‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 22 sur 73 · S. AMBROISE, ARCHEVEQUE · texte numérisé non relu

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perdu leurs maris h garder une chasteté perpétuelle. Cet ouvrage fut suivi du traité de la Virginité, Le saint docteur y donne, d'après l'Ecriture, une haute idée de cette vertu, mais il ne veut point que les jeunes filles prennent légèrement le voile, lorsqu'elles sont d'un caractère inconstant. « Quelquesuns, dit-il, se plaignent que le nombre des vierges fera bientôt périr le genre humain. Je voudrais savoir qui a manqué de femmes, et qui s'est trouvé dans le cas de n'en point trouver? Se venger d'un adultère, porter les armes contre un ravisseur, voilà les suites du mariage. Les pays les plus peuplés sont ceux où il y a le plus de vierges. Combien en consacre-t-on tous les ans h Alexandrie, en Afrique et dans tout l'Orient? 11 y a cependant plus de vierges qu'il n'y a d'hommes dans ce pays. » Le saint docteur observe encore que ce ne sont point les vierges, mais la guerre et la mer qui détruisent l'espèce humaine. Il ne veut cependant pas qu'on embrasse légèrement l'état de virginité; non seulement le mariage est saint, mais c'est l'état général de ceux qui vivent dans le monde.

Le livre que donna S. Ambroise sous le titre ^Institution d'une Vierge contient la réfutation de Bonosc, qui renouvelait l'erreur d'Helvidius, laquelle consistait à nier que la sainte mère de Dieu ait vécu dans une virginité perpétuelle. L'auteur y rappelle les instructions qu'il avait données h Ambroise, une des vierges qui servaient Dieu h Bologne sous sa conduite; et il fait voir que la retraite, le silence, l'humilité et la prière sont le principal devoir d'une vierge chrétienne. II y décrit les cérémonies usitées iorsqu'unevierge embrassait solennellement cet état.

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Elle se présentait au pied de l'autel, où elle faisait sa profession devant le peuple; l'évéque, après les instructions relatives à la circonstance, lui donnait le voile qui la distinguait des autres vierges; mais on ne lui coupait point les cheveux comme aux clercs et aux moines. Le saint docteur finit en priant Jésus-Christ d'assister à ces noces spirituelles, et de recevoir son épouse, qui se consacre à lui publiquement après s'y être consacrée long-temps auparavant en esprit et dans son cœur.

L'empereur Valentinien P*", qui faisait sa résidence tantôt à Trêves, tantôt àMilan, mourut d'apoplexie dans la Pannonie, le 17 novembre 370, h la cinquante- cinquième année de son âge. Il avait associé à l'empire Gratien, son fils aîné, qu'il avait eu de Sévéra, sa première femme. Ce prince, âgé de seize ans, était alors h. Trêves; Valentinien, frère de Gratien, se trouvait avec Justine, sa mère, sur les frontières de la Pannonie. L'armée de son père le proclama empereur quoiqu'il n'eût que quatre ans. Gratien lui confirma cette dignité, et promit de lui tenir lieu de père. Il se contenta des provinces situées en deçh des Alpes, et lui céda l'Italie avec l'Afrique et 1' 111} rie; mais il se réserva l'administration générale jusqu'à ce que Valentinien fût en âge de gouverner par lui-même. Il établit sa résidence à Trêves ou h Mayence.

Fritigerne, roi des Goths, ayant fait une irruption sur les terres des Romains, dans la Thrace et la Pannonie, Gratien voulut passer en Orient avec ime armée pour secourir Valons, son oncle; mais il résolut en mémo temps de se prémunir contre les pièges des ariens, dont Valons était le protecteur.

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Dans cette vue il pria S. Ambroise, pour lequel il avait une vénération singulière, de lui donner par écrit quelques instructions contre Farianismc. Le saint archevêque pour seconder ses pieuses intentions composa en 677 son Traité de la Foi à Gratien ou de ta Trinité. Cet ouvrage est divisé en cinq livres, dont les trois derniers ne furent écrits qu'en 079. C'est une excellente réfutation de l'arianisme. L'auteur y établit le dogme avec autant d'esprit que de force et de solidité, et donne les réponses les plus satisfaisantes aux objections. Le style des li"\Tes du Saint-Esprit est moins concis et plus simple. C'est, dit S. Augustin, parceque le sujet n'a pas besoin des ornements du discours pour loucher le cœur, et qu'il suffit d'établir par des preuves solides la consubstantialité de la troisième personne de la saint" Trinité. On y trouve plusieurs choses copiées d( S. Athanase, de Didyme et de S. Basile, sur la n.jme matière. S. Ambroise donna encore un livre snv l'Incarnation, pour répondre à certaines objections des ariens, et l'adressa à deux officiers de la cour de Gratien.

