‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 46 sur 73 · DISCIPLE DE S. MARTIN · texte numérisé non relu

DISCIPLE DE S. MARTIN

( 29 janvier. )

S. Sulpice Sévère naquit en Aquitaine, aux en- Tirons de Toulouse. Ses parents, au rapport des

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deux Paulin et de Gennade, alliaient de grands biens à la noblesse de l'extraction. L'étude des lettres occupa ses premières années. Devenu capable d'une application sérieuse, il se mit à lire les bons auteurs du siècle d'Auguste afin de former son style sur celui de ces beaux modèles. On sait jusqu'à quel point il y réussit. Ayant fréquenté le barreau dans un âge où l'on ne se fait point encore de réputation, il ne tarda pas h effacer tous ceux qui couraient la même carrière que lui. Il s'unit par les liens du mariage avec une femme de famille consulaire, qui lui apporta des biens considérable?, mais qui lui fut bientôt enlevée par la mort. Il continua de vivre dans la plus parfaite intelligence avrc Bassula, sa belle-mère, qui l'aimait comme son propre fils.

Cependant les réflexions qu'occasiona la perte de sa femme lodétachèrcnt insensiblement du monde; il en sentit tout le néant, et résolut enfin de le quitter. On croit que les discours et les exemples de sa belle-mère ne contribuèrent pas peu h l'affermir dans sa résolution, qu'il exécuta vers l'an 392; son sacrificc'fut d'autant plus méritoire qu'il était encore à la fleur de son âge. Il employait tous ses revenus en aumônes et en d'autres bonnes œuvres, de sorte qu'il était moins le propriétaire de son bien que l'économe de l'Église et des pauvres. Son changement de vie fut désapprouvé de tous ceux qui ne le considéraient pas avec les yeux de la foi. Ses anciens amis blâmèrent hautement sa conduite, puis en firent l'objet des railleries les plus piquantes. Le saint, qui avait consulté Dieu avant d'agir, n'en fut point ébranlé, et alla fixer sa demeure dans une cabane du village de Primuliac,

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en Aquitaine. Ses serviteurs et ses esclaves, qui l'avaient suivi, devinrent ses frères et ses disciples, et se consacrèrent avec lui au service du Seigneur. Ils couchaient tous sur la paille ou sur des cilices étendus par terre. Ils ne se nourrissaient que de pain bis, de légumes et d"herbes bouillies, qu'ils assaisonnaient seulement d'un peu de vinaigre.

Sulpice alla visiter S. Martin de Tours vers l'an 349. Frappé des vertus, dos discours et des conseils de cet homme divin, il devint dès lors son plus grand admirateur et le plus fidèle de ses disciples. Chaque année il passait quelque temps avec lui afm d'apprendre à copier parfaitement tous les traits de ce beau modèle. Zélé pour la décence du culte extérieur, il décora les églises et en fit bâtir plusieurs, deux entre autres h Primuliac. Comme il voulait enrichir de reliques ces deux dernières, il écrivit h S. Paulin en 4o3 pour le prier de lui en procurer. Le saint lui envoya un morceau de la Traie croix avec la relation de la manière miraculeuse dont elle avait été découverte par sainte Hélène. Sulpice inséra depuis cette relation dans son histoire ecclésiastique. Ces deux grands hommes, liés ensemble d'une amitié sainte, se faisaient des présents réciproques; ils s'envoyaient des vêtements pauvres et d'autres choses semblables qui convenaient h la vie pénitente qu'ils avaient embrassée. Les réflexions semées dans les lettres qui accompagnaient ces présents supposent des hommes accoutumés à profiter de tout pour élever leurs cœurs vers Dieu.

Le serviteur de Dieu étant un jour seul dans sa cellule s'y endormit : il lui sembla voir S. Martin

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montant au ciel, le visage rayonnant de gloire, et accompagné du prêtre Clair, son disciple, mort depuis quelque temps. La vérité de cette vision lui fut confirmée par févénement. En effet deux moines qui arrivaient de Tours lui apprirent h son réveil que son bienheureux maître était sorti de ce monde. Cette nouvelle l'affligea sensiblement ; mais il s'en consola dans l'espérance qu'il allait avoir dans le ciel un puissant intercesseur. Il voulut laisser un monument de sa vénération pour la mémoire du saint évêque de Tours en écrivant fhistoire de sa vie. Ce fut encore par une suite de la même vénération qu'il passa cinq ans dans la cellule de S. Martin à Marmoutier. Quelques auteurs disent qu'il se retira ensuite dans un monastère situé ou h Marseille, ou dans le voisinage de cette ville. On ne connaît point l'année de sa mort; on sait seulement qu'il mourut au commencement du cinquième siècle. S. Paulin de Noie, Paulin de Périgueux, Venance Fortunat et plusieurs auteurs, font les plus magnifiqes éloges de S. Sulpice Sévère. Gennade dit qu'il était surtout recommandable par son humilité et par son amour extraordinaire pour la pauvreté.

