TOME III
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stantinople. Il reçut l'imposition de quelques évêquesd'Egypte , qui étaient arrivés depu ispea pour cet effet. Une ordination aussi irrégulière souleva tout le monde. Le pape Damasc écrivit une lettre où il témoignait la douleur que lui causait un tel crime, et où il déclarait que l'élection de Maxime devait être regardée comme nulle. L'empereur Théodose-le-Grand, qui était pour lors à Tbessalonique, montra aussi beaucoup d'indignation contre r intrus.
Lorsque ce prince fut arrivé à Constantinople, il proposa aDémopliile, évoque arien, ou de recevoir la doctrine du concile de Aicée, ou de sortir de la \ille. Celui-ci se décida pour le dernier parti. Théodose ayant vu Grégoire lui donna des marques de son estime et de son affection. Les catholiques, lui dit-il en l'embrassant , vous demandent pour évêque, et je vous assure que leur choix est très conforme à mes désirs. Quelques jours après son arrivée il ôta les églises aux ariens, et mit Grégoire en possession de celle de Sainte-Sophie, dont toutes les autres dépendaient.
Durant la cérémonie le peuple demanda tout d'une voix que Grégoire fût évêque de Constantinople. Les cris que l'on entendait de toutes parts causèrent une espèce de confusion. Le saint cependant la fit cesser en disant que pour le moment on ne devait penser à autre chose qu à remercier le Seigneur d'avoir rétabli la vraie foi. La modestie qu'il montra en cette occasion reçut de grands éloges de la part de l'empereur.
Il y avait de la diûiculté par rapport au siège de Constantinople ; on ne pouvait le remplir qu'a-
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près qu'un concile l'aurait déclaré vacant et qu'il aurait annulé l'ordination de Déniophile ainsi que celle de Maxime le cynique. Heureusement les évoques de tout l'Orient étaient alors assemblés h. €onstanlinople. C'était S. Mélèce, patriarche d'Antioclie, qui présidait au concile. Les pères à sa sollicitation prirent le parti de Grégoire de Nazîanze , et l'établirent canoniquenient évéque de Conslantinople , sans avoir égard aux larmes que son humilité lui faisait verser.
S. Mélèce étant mort durant la tenue du concile, Grégoire y présida dans les dernières sessions. II mit tout en œuvre pour rétablir la paix dans l'E^'-lise d'Antioche , troublée par le schisme, en pressant l'exécution de l'accord par lequel on était convenu que celui qui, de Mélèce ou de Paulin, survivrait à l'autre serait regardé comme pasteur légitime; mais il ne lui fut pas possible de réussir. Les Orientaux ne voulurent jamais reconnaître pour patriarche Paulin , à l'ordination duquel ils s'étaient opposés; ils s'ofîcnsèrent même de ce que le saint avait dit, et se liguèrent contre lui avec ses ennemis. Grégoire, qui n'avait consenti qu'avec peine h son élection, fut prêt h quitter sa nouvelle di^-nité. C'était ce que désiraient ses ennemis, qui ne pensaient à rien de moins qu'à lui ôterla vie. Une fois entre autres ils chargèrent un assassin de les défaire d'un homme si odieux. Le ciel permit que leur fureur ne fût pas servie comme ils le désiraient. L'assassin, touché de remords , s'approche du saintes yeux baigués de larmes, frappant sa poitrine et avouant son crime. Grégoire lui répondit : Que Dieu vous pardonne! Sa bonté, qui m'a conservé.
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demande que je vous accorde votre grâce. Vous êtes présentement à moi pour votre crime; mais je ne vous demande qu'une chose, c'est de renoncer à l'hérésie et de vous donner sincèrement à Dieu.» Cette douceur fit beaucoup de partisans au saint évéque, même parmi les ariens. La bonté avec laquelle il traita ses plus ardents persécuteurs ne fut désapprouvée que de certains catholiques , qui se laissaient conduire par les saillies d'un zèle indiscret.
Sur ces enlrcf^utes, les évêques d'Egypte et de Macédoine arrivèrent au concile. Quoiqu'ils fussent pour Paulin d'Antioche, dont Grégoire avait pris si hautement le parti, ils ne laissèrent pas de s'opposer à l'éleclion du dernier, alléguant qu'elle était contraire aux canons, qui défendaient de transférer un évêque d'un siège à l'autre. Le saint répondit avec tranquillité que les canons allégués avaient perçu leur force en Orient par le non-usage , ce qui était delà plus grande notoriété; il ajouta que d'ailleurs ils ne pouvaient le regarder, puisqu'il n'avait point pris possession du siège de Sasimes , et qu'il n'avait jamais gouverné le diocèse de Nazianze en qualité d'évêque titulaire. Voyant que ses raisons ne produisaient aucun cflet et qu'il y avait beaucoup de fermentation dans les esprits, il s'écria an milieu de l'assemblée : « Si mon élection cause tant de trouble je consens h. subir le sort de Jonas ; qu'on me jette dans la mer pour apaiser la tempête, quoique je ne l'aie point excitée. Si tous veulent suivre mon exemple, l'Eglise jouira bientôt d'un paix profonde. Je n'ai jamais désiré d'être évêque, et, si je le suis, c'estcontre ma volonté.
