S. GRÉGOIRE DE NAZIANZE , DOCTETIR
égard pour lors, non au peu que nous faisons, mais aux sentiments dont nous sommes animés. Il ne rejette point un cœur qui dans la pauvreté donne ce qu il a et ce qu'il est capable de donner , pour reconnaître, autant qu'il est en lui, les bieniails et le souverain domaine de son Seigneur.
Cependant le siège de Nazianze était toujours vacant. S. Grégoire, comme nous l'avons dit, avait été obligé d'en prendre le gouvernement après la mort de son père , et il l'avait confié à Clédonius durant son absence. Il voyait avec douleur différents abus auxquels un évéque seul pouvait remédier. Il s'était déjà donné des mouvements pour en faire élire un , mais ils ne lui avaient pas réussi. Il redoubla ses efforts en 382^ et l'Église de Nazianze eut enflu un pasteur. Le choix tomba sur un vertuenx prêtre, nommé Eulalius.
Le saint résolut de passer le reste de ses jours dans la retraite auprès d'Arianze. Il était alors fort âgé et très infirme; mais cela ne l'empêchait pas de rendre encore service à l'Église , et surtout à celle de Nazianze. Il y avait dans sa solitude un jardia, une fontaine et un petit bois qui lui faisaient goûter les plaisirs innocents delà campagne, les seuls qu'il se permît. Là il pratiquait toutes sortes de mortifications corporelles; il jeûnait et veillait souvent; il priait beaucoup à genoux. Écoutons-le lui-même. « Je vis au milieu des rochers et des bêtes sauvages. Je ne vois jamais de feu, et je ne me sers point de chaussure. Une simple tunique fait tout mon vêtement. Je couche sur la paille, et je n'ai qu'un sac pour couverture. Mon plancher est toujours arrosé des larmes que je répands. »
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Sur la fm de sa vie il se mit h composer des poèmes sur des sujets de pieté, afin de contribuer à Fédificalion de ceux des fidèles qui aimaient la musique et la poésie. D'ailleurs les apollinaristes avaient fait des poèmes pour répandre leurs erreurs* et le plus sûr moyen de les décréditer était de leur en opposer d'autres qui fussent orthodoxes, et dont la lecture put instruire et édifier, en même temps qu'elle amuserait l'esprit.
Dans ses poèmes S. Grégoire raconte l'histoire de sa vie et de ses souffrances ; il y publie ses tentations, ses faiblesses, ses fautes, et entre à cet égard dans un bien plus grand détail que lorsqu'il est question des choses qui pourraient lui faire honneur. Il s'y plaint, malgré sa vieillesse et ses austérités, d'éprouver toujours les révoltes d'une chair corrompue ; mais il reconnaît en môme temps que la grâce a conservé en lui le trésor précieux de la virginité. Ces tentations lui arrivaient par un effet de la miséricorde divine; elles le prémunissaient contre les pièges dcl'orgueil et l'entretenaient dans la vigilance, en l'avertissant sans cesse de la nécessité de combattre. Ses poésies sont encore remplies tl'aspirations enflammées par lesquelles il sollicite le secours de Jésus-Christ. 11 y déclare que nous sommes dans une dépendance absolue du Sauveur. Sans sa grâce, dit-il, nous ne sommes que des cadavres qui exhalentune odeur de péché; il nous est aussi impossible d'opérer le bien qu'il l'est à un oiseau de volea sans ailes et a un poisson de nager sans eau. C'est lui qui nous fait voir, agir et courir. Le saint, non content de veiller et de prier, s'éloignait de tout ce qui pouvait avoir quelque rapport au péché, s'effor-
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çanl de réduire son corps en servitude par des mortifications continuelles.
