‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 28 sur 73 · VIERGE ET MARTYRE · texte numérisé non relu

VIERGE ET MARTYRE

(25 novembre.)

Sainte Catherine, appelée par les Grecs jEcatherineg glorifia Jésus-Christ en confessant génëreesement la foi à Alexandrie, sous Maximin lï. On ne peut guère compter sur ce que portent ses Actes parcequ'ils ont été interpolés ou corrompus. On Ht dans le ménologe de l'empereur Basile, qui les a suivis, que sainte Catherine était du sang royal; qu'elle avait de rares comiaissances ; qu'elle confondit une assemblée de philosophes païeos arec lesquels Maximin 1 obligea de disputer; que ces philosophes se convertirent, et que, persistant dans la foi du christianisme, ils furent brûlés tous ensemble. Les Actes de la sainte ajoutent qu'elle fut attachée sur une machine composée de plusieurs roues garnies de pointes très aiguës; mais que quand on voulutfaire agir les roues les cordes se brisèrent miraculeusement, en sorte que la sainte fut déhvrée, et qu'on la condamna ensuite à perdre la tête.

Le savant Joseph Assémani pense que ce qu'Eusèberapporte d'une vierge, que toutefois il ne nomme pas, convient à sainte Catherine. « Il y avait à Alexandrie, dit cet historien, une femme chrétienne distinguée par ses richesses et son illustre naissance. Elle eut le courage de résister à labrutaHté du tyran Maximin, qui se faisait un jeu de déshonorer les autres femmes delà ville. Elle joignait aux avantages dont elle jouissait dans le monde un savoir peu commun. Mais la vertu et la chasteté lui parurent

SAFI^TE CATHERINE. 2l5

préférables h tout. Quoique le tyran n'eût pu réussir h la séduire, il ne voulut point la condamner à mort; il se contenta de la dépouiller de ses biens et de l'envoyer en exil. » Maximin fut défait par Licinius^ en 01 3, et s'enfuit h Tarse, oii il périt misérablement.

Les chrétiens qui gémissaient en Egypte sous le joug cruel des Sarrasins découvrirent le corps de sainte Catherine vers le huitième siècle. Il fut porté dans le monastère que sainte Hélène avait fait bâtir sur le mont Sinaï en Arabie, et que l'empereur Justinien avait considérablement augmenté et embelli. Falconius, archevêque de San-Severino, parle ainsi de cette translation. « Il est dit que le corps de la sainte fut porté par des anges sur le mont Sinaï, ceci veut dire que les moines de Sinaï le portèrent dans leur monastère pour l'enrichir de ce précieux trésor... On sait qu'on a souvent désigne l'habit monastique par un habit angélique , et qu'anciennement les moines étaient appelés anges , à cause de la sainteté de leurs fonctions toutes célestes. » Depuis ce temps-là il est fréquemment parlé de la fèlc et des reliques de sainte Catherine. S. Paul de Latre, anachorète, célébrait la fête de cette sainte avec une dévotion et une solennité extraordinaires.

Dans le onidème siècle Siméon, moine de Sinaï, vint à Rouen pour recevoir l'aumône annuelle de Richard, duc de Normandie. Il apporta avec lui une portion des reliques de sainte Catherine, qu'il laissa danscette ville. On garde encore dans l'église du monastère du mont Sinaï la plus grande partie de la dépouille mortelle de la sainte martyre.

2l6 SAINTE CATHERINE.