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S'il VOUS paraît expédient que je me retire, je suis prêt h retourner dans ma solitude afin que l'Eglise de Dieu puisse enfin devenir tranquille. Je vous prie seulement de réunir vos efforts pour que le siège de Constantinople soit rempli par une personne de vertu et qui ait du zèle pour la défense de la foi. » Après avoir ainsi parlé il sortit de l'assemblée, fort content de s'être déchargé d'un fardeau si pesant. Les évêques furent extrêmement surpris de sa démarche, mais ils eurent la faiblesse d'accepter sur-le-champ sa démission.
Au sortir du concile Grégoire se rendit au palais. S'étant prosterné aux pieds de l'empereur, et lui ayant baisé la main, il lui dit : « Je viens, seigneur, non dans le dessein de demander des richesses et des honneurs pour moi ou pour mes amis , ni pour solliciter votre libéralité envers les Églises; je viens demander la permission de me retirer. A^otrc majesté sait que j'ai été placé malgré moi sur le siège de cette ville. Je suis devenu odieux même à mes amis,parceque j'envisage uniquement les intérêts du ciel : je vous conjure de faire agréer ma démission. Ajoutez h la gloire de vos triomphes celle de rétablir dans l'Église l'unité et la concorde. » L'empereur fut singulièrement frappé d'une telle grandeur d'ame, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'il accorda au saint évêque ce qu'il demandait avec tant d'ardeur.
Grégoire fit son adieu par un beau discours qa'il prononça dans la grande église en présence des pères du concile et d'une multitude innombrable de peuple. Il y compare l'état où il avait trouvé l'Eglise de Constantinople à son arrivée avec l'état où il la
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laisse en se retirant. Il y rend grâces h Dieu du rétablissement de la foi catholique; il y proteste qu'il s'est conduit avec le plus parfait désintéressement depuis son élection et qu'il ne s'est rien approprié des revenus du siège épiscopal; il y reproche à la ville son amour pour les spectacles, le luxe et la magnificence; et, comme on l'accusait de porter trop loin la simplicité dans son extérieur, et de ne pas soutenir l'éclat de sa dignité, il fait ainsi son apologie : « Je ne savais pas qu'il fût de mon devoir de disputer en faste aux consuls, aux gouverneurs, aux généraux d'armée, qui ne savent employer leurs richesses qu'à une pompe mondaine. J'ignorais qu'on pût se servir du bien des pauvres pour se nourrir délicatement , pour monter un beau cheval, pour se faire traîner dans un char pompeux, pour entretenir une foule de domestiques. Si en agissant d'une autre manière je vous ai offensés, la faute est faite , et j'espère que vous me la pardonnerez. » Il finit son discours par prendre congé de sa chère Anastasic , qu'il appelle sa gloire et sa couronne^ des autres églises de la ville , des saints apôtres qui y étaient honorés, de son trône épiscopal , de son clergé, des moines et de tous les serviteurs de Dieu , de l'empereur et de toute la cour de l'Orient et de l'Occident, des anges tutélaires de son Eglise et de la sainte Trinité qu'on y honorait. « Mes chers enfants, ajouta-t-il, gardez le dépôt de la foi et souvenez-vous des pierres que l'on m'a jetées, parceque je travaillais à mettre la vraie doctrine dans vos cœurs. »
Cependant les fidèles, ceux surtout qu'il avait d'abord gagnés à Jésus-Christ, étaient inconsola-
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blés. Ils lui avaient déjà donné des preuves de rattachement le plus tendre en souffrant diverses persécutions pour l'amour de lui; ils le suivirent en pleurant et en le conjurant de rester avec eux. Grégoire fut attendri par leurs larmes; mais des motifs supérieurs l'obligèrent à exécuter son dessein. Rendu h lui-même, il en ressentit une grande joie, comme il le manda depuis h un de ses amis. « Je ne puis assez estimer, disait-il, les avantages que mes ennemis m'ont procurés par leur jalousie ; ils m'ont délivré du feu de Sodome eu me délivrant des dangers de l'épiscopat.