Talens fut défait en 578 parles Goths, auxquels il livra témérairement bataille près d'Andrinople, et fut brûlé lui-même dans une cabane où il s'était retiré dans sa fuite, pour faire panser ses plaies. Sa mort fut regardée comme un juste châtiment de la persécution qu'il ?valt excitée contre les catholiques, et surtout de la cruauté qu'il avait exercée contre la ville d'Antioche, en inondant de ruisseaux de sang innocent les rues de cette ville, et en faisant consumer par les flammes un grand nombre de maisons, ce qui fit dire qu'il méritait d'être brûlé

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lul-mcme. Il mourut comme il avait vécu, chargé de la haine publique.

Gratien par la mort do Valens devint maître de l'empire d'Orient. Comme les barbares victorieux l'attaquaient de toutes parts, il leur opposa le brave et vertueux Théodosc, lequel avec son père, qui portait le même nom, avait fait triompher les armées de l'empire dans la Grande-Bretagne et l'Afrique. Yalens ayant fait mourir injustement le père par jalousie, le fils s'était retiré en Espagne, où depuis ce temps il menait une vie privée. Il se montra digne du choix de ce prince par les victoires qu'il remporta sur les Golhs; il rétablit la paix dans tout l'empire, et fit de sages règlements dans les provinces où il commanda. Gratien pour lui marquer sa reconnaissance lui donna la pourpre à Sirmich, le 16 janvier Syg, et le déclara son collègue dans le gouvernement de l'empire d'Orient. Il lui céda la Thrace avec tout ce qu'avait possédé Valens, ainsi que la partie orientale de l'Illyrie, dont Thessaloniqne était alors la capilale.

Les Golhs avaient fait de grands ravages dans la Thrace et l'Illyrie, et avaient pénétré jusqu'aux Alpes. Aml)roise employa dos sommes considérables pour racheter les captifs; il destina môme à cette bonne œuvre les vases d'or de l'église, qui furent rompus et fondus. Il ne prit cependant que ceux qui n'avaient point été consacres, réservant les autres pour une nécessité encore plus pressante. Les ariens lui firent des reproches à ce sujet; mai* il leur répondit qu'il valait mieux sauver des âmes que de garder de for, et que le but qu'il s'était proposé avait été non seulement de conserver la vie

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aux captifs et de mettre à couvert l'honneur des^^ femmes, mais d'arracher les enfants au danger où ils se trouvaient d'être élevés dans l'idolâtrie. « Je crois, disait-il, que le sang de Jésus-Christ, qui reluisait et éclatait dans ces vases d'or, leur a imprimé l'opération de sa vertu divine, en les faisant servir au rachat des captifs. » Plusieurs ariens qui avaient quitté l'IUyrie pour se soustraire à la fureur des barbares, et qui s'étaient réfugiés en Italie, furent convertis à la foi par le saint archevêque de Milan. Il montrait un zèle infatigable lorsqu'il s'agissait de procurer la gloire de Dieu. Tous les carêmes il se donnait des peines incroyables pour instruire les catéchumènes, et plusieurs évêques ensemble, au rapport de Paulin, auraient à peine été capables de faire ce qu'il avait fait quand il mourut.

En 579 il perdit son frère Satyre, auquel il avaife confié le soin de toutes ses affaires temporelles. Satyre s'était embarqué pour l'Afrique, dans la vue de recouvrer quelques biens qu'on retenait injustement h l'archevêque de Milan. Le vaisseau fit malheureusement naufrage. Satyre n'était encore que catéchumène. Il pria les fidèles qui portaient l'eucharistie avec eux, suivant f usage établi alors, de lui remettre cet adorable sacrement. Il fenveloppa dans un linge ou espèce de mouchoir que les Romains avaient coutume de porter à leur cou. Muni de ce sacré dépôt, il se jette dans la mer sans attendre de planche pour se soutenir. Il nage et arrive à terre le premier : on croit que ce fut dans l'île de Sardaigne. Pour témoigner à Dieu sa reconnaissance il va trouver l'évêque diocésain, et lui de-

