‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 64 sur 73 · S. HILAIRE · texte numérisé non relu

S. HILAIRE

ÉVÊQUE d'à RLE S.

(5 mai.)

S. Ililaire, parent de S. Honorât d'Arles, naquit dans les Gaules vers l'an 4oi. Sa famille était fort distinguée selon le monde. 11 fut élevé d'une manière conforme à son illustre naissance; on lui donna des maîtres habiles pour l'iuslruire dans la connaissance des beaux-arts. Il fit de grands progrès dans les dillerentes branches de la littérature, surtout dans la philosophie et l'éloquence; mais nous apprenons de lui-même le peu d'estime que l'on doit avoir pour tous ces avantages lorsqu'ils sont séparés des biens de la foi : « Nous sommes , dit-il, tous égaux en Jésus-Ghrist. Le plus haut degré de noblesse est d'être compté parmi les serviteurs de Dieu. Des parents illustres et les qualités de l'esprit ne nous élèveront au dessus des autres

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qu'à proportion que nous nous mépriserons nousmêmes. » Au reste S. Hilaire ne se conduisit pas toujours d'après ces maximes ; il y eut un temps où il aima le monde et en rechercha les honneurs. S. Honorât, son parent, fut l'instrument dont Dieu se servit pour lui ouvrir les yeux sur le danger que courait son salut.

Honorât après avoir abandonné sa patrie s'était retiré dans l'île de Lérins, et y avait fondé un grand monastère. Son éloignement du monde n'avait rien pris sur ses tendres sentiments pour Hilaire,* il crut même ne pouvoir lui donner de plus solides preuves de son amitié qu'en essayant de le gagner entièrement à Dieu; il partit donc de Lérins pour aller trouver Hilaire. Persuadé que les réflexions qui l'avaient détaché du monde produiraient le même effet sur le cœur de son ami, il les lui suggéra de la manière la plus touchaute et la plus pathétique. «Que de larmes, dit S. Hilaire, ne répandit pas ce vertueux ami pour amollir la dureté de mon cœur ! Combien de fois ne m'embrassa-t-il pas avec tendresse afin d'obtenir de moi que je pensasse sérieusement au salut de mon ame ! Je restai cependant insensible ; rien ne fut capable de m'ébranler. »

Honorât, voyant que tous ses efforts étaient inutiles, résolut d'avoir recours h la prière. «Eh bien ! dit-il en s'adressant à Hilaire, j'obtiendrai de Dieu ce que vous ne voulez pas m'accorder. » Il prit ensuite congé de lui et se retira. Cependant Hilaire réfléchit sur ce qui venait de se passer, et ses réflexions occasionnèrent un rude combat dans son ame. Voici comme il le dépeint lui-même : « D'un

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côté il me semblait que le Seigneur m'appelait h lui; de l'autre le monde me retenait en m'offrant ses plaisirs et ses charmes séduisants. Ma volonté flottante et indécise m'empêchait de prendre aucun parti. Enfin Jésus-Christ triompha en moi. Trois jours après qu'Honorât m'eut quitté la miséricorde de Dieu, sollicitée par ses prières, subjugua mon ame rebelle. » Illlaire ne balança plus , il se rendit auprès d'Honorat. Autant il avait été orgueilleux et indocile, autant il devint humble et soumis.

Depuis ce moment il parut un homme tout nouveau; on remarqua en lui ce changement merveilleux que le Saint-Esprit produit dans une ame sincèrement convertie. Toute sa conduite extérieure portait l'empreinte de l'humilité, de la douceur, de la mortification et de la charité. Il avait mis la main à la charrue pour ne plus regarder en arrière, et le monde qu'il avait quitté n'excitait plus en lui un seul désir. Brûlant de zèle pour la perfection, il vendit tous ses biens à son frère, et distribua les fonds qui lui en revinrent tant aux pauvres qu'aux monastères indigents. Lorsqu'il se fut entièrement affranchi de tous les liens qui pouvaient fattacher au monde, il quitta sa patrie afin d'aller se renfermer dans l'abbaye deLérins. Il y parut dès son entrée digne de vivre dans la compagnie des saints. En effet il montra tant de zèle et de ferveur pour l'accomplissement de ses devoirs qu'il devint en peu de temps le modèle de ceux parmi lesquels il était venu étudier les maximes de la perfection monastique. Il se distinguait surtout par son amour pour la prière et la mortification. Sans cesse il veillait sur lui-même, afin d'éviter jusqu'aux plus pe-

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tites fautes. Il travaillait aussi tous les jours h se corriger de ses imperfections , qui sont une suite de la fragilité humaine. Ce fut ainsi qu'il se prépara à recevoir le don des larmes.

