‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 17 sur 73 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

Il8 s. MACAIBE d'aLEXAiNDRIE.

il passa tout le carême debout et sans manger autre chose que quelques feuilles de chou toutes crues, encore n'était-ce que les dimanches. S'il était contraint de quitter sa place, son absence ne durait qu'autant de temps que la nécessité l'exigeait. Ce qu'il y avait encore de plus merveilleux c'est que le travail des mains ne causait aucune distraction à son esprit, qui s'entretenait intérieurement avec Dieu par la prière. Un tel prodige jeta les moines de Tabeune daDS un étonnement qu'on ne peut e.'^primer; et, lorsque le carême fut passé, ils représentèrent à S. Pacômc qu'il ne devait pas tolérer une singularité de celle espèce, dont les suites pourraient être fort préjudiciables au bien général du monastère. Le saint abbé avant de rien décider eut recours à Dieu, et le pria instamment de lui faire connaître cet étranger. Sa prière fut exaucée, et il apprit par révélation que l'homme qu'il avait reçu était le grand Macaire. Aussitôt il lalla trouver, et après lui avoir donné des marques de sa charité et de sa reconnaissance il le renvoya en le conjurant de se souvenir devant Dieu de tous ceux qui habitaient le moilastère de Tabenne.

La vertu de ce grand saint fut souvent exercée par les tentations. 11 lui vint un jour dans l'esprit qu'il ferait bien d'aller h Rome afin de servir les malades dans les hôpitaux. C'était un piège de l'amour-proprc dont se servaient les démons pour arriver à leurs fins. Macaire n'y tomba pas, et parcequ'il était vraiment humble, il sut le découvrir malgré les dehors spécieux qui le couvraient. Cependant la pensée de quitter le désert se grava fortedent clans son imagination. Il en était excessive-

s. MACAIRE D ALEXANDRIE. IIQ

ment tourmenté sans qu'il lui fût possible de s'ea délivrer. Enfin après Lien des combats il se coucha sur le seuil de sa cellule et se mit à crier aux démous ; «Arrachez-moi d'ici si vous le pouvez, car je n'en veux point sortir. » Il demeura jusqu'à la nuit dans cette posture, et désarma les démons par sa vigoureuse résistance. Mais les assauts recommencèrent dès qu'il fut levé. Il ne se découragea point; il remplit de sable deux grands paniers, les chargea sur ses épaules et traversa ainsi le désert. Une personne de sa connaissance l'ayant rencontré, lui demanda ce qu'il prétendait faire, et lui offrit de le décharger d'une partie de son fardeau. Macaire ne lui fît que cette réponse : Je tourmente celui qui nie tourmente. Il retourna le soir à sa cellule tout épuisé de fatigue, mais entièrement délivré de la tentation.

Macaire voulant, au rapport de Pallade, go û 1er d'une manière plus parfaite les sainies douceurs do la contemplation, au moins pendant cinq jours de suite, s'enferma dans sa cellule en disant à son ame: « Puisque tu as choisi ta demeure dans le ciel, ou tu dois converser avec Dieu et avec ses saints anges> prends garde d'en descendre et de te laisser aller à des pensées terrestres. » Les deux premiers jours son ame fut inondée de ces délices ineffables que produill'union intime avec Dieu; mais comme cette vie n est pas un état de jouissance, et que l'homme y est incapable d'une contemplation non interrompue, il éprouva le troisième jour des troubles si violents et des agitations si terribles qu'il fut obhgé d'abandonner son dessein et de reprendre son premier genre de vie. Telles sont les âmes contemplatives ;

Page 1