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mande le baptême ; mais avant de recevoir de lui ce sacrement il s'informe s'il est uni de communion avec les évêques catholiques, c'est à dire avec l'Église romaine. Ayant appris que ce prélat était engagé dans le schisme de Lucifer, il se rembarque et aime mieux différer encore son baptême que de le recevoir des mains d'un schismafique. Lorsqu'il se vit dans un pays catholique il se fit baptiser. Son attention à conserver la grâce qu'il avait reçue fut extrême. Peu de temps après son retour h Milan il mourut dans les bras d'Ambroise et de Marcelline. Il ne fit point de testament : il laissa ses biens h son frère et à sa sœur, en les priant d'en disposer comme ils le jugeraient à propos. Ambroise et Marcelline les distribuèrent aux pauvres, et crurent remplir par là les intentions de leur frère. Les funérailles de Satyre se firent avec une grande solennité. S. Ambroise prononça son oraison funèbre, que nous avons encore, et de laquelle sont tirées les particularités qu'on vient de lire. Sept jours après on alla au tombeau de Satyre pour répéter les prières de l'Eglise, suivant ce qui se pratiquait alors. S. Ambroise fit une seconde fois l'éloge de son frère ; et comme il s'étendit beaucoup sur le bonheur d'une mort chrétienne et sur la résurrection des morts, cet éloge est communément appelé le Discours sur la Résurrection. Satyre est honoré parmi les saints le 1 7 de septembre.

Ambroise tint un concile à Milan en 081 contre l'hérésie d'Apollinaire. Il assista aussi à un concile d'Aquilée, où Pallade etSecondien, évêques ariens, furent déposés. Dans un voyage qu'il fit h Sirmich il procura à l'église de cette ville un évêquc calho-

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lîque malgré les intrigues de l'impératrice Justine, qui voulait qu'on en prît un dans la secte des ariens. L^année suivante, il assista au concile que le pape Damase avait convoqué à Rome pour remédier aux divisions qui troublaient l'Eglise d'Orient, h l'occasion du siège d'Antioche. Pendant son séjour à Rome une baigneuse, retenue au lit par une paralysie, se fit porter, dit Paulin, au lieu où l'arche- Têque de Milan célébrait la messe, et lui demanda le secours de ses prières. Tandis que le saint lui imposait les mains et priait pour elle, ajoute le même auteur, elle prit le bord de ses vêtements qu'elle baisa avec respect et confiance, et aussitôt elle se tronva parfaitement guérie.

S. Ambroiseeut toujours beaucoup de crédit auprès deGratien, et lui fit porter diverses lois pleines de sagesse. Il était ordonné par une de ces lois de n'exécuter les criminels que trente jours après là sentence. Cette précaution fut jugée nécessaire pour éviter les surprises. Graticn était chaste, tempérant, alTable, bienfaisant, et il joignait h ces vertus un grand zèle pour la religion. Il fit ôter du sénat, sur les représentations de S. Ambroise l'autel de la Victoire que Julien l'Apostat avait rétabli; mais il était trop passionné pour la chasse et pour d'autres divertissements : ses ministres l'entretenaient dans ceUe passion pour se rendre maîtres des affaires et gouverner sous son nom. Ce défaut d'application h ses devoirs lempêchait de veiller sur la conduite de ses officiers. De là des murmures, des plaintes qui aliénèrent insensiblement les esprits. Maxime, qui commandait dans la Grande-Bretagne et qui avait eu autrefois pour collègue Théodose,

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alors empereur d'Orient, profita de ce mécontentement ; il prit la pourpre et passa dans les Gaules avec son armée. Gratien sortit de Trêves aux approches de l'ennemi. Il se livra près de Lyon une bataille qui dura cinq jours. Mais Gratien, se voyant à la fin abandonné dune partie de son armée, s'enfuit avec trois cents chevaux. Andragatius, général de la cavalerie de Maxime, lui tendit un piège, et il y tomba. Ce général se mit dans une litière fermée, et fit publier que c'était l'impératrice qui venait joindre son mari. Gratien passa le Rhône pour aller au devant d'elle ; mais, quand il fut auprès de la litière, Andragatius en sortit et le massacra, le 25 août 586. Gratien se plaignit en expirant de n'avoir point avec lui dans ce dernier moment son père Ambroise.