L'édition la meilleure et la plus complète que nous ayons des œuvres de S. Sulpice Sévère est celle de Vérone donnée en 1741, 2 vol. in-folio, par le père de Prato, oratorien de la même ville : le savant éditeur a joint au texte toutes les variantes avec des notes, des dissertations et une vie du saint.

S. Sulpice Sévère est celui de tous les écrivains ecclésiastiques qui a parlé la langue latine avec le plus de pureté : il mériterait d'avoir place parmi

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les auteurs classiques. L'élégance, la précision et la clarté qui régnent dans sou histoire sacrée, lui ont fait donner le titre de Salluste chrétien ; quelques-uns même le préfèrent à l'historien romain. Ce qu'il y a de bien certain c'est que son abrégé de l'histoire sacrée est un chef-d'œuvre en ce genre.

S. YICTRICE,

EVBQUE DE ROUEN.

(7 août. )

On ignore le lieu de la naissance de S. Victrice. S. Paulin, qui vivait dans le môme temps, dit seulement quil était de quelqu'une des extrémités de l'empire romain. Il naquit sous le règne de Constantin-Ie-Grand et porta les armes dans sa jeunesse. Il eut le bonheur de connaître Jésus-Christ , et il est assez vraisemblable qu'on doit mettre sa conversion dans le temps où Julien TxVpostat entreprit de rétablir le paganisme dans ses armées.

\iclrice employa le moyen suivant pour mettre sa vertu à couvert des dangers auxquels elle était exposée. Un jour que toutes les troupes étaient assemblées, il s'avança au milieu du camp et déposa son habit militaire avec ses armes aux pieds du tribun, en lui disant qu'il ne pensait plus qu'à se revêlir intérieurement de la paix et de la justice chrétienne. Le tribun, qui était idolâtre, ordonna qu'il fût fouetté, etle fît meurtrir de coups. Ce supplice, dit S. Paulin, n'abattit point le serviteur de Dieu parcequ'il était fortifié par la croix de Jésus-Christ. Ayant été conduit en prison, on le coucha nu sur

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de petites pierres aigviës. Ce nouveau genre de torture ne servit qu'à donner plus d'éclat à sa constance. I Rien ne pouvant l'ébranler, il fut présenté au comte i ou général de l'armée, qui le condamna h perdre la tête.

Soutenu par les consolations que Dieu répandait dans son ame, il marcha courageusement au lieu du supplice. Celui qui devait faire l'exécution l'insultait en le conduisant, et affectait de marquer avec sa main l'endroit de son cou qu'il projetait de frapper ; mais il fut puni de son insolence en perdant la vue sur-le-champ. Ce miracle fut suivi d'un autre. Le geôlier avait lié le saint si étroitement que les chaînes étaient entrées dans la chair ; Ticlrice pria les soldats de les desserrer tant soit peu. N'ayant pu obtenir ce qu'il demandait, il implora le secours de Jésus-Christ , et aussitôt les chaînes lui tombèrent des mains. Personne n'osa lier de nouveau celui auquel Dieu avait rendu la liberté. Les gardes étonnés coururent annoncer au comte ce qui venait d'arriver. Celui-ci, frappé du récit du double miracle, fit son rapport au prince, devint le défenseur de celui qu'il avait condamné et lui obtint la vie avec la liberté. Toutes ces circonstances sont rapportées dans la lettre que S. Paulin écrivit à S. Yictrice lui-même en 599.

On ne sait où S. Victrice se retira après sa conversion; mais la suite de sa vie est une preuve éclatante de la ferveur avec laquelle il s'était préparé aux travaux apostoliques. INous apprenons de S. Paulin qu'il alla porter le flambeau de la foi dans la contrée de la Gaule belgique habitée par les Mo- Tins et les Nerviens, laquelle uni maintenant partie

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de la Picardie , du Hainaut et de la Flandre. Les progrès de l'Evangile y avaient été jusque-là peu considérables. Mais Viclrice n'y eût pas plus tôt paru que cette terre inculte, avec ses rivages sablonneux et ses déserts arides, devint un des plus beaux parterres des jardins de l'époux. Le nom de Jésus-Christ retentit de toutes parts, et il n'y eut presque personne qui ne se rangeât sous son empire. On bâtit des églises, on forma des monastères; les villes, les campagnes, les îles, les forêts se peuplèrent de saints : en un mot les idoles tombèrent , et Jésus-Christ régna. Nous suivons ici S. Paulin, et nous nous servons même de ses expressions.