Dans ses lettres il donnait d'excellents avis , et ne prescrivait rien qu'il ne pratiquât lui-même, j Nous en citerons un exemple. Un saint prêtre étant % injustement persécuté en conséquence d'une calomnie, illui écrivit trois lettres pour le consoler. Il lui parlait ainsi dans la troisième : « Que peut-il, après tout, nous arriver de mal? Nous n'avons qu'une chose à craindre , c'est de nous mettre par notre faute dans le cas de perdre Dieu et la vertu. Laissons aller les autres choses comme il plaira au Seigneur : il est le maître de notre vie^, et il sait la raison de tout ce qui nous arrive; craignons seulement d'agir d'une manière indigne de notre piété. JNous avons nourri les pauvres, nous avons servi nos frères, nous avons chante des psaumes à la louange de Dieu; s'il ne nous est plus permis de continuer les mêmes exercices, employons- nous à quelque autre chose. La grâce n'est pas stérile; elle ouvre différentes voies, qui toutes conduisent au ciel. Vivons dans la retraite, vaquons à la contemplation, purifions nos âmes par la lumière de Dieu : cela n'est peut-être pas moins relevé que tout ce que nous pourrions faire.
Telles furent les occnpations de S. Grégoire dans sa dernière retraite jusqu'à sa hienheureuse mort, qui arriva en 089, ou selon d'autres en 091.
Si le style de S. Grégoire de Nazianze a moins de douceur et de facilité que celui de S. Basile, il est certainement plus fleuri et plus majestueux. Ce père conçoit toujours les choses noblement , et il les explique avec une délicatesse et une élégance ini-
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mitables. On remarque dans ses écrits une vivacité, une chaleur et un pathos qu'on ne pourrait faire passer dans une autre langue; aussi Erasme n'osa-t-il en entreprendre la traduction, comme il le dit luimême dans une de ses lettres.
Selon quelques auteurs , S. Grégoire est le plus grand des orateurs tant sacrés que profanes. S. Basile partage cette gloire avec lui, au jugement de Dupin et de plusieurs autres savants. Le seul défaut qu'on puisse lui reprocher c'est de présenter à ses lecteurs trop de beautés, et de faire peut-être un usage excessif des fleurs et des figures.
Ses vers sont vraiment homériques, pleins de douceur et de facilité ; on y trouve aussi une sublimité qui leur assure la préférence sur toutes les productions du même genre qui sont sorties de la plume des écrivains ecclésiastiques. Ils mériteraient bien d'être lus dans les écoles publiques.
La meilleure traduction latine que nous ayons des œuvres de S. Grégoire de Nazianze est celle de l'abbé de Billy, qui fut imprimée h Paris en 1609 et en i65o. Il y a peu de copies qui, h tous égards, représentent aussi bien leur original. Cette traduction a été adoptée, à quelques corrections près, par D. Maran et ses doctes associés, qui préparent une édition très complète du saint docteur. Le premier volume a paru en 1 778 à Paris, en grec et en latin; il contient les discours du saint. Il y a à la tête du volume une vie de S. Grégoire , que les bénédictins ont composée principalement d'après ses ouvrages.
io6 s. MAC AIRE d'Egypte.
S. MACAÏRE D'EGYPTE,
SURNOMMÉ l'aISCIEX.
(16 janvier.)
Ce saint, qui naquit dans la Haute-Egypte vers l'an 5oo , fut employé dans sa jeunesse à garder les troupeaux. Dans son enfance il lui arriva un jour de voler des figues avec ses camarades, et d'en manger une. Il ne pouvait dans la suite se rappeler cette action sans la pleurer amèrement, comme si c'eût été un crime. Il était encore jeune lorsque la grâce lui inspira le dessein de quitter le monde. Docile à ses impressions, il se retira dans une petite cellule située auprès d'un village en Egypte. Au travail de ses mains, qui consistait à faire des paniers, il joignait une prière continuelle et la pratique des plus grandes austérités. La paix qu'il goûtait dans le service de Dieu fut bientôt troublée par la plus délicate des épreuves. Une fille du voisinage, devenue enceinte, l'accusa de l'avoir déshonorée. Il n'en fallut pas davantage pour l'exposer aux plus indi£;nes traitements : on le traîna ignominieusement dans les rues; on le battit et on l'outragea comme un hypocrite qui cachait le cœur le plus corrompu sous l'habit d'un anachorète.
