TOME IV. l
358 LE BIENHErREUX CHARLE^fA«•;yE.
Home pour se soustraire à la fureur de ses ennemis, lise réfugia auprès de ce prince, qui sut le rétablir et lui faire justice en punissant les coupables. Ce fut le même pape qui couronna Charles empereur des Romains, le jour de Noël de l'an 800. On ne peut dire que le monarque français eût brigué ce titre, et il protesta lui-même qu'il n'aurait point été à l'église ce jour-là s'il eût prévu ce qui devait arriver. Ainsi fut rétabli l'empire d'occident, qui avait fini dans la personne d'Augustulecn 476. ÎVicéphore, empereur de Constantinople, reconnut par la suite Gharlemagne pour empereur d'occident. Charlemngne ne s'occupait pas tellement de la guerre qu'il négligeât l'administration intérieure de ses vastes états. Il pensait jusqu'au milieu de ses marches au moyen Je rendre ses peuples heureux: de là ces règlements admirables qui rendront sa mémoire immortelle. Il s'appliqua aussi à bannir l'ignorance et la barbarie : il y réussit, en attirant par ses libéralités des hommes célèbres par leur science, comme un Alcuin , un Pierre de Pise, un Paul, diacre. Il établit des écoles dans les cathédrales et dans les monastères de son empire; il en fonda de publiques dans Paris, à Tours et dans plusieurs autres villes, et institua une espèce d'académie, dont les séances se tenaient dans son palais. On l'y voyait assister aussi régulièrement que ses affaires pouvaient le lui permettre; et comme la trempe de son esprit était excellente, il fît de rapides progrès dans les lettres. Tous ses moments de loisir étaient consacrés à la lecture, surtout à celle du livre de la Cite de Dieu, par S. Augustin. Il voulait que ce Lel ouvrage fût sous son chevet
LE BIENHEUREUX CHARLEMAGNE. SSg
pendant la nuit, afin que s'il Tenait à s'éveiller il en pût lire quelque chose.
Jamais prince ne montra plus de zèle contre toutes les nouvelles doctrines qui corrompent la pureté de la foi. Les erreurs de Félix d'Lreiel et d'Elipand de Tolède , sur la filiation de Jésus- Christ ne lui furent pas plus tôt connues qu'il fit assembler plusieurs conciles pour les proscrire. Il assista lui-même à celui de Francfort, qui anathématisa en 794 les blasphèmes de ces deux hérétiques. Le rétablissement et la manutention delà discipline ecclésiastique lui parurent aussi un objet digne de ses soins; et comme il savait que la conduite des personnes consacrées à Dieu par état influe beaucoup sur les peuples , il travailla à la réforme du clergé et des monastères : de là ce grand nombre de synodes où l'on fit ces beaux règlements que Ton trouve dans les Capitulaires de ce prince.
On ne peut disconvenir que Charles n'ait souillé ses premières années parfamour des femmes; mais il expia les désordres de sa jeunesse par une sincère pénitence. Il racheta ses péchés, selon fexpression de l'Ecriture, par d'abondantes aumônes qu'il répandit dans tous les lieux où il y avait de pauvres chrétiens. Convaincu que le précepte de la mortification regardait les princes comme les autres hommes, il observait à table le plus exacte sobriété, et se faisait lire quelque bon livre pendant ses repas. Il assistait régulièrement à f oflîcc de l'église et même à matines, autant que sa santé pouvait le lui permettre. Il avait grand soin que le service divin se fît avec cette décence et avec cette majesté qui annoncent la grandeur du Dieu que nous adorons ;
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ce fut ce qui l'engagea à faire venir de Rome des personnes versées dans la science du chant ecclésiastique, et h. ouvrir des écoles où des sujets pussent l'apprendre. Il décora les temples avec magnificence et les pourvut de vases et d'ornements précieux pour la célébration des saints mystères. Zélé défenseur de l'Église et de ses privilèges, il s'opposa toujours à l'injuste usurpation de ses biens, qu'il regardait comme les vœux des fidèles, le prix des péchés et le patrimoine des pauvres.
