ABBÈ DE CORBIE E^ PICARDIE
(2 janvier.)
Adélard ( i ) était issu du sang le plus illustre puisqu'il avait pour père le comte Bernard, fils de Charles-Martel, et frère du roi Pépin. Il était né à Huyze près d'Audenaerde ; ce village lui appartenait de même que celui de Beérlhem près de Louvain. Charlemagne, dont il était cousin-germain, le fit venir h la cour et le créa comte du palais. Quoiqu'il fût jeune encore il ne laissa pas de craindre l'air empesté qu'on respire dans le monde. De
(1) On l'appelait encore Adalard, que l'on prononçait Alard. Il était ordinaire aux anciens Français d'ajouter à certains mots des lettres ou des syllabes qu'on ne Taisait point sonner dans la prononciation. De là Chrodrobert ou lîigobert pour Robert ; Ctovis pour Louis -y Clothairc pour Lolhaire.
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là cette attention à conseryer la grâce que Dieu avait libéralement versée dans son ame. Les abus dont il était témoin alarmaient de plus en plus sa conscience ; et comme il ne pouvait y remédier, il résolut de s'en dérober au moins la vue. Il s'éloigna donc de la cour et du commerce des hommes pour aller vivre dans la retraite : son sacrifice fut d'autant plus édifiant et plus méritoire qu'il possédait les plus brillantes qualités de fesprit et du corps, et qu'il était à la fleur de son âge ; car il n'avait que vingt ans lorsqu'il prit l'habit monastique à Corbie en Picardie. 11 fit ses vœux après une année de noviciat passée dans la plus grande ferveur.
On le chargea d'abord de la culture du jardin, emploi dont il s'acquitta avec autant de zèle que d'humilité. Cette dernière vertu, jointe à l'amour de la solitude, lui fit demander la permission de se retirer au Mont-Gassin. Il avait choisi ce monastère dans l'espérance d'y être totalement inconnu aux hommes. La permission lui ayant été accordée , il passa en Italie ; mais il n'y trouva pas ce qu'il y était allé chercher. Son rare mérite et ses éminentes vertus le firent bientôt connaître. Onfobligea même de retourner au monastère de Corbie, dont il fut élu abbé quelques années après.
Charlemagne faisait im cas singulier de notre saint, aussi le contraignit-il de quitter la solitude pour venir à la cour. Nous apprenons de Hincmar, qui l'y avait vu, que de tous ceux qui composaient le conseil personne ne pouvait lui être comparé. En 796 le même prince le mit, en qualité de premier ministre, auprès de Pépin, son fils aîné, roi de Lombardie. Dans une place aussi importante,
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Adélard se proposa nniquement la gloire de Dieu et ie bonheur des peuples. Un ministre qui a des intentions aussi pures ne peut négliger son propre salut; et Toilà pourquoi le saint était si attentif à conserver le recueillement intérieur de l'ame au milieu de la dissipation inséparable des cours. Il allait de temps en temps se renfermer dans sa chambre, ou dans la chapelle du palais afin de vaquer à la prière et de ranimer continuellement sa ferveur par des méditations profondes sur l'abîme de ses misères et sur les grandeurs infinies de la majesté divine, Les larmes qui coulaient alors de ses yeux annonçaient la vivacité de sa ferveur. Charlemagne l'ayant rappelé de Milan l'envoya vers le pape Léon III pour assister à la discussion de certaines difficultés qui s'étaient élevées au suj<it d'une addition faite au symbole, afin d'exprimer plus clairement que le Saint-Esprit procède du Fils comme du Père. Il s'agissait du FUiocjae, que toutes les Eglises n'avaient point encore reçu. L'année suivante, c'est h dire en 810, mourut Pépin, roi de Lombardie. Il laissait im fils nommé Bernard, âgé de douze ans, qu'il mit sous la conduite du saint.