S. Honorât ayant été élu évèque d'Arles en 426, Hilaire le suivit dans cette ville ; mais il ne fut pas long-temps sans regretter sa solitude; il revint donc à Lérins. Tous les habitants de l'île le reçurent avec de grands témoignages de joie ; le saint de son côté fut charmé de se revoir parmi eux. Au reste cette joie ne fut pas de longue durée; Dieu, qui avait d'autres desseins sur son serviteur, ne permit point que ses vertus restassent cachées dans la retraite. S. Honorât le pria de se rendre auprès de lui et de ne pas lui refuser le secours de ses exemples et de ses conseils. Comme ses prières ne produisaient aucun effet il alla lui-même le chercher à Lérins, et l'obligea de le suivre.

Après la mort de ce saint évêque, qui arriva vers l'an 429» Hilaire ressentit une vive douleur de se voir séparé d'un ami qu'il aimait si tendrement. Il se consola toutefois en pensant qu'il n'avait quitté cette vie que pour jouir pleinement de la liberté des enfants de Dieu. Son premier soin fut de prendre la route de Lérins ; mais les habitants d'Arles n'eurent pas plus tôt été informés de son départ qu'ils résolurent de le faire arrêter sur la route. Quelquesuns d'entre eux s' étant détachés l'atteignirent et le ramenèrent dans la ville. On l'élut évêque d'une voix unanime, et Ton procéda à la cérémonie de son sacre quoiqu'il n'eut encore que vingt-neuf ans.

La dignité de l'épiscopat ne fit que donner un nouveau lustre aux vertus de S. Hilaire. Il s'humi-

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liait intérieurement à proportion de ce qu'il était élevé au dessus des autres. Ses besoins étaient renfermés dans des bornes fort étroites, et jamais il De se permettait que ce qui était absolument néces*» saire. Hiver et été il portait le même habit. A la méditation de l'Ecriture sainte il joignait la prière, le jeûne et les veilles. En même temps qu'il s'appliquait à la sanctification de son ame il tâchait aussi de procurer le salut de son troupeau, en le nourrissant assidûment du pain de la parole divine. Il avait des heures réglées pour le travail des mains, et le but qu'il se proposait en cela était de gagner quelque chose qui pût lui servir à augmenter ses aumônes. Toujours il choisissait un genre de travail compatible avec la prière; il ne voyageait jamais qu'à pied. A force de vaincre la nature il avait acquis une si parfaite tranquillité d'ame qu'il n'était jamais troublé par la moindre impatience. Le talent que S. Hilaire avait pour la prédication était singulièrement remarquable. Lorsqu'il parlait aux savants du monde il s'exprimait avec cette grâce, cette élégance et ce ton de noblesse qui caractérisent les grands orateurs; mais s'il avait à instruire des gens sans lettres il changeait sa manière, et proportionnait ses discours à la capacité des plus ignorants. Ce qu'il y avait de plus admirable c'est que dans les instructions les plus familières il savait aUier un style simple et naïf avec la majesté de l'Evangile. Il prêchait la vérité sans déguisement et sans jamais flatter les grands. Nous en citerons un exemple. Il avait souvent averti en particulier un juge de la province, qui administrait la justice avec une criminelle partiahté: ses aver-

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tîssements n'avaient produit aucun effet. Un jour iju'il prêchait , le magistrat, suivi de ses officiers, entra dans l'église; h peine l'eut-il aperçu qu'il interrompit son discours. Son auditoire paraissant étonné , il dit qu'un homme qui avait si souvent négligé les avis qu'on lui avait donnés pour le salut de son ame ne méritait pas d'être nourri de la parole divine avec le peuple fidèle. Le juge , frappé de cette réflexion, rougit et rentra en lui-même. Le saint reprit ensuite le fd de son discours. Ayant remarqué un autre jour que plusieurs personnes sortaient de l'église après la lecture de fEvangile et précisément dans le moment où il allait prêcher, il les fit revenir en leur disant : « Il ne vous sera pas si facile de sortir des cachots ténéhreux de l'enfer, si vous avez le malheur d'3^ tomber. »

L'amour que le saint évêque avait pour les pauvres ne connaissait point de bornes, et ce n'était qu'afin d'être en état de leur procurer des secours plus abondants qu'il vivait lui-même dans une extrême pauvreté. Il vendit pour racheter les captifs jusqu'aux vases sacrés de l'église, et se servit dans la célébration des divins mystères de calices et de patènes de verre. Sa sensibilité pour les nécessités des corps doit faire juger de la compassion qu'il avait pour les misères des amcs. Il supportait les faibles avec tendresse, sans cependant favoriser le désordre des passions. Lorsqu'il mettait quelqu'un en pénitence il fondait lui-même en larmes, ce qui inspirait de la ferveur au coupable ; il tâchait aussi par ses soupirs et ses prières de lui obtenir de Dieu la grâce d'une vive componction. Son zèle s'étendait à toute la province ; il en visitait les évêques ,

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afin de les exhorter h retracer en eux l'image de Jésus-Christ, le prince des pasteurs. Il fonda plusieurs monastères, et y fit observer la plus parfaite régularité. Il se fortifiait dans la pratique de toutes les vertus épiscopales par les exemples de S. Germain d'Auxerre, avec lequel il était lié d'une amitié fort étroite, qu'il appelait son père et qu'il respectait comme un apôtre.