Ce grand prince mourut le 28 janvier 81 4, dans la soixante-douzième année de son âge, la quarante-septième de son règne, et la quatorzième de son empire. Il fut enterré à Aix-la-Chapelle. L'empereur Frédéric I" , surnommé Barberousse , fit faire la levée de son corps en 11 65. Il est vrai que ce fut en vertu d'un décret de canonisation donné par l'anti-pape Paschal Ilf; mais ce décret a acquis force de loi, n'y ayant point eu de réclamation de la part des papes légitimes. La fête du B. Charleniagnesefaità Aix-la-Chapelle avec le rit double de première classe. Il est encore honoré dans plusieurs églises de France et d'Allemagne. L^université de Paris le choisit pour son patron en 1661. La nation d'Allemagne, l'une des quatre de cette célèbre université^ l'honorait sous ce titre dès l'an 1480.
S. BENOIT D'AxMANE,
ABBÉ EN LANCrEPOC.
(12 février.)
S. Benoît, fils d'Aïgulfe, comte de Maguelone,
s. BENOÎT d'aMANE. 54 1
naquit en Languedoc. Il fat successivement échanson du roi Pépin et de Cliarlemague, qui tous deux le comblèrent de richesses et d'honneurs. Eclairé par la grâce sur la vanité des biens sensibles, il résolut, à l'âge de vingt ans, de tourner toutes ses vues vers la conquête du royaume céleste. Il resta cependant encore trois ans h la cour; mais il y menait la vie la plus mortifiée et la plus pénitente. Enfin une occasion où il pensa périr en voulant sauver son frère qui se noyait dans le Tésin, près de Pavie, acheva de le détacher du siècle. De retour en Languedoc, il ouvrit son cœur à un vertueux solitaire nommé Widmarou Guimcr, qui le confirma dans la résolution qu'il avait prise de renoncer entièrement au monde. Il partit donc de chez lui comme pour aller h Aix-la-Chapelle, où était la cour; mais il s'arrêta en chemin h l'abbaye de Saint-Seine, où il prit l'habit monastique en 774. Il y vécut deux ans et demi dans la pratique d'une rigoureuse abstinence et de la mortification la plus parfaite. Il traitait son corps comme un esclave rebelle, ne lui accordant que ce qui était absolument nécessaire pour le soutenir, du pain et de feau faisaient sa nourriture. Il dormaitpeu, et souvent sur la terre nue; quelquefois il passait toute la nuit en prières, nu-pieds sur le pavé, même au plus fort de l'hiver. Il embrassait avec ardeur tout ce que la pénitence a de plus humiliant. Il était si mort à lui-même qu'il trouvait un sujet de joie dans les mépris et les insultes. Non content d'obserfer la règle avec la ponctualité d'un fidèle disciple de S. Benoit, il pratiquait encore les austérités que prescrivent ceUes de S. Pacôme et de S. Basile. II possédait dans un degré éminent cet esprit de con-
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ponction, ce don des larmes, cette intelligence dans les voies de Dieu, qui sont le partage des âmes consommées dans la perfection.
Devenu cellerier, il s'acquitta de cet emploi d'une manière qui donna la plus haute idée de ses vertus et de sa capacité pour le gouvernement : c'est ce qui fit qu'après la mort de l'abÎDé les moines le choisirent pour lui succéder; mais comme il connaissait leur aversion pour la réforme il ne voulut point accepter cette charge. Il quitta même ce monastère eu 780, et retourna en Laiiguedoc, où il bâtit un petit ermitage dans une terre de sa famille, près d'une chapelle de Saint-Saturnin, et surlesbords d'un ruisseau nommé Aniane. Il y vécut quelques années dans une grande pauvreté, priant continuellement le Seigneur de lui découvrir sa volonté et de lui faire la grâce de correspondre fidèlement à sa vocation. Il lui vint des disciples, qu'il refusa d'abord par humilité; mais à la fin il en reçut quelques-uns, du nombre desquels était le saint vieillard Guimer, Tous ces solitaires n'avaient d'autre revenu que le produit de leur travail : ils ne vivaient ordinaire-ment que de pain et d'eau; ils y ajoutaient les jours de dimanche et de grandes fêtes un peu de vin et de lait qu'on leur apportait par charité. Le supérieur n était distingué des autres que par sa vertu; il s'assujettissait comme eux aux plus pénibles travaux. Benoît, voyant le nombre de ses disciples s'accroître de jour en jour, bâtit dans le voisinage un monastère plus grand et plus spacieux. Son amour pour la pauvreté allait si loin qu'il ne se servait à l'autel que de cahces de bois, de verre ou d'étain. Quand on lui faisait présent d'ornements précieux.