Maxime, devenu maître delà puissance suprême, traita avec beaucoup de rigueur ceux qui étaient attachés au parti de Gratien; il menaça dépasser les Alpes et de venir attaquer Valenliniea II, qui fiusait sa résidence h Milan avec Justine, sa mère. Pour prévenir ce danger l'impératrice députa S. Ambroise vers Maxime. Le saint s'acquitta de cette mission avec tant de succès qn'il arrêta l'usurpateur dans sa marche. Il conclut même avec lui un traité plus favorable qu'on n'avait osé l'espérer. Il y était porté que Maxime régnerait sur la Gaule, la Bretagne et l'Espagne, et que Valcntinien aurait l'Italie avec le reste de l'Occident. S. Ambroise passa l'hiver de l'année 584 »^cc Maxime h Trêves; il eut le courage de refuser constamment de communiquer avec un tjTan dont les mains étaient teintes du sang de son maître, et del'exhor-

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ter à fléchir la colère de Dieu par la pénitence.

Les païens de Rome, profitant de ces temps de confusion, firent leurs efforts pour rétablir les superstitions de l'idolâtrie. Ils avaient à leur tête le célèbre Symmaque, qui jouissait de la plus haute considération par ses talents et sa capacité dans les affaires, et qui était alors préfet de Rome. Dans l'automne de l'année 584 il présenta une requête h Valentiaien, au nom du sénat, pour lui demander le rétablissement de l'autel de laYicloire, et pour le prier de rendre aux prêtres et aux vestales leurs anciens revenus. Il attribuait au culte de ses prétendus dieux les triomphes et la prospérité de l'ancienne Rome. Deux ans auparavant on avait présenté une semblable requête à Gratien, mais ce prince l'avait rejetée : elle avait d'ailleurs été désavouée par les sénateurs chrétiens, qui étaient en grand nombre.

S. Ambroise, instruit de ce qui se passait, adressa deux lettres ou apologies à Yalentinien. ]\on seulement il y vengeait la religion chrétienne, maïs il y paraissait même supérieur en éloquence à Symmaque, qui était regardé comme le premier orateur de son temps. Dans la première de ces apologies il demande communication de la requête qu'il ne connaissait que par les avis secrets qu'on lui avait donnés. « Tous vos sujets, disait-il à l'empereur, sont tenus de se soumettre à votre autorité; mais vous êtes obligés d'obéir au vrai Dieu et de défendre la religion de Jésus-Christ. 11 n'est point permis de concourir à l'idolâtrie. Gomment fEglise recevraitelle les oblations d'un prince qui aurait donné des ornements pour les temples des idoles? L'autel de

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Jésus-Christ n'admet point les dons de celui qui en fait aux faux dieux. » Le saint dans sa seconde apologie réfutait les raisons que Symmaque avait alléguées dans sa requêle. Ces deux apologies ayant été lues dans le conseil de l'empereur, ce prince répondit aux ^païens qu'il ne pouvait leur accorder ce qu'ils demandaient, qu'il aimait Rome comme sa mère, mais qu'il devait obéir à Dieu comme à l'auteur de son salut.

L'impératrice Justine, quoique arienne furieuse, n'avait osé se déclarer publiquement pour ceux de sa secte tant que Yalentinien I" et Gratien vécurent; mais elle se servit pour persécuter les catholiques de la paix qui régnait entre son fils et Maxime» Elle oublia que cette paix était l'ouvrage de S. Ambroise, et ce fut contre le saint archevêque qu'elle dirigea ses principaux coups. Elle lui envoya demander aux approches de Pâque de l'année 585 la basilique Porcienne, qui était hors des murs de la ville, afin que les ariens y fissent le service divin pour elle, pour l'empereur son fils et pour plusieurs officiers de la cour. Ambroisc répondit qu'il ne livrerait jamais le temple de Dieu }x ses ennemis. Il vint d'autres envoyés de la première qualité, qui demandèrent la basifique neuve : ils reçurent la même réponse. Ils insistèrent pour que la première au moins fût donnée aux ariens. L'évêque resta inflexible. Des officiers do la cour curent ordre d'aller tendre les tapisseries impériales h la basilique Porcienne, comme pour en prendre possession. Cette violence excita une émeute, et les habitants de la ville se saisirent dans la rue d'un prêtre arien, nommé Castulus. Ambroisc était alors h l'autcL

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