Quelques années après, Bernard qui, en qualité de fils de Pépin, l'aîné des enfants de Charlemagne, avait des prétentions h la couronne impériale, prit les armes pour faire valoir ses droits; mais il fut malheureux dans celte guerre , qui lui coûta son royaume et la vie. Louis-le-Débonnairc , prévenu • par les discours empoisonnés de quelques flatteurs soupçonna le saint d'avoir favorisé sourdement les prétentions de Bernard, son élève, et l'exila dans l'île d'Hère en Aquitaine. Sa famille fut enveloppée
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dans la même disgrâce. On bannit AVala, son frère, et Gundrade, sa sœur, qui tous deux profitèrent de cette épreuve pour leur sanctification. Quant à notre saint, il adora avec soumission les décrets de Dieu, qui se servait des hommes pour perfectionner sa vertu. Avec de tels sentiments il ne pouvait manquer de goûter dans sa nouvelle demeure une joie et une tranquillité d'ame inaltérables. Cependant l'empereur revint de ses préjugés; il reconnut l'innocence d\4délard et le rappela à la cour vers la fin de l'année 821; il lui fit même une espèce de réparation de l'injustice qu'il avait commise à son égard, en accumulant sur sa tête de nouvelles grâces et de nouveaux honneurrs. Le serviteur de Dieu ne fut point ébloui du rain éclat des grandeurs humaines; il en connaissait trop le vide : aussi fut-il toujours le même homme à la cour et dans le cloître, dans l'adversité et dans la prospérité. Le mépris des biens terrestres, l'amour de la prière, une tendre charité envers tous les hommes, un zèle ardent à servir les malheureux, furent les traits qui le caractérisèrent dans les diverses positions où il se trouva. Adélard, qui se croyait déplacé à la cour, et qui n y restait que malgré lui, demanda avec instance la permission de retourner à Corbie. Elle lui fut enfin accordée en 823. Il ne fut pas plus tôt rentré dans son monastère qu'il en reprit les exercices avec une nouvelle ferveur. Souvent on le voyait, malgré sa dignité d'abbé, s'assujettir aux plus humiliantes fonctions de la communauté. Quoique avancé en âge, il écoutait avec docilité les avis du dernier de ses moines. Lorsque quelqu'un d'entre eux l'exhortait à modérer ses austérités : «J'aurai soin de votre
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serviteur, répondait-il en parlant de lui-même, afin qu'il puisse vous servir plus long-temps. » Il ne négligeait rien pour porter ses frères à la perfection : chaque jour il leur faisait des discours tendres et pathétiques, et il ne se passait aucune semaine qu'il ne leur parlât h chacun en particulier. Mais comme l'instruction sert peu si elle n'est soutenue par l'exemple, il pratiquait le premier ce qu'il enseignait aux autres. Sa sollicitude s'étendait encore h tous ceux qui habitaient dans le voisinage du monastère. Les pauvres étaient sûrs de trouver en lui un père compatissant : il leur distribuait des aumônes si abondantes que les revenus de l'abbaye ne pouvaient y suffire; aussi quelques personnes , qui ne comptait pas autant que lui sur les bontés de la Providence, l'accusèrent-elies de prodigalité. Sa charité lui inspira encore le dessein de bâtir plusieurs hôpitaux. Il avait conçu le projet de fonder en Saxe un monastère où l'on formerait des ouvriers évangéliques pour travailler à la conversion et à l'histruction des peupV?s du nord. Il communiqua son plan h un de ses disciples nommé aussi Adélard, qu'il avait choisi pour le remplacer durant son absence. Celui-ci jeta les fondements du nouveau monastère, qui ne fut entièrement achevé qu'en 823.
ÎNotre saint y alla deux fois, et y demeura assez long-temps pour donner une consistance solide à un ouvrage que l'amour de la rehgion avait fait entreprendre.
Piien n'était plus exemplaire que la ferveur avec laquelle on vivait dans les deux monastères. Tous les points de la règle s'y observaient avec autant d'exactitude que de piété. Adélard, qui craignait que
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le relâchement ne s'introduisît après sa mort, tâcha de le prévenir; il composa dans cette vue son livre des Statuts pour l'usage de ses frères.