Durant son épiscopat il se tint plusieurs conciles auxquels il présida : il n'y en eut aucun dans lequel il ne soutînt la haute idée que Ton avait conçue de lui. Ce fut principalement à son zèle et à sa prudence que Ton dut les canons de discipline qui furent faits dans tous ces conciles.

La fermeté de S. Hilaire lui fit des ennemis. Quelques-uns d'entre eux ayant mal interprété ses actions donnèrent de lui une idée désavantageuse au pape S. Léon. Il faut toutefois convenir que le zèle de l'évéque d'Arles n'avait point été assez mesuré en certaines circonstances; mais ceci ne Tenait point de la passion , le saint s'était trompé de bonne foi, et tout f ensemble de sa conduite ne permet pas de porter de lui un autre jugement. Ainsi la contestation qui s'éleva entre S. Léon et S. Hilaire ne servit qu'à faire éclater le zèle du premier et la patience du second. Mais il faut remonter à l'origine de cette contestation.

L'évéque Chélidoine avait été déposé par S. Hilaire. Les motifs de sa déposition étaient : i° qu'il avait épousé une veuve avant son sacre ; 2° qu'il avait comme magistrat condamné quelques personnes à mort. On inférait de là qu'il n'avait pu recevoir les saints ordres, les canons déclarant ir-

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réguliers ceux qui se trouvaient dans le même cas. Chélidoine appela à Rome de la sentence rendue contre lui, dans l'espérance qu'il viendrait à bout de se justifier. S. Léon reçut son appel.

S. Hilaire, instruit que son sulTragant était allé à Rome, l'y suivit. Il fit le voyage à pied quoiqu'on fût au milieu de fhiver. Le pape tint un concile pour juger failairc dont il s'agissait, et l'évêque d'Arles prit séance parmi ceux qui le composaient. Comme il ne se mit point en devoir de prouver que Chélidoine était irrégulier, ii donna par son silence lieu de croire qu'on lui en avait imposé sur le fait dont il était question. Il prétendit toutefois que la cause de l'évêque devait être jugée sur les lieux par des commissaires que le pape nommerait; en quoi il pensait comme quelques évêques d'Afrique. On n'eut point égard à ses raisons, le contraire ayant souvent été pratiqué quand les parties appelaient à Rome. S. Léon prononça donc que Chélidoine n'avait point encouru l'irrégularité dont on l'avait chargé. Au reste on convient que la manière de juger les appels n'est qu'un point de discipline, qui peut varier selon les lieux et les circonstances.

S. Hilaire se trouva engagé dans une autre affaire, qui souffrit aussi beaucoup de difficultés. Projecte, évêque de sa province, étant malade, Hilaire ordonna promptement celui qu'il destinait à lui succéder. Le malade guérit, et il se trouva que le même siège avait deux évêques. S. Hilaire se déclara pour celui qu'il avait sacré, peut-être parceque Projecte n'était plus en état d'exercer ses fonctions. L'auteur de la vie du saint n'éclaircit point ce fait ; mais il y a tout lieu de penser que

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le métropolîtaîn avait de bonnes intentions. Au reste la discipline de l'Eglise sur ees sortes de matières n'avait point encore été aussi positivement fixée par les canons qu'elle l'a été depuis. S. Hilaire s'imagina donc qu'il n'outrepassait point les pouvoirs qu'il avait comme métropolitain; mais S. Léon, attaché aux vraies règles, envisageait les choses différemment. Il jugea que l'ordination du successeur d'un évêque encore vivant était irrégulière, sujette h beaucoup d'inconvénients et capable d'introduire un schisme dans l'Église. Il défendit à Hilaire d'ordonner aucun évêque h l'avenir. Le saint souffrit sans se plaindre la sévérité que l'on exerçait à son égard, et il effaça par sa patience la faute qu'il avait commise. S. Léon lui-même conçut une haute idée de l'évêque d'Arles, et dans une lettre qu'il écrivit peu de temps après sa mort il l'appelait Hilaire de sainte mémoire.

Enfin le saint pasteur succomba sous le poids du travail et des austérités. Il mourut le 5 mai 449? ^ l'âge de quarante-huit ans.