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il les donnait à d'autres églises. Outre la conduite de ses religieux, dont le nombre monta bientôt jusqu'à trois cents, il avait encore une inspection générale sur tous les monastères de Provence, de Languedoc et de Gascogne, qui tous le regardaient comme leur maître et leur père. Il établit partout la plus sévère réforme; mais h la fui il y apporta quelque adoucissement par condescendance pour la faiblesse humaine.
Notresaint, persuadé que toutes lesbonnes œuvres ne sont point méritoires sans la foi, conserva ce précieux dépôt avec la plus parfaite fidélité. Attaché inviolablement à l'Église, il s'éleva fortement contre ses ennemis, surtout contre Félix d'Urgel, qui attaquait la fdiation divine de Jésus-Christ II assista au concile de Francfort, où cet hérésiarque fut condamné en 794; il composa même quatre traités pour défendre la doctrine catholique. ^
Benoît était regardé comme l'oracle de la France, et y jouissait de la plus haute considération; ce qui lui facilita les moyens d'introduire la réforme dans un très grand nombre de monastères. Il envoya de fervents religieux dans celui do Gellone, appelé depuis Saint-Glllcm du désert , parcequ'il avait été fondé en 8o4 par Guillaume, duc d'Aquitaine. Louis-Ic -Débonnaire, frappé du renouvellement des cloîtres, établit lesaint inspecteur de toutes les abbayes de son royaume, et le fit venir a Marmunstcr ou Maraioustder en Alsace^ pour l'approcher davantage de sa personne ; mais comme ce lieu est éloigné d'Aix-la-Chapelle, qui était la résidence ordinaire de fcmpercur, il fonda pour lui le monastère d'Icdo^ qui n'en est q^'à d^.ux
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lieues. Le saint présida en 817 à une assemblée d'abbés, tenue pour le rétablissement de la discipline monastique , et fut le principal auteur des canons que îe concile d'Aix-la-Cbapelle fit la même année pour la réformation des bénéficiers et des moines. On adopta les statuts qu'il avait dressés, et on les joignit à la règle du patriarche S. Benoît; l'un ayant été en France et en Allemagne ce que l'autre avait été en Italie.
Cependant la santé de notre saint dépérissait de jour en jour, et ses dernières anliées ne furent qu'une maladie continuelle. Il mourut au monastère d'Inde, le 1 1 février 821^ âgé d'environ soixanteonze ans. On l'enterra dans ce monastère, depuis appelé de Saint-Corneille, parceque l'église est dédiée au saint pape de ce nom. On fait sa fête à Aniane le 1 1 de février; mais la plupart des martyrologes n'en font mémoire que le 12 du même mois, qui fut le jour de sa sépulture. Ses reliques, célèbres par plusieurs miracles, se trouvaient à l'abbaye d'Inde ou de Saint-Corneille^ dans le duché de Crèves.
L'application avec laquelle S. Benoît d'Aniane étudia l'esprit de sa règle prenait sa source dans un désir ardent de parvenir à la perfection évangélique. Il savait que le but de toutes les instructions monastiques est de faire mourirriiomme à lui-même pour l'unir à Dieu de la manière la plus intime. Or cette tendance à la perfection, et par conséquent la nécessité de mourir à toutes les inclinations de la nature corrompue, à toutes les cupidités de l'amour-propre, obligent indistinctement tous les disciples de Jésus-Christ. Les chrétiens qui vî-