Enfin arriva le moment que Dieu avait marqué pour le retirer de cette vallée de larmes. Il tomha malade à l'ancienne Corbie, trois jours avant Noël. Hildeman, son disciple, alors évt'que de Beauvais, lui administra l'extrême-onction; et il mourut le 2 janvier 827. quelques heures après avoir recule saint viatique. Il était âgé de soixante-treize ans. On le surnomma l' Augustin, FAntoine, le Jérémie de son siècle, pour expliquer les divers traits de ressemblance qu'il avait avec ces grands hommes. Comme il avait une vaste étendue de connaissances, ii était plus en état que personne de ranimer l'amour des bonnes études dans ses monastères. Il s'intéressa vivement aux progrès des saintes lettres; et l'on compte parmi ses disciples S. Paschase Radbert, S. Anschaire, sans parler de beaucoup d'autres.
Dieu ayant fait connaître la sainteté de son serviteur par plusieurs miracles, le pape Jean XIX ou Jean XX, selon d'autres, permit qu'on levât de terre le corps de S. Adélard pour le mettre dans une châsse. On en fit la translation avec une grande solennité en io4o. S. Gérard de Sauve-Majeure nous a laissé l'histoire de cette translation. Il composa encore un oiïice particulier en l'honneur du saint, à l'intercession duquel il se croyait redevable de la guérison d'un violent mal de tête. Les reliques de S. Adélard, à l'exception d'une petite partie, se conservent dans l'abbaye de Corbie, en Picardie. Son nom n'a jamais été inséré dans le martyrologe romain, quoiqu'il soit le principal patron d'un grand
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nombre d'églises paroissiales et qu'il soit honoré dans la France, les Pays-Bas et plusieurs villes bâties sur les bords du B.hin.
S. MCÉPHORE,
PATRIABCUE DE COXSTANTINOPLE.
(13 mars.)
Théodore, père de Nicéphore, était secrétaire de l'empereur Constantin Copronyme; mais son attachement inviolable à la doctrine del'Église touchant les saintes images renversa sa fortune et lui fit perdre l'état qu'il avait à la cour de Constantinople. Le prince, furieux de trouver dans son ministre une opposition invincible à l'impiété des iconoclastes, dont il s'était déclaré le partisan, s'en vengea sur lui de la manière la plus cruelle; il le priva de sa charge et le bannit, après l'avoir condamné à souffrir des tourments horribles.
Le jeune Nicéphore, qui fut élevé sous les yeux de son père, croissait tous les jours en âge et en sagesse, et s'animait continuellement à la pratique de la vertu par les exemples domestiques qu'il avait sans cesse occasion de remarquer. La mort lui ayant enlevé son père de bonne heure, Eudocie, sa mère, continua de cultiver avec soin ses heureuses dispositions; elle le formait à la piété tandis que différents maîtres prenaient soin d'orner son esprit par l'étude des lettres. Nicéphore n'eut pas plus tôt paru dans le monde qu'il s'y fit universellement estimer par sa vertu, ainsi que par l'étendue et la variété de ses connaissances. Son mérite pénétra jus-
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qu'à la cour. Constantin et Irène, sa mère, qui çouTernaient alors l'empire et qui étaient zélés pour la saine doctrine, l'honorèrent de leur confiance et lui donnèrent la charge que son père avait eue sous Constantin Copronyme. Il répondit parfaitement à l'idée qu'on avait conçue de lui, en s'acquittant de son emploi avec une capacité extraordinaire; mais il ne se contentait pas de servir l'état par ses talents, il travaillait encore de toutes ses forces à la défense delà foi et à l'extinction de l'hérésie des iconoclastes. Il se fit admirer des pères du septième concile général^ où il assista en qualité de commissaire de rcmpereur.
Ce zèle pour l'orthodoxie, joint à de grandes vertus et à une science peu commune, le firent juger digne de succéder à S. Taraise^ patriarche de Constantinople, mort en 806. L'Eglise ne pouvait que gagner beaucoup à ce choix, «"omme l'événement le prouva. Aicéphore donna le jour de son sacre le témoignage le plus authentique de la pureté de sa foi et de son horreur pour l'impiété du temps ; il tint h sa main durant toute la cérémonie un écrit qu'il avait composé pour la défense des saintes images et le mit ensuite en dépôt derrière TautCi, comme un gage de la fermeté avec laquelle il était déterminé à maintenir jusqu'à la mort la tradition de l'Eglise.