S. y^SÈNE ,

AXACHORfeTE EN EGYPTE.

(19 juillet.)

Arsène, Romain de naissance, sortait d'une famille alliée à celle d3 pîusioars sénateurs. Il fut élevé avec soin, et se montra dès sa jeunesse plein d'ardeur pour la pratique de la vertu. Il acquit une grande connaissance des auteurs grecs et

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latins , et se rendit aussi fort habile dans celle de l'Écriture sainte. Ayant embrassé l'état ecclésiastique, il fut ordonné diacre. Il avait une sœur avec laquelle il menait à Rome une vive retirée.

L'empereur Théodose-le-Grand cherchait avec soin une personne à laquelle il pût confier l'éducation de ses enfants ; il s' adressa à l'empereur Gratien, et le pria de consulter l'évêque de Rome sur le choix qu'il voulait faire. Celui-ci parla d'Arsène de manière à faire connaître qu'il avait toutes les qualités que demandait Théodose. Gratien l'envoya donc à Constantinople. L'empereur le reçut avec de grandes marques de distinction , l'éleva à la dignité de sénateur, et ordonna qu'il fut respecté comme le père de ses enfants, dont il le nommait tuteur et précepteur. Il voulut qu'il eût un train magnifique, et il attacha à son service cent domestiques qui étaient tous richement habillés.

Etant un jour allé voir les princes pendant leur étude, il les trouva assis, tandis qu'Arsène était debout en leur parlant. .\on seulement il en fut fâché, mais il dépouilla ses enfants pendant quelque temps des marques de leur dignité, et ordonna que durant leurs leçons ils fussent debout et Arsène assis.

Arsène avait eu toujours une forte inclination pour la retraite, et cette inclination il la sentait augmenter de jour en jour à cause des embarras et des distractions attachés à sa place. Les titres et les honneurs étaient pour lui un fardeau insupportable. Enfin il trouva vers l'an 090 une occasion de rompre les chaînes qui le retenaient à la cour. Arcade^ l'un des enfants de l'empereur, ayant com-

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mis une faute considérable, il l'en punit sévèrement. Le jeune prince en fut vivement piqué, et n'en devint que plus opiniâtre, Arsène saisit cette occasion d'exécuter le projet qu'il avait formé depuis long -temps d'abandonner le monde. Un jour que suivant sa coutume il priait Dieu de lui faire connaître sa volonté, il entendit une voix qui lui disait : « Arsène, fuis la compagnie des hommes, et tu seras sauvé. » Il suivit sans délai la vocation du ciel , s'embarqua sur un vaisseau qui faisait voile pour Alexandrie, d'où il se rendit dans le désert de Scété pour y vivre en anachorète. Ceci arriva vers Tan 394; Arsène avait alors quarante ans, et il en avait passé onze à la cour de Conslantinople.

Comme il ne cherchait qu'à plaire à Dieu en toutes choses, il redoubla de ferveur dans ses prières afin de connaître encore plus parfaitement ce que le Seigneur demandait de lui. Un jour qu'il priait il entendit une voix qui lui disait de nouveau: « Arsène , fuis , garde le silence, et sois en paix; c'est là le fondement du salut. » C'est à dire ce sont là les principales choses qu'il faut faire pour être sauvé. En conséquence d'un tel avertissement, répété par deux fois, il se retira dans une cellule fort écartée pour n'être point dans le cas de recevoir des visites ; il ne voyait même que rarement ses propres frères. Lorsqu'il allait à l'éghse , éloignée du lieu de sa demeure d'environ trente milles , il se mettait derrière un pilier pour ne voir personne et pour n'être vu de qui que ce fût.

Cependant Théodose, affligé de la fuite d'Arsène, fit faire les plus exactes perquisitions sur terre et sur mer pour découvrir où il s'était caché; mais il

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fut bientôt après obligé de passer en Occident pour venger la mort de \ alentinien U , et pour étouiTer la révolte à tête de laquelle étaient Eugène et Arbogaste. Il mourut d'hydropisie à Milan en Sgo, et laissa l'empire d'Orient à son fils Arcade. Ce prince donna la place de premier ministre à Rufm, qui. était préfet du prétoire et qui l'avait bassement, flatté lorsqu'il était son gouverneur. Il n'oublia pas non plus Arsène ; il résolut de le rappeler à la cour afin de se conduire par ses sages conseils. Ayant appris qu'il était dans le désert de Scété, il lui écrivit pour se recommander à ses prières; il lui abandonnait encore par sa lettre la disposition des tributs de l'Egypte, pour qu'il s'en servît à pourvoir aux besoins des monastères et à soulager les pauvres de la manière qu'il jugerait la plus convenable : mais le saint , qui préférait à tout l'avantage de vivre dans la solitude , où il pouvait sans distraction gémir sur ses péchés et préparer son ame au passage de l'éternité, se contenta de répondre de vive voix à l'envoyé de l'empereur : « Je prie Dieu qu'il nous pardonne à tous nos péchés. Quant à la distribution de l'argent, je ne suis point capable d'un tel emploi, étant déjà mort au monde. »

