ÉVÊQXJE DE PRAGUE , MARTYR
(23 avril.)
>clalbert, issu d^me des plus illustres familles de la Bohème, naquit vers l'an 966 et fut nommé au baptême Woytlech, qui signifie en langue sclavone secours de l'armée. Il fut attaqué dans son enfance d'une maladie qui le réduisit h l'extrémité. Ses parents, menacL's du danger de le perdre, firent vœu sous l'invocation de la sainte Vierge de le consacrer au service des autels s'il revenait en santé. Leurs prières furent exaucées : leur fils guérit de sa maladie. Ils le mirent aussitôt sous la conduite d'Adalbcjrt, archevêque de Mcigdebourg, qui se chargea du soin de le former aux sciences et à la vertu. Le prélat lui donna des maîtres habiles en tous genres, et lui fit prendre son nom à la confirmation. Le jeune Adalbert répondit parfaitement aux hautes espérances qu'on avait conçues de lui. Il devint fort habile dans les sciences , mais surtout dans celles des saints. Il employait h la prière la plus grande partie de ses heures de récréation. Lorsqu'il pouvait s'échapper sans qu'on s'en aperçut, il allait visiter les pauvres et les malades, afin de les consoler et de leur distribuer des aumônes.
Après la mort de l'archevêque de Magdebourg, arrivée en 981, Adalbert retourna en Bohême et y emporta avec lui une bibfiothèque qu'il s'était formée. En 983 il reçut les ordres sacrés des mains de Diethmar, évêquc de Prague , qui mourut peu de
4o8 s. ADALBERT, ÉVEQUE.
temps après en désespéré. Ce prélat finit sa vie en poussant des cris horribles, en disant qu'il allait être damné pour avoir négligé les devoirs de son état et pour avoir recherché avec passion les honneurs, les richesses et les plaisirs du monde. Adalbert qui le vit mourir fut saisi de frayeur : il entra dans de vifs sentiments de componction , détesta toutes les fautes qu'il avait pu commettre, se revêtit aussitôt d'un cllice et alla prier d'église en église pour attirer sur lui la miséricorde divine; il distribua aussi aux pauvres d'abondantes aumônes.
Dans l'assemblée qui se tint pour donner un successeur à Diethmar, tout le monde jeta les yeux sur Adalbert, qui fut sacré par l'archevêque de Mayence le 29 juin 985. Depuis ce jour jusqu'à sa mort on ne le vit jamais rire; et lorsqu'on lui en demandait la raison, il avait coutume de répondre : a II est fort aisé de porter un mitre et une crosse : mais c'est quelque chose de bien terrible que d'avoir à rendre comple d'un évêché au souverain juge des vivants et des morts. » 11 fit son entrée nupieds dans la ville de Prague, où il fut reçu avec une joie extraordinaire par le peuple et surtout par Boleslas, prince de Bohème. Il commença par diviser son revenu en quatre parties : la première fut 1 destinée à l'entretien de l'église, la seconde h la subsistance des chanoines, la troisième au soulagement des malheureux; il réserva la quatrième pour ses besoins et peur ceux de sa maison. Quoiqu'il employât tout son patrimoine en aumônes, il nourrissait encore tous les jours douze pauvres en l'honneur des douze apôtres, et un nombre beaucoup plus grand aux jours de fête. On voyait dans sa
s. ADALBERT, ÉVi'-QUE. J^QQ
chambre un lit ordinaire ; mais il ne s'en servait point : il couchait sur un cilico on sur la terre nue. Il macérait son corps par de longues veilles et par des jeûnes rigoureux. Presque tous les jours il prêchait et visitait les malades ainsi que les prisonniers.
Le diocèse de Prague élali alors dans l'état le plus déplorable. Une partie de ceux qui l'habitaient étaient encore plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie. Les autres professaient à la vérité le christianisme; mais ils déshonoraient leur foi par les vices les plus honteux. En vain Adalbert mettait tout en œuvre pour faire fleurir la piété : il avait affaire h un peuple incorrigible qui ne voulait point sortir de ses désordres. Voyant donc l'inutihté de ses peines, et désespérant de faire aucune- sorte de bien, il se rendit h Rome en 989 pour consulter le pape Jean XV. Il lui exposa sa Iristc situation et le détermina à lui accorder la permission de quitter son évêché. Il visita ensuile le Mont-Cassin, puis revint h Rome , où il prit l'habit avec l'abbé Gaudence dans le monastère deSaint-Boniface. 11 se regardait comme le dernier de la communauté et saisissait toutes les occasions d'exercer les emplois les plus humiliants. Cinq années se passèrent de la sorte.
L'archevêque de Mayence, louché de voir l'Église de Prague sans pasteur, écrivit à Rome pour redemander Adalbert. Le pape, après avoir examiné mûrement ses représenlaùons, y eut égard et ordonna au saint de retourner dans son diocèse. II lui permit toutefois de quitter encore son évêché, en cas que son troupeau ne se montrât pas plus docile et plus traitable qu'auparavant.
La nouvelle de son retour ne se fut pas plus tôt