A peine fut-il assis sur la chaire patriarcale qu'il entreprit la réformation des mœurs de son diocèse. Il y réussit en ajoutant la force de l'exemple à celle des exhortations. Il était infatigable lorsqu'il s'agissait de rempHr les fonctions de son ministère. La douceur et la patience furent les principales armes
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qu'il employa contre le vice, et il ne s'en servit point inutilement; mais la gloire qui lui revint du changement opéré dans les mœurs de ses diocésains n'approche point encore de celle dont le couvrit la fermeté invincible avec laquelle il souffrit les persécutions que les ennemis de la foi lui suscitèrent.
Léon V Arménien, gouverneur de Katolie, ayant été proclamé empereur en 81 5, l'Eglise se trouva plongée dans de nouveaux troubles. Ce prince, entièrement livré aux iconoclastes, ne s'occupa que des moyens de répandre leurs erreurs. La ruse, l'artifice, la violence, rien ne lui coûtait pourvu qu'il vînt h bout de ses desseins. Il sentait de quel poids eût été parmi les orthodoxes l'approbation de Nicéphore ; aussi mit-il tout en usage pour l'obtenir, mais le saint ne fut pas plus touché de ses caresses que de ses menaces. «Prince, disait-il h l'empereur, vos efforts sont inutiles; nous ne pouvons changer les anciennes traditions; nous respectons les saintes images, comme la croix et le livre des Evangiles. » C'était un raisonnement sans réplique. En effet les premiers iconoclastes convenant qu'on pouvait honorer la croix et le livre des Evangiles, ils devaient conséquemment avouer qu'on pouvait aussi honorer les saintes images, puisqu'il ne s'agissait de part et d'autre que d'un culte de relation. Mais il n'est pas rare de voir les hérétiques tomber en contradiction avec eux-mêmes. La généreuse réponse de Nicéphore fut suivie d'une courte mais éloquente apologie de la foi catholique; il y prouva que les orthodoxes ne blessaient en rien Fhonneur suprême du à la divinité puisque c'est à Dieu que
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se rapporte le culte qu'ils rendent aux anges, aux saints et aux prophètes. Il en est de même, ajouta le patriarche, du respect que nous avons pour les choses inanimées qui servent au service divin, tels que sont les temples, les vases sacrés et les images.
L'empereur, naturellement impérieux, fut indigné de la résistance qu'il éprouvait. Il usa d'un stratagème qu'il crut devoir être plus efficace que les moyens qu'il avait employés. Il ordonna secrètement à quelques soldats de traîner avec mépris une image de Jésus-Christ, qui était sur la grande croix qu'on avait mise sur une des portes de la ville; ce qui ayant été exécuté, il défendit d'y en remettre une autre, sous prétexte d'empêcher une pareille profanation. Le patriarche vit bien qu'un violent orage menaçait TEglise; mais il ne se découragea point. Plein de confiance en Dieu, il redoubla la ferveur de ses prières, exhorta les catholiques à demeurer fermes, assembla autour de lui plusieurs saints personnages, et se prépara à tout événement.
Léon, informé de ce qui se passait, assembla quelques évêques iconoclastes dans son palais, et fit dire à Nicéphore de s'y rendre au plus tôt avec ceux de ses confrères qui tenaient pour son parti. Le patriarche obéit, et vint au palais avec plusieurs autres évêques catholiques. Lorsqu'ils furent en la présence de l'empereur, ils le conjurèrent de ne pas se mêler du gouvernement de l'Église, et de le laisser à ceux que Jcsus-Christen avait établis pasteurs. « Si l'afTaire en question, dit Emilien de Cysique, est une affaire ecclésiastique, qu'on la traite dans l'Église suivant la coutume, et non pas dans le palais. » Euthyjpius de Sardes ayant pris la pa-
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rolc, ajouta «Depuis plus de huit cents ans queJésus-Christ est venu au monde on le peint et on l'adore dans son image. Qui serait assez hardi que d'abolir une pratique fondée sur une tradition aussi ancienne? » S. Théodore Studite parla après les évêques, et dit à l'empereur : « Seigneur , ne troublez point l'ordre de l'Église. Dieu y amis des apôtres, des prophètes, des pasteurs et des docteurs; mais il n'a pas parlé des empereurs. Le gouvernement de l'état vous est confié comme celui de l'Eglise l'est aux pasteurs. » Léon , transporté de fureur, chassa les évêques catholiques, et leur défendit de reparaître en sa présence. Il en voulait surtout à Nicéphore; il ne pensa donc plus qu'aux moyens de le perdre, et il ne tarda pas à en trouver.