Ce qui lui arriva à son entrée dans le désert mérite d'être rapporté pour l'édification du lecteur. Lorsqu'il se présenta pour la première fois aux anciens ou supérieurs des moines de Scété, et qu'il les pria de lui permettre de servir Dieu sous leur conduite, ils le remirent entre les mains de S. Jean, surnommé le l\ain. Celui-ci s'assit sur le soir avec les frères pour prendre un peu de nourriture ; pour Arsène, il le laissa debout au milieu de l'assemblée

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sans faire attention à lui. C'était tme épreuve bien délicate pour un courtisan ; mais elle fut suivie: d'une seconde qui était beaucoup plus rude. Au milieu du repas S. Jean prend un morceau de pain, qu'il jette à terre devant Arsène en lui disant avec un air d'indifférence qu'il peut manger s'il en a envie. Arsène se couche par terre et mange en cette posture. S. Jean, charmé et édifié de sa conduite, n'exigea point d'autre épreuve avant de l'admettre. « Allez , dit-il aux frères , retournez dans vos cellules avec la bénédiction du Seigneur. Priez pour nous : cet homme est propre pour la vie religieuse. »

Arsène se distingua au dessus des autres anachorètes par son humilité et sa ferveur. Dans les commencements il se permettait, sans toutefois y penser, certaines choses auxquelles il était accoutumé dans le monde, et qui, quoique innocentes en ellesmêmes, semblaient annoncer un peu de légèreté et d'immortification : telle était l'habitude d'avoir les jambes croisées. Les anciens, qui le respectaient singulièrement , ne voulurent point l'en avertir dans une assemblée publique où les frères étaient venus pour assister à la conférence; mais l'abbé Pémen ou Pastor se servit de ce stratagème : il convint avec un moine qu'il se tiendrait dans la même posture, et qu'il l'en reprendrait comme d'une chose contraire à la modestie religieuse ; ce qui fut fait. Le moine écouta la réprimande en silence sans rien dire pour s'excuser ; Arsène vit bien que c'était un avertissement indirect qu'on lui donnait , il veilla sur lui-même et se corrigea.

De tous les moines de Scété il n'y en avait

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point qui fût vêtu plus pauvrement que lui ; il voulait par là se punir de cette magnificence extérieure avec laquelle il avait autrefois vécu à la cour. Les jours ordinaires il s'occupait à faire des nattes de palmier, et il avait toujours un mouchoir dans son sein pour essuyer les larmes qui tombaient continuellement de ses yeux. Jamais il ne changeait l'eau où il mettait tremper ses feuilles de palmier, quoiqu'elle fût corrompue et qu'elle répandit une odeur infecte; il se contentait d'en verser de nouvelle pardessus. Quelqu'un lui en ayant demandé la raison, il répondit : « Je dois par cette mauvaise odeur me punir de la sensualité qui m'a porté à user de parfums quand j'étais dans le monde. » Afin d'expier ce qu'il appelait son ancien goût pour les supcrfluités il se réduisit à la pauvreté la plus universelle, en sorte que dans une fièvre violente il fut obligé de recevoir par aumône quelques petits secours dont il avait besoin. Il remercia Dieu de l'avoir jugé digne d'être assisté en son nom par la charité des fidèles. Sa maladie fut longue, et le prêtre du désert le fit porter dans son logement qui était auprès de l'église : on le coucha sur un petit lit de peaux de bêtes, et on lui mit un oreiller sous la tête. Un des moines l'étant venu voir se scandalisa de le trouver ainsi couché, et demanda si c'était là l'abbé Arsène; le prêtre le tira en particulier et le questionna sur la profession qu'il exerçait au village avant d'être moine. « J'étais berger, répondit-il^ et j'avais beaucoup de peine à vivre. \ oyezvous l'abbé Arsène? reprit le prêtre; étant dans le monde il était le père des empereurs ; il avait à sa suite cent esclaves habillés de soie et ornés de bra-

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celets et de ceintures d'or ; il était mollement couché sur des lils magnifiques. Pour vous qui étiez berger, vous vous trouviez dans le monde plus mal à votre aise qu'ici. » Le bon moine, touché de ces paroles, se prosterna en disant : « Pardonnez-moi, mon père , j'ai péché ; je reconnais qu'Arsène est dans la vraie voie de l'humiliation. » Il se retira ensuite extrêmement édifié.