Les uns prétendent que S. Victrice fit cette mission avant d'occuper le siège de Rouen; les autres soutiennent le contraire. Le premier sentiment nous paraît le plus probable. Peut-être que le saint était alors évêque régîonnairc. Il fut, au rapport de S. Paulin, élevé hl'épiscopat parle siège apostolique.

Il eut une liaison fort intime avec S. Martin de Tours. Il se trouva avec lui à Vienne sur le Rhône lorsque S. Paulin vint le consulter sur le choix de sa retraite, et il était alors pasteur de l'Église de Rouen. Ce fut la première et même l'unique fois que S. Paulin vit notre saint évêque. Il assure que cette courte entrevue suffit pour lui faire concevoir la plus haute idée de sa sainteté, et pour le pénétrer d'amour et de vénération pour sa personne.

On lit dans Sulpice Sévère que S. Victrice était encore avec S. Martin à Chartres lorsqu'un homme de cette ville amena à ce dernier sa f lle^ muette de naissance, pour le prier de la guérir. Le saint évêque de Tours voulut la renenvoyer à Victrice et à

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un autre évêque nommé Talentinien, disant qu'ils étaient tous deux plus puissants que lui auprès de Dieu. Mais ils se joignirent l'un et l'autre au père de la fille pour demander sa guérison, et ils l'obtinrent en effet.

La haute idée que S. Martin avait de la sainteté de Yictrice, était appuyée sur les fondements les plus solides. Il connaissait le prix que ses prières, ses exemples et ses travaux produisaient dans son diocèse. Auparavant, dit S. Paulin, la ville de Rouen était assez peu connue des autres nations; mais sous Yictrice elle devint une nouvelle Jérusalem, et son nom fut célèbre parmi les plus célèbres Églises du monde chrétien. Les apôtres choisirent cette ville, où ils étaient autrefois étrangers, pour y faire reposer leur esprit; et en y allumant dans les cœurs des fidèles les flammes du divin amour ils font éclater les merveilleux effets de la puissance du Seigneur. On y voit un grand nombre d'églises où l'on chante les psaumes sacrés avec un concert mélodieux, et des monastères nombreux dont les habitans, par la perfection des conseils évangéliques, élèvent chaque jour de nouveaux trophées à la religion. On y trouve de toute part des vierges qui par leur pureté font de leur corps et de leur cœur un sanctuaire digne de Jésus-Christ, des veuves qui ne cessent nuit et jour de s'appliquer au service de Dieu et à l'exercice des œuvres de charité, des personnes qui, quoique engagées dans le mariage , gardent la continence, et qui par la ferveur et la continuité de leurs prières donnent au monde le plus édifiant spectacle. Tel est le témoignage que S. Paulin rendait du fond de l'Italie h

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l'Église de Rouen, au zèle, et à la sainleté de son pasteur.

Quelques troubles s' étant élevés parmi les évéques de la Grande-Bretagne, Victrice fut appelé pour les apaiser. Il justifia l'idée qu'on avait coaçue de lui; il vint à bout par sa patience et par sa charité d'y établir le calme et la paix. Ceci arriva quarante ans avant que S. Germain d'Auxerre passât dans le même pays pour confondre les pélagiens.

Yictrice était à peine de retour dans son diocèse qu'il apprit que S. Ambroise et quelques autres évêques lui envoyaient des reliques , et que celui qui les apportait était peu éloigné de Rouen. Il alla au devant de lui par respect. Il n'y avait pas longtemps qu'il avait reçu probablement par la même voie des reliques de S. Jean-Baptiste, de S. Andi-é, de S. Thomas, de S. Luc, de S. Gervais, de S. Protais et de S. Agricole. La nouvelle caisse en contenait une plus grande quantité , et il y en avait de S. Jean rÉvangélistc , de S. Procule de Bologne, de S. Antonin de Plaisance, de S. Saturnin et de S. Trajan de Macédoine, de S. Nazaire de Milan , des saints Muce, Alexandre, Dalys et Chindé, et des saintes Rogate, Léonide, Anastasie et Anatolie. Yictrice nous donne lui-même les noms de tous ces saints dans le discours qu'il fit en cette occasion. S. Ambroise ayant fait la découverte des reliques de S. Gervais et de S. Protais à Milan , après la mort de Théodose arrivée le 7 janvier 690, et de celles de S. Aazaire et de S. Gelse, peu de temp& après, mourut en 597. Il faut donc placer l'envot ■ de ces mêmes reliques à Rouen vers l'an 596,

