AMBROISE, ARCHEVEQUE
Son père, nommé Ambroise, était préfet du prétoire des Gaules, et sa juridiction comprenait outre la France une partie de l'Italie et de l'Allemagne, cinq provinces romaines dans la Grande-Bretagne, huit en Espagne et la Mauritanie Tingitane en Afrique. Trois enfants naquirent de son mariage, Mareelline, Satyre et Ambroise, auquel ondonnalenom de son père. Marcelline, l'aînée des trois, reçut le voile des mains du pape Libère. On voit par Paulin que notre saint vint au monde dans la ville des Gaules où son père faisait sa résidence ; mais on ignore si ce fut à Arles, h Lyon ou à Trêves; les auteurs modernes n'ont pu encore s'accorder sur ce point. Quoi qu'il en soit, on met la naissance de S. Ambroise vers l'an o4o.
Paulin rapporte que ce qu'on a dit de Platon se renouvela en faveur de S. Ambroise lorsqu'il était enfant. Un jour qu'il dormait la bouche ouverte dans une des cours du palais de son père, un essaim d'abeilles vint voltiger autour de sonberceau* Quelques-unes de ces abeilles s'étant arrêtées sur son visage, entraient dans sa bouche et en sortaient les unes après les autres. Elles s'envolèrent quelque temps après, et s'élevèrent si haut qu'on les perdît entièrement de vue. Cet événement fut regardé comme un présage de la force et de la douceur de l'éloquence future d' Ambroise.
11 était encore enfant lorsqu'il perdit son père; sa mère quitta les Gaules et retourna à Pvome, sa patrie, où elle s'occupa sérieusement de l'éducation de ses enfants. Ambroise profita de ses instructions et fit de grands progrès dans la vertu. Il fut encore excité puissamment à la piété par les exemples de
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sa mère, de sa sœur et de quelques autres vierges chrétiennes qui vivaient avec elles dans la même maison.
Il acquit une connaissance peu commune de la langue grecque, et il s'exerça avec succès dans la poésie et l'éloquence. Accompagné de son frère Satyre, il passa de Rome h Milan, qui était le siège du prétoire. Ses écrits, que nous avons encore^ montrent avec combien d'ardeur il s'appliqua aux belles-lettres. Ses études achevées, il se fit une réputation brillante; les premières personnes de l'empire ambitionnèrent son amitié. De ce nombre furent Anicius Probus etSymmaque, l'un et l'autre recommandables par leurs lumières et leurs talents^ Symmaque était païen, mais Anicius Probus était fort zélé pour la religion chrétienne. Valentinien fit ce dernier préfet du prétoire d'Italie, en 369. Ambroise plaida quelques causes h la cour avec une telle réputation qu'il fût choisi pour assesseur du préfet. 11 devint depuis gouverneur de la Ligurie et de l'Emilie, c'est à dire de tout le pays qui comprend aujourd'hui les archevêchés de Milan, de Turin, de Gênes, de Ravenne et de Bologne, avec les diocèses qui dépendent de ces métropoles. Probus lui dit en se séparant de lui : « Allez, et agissez plus en évêque qu'en juge. » Ambroise, fidèle h ce conseil, qui s'accordait d'ailleurs avec son caractère,, se fit admirer par sa probité, sa vigilance et sa douceur.
Auxence, arien furieux, qui avait usurpé le siège de Milan après fexil de S. Denis, mourut en 674.^ Pendant près de vingt ans que dura son intrusion, il persécuta les catholiques avec autant de violence
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que de malice. Lorsqu'il fut question d'élire un nouvel évêque la ville se divisa en deux partis dont chacun voulait l'emporter : les uns demandaient un arien, les autres un catholique. La fermentation des esprits faisait craindre une sédition. Ambroise pour la prévenir se rendit à l'église où se tenait l'assemhlée. Il fit un discours rempli de sagesse et de modération^ et dans lequel il exhorta ceux qui composaient l'assemblée h procéder à l'élection dans un esprit de paix et sans tumulte. Pendant qu'il parlait encore un enfant s'écria : Ambroise, cvêcjue. Le tumulte cessa sur-le-champ; les catholiques et les ariens se réunirent et proclamèrent unanimement le gouverneur évêque de Milan.