Un des officiers de l'empereur apporta un jour à Arsène le testament d'un sénateur de ses parents , qui avant que de mourir l'avait institué son héritier. Le saint prit le testament, et allait le déchirer si l'officier ne se fût jeté à ses pieds pour le prier de ne le pas faire , vu que sans cela il serait exposé de perdre la vie. Arsène ne le déchira donc point, mais il refusa d'accepter le bien qui lui avait été légué. « Je suis mort, dit-il, avant mon parent; je ne puis conséquemment être son héritier. »

Quoiqu'on n'ait pas une connaissance parfaite de ses jeûnes, on ne peut douter qu'ils ne fussent extraordinaires. En effet on ne lui envoyait pour une année que la mesure de blé appelée thallin par les Égyptiens; non seulement elle lui suffisait pour vivre , mais il en faisait encore part h ses disciples quand ils venaient le visiter. Si on lui apportait quelque fruit nouveau, il en goûtait, et en rendait grâces à Dieu; il n'en mangeait qu'autant qu'il fallait pour éviter le reproche de singularité. Avec une grande abstinence un sommeil très court suffit à la nature : c'est ce qui faisait qu'Arsène passait souvent toute la nuit en oraison. Lorsque ses forces étaient épuisées il dormait quelque temps assis , après quoi il reprenait ses exercices. Nous

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apprenons de Daniel, l'un de ses disciples, que les samedis au soir il commençait au coucher du soleil à prier les mains élevées au ciel , et qu'il ne cessait sa prière que le lendemain matin lorsque les rayons du soleil venaient lui donner dans le visage. C'était son amour pour ce saint exercice ainsi que la crainte du danger de la vaine gloire qui lui inspiraient tant d'ardeur pour la retraite. Il avait deux disciples qui vivaient auprès de lui , et qui étaient chargés de toules les affaires du dehors : l'un se nommait Alexandre, et l'autre Zoïle;il en reçut depuis un troisième nommé Daniel. Tous devinrent célèbres par leur sainteté et leur prudence. Il est souvent parlé d'eux dans les vies des pères des déserts de l'Egypte.

Arsène consentait difficilement à voir les étrangers qui venaient le visiter , ne voulant, disait-il, se servir de ses yeux que pour contempler le ciel. Tlîi30phile, patriarche d'Alexandrie , s'étant un jour rendu h sa cellule avec un officier et quelques autres personnes, il le pria de les entretenir sur des choses relatives au salut. Il leur demanda à tous s'ils étaient résolus de faire ce qu'il leur dirait , et comme ils répondirent affirmativement il ajouta : « Eh bien, je vous prie, en quelque lieu que Vous appreniez que je demeure, de m'y laisser tranquille et de vous épargner h vous-mêmes la peine de me venir trouver. Le patriarche Théophile lui ayant envoyé demander une autre fois s'il lui ouvrirait sa porte en cas qu'il vînt le voir : « Oui, répondit-il, s'il vient seul; mais s'il amène quelques personnes avec lui je ne resterai plus ici et je me retirerai ailleurs. »

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Une dame romaine, nommée Mélanie, avait fait le voyage d'Egyple miiquement pom- voir Arsène, et par le moyen de Théophile elle le joignit lorsqu'il sortait de sa cellule. Elle ne l'eut pas plus tôt aperçu qu'elle se prosterna a ses pieds. Le serviteur de Dieu lui dit : « Une femme ne doit point quitter sa maison. Yous avez traversé de vastes mers pour pouvoir dire à Rome que vous avez vu Arsène, et pour exciter par là dans les autres la curiosité d'en faire autant. » Mélanie, toujours prosternée et n'osant lever les yeux, le conjura de se souvenir d'elle et de prier pour sa sanctification. Je prie Dieu, répliqua le saint, de ne me souvenir jamais de vous. » Mélanie, fort affligée de cette réponse, retourna à Alexandrie; mais le patriarche la consola en lui expliquant les dernières paroles d'Arsène. «Il prie, lui dit-il, d'oublier votre personne parceque vous êtes une femme ; quant à votre ame, ne doutez pas qu'il ne la recommande fortement à Dieu. »

Jamais Arsène ne visitait ses frères; il se contentait de se trouver avec eux aux conférences spirituelles. L'abbé Marc lui ayant un jour demandé au nom de tous les ermites pourquoi il évitait ainsi leur compagnie, il répondit : « Dieu sait combien je vous ainie tous ; mais je sens que je ne puis tout à la fois être avec Dieu et avec les hommes ; îl il ne m'est donc pas permis de quitter l'un pour converser avec les autres. » Cela ne l'empêchait pourtant pas de donner quelques leçons de vertu à ses frères, et nous avons encore plusieurs de ses apophthegmes parmi ceux des anciens pères. On lui entendait dire souvent: «Je me suis toujours un