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S. Yictrice pour les placer décemment bâtit une église clans sa ville épiscopale, et il en fit la translation avec beaucoup de solennité lorsque le bâtiment eut été achevé. Il nous a laissé une description de celte cérémonie dans le discours dont nous venons de parler. Il y prend la défense des vierges et des veuves contre l'hérésie de Jovinien , qui avait été condamnée depuis peu dans les conciles de Rome et de MiJan. Il y oppose aux ariens une profession de foi fort exacte sur la Trinité; il s'y félicite d'avoir la même foi que les apôtres et les martyrs, et il ajoute que la confession que nous en faisons, tant dans la peine que dans la joie, obtient la grâce et le salut. En décrivant la procession qui se fit pour la cérémonie de la translation il dit : « Ici se présente en foule la troupe des moines exténués par les jeûnes ; là de nombreux essaims d'enfants innocents font retentir les airs des sons joyeux de leurs voix; ici le chœur des vierges dévotes porte l'étendard de la croix; \h. se sont joints une multitude de continents et de veuves. » Il exhorte les fidèles à regarder les martyrs comme leurs protecteurs. « 11 nous faut , dit-il, embrasser dévotement ces précieux restes des supplices, et y chercher, comme fhémoroïsse, à la frange de fhabit du Sauveur la guérison de nos plaies. » Il ajoute en parlant de lui-même : «Tous voyez devant vous et à votre service un soldat éprouvé parles années, vieilli dans les combats, endurci à la fatigue et aux veilles..., qui n'estime la vie présente que par ses rapports à féternité, et qui ne se croit jamais plus riche que lorsqu'il a les mains chargées des reliques des saints Leurs domiciles sont dans le ciel; mais

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ils sont ici comme des hôtes à qui nous pouvons adresser nos prières. » Il montre que le don des miracles et le gage de leur ferveur ne sont pas moins dans les petites parties de leurs reliques que dans le tout.

On croit que l'église que S. Victrice fit bâtir pour les reliques qu'on lui avait envoyées d'Italie est celle qui porte à Rouen le nom de Saint-Gervais. Elle est à l'endroit où S. .Mellon avait été enterré, et il est h présumer qu'on avait précédemment élevé un oratoire sur le tombeau de ce saint. Cependant on accusa S. Victrice d'errer dans la foi; il est probable que cette erreur prétendue avait la Trinité pour objet; mais il ne lui fut pas difficile de se justifier. On doit peut-être attribuer à cette accusation le voyage qu'il fit h Rom3 vers l'an 4^5, sous le pontificat d'Innocent I".

Le désir qu'il avait de rejoindre son troupeau l'empêcha d'aller voir à Noie S. Paulin, son ami. Celui-ci s'en plaignit dans une lettre qu'il écrivit sur la fin de l'année 4o4. H dit qu'il avait été indigne de recevoir une si grande consolation ; il y insère une profession de foi sur les mystères de la Trinité et de l'Incarnation. Il s'y réjouit de ce que A ictricc a confondu la calomnie, de ce qu'il a triomphé de ses ennemis et de ce qu'une épreuve passagère avait opéré pour lui un poids éternel de gloire.

S. Victrice ayant consulté le saint-siége sur quelques points de discipline, le pape Innocent I" lui adressa en 4o4 une décrétale contenant treize articles, qui avaient principalement le clergé pour objet. La continence y était fortement recomman-

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dée aux clercs. Il y avait aussi des règlements pour les vierges qui ont choisi Jésus-Christ pour époux et qui ont reçu le voile sacré de la main du prêtre.

S. Victrice vécut encore quelques années sur le siège de Rouen, dont il était le huitième évêque. Il mourut vers l'an 4i5. Quelques auteurs mettent sa mort deux ans plus tard. Sa fête est marquée au 7 août dans les martyrologes de France et dans le romain moderne. C'est aussi en ce jour qu'on la célèbre à Rouen.

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