Les évêques iconoclastes s'étant assemblés dans le palais impérial, y tinrent un prétendu concile auquel Aicéphore fut cité : mais le patriarche ne comparut point, parceque la citation n'était pas canonique; il répondit seulement h ceux qui étaient chargés de la lui faire : « Qui est-ce qui vous a donné celte autorité ? Est-ce le pape ou quelqu'un des autres patriarches ? Vous n'avez aucune juridiction dans mon diocèse. » Il leur lut ensuite le canon qui déclare excommuniés ceux qui osent exercer quelque acte de juridiction dans le diocèse d'un autre évêque, puis leur ordonna de se retirer. Celte réponse aurait dû intimider les partisans de l'erreur; mais l'hérésie ne respecte les lois de l'Église qu'autant qu'elle peut les faire servir h. ses desseins. Les évêques iconoclastes continuèrent donc leur assemblée et prononcèrent une sentence de
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déposition contre Nicéphore. L'empereur, pour satisfaire sa haine en mettant le comble à l'injustice, l'envoya en exil. Heureux encore d'avoir échappé aux pièges qu'on avait tendus secrètement à sa vie! Michel Bègue, qui succéda à l'empereur Léon en 820, favorisa comme lui les iconoclastes, et persécuta les catholiques; de sorte que JNicéphore fut laissé dans le lieu de son exil. Il mourut le 2 juin 828 dans le monastère de Saint-Théodore, qu'il avait fait Lâtir. Il était âgé d'environ soixante-dix ans, et en avait passé près de quatorze en exil. Son corps fut rapporté à Conslantinopîe en 846 par l'ordre de l'impératrice Théodore. La cérémonie de cette translation se fit le 10 de mars, jour auquel le nom du saint se trouve dans le martologe romain.
S. PRLDE.\CE,
ivÊQUE DE TROYES E>" CHAMPAO'E.
(6 avril.)
Prudence, né en Espagne^ passa en France pour se soustraire à la fureur des infidèles, et changea alors son nom de Gidlndo en celui de Prudence. Son rare mérite le fît élever en 84o ou 845 sur le siège épiscopal de Troyes. Il fut un des plus savants prélats de l'Église gal-icane, et il était consulté de toutes parts comme un oracle. Nous apprenons par son sermon sur sainte Maure, vierge, qu'il prêchait souvent, qu'il vaquait avec assiduité à toutes les fonctions de l'épiscopat, et qu'il administrait encore les sacrements de pénitence, de l'eucharis" lie et de rexlréme-onction.
s. PRUDENCE, ÉVÊQUE. 35 7
Ce fut vers le même temps que Gotescalc, qui avait fait profession clans l'abbaye d'Orbais, au diocèse de Soissons, commença à dogmatiser sur la prédestination. Ce moine vagabond enseignait que Dieu avait prédestiné les réprouvés au péché et à l'enfer, de sorte qu'il n'était point en leur pouvoir d'éviter ni l'un ni l'autre. Noltingue, évêque de Bresse ou de Vérone, instruisit de ses erreurs Raban Maur, archevêque de Mayence, qui jouissait alors d'une grande réputation de vertu et de savoir. Celui-ci, après avoir examiné Gotescalc dans im concile tenu à Mayence en 848, condamna ses blasphèmes et l'envoya au célèbre Hincmar, archevêque de Picims, son métropolitain. Celui-ci, avec Wenllon de Sens et plusieurs autres évêques, examina de nouveau la doctrine du moine d'Orbais, dans un synode qui se tint en 849 à Quercy-sur- Oise, au diocèse de Soissons. Gotescalc n'ayant point voulu se soumettre fut condamné, dégradé de la prêtrise et emprisonné dans l'abbaye de Hautvilliers au diocèse de Pieims. S. Prudence, que l'on consulta, crut qu'il ne fallait point le priver de la communion laïque, mais Hincmar voyant qu'il persistait toujours dans son opiniâtreté l'excommunia quelque temps après.