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peu repenti d'avoir conversé avec les hommes, et jamais d'avoir gardé le silence. » Il avait fréquemment à la bouche ces paroles, que S. Euthyme et S. Bernard se répétaient depuis à eux-mêmes pour s'exciter à la ferveur : « Arsène, pourquoi as-tu quitté le monde, et pourquoi es-tu venu ici?» Comme on lui demandait un jour pourquoi, étant si versé dans les sciences, il recherchait les avis et les instructions d'un moine qui n'avait aucune teinture des lettres, il répondit : « Je sais les sciences des Grecs et des Romains, mais je n'en suispas encore à l'alphabet de celle des saints , dans laquelle ce prétendu ignorant est un maître consommé. » Malgré la profonde connaissance qu'il avait de l'Ecriture et de toutes les maximes de la perfection chrétienne, il évitait les occasions de parler, aimant mieux se faire instruire par les autres afin de ne pas tomber dans le péché de vaine gloire, ce qui est le fondement de l'humilité et de toutes les autres vertus.

Evagre de Pont, qui, après s'être distingué à Constantinople par son savoir, s'était retiré d'abord à Jérusalem, d'où il passa dans les déserts de Nitrie en 585, marquait en présence du saint beaucoup de surprise de ce que tant de savants ne faisaient aucun progrès dans la vertu, tandis qu'un grand nombre d'Egyptiens , qui ne savaient pas même lire, parvenaient à un degré si sublime de contemplation. « La raison, dit Arsène, pour laquelle nous n'avançons point dans la vertu c'est que nous nous contentons de cette science extérieure dont le propre est d'enfler le cœur, au lieu que ces bons Égyptiens connaissent véritablement leur faiblesse, leur aveuglement, leur misère, et que par

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suite de celle connaissance ils travaillent avec succès à l'acquisition de la vertu. » Souvent il arrivait à Arsène de s'écrier les larmes aux yeux : « Seigneur, ne m'abandonnez pas; je n'ai rien fait qui puisse vous être agréable ; mais je vous conjure, par votre infinie miséricorde, de m'assister, afin que je commence présentement à vous servir avec fidélité. »

Les anciens en parlant de lui ont remarqué principalement qu'il versait des larmes presque continuelles : elles avaient leur source dans cette ardeur avec laquelle il soupirait sans cesse après la lumière de la glorieuse éternité, ainsi que dans cet esprit de componction qui lui faisait déplorer sans interruption les fautes de sa vie passée et les manquements qui échappaient tous les jours à sa fragilité; mais il trouvait dans ses larmes une douceur inexprimable, comme il était facile de s'en apercevoir à cette sérénité majestueuse qui n'abandonnait jamais son visage. Au reste tous les saints ont éprouvé la même chose. « Quand vous entendez parler de larmes, dit S. Chrysostome à ce sujet, ne vous représentez pas l'image de la douleur; elles sont plus douces que toutes les délices dont l'on peut jouir dans le monde. » S. Augustin s'exprime de la même manière. « Les larmes de dévotion ont une douceur que n'ont point les fausses joies que l'on goûte au théâtre. » S. Jean Climaque détaille admirablement les avantages qui sont le fruit de ces larmes que versent les serviteurs de Dieu; il dit entre autres choses : « Je suis saisi d'étonnement lorsque je considère le bonheur que procure la sainte componction ; comment donc se peut-il

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faire que les hommes charnels n'y voient rien que d'affligeant? Semblable à la cire qui renferme le miel, elle contient une source intarissable de douceurs spirituelles. Dieu visite et console d'une manière invisible les cœurs brisés d'une sainte douleur. »

Arsène fit la réponse suivante à une personne qui le consultait sur les moyens qu'elle devait employer pour se délivrer d'une tentation violente occasionnée par des pensées impures. « Que firent les Madianites ? Ils parèrent leurs filles, et les menèrent aux Israélites sans toutefois faire de violence à ceux-ci. Les fidèles serviteurs de Dieu, qui traitèrent les Madianites avec sévérité et qui lavèrent dans leur sang leur perfidie et leurs criminels desseins^ ne tombèrent point dans le crime. Conduisez-vous de la même manière à l'égard de vos mauvaises pensées ; repoussez-les vigoureusement, et punissez-vous vous-même d'avoir seulement été tenté par une révolte involontaire de la chair. »

Ce grand saint vivait continuellement dans le souvenir et l'appréhension de la mort et du jugement. C'est ce qui fit que Théophile, patriarche d'Alexandrie, qui avait été fort occupé d'affaires, s'écria avant de mourir: «Heureux Arsène, d'avoir toujours eu ce moment devant les yeux !

