu'il a subsisté.

S. TARAÏSE,

PATRIARCHE DE CONST A>"ÏI>OPLE.

(25 février.)

Taraise, né à Constantinople vers le milieu du huitième siècle, était fils de Georges et d'Eucratie, tous deux de race patricienne. Georges exerçait une des premières charges de la magistrature et jouissait de la plus haute considération. Eucra;tie, encore plus distinguée par ses vertus que par sa naissance, était aussi universellement estimée. Elle voulut former elle-même son fds aux exercices de la piété, et elle y réussit merveilleusement. Le jeune Taraise se fit bientôt admirer par ses talents et son attachement à la religion. Il fut élevé à la dignité de consul. Le séjour de la cour, ordinairement si dangereux à l'innocence, n'altéra point les sentiments de piété gravés dans son cœur ; il y vécut toujours en chrétien.

La secte des iconoclastes ou briseurs d'Imagée était devenue fort insolente à cause de la protection que lui avaient accordée plusieurs empereurs. L^impératrice Irène, femme de Léon, surnommée Chazare, qui à de mauvaises qualités en joignait de bonnes, avait toujours conservé un attachement secret à la foi cathohque. Après la mort de son mari elle se fit déclarer régente de l'empire, afin de

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