Avant de donner sa démission il avait fait son testament, que nous avons encore. Il est signé par six évêqucs et par un prêtre , et les formalités prescrites par le droit romain y sont observées. Le saint y confirme la donation de tous ses biens réels et personnels h l'Eglise et aux pauvres de Nazianze. Lq. peu qu'il se réservait pour vivre il le léguait à quelques-uns de ses amis et de ses domestiques qui étaient dans le besoin.
On est étonné de la conduite qui fut tenue h l'égard de S. Grégoire quand on se rappelle tout ce qu'il fit à Constantinople. Par son zcie il avait retiré de l'arîanisme la plus grande partie des habitants de celte ville. Sa douceur et sa patience avaient triomphé de l'opiniâtreté des hérétiques. Jamais il ne voulut user du pouvoir qu'il avait de les faire punir de toutes les persécutions qu'ils 4ui suscitèrent; il engagea les catholiques ii les traiter avec la même modération. La vengeance, leur disait-il, est défendue aux disciples de Jésus-Christ. Ils doivent souffrir patiemment et rendre toujours
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le bien pour le mal. Le rétablissement de la foi de- Tait être suivi de la réformation des mœurs. Déjà ïe saint avait travaillé efficacement à ce dernier article; mais on ne lui donna pas le temps d'achever ce qu'il avait si lieureusement commencé. Les Trais fidèles se seraient du moins consolés si on ne lui eût pas donné Nectaire pour successeur.
iNectaire était sénateur romain et en même temps préteur ou gouverneur de Constantinople. Non seulement il étuit laïque, mais il n'était pas même baptisé lorsqu'on procéda à son élection; il avait vécu dans l'incontinence et montré peu de sagesse dans plusieurs occasions. Toutes ces circonstances doivent faire rabattre beaucoup des louanges que lui a données l'historien Socrate; il paraît aussi qu'il ne possédait point le talent de la parole.
S. Grégoire était parti de Conslantinople avant l'élection de Nectaire. Nazianze fut le lieu qu'il choisit pour sa demeure. Il y composa le poème sur sa vie , où il insistait particulièrement sur la conduite qu'il avait tenue h Constantinople. Son but en cela était de détruire diverses calomnies que l'on publiait contre lui. Il travailla de toutes ses forces h faire donner un évêque h la ville de Nazicinze ; mais il n'y put réussir à cause des oppositions d'une partie du clergé.
Le mauvais état de sa santé Tobligea bientôt de se retirer à Arianze : on croit que ce fut à la fm de l'année 38 1. Il ne regrettait dans la solitude que l'absence de ses amis. Quoiqu'il eut toujours été fort circonspect dans ses discours, il ne laissait pas de s'accuser d'avoir trop peu veillé sur sa langue. Pour se punir de toutes les paroles inutiles qu'il avait proférées il garda un silence absolu pendant
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les quarante jours du carême de l'année 582. Malgré sa vie retirée il ne refusait point de se communiquer aux personnes qui avaient besoin de ses lumières : il donnait d'excellents avis à tous ceux qui le consultaient. Rien n'est plus sage que les règles de conduite qu'il trace pour les femmes mariées , dans son poème par ènètiquc h sainte Olympiade. Entre autres choses il lui dit : « Premièrement honorez Dieu; respectez votre mari comme l'œil de votre vie : car il doit diriger vos actions et toute votre conduite. N'aimez que lui ,• qu'il soit votre joie et votre consolation. Ne lui donnez jamais l'occasion de se fâcher contre vous. Cédez-lui lorsqu'il est en colère; assistez-le, consolez-le dans ses peines et ses afflictions. Parlez-lui avec beaucoup de douceur et de tendresse; soyez modeste dans les remontrances que vous lui ferez, et prenez pour cela un moment favorable. Imitez ceux qui veulent apprivoiser les lions; au lieu d'user de violence à leur égard, ils les flattent et les caressent. Compatissez aux faiblesses de voire mari, et ne les lui reprochez jamais avec amertume. Il ne vous est pas permis d'agir de la sorte avec celui que vous devez préférer à tout ce qu'il y a dans le monde. » Le saint fait des vœux pour qu'Olympiade devienne mère de plusieurs enfants, et cela afin qu'il y ait plus d'ames qui chantent les louanges de Jésus-Christ. Une des maximes qu'il inculquait fortement était qu'il faut commencer et finir chaque action en offrant h Dieu par une courte prière son cœur et tout ce que l'on l'ait. Nous devons à Dieu tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons. Il accepte et récompense nos plus petites actions, lorsqu'il en est le principe; il a