TOME IV
4lO s. ADALBERT, iVEQUE.
répandue que les habitants de Prague sortirent en foule pour aller au devant de lui. Ils le reçurent avec de vives démonstrations de joie et lui promirent de se conformer à toutes ses instructions; mais ils oublièrent bientôt leurs promesses. Le saint résolut donc de les abandonner pour toujours. En retournant dans son monastère il prêcha l'Évangile dans la Hongrie. On compte parmi ceux qu'il gagna à Jésus-Christ le roi Etienne, qui depuis se rendit recommandable par sa sainteté. Quelques auteurs mettent cette mission en Hongrie six ans plus tôt , c'est à dire au temps où le saint quitta son diocèse pour la première lois.
Lorsque Adalbert fut rentré dans son monastère, Tabbé Léon lui donna la charge de prieur. H s'en acquitta avec beaucoup de zèle et d'humilité. L'empereur Othon ni étant à Rome lui faisait de fréquentes visites. Il prenait tant de plaisir à s'entretenir avec lui qu'il eût voulu ne quitter jamais sa compagnie.
Le pape Grégoire Y, successeur de Jean XV, renvoya encore une fois Adalbert à son Eglise. II y avait été déterminé par les pressantes sollicitations de l'archevêque de Mayence. Le saint obéit au souverain pontife, quoiqu'il prévît bien l'inutilité delà démarche qu'on lui faisait faire. Ses diocésains , loin de se disposer a le recevoir comme auparavant, entrèrent en fureur quand ils apprirent la nouvelle de son retour. Ils ne s'en tinrent pas là, ils massacrèrent inhumainement plusieurs de ses proches, pillèrent leurs biens et mirent le feu aux châteaux qui leur appartenaient. Adalbert, informé de tout ce qui s'était passé, quitta la route de Prague et se
s. ADALBERT, ÉVÊQUE. 4ll
rendit auprès de Boleslas, son ami, fils de Micislas, duc de Pologne. Ce prince envoya quelque temps après des députés aux h bitants de Prague, pour leur demander s'ils voulaient recevoir Adalbert comme leur v.'vêque, et s'ils étaient résolus de lai obéir, lis répondirent avec un ton moqueur qu'ils ne méritaient pas d'avoir un si saint évêquc, et qu'ils étaient trop méchants pour qu'il pût vivre avec eux. « Au reste, ajoutèrent-ils, nous sentons larlifice des propositions que l'on vient nous faire. Ce n'est rien moins que le zèle de notre salut qui anime Adalbert : son unique dessein est de venger la mort de ses proches , il doit donc s'attendre à être mal reçu. »
Après une telle réponse le saint comprit qu'on ne le souffrirait pas dans le diocèse de Prague; il résolut donc de travailler à la conversion des idolâtres de la Pologne. Il eut la consolation d'en voir un grand nombre embrasser le christianisme. Il passa ensuite avec Benoît et Gaudence, tous deux compagnons de ses travaux apostoliques, dans la Prusse, qui n'avait point encore été éclairée delà lumière de l'Evangile. Ses prédications curent un très heureux succès à Dantzick. La plupart des habitants de cette ville renoncèrent li leurs superstitions et se firent baptiser. De Dantzick le saint passa dans une petite île, où les in fidèles l'accablèrent d'outrages. L'un deux le prit par dernière lorsqu'il récitait le psaulieretlui déchargea un coup d'aviron avec tant de violence qu'il le renversa par terre à demi mort. Adalbert revenu à lui rendit grâces àDieu de l'avoir jugé digne de souffrir pour la cause de Jésus-Christ. Il alla dans un autre endroit;, où il ne lut pas mieux
4l2 SAINTE ADÉLAÏDE.
reçu; on lui ordonna même, sous peine de mort, de partir au plus tard le lendemain.
Adalbert, accompagné de Benoît et deGaudence, se retira conformément à Tordre qu'on lui avait donné. Enfin , épuisé de fatigue , il s'arrêta quelques moments pour prendre un peu de repos. Les infidèles s'en étant aperçus accoururent vers lui, se saisirent de sa personne ainsi que de celles de ses deux compagnons et les chargèrent de chaînes tous les trois. Adalbert offrit sa vie h Dieu par une prière fervente, dans laquelle il demanda le j>ardon et le salut de ses ennemis. Le prêtre des idoles le perça de sa lance en lui disant par dérision : « Vous devez vous réjouir présentement, puisque, à vous entendre, vous ne désirez rien tant que de mourir pour votre Christ. » Six autres païens lui portèrent chacun un coup de lance. Ce fut ainsi qu'il consomma son glorieux martyre le 20 avril 997. Ses bourreaux lui coupèrent ensuite la tête, qu'ils attachèrent au haut d'im pieu. Benoît et Gaudence furent emmenés en captivité.
SALME ADELAÏDE,