Macaire, assuré de son innocence, ne se mit point en peine de la justifier; il souffrit les coups et les insultes avec une patience admirables: il fit plus, il se chargea de pourvoir à la subsistance de son accusatrice, en lui envoyant ce qu'il retirait de ses corbeilles. « Eh bien, Macaire, se disait-il à '
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Ini-même, tu as trouvé une femme, tu dois donc redoubler ton travail afin d'être en état de la nourrir. » Mais Dieu ne tarda pas à manifester l'innocence de son serviteur. Le terme de cette misérable fille étant arrivé, elle ressentit d'horribles douleurs et ne put mettre au monde son enfant que lorsqu'elle en eut nommé le véritable père. Le peuple ouvrit les yeux, et sa fureur se changea en admiration quand il vint à réfléchir sur la patience et l'humilité de notre saint ; il lui aurait même donné des preuves publiques du respect et du repentir dont il était pénétré si Macaire, qui redoutait ]^ poison de l'estime et des louanges, ne se fut retiré dans le désert de Scété, où il passa les soixante dernières années de sa vie. Malgré le soin qu'il prenait de cacher ses vertus, elles ne laissèrent pas de jeter au loin le plus vif éclat; aussi plusieurs personnes vinrent-elles se mettre sous sa conduite, pour apprendre de lui les moyens de parvenir à la perfection. De tous ses disciples il n'en retenait qu'un avec lui pour avoir soin des étrangers; les autres demeuraient dans des ermitages séparés les uns des autres.
Un évêque d'Egypte, qui connaissait l'émiuente sainteté de Macaire, jugea qu'il était à propos de l'élever au sacerdoce; il l'ordonna donc prêtre, afin qu'il pût célébrer les divins mystères pour la commodité de cette sainte colonie, qui croissait de jour en jour. Comme elle se trouva considérablement augmentée au bout de quelque temps, on bâtit quatre églises dans le désert, et chacune d'elles eut un prêtre pour la desservir.
Les austérités de Macaire étaient extraordinaires:
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il ne mangeait qu'une fois ia semaine; aussi son visage était-il fort pâle, et son cçrps extrêmement faible. Evagre, son disciple, brûlé d'une soif ardente, lui ayant un jour demandé la permission de boire un verre d'eau, il lui répondit : a Contentez-vous d'être a l'ombre; plusieurs personnes sont actuellement privées du même soulagement. Depuis vingt ans je n'ai jamais mangé, ni bu, ni dormi qu'autant qu'il le fallait pour soutenir la nature. » Il avait entièrement renoncé à sa volonté propre pour ne faire que celle des autres, et c'était pour cela qu'il ne refusait point de boire le vin qu'on lui présentait; mais ensuite il se privait de toute espèce de boisson pendant deux ou trois jours, afin de se punir en quelque sorte de sa complaisance. Evagre^ qui s'en aperçut, pria les étrangers de ne plus lui offrir de vin. Les instructions qu'il donnait aux autres étaient conçues en peu de paroles, et avaient pour but principal de recommander le silence, la prière, le recueillement;, l'humilité et la mortification : vertus qu'il possédait lui-même dans le plus parfait degré. « Quand vous priez, disait-il, il n'est pas besoin de beaucoup de paroles. 11 suffira de répéter souvent, dans la sincérité du cœur, ce peu de mots: Seigneur, faites-moi miséricorde de la manière que TOUS jugerez m'être la plus ulile. Mon Dieu, secourez-moi ! » Il connaissait par expérience l'efficacité de ces oraisons jaculatoires, et il n'y en avait point qu'il aimât tant que celle-ci, qui est tout â la fois le langage de la résignation et de l'amour: « Seigneur, ayez pitié de moi de la manière que vous le voulez et que vous savez être plus conforme à votre bonté.