L'érudition peu commune de sainte Catherine, l'esprit de piété par lequel elle la sanctifia, le bon usage qu'elle fit de ses connaissances l'ont fait choisir dans les écoles pour la patronne et le modèle des philosophes chrétiens. Après la vertu, le plus beau et le plus précieux ornement de l'esprit humain est la science qui perfectionne toutes les facultés naturelles. On voit des gens se plaindre de finfidélité de leur mémoire; mais si on a soin d'exercer cette faculté, surtout dans la jeunesse, on la rendra capable de cette mesure de connaissances qui sont au moins nécessaires. Mais les instituteurs doivent s'attacher à ne mettre dans la mémoire des enfants que des choses excellentes ou qu'il est indispensable de savoir. Comme l'entendement est la lumière de famé, il faut l'exercer et fétcndre par l'acquisition des sciences solides et utiles. De toutes nos facultés, le jugement est la plus estimable, celle qui gouverne et dirige les autres. 11 est donc nécessaire de le former par des études bien faites, par la réflexion, par l'expérience, ce qui produira la justesse et le goût vrai. Par ces diflerents moyens l'ame contractera l'habitude de se raidir contre la paresse naturelle à fhomme, et deviendra capable d'occupations sérieuses. C'est sans doute la volonté du Créateur que tous ses ouvrages acquièrent le degré de perfection dont ils sont susceptibles ; et si cette perfection dépend de notre travail et de notre industrie, nous ne pourrions les refuser sans crime. Est-il quelque chose qui nous intéresse davantage que notre ame, qui fait la dignité de notre être, et qui est le chef-d'œuvre de ce monde créé? Si l'on veut bien connaître les effets et la nécessité de la

s. FRUMENCE, APOTRE. 21 7

culture, qu'on compare les sauvages avec les nations policées. Qu'on laisse un champ en friche, il ne produira que des ronces et des épines ; mais qu'on le cultive, il se couvre de fruits. Il en est de même de notre ame: la culture qu'on lui donne doit être cependant appropriée aux conditions, aux états, aux circonstances. Il y a des études qui ne sont que pour certaines personnes ; la théologie, par exemple, ne convient en général qu'à ceux qui sont chargés de l'enseignement. Observons toutefois que les femmes étant destinées à former les premières années des enfants, elles doivent bien savoir la religion et en connaître toutes les vérités pratiques. Elles peuvent joindre à cette connaissance celle de l'histoire et des ouvrages de littérature , pourvu qu'elles les rapportent à la religion, et qu'elles donnent toujours la première place aux livres et aux exercices de piété, (i)

S. FRLMENCE, APÔTRE DE l'Ethiopie.

(27 octobre.)

Un philosophe nommé Métrodore fit divers voyages pour satisfaire sa curiosité et le désir qu'il avait d'acquérir de nouvelles connaissances. Ilpénétra jusque

(1) Le génie n'est point le partage exclusif des hoicmes ; bien (les femmes ne leur cèdent point sous ce rapport ; elles seraient donc capables des sciences les plus sublimes. Xous citerons entre autres exemples la célèbre Hélène-Lucrèce Cornaro, Vénitienne, qui réunissait presque tous les genres de connais-

2l8 s. FIWJMENCE, APÔTRE.

dans la Perse et l'Inde ultérieure , nom sous lequel l'Elhiopie était connue des anciens. A son retour il présenta a l'empereur Gonstantin-le-Grand , qui depuis peu était devenu maître de TOrient , des diamants, des pierres précieuses et d'autres curiosités, en assurant ce prince que sa collection aurait été beaucoup plus complète si Sapor, roi de Perse, n'en eut enlevé une parlie.

Mérope, philosophe de Tyr, encouragé par le succès de Mélrodoro, entreprit le même voyage par un semblable motif. Mais Dieu, qui dirige toutes les démarches des hommes, lors même qu'ils ne pensent point à lui, avait des desseins dont nous verrons bientotl'exécution. Mérope mena avec luiFrumence et Edèse^ ses neveux, de l'éducation desquels il s était chargé. Son voyage achevé, il s'embarqua pour revenir dans sa patrie. Le vaisseau qui le portait avec ses neveux, encore enfants, s'arrêta dans un certain port pour y faire les provisions nécessaires à léquipage. Les barbares du pays, alors en guerre avec les Piomains, pillèrent le vaisseau, et passèrent au fd de ré])éc tous ceux qui le montaient. Edèse et Frumence, assis sous un arbre h quelque distance de là, étudiaient et préparaient leurs leçons. Les barbares, les ayant trouvés , se laissèrent toucher par leur innocence, leur candeur et leur beauté. Ils les conduisirent à leur roi , qui faisait sa résidence à Axuma, lequel n'est plus qu'un village de TAbyssinie, nommé Ascum.

sances, et qui reçut le grade de docteur en théologie à Padoue en 1678 ; mais si elle fut le prodige de son siècle par son savoir, elle ne le fut pas moins par l'austérité de sa vie et son extraordinaire piété.

s. FBUMEN€«, APOTBE. 2I9

Le ppjjice, qui remarqua de l'esprit et d'heureuses dispositions dans les deux enfants, prit un soin particulier de leur éducation. Il fit depuis Edèse son échanson, et Frumence son trésorier et son secrétaire d'état. Il les honora de sa plus intime confiance tant qu'il vécut. Etant près de mourir, il les remercia de leurs services, et pour les en récompenser il leur donna la liberté. La reine, qui gouverna en qualité de régente pour son fils aîné, encore en bas âge, les pria de rester à la cour et de l'aider de leurs conseils. Elle ne tarda pas à ressentir les effets de leur vertu et de hur capacité.