Les larmes continuelles que répandait Arsène ne favaient point défiguré; il avait même dans son extérieur quelque chose de céleste, ce qui venait de la paix de son ame et de la sainte habitude qu'il avait de converser sans cesse avec Dieu. On admirait en lui une certaine grâce qui était encore relerée par un air de majesté et de douceur qu'il con-

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serra jusqu'à la fin de sa vie. Il était grand et bien fait , mais le poids des années le rendit nn peu courbé dans la vieillesse. Ses cheveux étaient blancs ainsi que sa barbe, qui lui descendait jusqu'à la ceinture. S. Jean Climaque, qui le propose comme un modèle accompli, le compare à un ange, et dit que s'il fuyait la compagnie des hommes avec tant de soin c'était pour ne pas perdre quelque chose de plus précieux, son Dieu qui remplissait toute son ame. Par une suite de ce détachement de la terre, Arsène prétendait que le principal devoir d'un moine est de ne se point mêler d'affaires temporelles, et de ne jamais s'informer de ce qui se passe dans le monde.

Il avait quarante ans lorsqu'il quitta la cour ; il en passa un égal nombre dans le désert de Scété, excepté que vers l'an 696 il fut obligé d'en sortie pour quelque temps, h cause d'une irruption que firent les Maziques, peuple de la Libye. Le danger passé, il revint dans sa cellule; mais il fut obligé de l'abandonner pour toujours vers l'an 454» à cause ^'une seconde irruption de ces mêmes barbares, qui massacrèrent plusieurs ermites. Il se retira sur le roc de Troé, nommé aussi Pétra, vis-à-vis de Mem- "phis, et dix ans après à Canope,près d'Alexandrie; mais, ne pouvant supporter les distractions occasionjnées parle voisinage de cette grande ville, il retourna à Troé, où il mourut.

Quand il se sentit près de sa dernière heure il dit à ses disciples : « Je prie votre charité de m'accorder une chose, c'est qu'après ma mort vous vous souveniez de moi dans le^aint sacrifice. Si dans ma vie j'ai fait quelque chose qui soit agréable à Dieu,

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puisse 'je par sa miséricorde le retrouver ! » Ses disciples étant fort affligés de l'entendre parler comme un homme qui était sur le point de les quitter, il ajouta : «Mon heure n'est point encore venue, je vous en instruirai ; mais si vous souffrez qu'on garde comme une relique quelque chose de ce qui est à moi, vous en répondrez au tribunal de Jésus- Christ. » Ceux-ci étant inquiets de savoir comment ils pourraient l'inhumer avec les cérémonies ordinaires, lui dirent en pleurant : « Comment feronsnous, mon père^ car nous ne savons de quelle manière on enterre les morts? Attachez-moi, leur répondit-il, une corde au pied, après quoi traînez mon cadavre sur le haut de la montagne, etl'y laissez. » Comme il pleurait pendant son agonie, un des frères lui en demanda la raison. « Pourquoi pleurezvous, mon père, lui dit-il ? Tous craignez donc de mourir à l'exemple des autres hommes? J'avoue, leur répondit-il, que je suis saisi de crainte, et même que cette crainte ne m'a point quitté depuis que je suis venu dans les déserts. » C'est ainsi que les vrais serviteurs de Dieu redoutent toujours ses jugements, mais ce sentiment est toujours accompagné d'une douce confiance en la miséricorde divine; il est plus ou moins vif, selon l'opération de l'Esprit saint, qui diversifie ses dons de la manière la plus utile au salut des élus. Cette crainte n'empêcha donc point Arsène d'expirer dans une grande paix. Sa bienheureuse mort arriva vers l'an 449* H était âgé de quatre-vingt-quinze ans, et en avait passé cinquantecinq dans le désert. L'abbé Pémen l'ayant vu expirer s'écria les larmes aux yeux : « Heureux Arsène, d'avoir pleuré sur lui-même tant qu'il a été sur la

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terre! Ceux qui ne pleurent point ici pleureront éternellement dans l'autre vie. »

Les moines les plus recommandables par leurs vertus ont dans tous les siècles suivants regardé S. Arsène comme le plus parfait modèle qu'ils pussent se proposer. Le grand S. Eulhymc tâchait de l'imiter dans tous ses exercices, et d'exprimer ea lui son humilité, son égalité d'ame, sa douceur, ses veilles, son abstinence, sa componction, son amour pour la retraite et la prière, sa charité, sa ferveur, sa discrétion et cet héroïsme de vertu qui paraissait avec tant d'éclat dans toutes ses actions.

S.PIERRE GHRYSOLOGLE,

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