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On ne pouvait se lasser d'admirer la douceur et la patience de Macaire; rien n'était capable d'altérer en lui ces deux vertus. Un prêtre païen et plusieurs autres infidèles en furent si frappés qu'ils se convertirent à la religion chrétienne. Son humilité n' était pas moins admirable : elle tira un jour cet aveu du démon lui-même: «Macaire, disait-il au serviteur de Dieu, je peux bien te surpasser en veilles, en jeûnes et en plusieurs autres choses; mais ton humilité me conlond, me désarme. »
Plusieurs personnes s'empressaient de toutesparts d'aller consulter le saint abbé: de ce nombre fut un jeune homme qui voulait embrasser la vie solitaire. Macaire lui ordonna de se rendre dans un lieu rempli de morts et de leur dire des injures. 11 l'y fit retourner une seconde fois pour leur donner des louang<^s. A son retour il lui demanda quelle réponse les morts lui avaient faite. « lis n'ont répondu, dit le jeune homme, ni aux injures, ni aux louanges. Allez donc, reprit le saint, et imitez leur insensibihté. Si vous mourez au monde et h vous-même vous commencerez à vivre pour Jésus-Christ. » Gomme nous ne pouvons rapporter toute» ies paroles remarquables de Macaire, nous nous contenterons de citer quelques exemples; on jugera par Ih des progrès qu'il avait faits dans la vie spirituelle. Il dit un jour h une personne : « Si vous recevez de la main de Dieu la pauvreté comme les richesses, la faim et la nécessité comme l'abondance et les festins, vous terrasserez h coup sur l'ennemi de votre salut, et vous dompterez toutes vos passions. » Un anachorète se plaignant à lui de ce qu'une faim dévorante le sollicitait h rompre le jeûne dans la
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solitude, au lieu que dans le monastère il passait aisément des semaines entières sans manger, il lui répondit agréablement : « Cest, mon fds, que dans le désert vous n'avez personne qui soit témoin de vos jeûnes, qui vous soutienne et vous nourrisse de ses louanges, au lieu que la vaine gloire était votre ^•©«frilnr© dans le monastère, où le plaisir de vous distinguer des autres par votre abstinence vous valait un bon repas. » Un autre anachorète l'ayant consuUé sur les moyens de vaincre les efforts de l'esprit impur, qui le tentait violemment, le saint, qui vit que ces tentations venaient de l'oisiveté, lui conseilla de s'occuper fortement de son travail, de ne pas le discontinuer pendant tout le jour, et de ne manger qu'après le coucher du soleil. Le solitaire obéit de point en point, et fut délivré de ses peines.
3Iacaire annrit un jour par révélation qu'il n'était pas encore aussi parfait que deux femmes mariées qui demeuraient dans une ville voisine. Il partit aussitôt pour les visiter: il trouva effectivement qu'elles menaient la vie la plus sainte. Attentives à veiller sur leurs langues, elles ne prononçaient jamais de paroles inutiles. Humbles, patientes, douces, complaisantes pour leurs maris, elles se conformaient en tout h leurs volontés, lorsque la loi de Dieu n'y mettait point d'obstacles. Toujours recueillies, elles recouraient fréquemment à Dieu par des oraisons jaculatoires, afm de lui consacrer sans' cesse toutes les puissances de leurs âmes et de leurs corps.
Outre le don de prophétie notre saint avait encore celui des miracles: il en donna une preuve
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éclatante dans une occasion où il s'agissait de confondre l'erreur. Un hérétique de la secte des hiéracites s'était insinué dans le désert, oii il répandait ses dogmes impies; quelques solitaires, émus de ses discours captieux, étaient en danger de perdre la foi. Macaire en fut alarmé,, et ©pposa les doctrines de l'Église aux vains sophismes de l'hérétttjue : mes^ comme il avait affaire à un ennemi souple et rusé, qui persistait toujours à débiter ses chimères, il proposa de confirmer par un miracle la croyance que ses frères et lui avaient eue jusqu'alors. Il ressuscita effectivement un mort, ce qui couvrit l'hérétique de confusion et affermit les solitaires dans la vraie foi.
Ce fut par suite de ce même attachement à la foi catholique que S. Macaire et ses disciples détestèrent toujours les impiétés de l'arianismc. Luce, patriarche arien d'Alexandrie, convaincu par Fcxpérience que les solitaires étaient inébranlables dans' la doctrine des pères du concile de Nicée, envoya des troupes dans les déserts pour les dis|>erser. Il y en eut plusieurs qui remportèrent la couronne du martyre; mais les principaux d'entre eux, tels que les deux Macaire, Isidore, Pambon, etc., furent relégués, par l'ordre de l'empereur Yalens, dans une petite île d'Egypte environnée de marais. On vitbienlôt dans cette île un changement prodigieux. Les païens qui l'habitaient, instruits parles conijcsseurs, renoncèrent au culte de leurs idoles et reçurent le baptême. Dès que le peuple d'Alexandrie eut appris celte nouvelle il chargea Luce de malédictions pour avoir exilé des saints qui n'étaient occupés que du soin déplaire à Dieu et d'accroître