Frumence, qui avait la principale part aux afl'aires et qui désirait faire connaître l'Evangile aux Ethiopiens , engagea plusieurs marchands chrétiens qui se trouvaient dans le pays à s'y établir. Il leur obtint de grands privilèges, et leur facilita tous les moyens de professer leur religion. Sa ferveur et ses exemples contribuèrent beaucoup h rendre le christianisme respectable aux infidèles.

Lorsque le jeune roi, nommé Aïzan, fut en âge de gouverner par lui-même les deux frères quittèrent les places qu'ils occupaient malgré les instances que l'on fit pour les retenir à la cour. Esède retourna à Tyr, où il fut ordonné prêtre dans la suite. Mais Frumence, qui avait extrêmement k cœur la conversion de l'Ethiopie , prit la route d'Alexandrie, afin de prier S. Athanasc d'envoyer un évêquc dans ce pays pom- achever la conversion d'un peuple si bien disposé. S. Athanase assembla un synode , et tous les évêques qui le composaient décidèrent que personne n'était plus propre que Frumence à consommer la bonne œuvre qu'il avait

220 S. FRrMENCE, APOTRE.

commencée. Il fut donc sacré évêque des Ethiopiens.

Frumence, revêtu du caractère épiscopal, retourna à Axuma. Ses discours et ses miracles opérèrent un très grand nombre de conversions. Aucune nation peut-être n'embrassa le christianisme iivec plus d'ardeur et de courage. Le roi Aïzan et Sazan , son frère, qu'il avait associé au trône, reçurent le baptême, et contribuèrent beaucoup parleur ferveur à la propagation de l'Evangile parmi leurs sujets.

L'empereur Constance avait une haine implacable contre S. Frumence, qu'il savait être uni de sentiments avec S. Athanase; et comme il désespérait de l'attirer au parti des ariens, qu'il défendait avec une espèce de fureur, il écrivit aux rois d'Ethiopie une lettre menaçante pour leur ordonner de Ji\Ter leur saint évêque entre les mains de George, patriarche intrus d'Alexandrie. Les princes n'eurent aucun égard à cette lettre; ils la communiquèrent à S. Athanase, qui Tinséra dans son Apologie à Constance.

S. Frumence continua d'instruire et d'édifier son troupeau jusqu'à sa mort, dont on ignore l'année. Les Latins font sa fête le 27 d'octobre, et les Grecs le 00 novembre. Les Abyssins l'honorent comme apôtre du pays des Axumites, qui fait la plus considérable partie de leur empire. Ils mettent aussi au nombre des saints les rois Aïzan et Sazan, qu'ils nomment Abreha et Atzbeha. Ils appellent S. Frumence S. Frémonat.

Nous voyons dans les annales de l'Eglise que, dans tous les siècles , depuis l'établissement du christianisme jusqu'à nos jours, quelques nouvelles

s PHOCAS, MARTYR. 221

nations ont été ajoutées au domaine de Jésus-Christ, et que l'apostasie de celles qui avaient quitté les voies de la vérité a été réparée par de nouvelles acquisitions. C'est là l'ouvrage du Très Haut, c'est l'efTet de sa grâce toute puissante. C'est le Seigneur qui fait fructifier dans les cœurs la semence céleste que les ouvriers évangéliques y ont jetée; c'est lui qui anime de son esprit ces zélés successeurs des apôtres, dont il daigne faire les instruments de sa miséricorde. Nous ne saurions donc trop le remercier du bienfait inestimable de la foi, dont nous sommes redevables h son infinie bonté. A quel châtiment ne doivent pas s'attendre ceux qui ne correspondront point avec fidélité h une si grande grâce?

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