Quelques personnes soupçonnèrent Hincmar d'avoir donné dans l'erreur des semi-pélagiens sur la nécessité de la grâce, et Pialramne de Gorbie écrivit contre lui. S. Prudence prit la plume pour éclaircir un point que la vivacité des disputes avait embrouillé. Il établit solidement la doctrine catholique, en montrant, 1° que Ihomme est libre et que Jésus-Christ est mort pour le salut de tous le
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hommes ; 2" qu'on ne peut rien sans la grâce, et que Jésus -Christ à offert sa mort d'une manière spéciale pour le salut des élus. Malheureusement l'esprit de dispute entretint les préjugés. On ne s'entendait point de part ni d'autre, quoiqu'on professât la même foi. Loup, abhé de Ferrières en Gâtinais, Amolon, archevêque de Lyon et S. Rémi, son successeur, écrivirent contre RaLan et Hincmar, malgré l'horreur qu'ils avaient pour les blasphèmes des prédestinations. Amolon même et son Eglise, qui semble avoir excusé Gotescalc dans les commencements parcequ'il ne le connaissait pas bien, rejetèrent toujours les erreurs que l'on condamnait en lui. On doit admettre en effet la prédestination des élus comme un article de foi, mais on doit rejeter en même temps comme une hérésie monstrueuse toute grâce qui détruirait le libre arbitre. Quant à S. Rémi de Lyon et S. Prudence, jamais ils ne prirent la défense de Gotescalc.
En 855 Hincmar et plusieurs autres évêquespubhèrent dans un second synode tenu à Quercy quatre articles, où ils établissaient que l'homme est libre et que Jésus-Christ est mort pour le salut de tous les hommes. S. Prudence souscrivit ces quatre articles, comme nous l'apprenons de Hincmar et de Tannaliste de Saint-Bertin. L'Eglise de Lyon fut alarmée de la doctrine qui y était contenue, la croyant incompatible avec la nécessité de la grâce. C'est ce qui fit qu'en 855 le concile de Valence, où présidait S. Rémi de Lyon, publia six canons, dans lesquels il exposait de la manière la plus précise la nécessité de la grâce et de la prédestination des élus. S. Prudence obtint du pape Mcolas I"
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en 859 la confirmation de ces canons; il fit même plus, car dans la crainte où il était qu'on n'abusât en faveur du pélagianisme des articles de Quercy, qu'il avait lui-même approuvés, il écrivit pour réfuter le mauvais sens qu'on aurait pu leur donner, et pour établir solidement la croyance de l'Eglise sur la grâce de Jésus-Christ. Cette précaution était d'autant plus nécessaire que quelquesuns, à l'occasion des disputes, renouvelaient les erreurs condamnées dans Pelage.
Vers le même temps, Jean Scot, dit Erlgèney fameux sophiste, publia un ouvrage sur la prédestination contre Gotescalc. Il y enseignait ouvertement le semi-pélagianisme et plusieurs autres erreurs. Wenilon , archevêque de Sens, en ayant extrait dix-neuf articles, les envoya à S. Prudence, qui réfuta solidement l'ouvrage de Scot.
Le zèle que le saint évcque de Troyes avait toujours montré pour la manutention de la discipline et pour l'abolition des abus lui attira une vénération singulière. Ce fut ce qui le fit nommer, conjointement avec Loup de Ferrières, pour travailler h. la réforme de tous les monastères de France. Il s'acquitta de cette importante commission avec autant de vigueur que de sagesse. Il mourut le G avril 861. On trouve son nom dans les martyrologes de France. Ses reliques sont h Troyes dans une châsse, et on l'y honore par un office de neuf leçons.
56o s. PASCHASE RADBERT.
S. PASCHASE RADBERT,