Ce choix auquel on ne s'attendait point surprit extraordinairement Ambroise. Il employa tous les moyens possibles pour le faire révoquer. Il ordonna de dresser son tribunal, et, s'étant fait amener des criminels, il les condamna h subir la question. Il affectait par cet acte de sévérité de passer pour un homme cruel et indigne du sacerdoce. Le peuple et le clergé s'aperçurent du stratagème et persistèrent dans leur choix. Ambroise sortit delà ville pendant la nuit, dans le dessein de se retirer à Pavie; mars, s'étant égaré, il erra çà et Ihtoulela nuit, et il se trouva le lendemain matin aux portes de Milan. Lorsqu'on eut été instruit de sa fuite on lui donna une garde et on envoya la relation de tout ce qui s'était passé à l'empereur, dont le consentement était nécessaire pour élever h Tépiscopat un officier attaché h son service. Ambroise écrivit de son côté h \alentinien pour le prier de ne pas consentir à son élection. L'empereur était alors h Trêves ; il ré-
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pondit au peuple et au clergé qu'il voyait avec plaisir qu'on avait cru clignes de Tépiscopat ceux qu'il avait choisis pour gouverneurs et pour juges. Il ordonna en même temps au vicaire ou gouverneur d'Italie, de veiller à ce que l'élection eût son effet. Ambroise s'enfuit de nouveau et alla se cacher dans la maison de Léonce, un des sénateurs qui avaient le titre de clarisslmes ; mais le vicaire ayant publié un ordre sévère contre ceux qui cacheraient le saint, ou qui, connaissant le lieu de sa retraite, ne le découvriraient point, Léonce déclara par une innocente trahison où il était. Ambroise se vit donc dans l'impossibilité de résister plus longtemps; mais il représenta qu'il était défendu d'élever à la prêtrise un homme qui n'était encore que catéchumène. On lui répondit que l'Éghse pouvait, dans certaines occasions extraordinaires, dispenser de l'observation des canons. Ainsi, après avoir reçu le baptême et exercé successivement les fonctions des saints ordres, il fut sacré évoque le 7 décembre 574. Il était âgé d'environ trente- quatre ans.
Lorsqu'il eut été placé sur la chaire épiscopale il ne se regarda plus comme un homme de ce monde, et pour rompre tous les liens qui pouvaient Ty attacher il distribua ce qu'il avait d'or et d'argent h l'Eglise et aux pauvres; il donna aussi h l'Église ce qu'il avait de terres, en réservant toutefois une rente h vie pour la subsistance do sa sœur Marcelline. Il pria son frère Satyre de se charger de son temporel afin de pouvoir se livrer uniquement h la prière et îi l'exercice de ses fonctions épiscopales. Il renonça au monde si parfaitement qu'il ne fut
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pas même tenté par la suite de désirer les richesses ou les honneurs.
Quelque temps après son ordination il écrivit h Valentinicn pour lui porter des plaintes contre quelques juges et quelques magistrats, et sa lettre était conçue dans les termes les plus forts. « Il y a longtemps , lui répondit l'empereur, que je connais la liberté avec laquelle vous vous exprimez. Je n'en ai pas moins consenti h votre ordination. Continuez d'appliquer h nos péchés les remèdes que prescrit la loi de Dieu. » Ambroise reçut vers le même temps une lettre de S. Basile, qui le félicitait ou plutôt qui félicitait l'Eglise de sa promotion. On l'y exhortait à s'opposer vigoureusement aux ariens et à s'armer contre leurs erreurs d'un zèle intrépide et d'un courage invincible.
Le saint archevêque de Milan se mit d'abord à hre l'Ecriture sainte avec les auteurs ecclésiastiques, surtout Origène et S. Basile. Il choisit pour directeur de ses études le savant et pieux Simplicien, prêtre de Rome. Il l'aimait comme un ami, l'honorait comme un père et le respectait comme un maître. SimpHcien succéda à S. Ambroise sur le siège de Milan, et il est nommé parmi les saints le 16 août.
