‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 75 sur 131 · TAP.AISE · texte numérisé non relu

TAP.AISE

gouverner sous le nom de son fils Constantin, qui n'était âgé que de dix ans. Les orthodoxes conçurent alors l'espérance de voir enfin finir la persécution qu'ils souffraient depuis long-lemps. Paul III était alors patriarche de Constantinople. Ce prélat avait d'excellentes qualités, et entre autres une immense charité pour les pauvres ; mais la crainte l'avait empêché de se déclarer ouvertement pour la vérité ; il avait même tenu contre sa conscience une conduite qui favorisait l'hérésie régnante. Une maladie dangereuse lui ouvrit les yeux sur sa lâcheté ; il résolut pour l'expier de passer le reste de sa vie dans la solitude. On fit d'inutiles efforts pour le faire revenir h. Constantinople ; il insista pour qu'on lui donnât un successeur, et il désigna Taraise. Il mourut peu de temps après, et on élut celui qu'il avait désigné.

Il fut extrêmement difficile de déterminer Taraise à accepter le siège vacant, et il n'y consentit enfin que quand on lui eut promis d'assemhler un concile général pour terminer toutes les disputes qui s'étaient élevées touchant les saintes images. Dès qu'il fut installé il écrivit au pape Adrien pour s'unir avec lui dans la communion de l'Église catholique. Lorsque les légats du pape et des patriarches, ainsi que les évêques de leur dépendance , furent arrivés h Constantinople, on y fit l'ouverture du concile le 1" août 786. Mais on ne put rien statuer à cause des violences que les iconoclastes exercèrent : il fallut donc se retirer et attendre un temps plus favorahle. L'année suivante les évêques s'assemhlèrent à Nicéc en Bithynic. Le concile fut composé de trofe cent cinquante évêques, indépendamment d'un

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grand nombre d'abhcs, de prêtres et de conlesseurs. On exposa la doctrine de l'Église sur la matière en question; après quoi on définit contre les iconoclastes qu'on doit rendre un culte de relation aux images des saints.

Taraise, conformément à la décision du concile, rétablit lusagc des saintes images dans toute l'étendue de son diocèse. Il s'appliqua aussi avec beaucoup de soin à réforûier divers abus et surtout à abolir la simonie. Il voulut donner l'exemple de toutes les vertus qu'il recommandait aux autres. Il bannit de sa table et de son palais tout ce qui sentait la somptuosité. La prière et la lecture emportaient les moments dont il pouvait disposer. Il ramena la simplicité évangélique dans son clergé. Les laïques rougirent de leurs dérèglements et rentrèrent dans les règles de la loi. Sa cbarité pour les pauvres couronnait ses autres vertus. Il parcourait les hôpitaux et les maisons particulières de peur que quelque malheureux ne restât sans secours. Uû pareil ministre de Jésus-Christ ne pouvait manquer d'opérer les plus grands biens. Il revenait souvent dans ses instructions sur la nécessité de mortifier ses sens, et sur les dangers que l'innocence court au théâtre.

Cependant Tempereur Constantin conçut une passion criminelle pour Théodote, dame d'honneur de l'impératrice Marie, qu'il n'avait jamais aimée. Oubliant que les liens du mariage sont indissolubles, il résolut de les rompre pour épouser Théodote. Il sentit qu'il serait difficile de faire approuver son divorce par le patriarche. Il lui envoya un de ses officiers pour exposer les prétendus torts de

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l'impératrice, qu'il accusait d'avoir voulu attenter à sa vie par le moyen du poison. Taraise ne répondit que ce peu de mots en soupirant : « Je ne sais comment l'empereur pourra supporter l'infamie dont ce divorce scandaleux va le couvrir à la face de l'univers. Je ne sais pas non plus comment il pourra punir les adultères et les autres débauches après avoir donné un tel exemple. Allez loi dire de ma part que je souffrirai plutôt la mort et tous les supplices imaginables que de consentir h son dessein. » L'empereur, se flattant toujours de gagner le patriarche, le fit venir et allégua les prétendues preuves qu'il avait des projets criminels de l'impératrice. Taraise ne donna point dans le piège et dit généreusement h l'empereur qu'il connaissait le motif de ses plaintes : a Elles viennent, ajouta-t-il, de TOtre passion pour Théodote; mais^ fussent-elles fondées, je ne consentirais point pour cela à la célébration d'un mariage qui sera toujours illégitime et contraire h la loi de Dieu tant que l'impératrice TÎyra. » L'empereur furieux le fit chasser de sa présence.

Aveuglé de plus en plus par sa passion, il obligea l'impératrice de sortir du palais et de se retirer dans un monastère. Il se fit marier avec Théodote par Joseph, économe de l'Lglise de Constantiiiople. Cette action scandaleuse eut des suites très funestes à la religion. Plusieurs personnes puissantes suivirent l'exemple du prince, et la débauche fut publiquement autorisée. Taraise n'exécuta point la menace qu'il avait faite d'employer les censures ecclésiastiques. Il crut qu'il était de la prudence de ne pas pousser h bout un prince entier dans ses vo^

lontés, de peur qu'il ne rétablît l'hérésie, pour l'extirpation de laquelle il avait déjà pris des mesures. Il usa de modération pour ne pas tout perdre. Cela n'empêcha pas l'empereur de le persécuter, même dans la personne de ses proches et de ses domestiques.

Cependant Timpératrice Irène fit jouer mille ressorts pour rendre son fils odieux à l'empire, afin de recouvrer l'autorité dont elle avait été dépouillée. Ayant gagné les principaux officiers de l'aripée, elle le fit emprisonner, puis ordonna qu'on lui crevât les yeux ; ce qui fut exécuté avec tant de cruauté que le malheureux prince en mourut en 797. Elle régna seule pendant cinq ans ; mais elle fut détrônée et reléguée dans l'île de Lesbos, où elle mourut de chagrin.

Taraise profita de la liberté qui lui fut rendue pour rétablir partout le bon ordre. Il vécut en paix sous le règne de A'icéphore, uniquement occupé des pratiques de la pénitence et des fonctions du saint ministère. Enfin il fut attaqué de la maladie qui termina sa vie le 20 février 806.

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