Malgré l'ardeur avec laquelle Ambroise se livrait à l'étude, il se montra dès le commencement de son épiscopat très assidu à instruire son peuple. Il purgea tellement son diocèse du levain de l'arianisme, qu'en 585 personne n'était plus infecté de cette hérésie à Milan, excepté un petit nombre de Goths et quelques personnes attachées à la famille impériale. C'est de lui-même que nous apprenons cetteparlicularité. Ses instructions tiraientbeaucoup
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de force de la sainteté de sa vie, de son zèle pour la pratique de l'abstinence et de son jeûne, qui était presque continuel. Jamais il ne dînait que les dimanches et les jours consacrés à honorer la mémoire de certains martyrs célèbres. Il dînait encore le samedi, jour où il n'était point d'usage de jeûner à à Milan; mais quand il se trouvait à Rome il jeûnait le samedi pour se conformer à la pratique de l'Eglise romaine. Attentif h éviter jusqu'au danger de l'intempérance , il s'excusait d'aller manger chez les autres, et sa table était toujours servie avec beaucoup de frugalité. Il donnait à la prière une partie considérable du jour et de la nuit, et chaque jour il offrait le saint sacrifice de l'autel pour son peuple. Les besoins de son troupeau l'occupaient tout entier, et il se croyait redevable aux petits comme aux grands. Les amusements lui étaient inconnus, et il ne se permettait d'autre délassement que celui qui provient de la diversité des occupations. Il soulageait les pauvres et consolait les aflligés; il écoutait tout le monde avec douceur et charité, en sorte que tout son peuple l'admirait autant qu'il l'aimait. Il se fit ime loi de ne point se mêler d'affaires temporelles et de ne solliciter de grâces à la cour pour qui que ce fût. Mais, comme il avait une ame tendre et compatissante , il s'employait avec zèle pour sauver la vie h ceux qui avaient été condamnés. Il pleurait avec ceux qui pleuraient, et se réjouissait avec ceux qui étaient dans la joie. Sa charité n'avait d'autres bornes que b'S nécessités humaines ; il appelait les pauvres ses intendants et ses trésoriers, et c'était entre leurs mains qu'il déposait ses revenus. Toujours il rendait
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le bien pour le mal, et ne se vengeait jamais des injures que par des bienfaits. La plus grande partie du jour son appartement était rempli de personnes qui venaient le consulter. Lorsque S. Augustin lui rendait visite il le trouvait toujours extrêmement occupé. Il lui arriva quelquefois de s'en aller sans lui parler et même sans avoir été aperçu par le saint; il en agissait de la sorte pour ne pas interrompre ses occupations, qu'il respectait. Pendant qu'il enseignait la rhétorique à Milan, avant son baptême, il allait souvent entendre prêcher le saint archevêque; h la vérité ce n'élait que par curiosité et pour le plaisir que lui causait l'éloquence du prédicateur. S'il trouvait plus de gi'âce dansle débit de Fauste, le manichéen, il* avouait au moins que ce que disait Ambroise était fort solide. Notre saint prêchait tous les dimanches. Il revenait souvent dans ses discours sur la sainteté et l'excellence de la virginité. Plusieurs personnes, touchées de ses exhortations, vinrent de Bologne, de Plaisance, et même de la Mauritanie pour servir Dieu dans ce saint état sous sa conduite. Il n'y avait que deux ans qu'il était évêque lorsque Marcelline, sa sœur, le pria de mettre par écrit ce qu'il avait dit en chaire sur un sujet aussi important. 11 se rendit à sa prière et composa ses trois livres des Fierges, en 677.
L'élégance avec laquelle cet ouvrage est écrit l'a fait justement admirer par S. Jérôme et par S. Augustin. Mais il est surtout recommandable par l'onction et l'esprit de piété qui s'y font remarquer de toutes parts. Les deux premiers hvres sont employés à montrer l'excellence de la virginité et à faire sentir les avantages spirituels qu'elle procure.
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L'auteur insiste sur les vertus de la sainte Vierge, qu'il propose comme modèle à ceux qui ont embrassé cet état; il fait l'éloge de sainte Agnès; il cite l'exemple de sainte Thècle, et les détails dans lesquels il entre sur ces objets sont embellis de toutes les grâces et de toutes les figures de la rhétorique. Dans le troisième livre il traite des principaux devoirs des vierges; il leur recommande de ne point boire de vin, de fuir les visites, de s'appliquer aux exercices de piété, de prier et de réfléchir souvent dans la journée, de répéter l'oraison dominicale et les psaumes, le soir en se couchant et le matin en se levant, et de commencer chaque jour par la récitation du symbole, qui est l'abrégé et le sceau de notre foi. Il veut que les vierges vivent dans cette tristesse salutaire qui opère le salut , qu'elles évitent toute joie immodérée et principalement la danse, dont il fait sentir le danger. Nous apprenons du saint docteur qu'il y avait à Bologne vingt vierges qui s'occupaient du travail des mains, non seulement pour avoir de quoi vivre, mais pour se procurer de quoi assister les pauvres. Marcellinc, sœur d'Ambroise, h laquelle le pape Libère donna le voile le jour de Noël dans l'église de Saint-Pierre, ne vivait poirît en communauté mais dans le sein de sa famille à Rome. D'autres vierges vivaient alors de la même manière, mais elles avaient h l'église une place séparée du lieu où étaient les fidèles , et l'on écrivit sur les murailles de celte partie de l'église des sentences de l'Ecriture pour leur instruction.
Peu de temps après S. Ambroise donna son traité des Fcaves, pour exhorter les femmes qui avaient