ARCHEVÊQUE DE C0>'ST ANTINOPLE
(J.7 février.)
Flavien, prêtre et trésorier de l'église de Constantinople, en fut élu archevêque en 44? après la mort de S. Procle. Cette élection déplut à l'eunuque Chrysaphiiis , chambellan de l'empereur Théodose-le-Jeune. Ce ministre, prévenu contre Flavien, conçut dès lors le dessein de le perdre. Il engagea le faible empereur, de l'esprit duquel il s'était absolument rendu maître, à lui demander quelque présent pour son ordination. Le saint pasteur, conformément à ce qui se pratiquait alors dans l'Eglise, envoya au prince des eulogies ou pains bénits en signe de paix et de communion. Chrysaphius , qui avait ses vues , lui fit dire qu'il devait
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envoyer un présent d'une autre espèce. Flavien, ennemi déclaré de tout ce qui avait même l'apparence de la simonie, répondit avec fermeté que les revenus de l'église étaient destinés à d'autres usages, et qu'ils devaient être uniquement employés h la gloire de Dieu et au soulagement des pauvres. L'eunuque, irrité d'une réponse aussi généreuse , résolut de ne plus garder de mesm^es et de remuer tous les ressorts imaginables pour faire déposer Flavien ; mais comme il le savait protégé de Pulchérie, sœur de l'empereur, qui avait toute l'autorité, il travailla d'abord à éloigner cette princesse des affaires. Il persuada ensuite a Théodose, par le moyen de l'impératrice Eudoxie, d'exiger de l'archevêque qu'il ordonnât Pulchérie diaconesse. Le refus que fit Flavien de se prêter a leurs intrigues paient un crime aux ennemis qu'il avait à la cour, et ils ne manquèrent pas de le peindre avec les plus noires couleurs. Notre saint ayant ensuite condamné les erreurs d'Eutycbès, parent de Chrysaphius, ce dernier devint furieux, et se porta à tous les excès où peut tomber un homme qui suit les mouvements de la haine la plus implacable.
Eutychès était prêtre et abbé de trois cents moines auprès de Gonstantinople. Il s'était fait une sorte de réputation par une vie réglée ; mais dans le fond ce n'était qu'un ignorant et un orgueilleux fort entêté de ses propres idées. Un zèle outré contre Nestorius, qui niait l'unité de personne en Jésus- Christ, le jeta dans l'erreur opposée , et il en vint jusqu'à enseigner qu'il n'y avait en Jésus-Christ qu'une seule nature. Eusèbe de Dorylée, autrefois son ami, l'accusa dans un concile assemblé par
s. FLAVIEX, ARCHEVÊQrE. 4?^
Flavien en I\l\S. Les pères de ce concile firent h l'accuse plusieurs citations auxquelles il ne répondit point. Il comparut cependant h. la fin; mais il entra suivi de deux officiers de la cour et d'une troupe de soldats. Les évêques lui ayant demandé compte de sa foi sur le point dont il était question, il déclara qu'il ne reconnaissait qu'une nature en. Jésus- Christ ; et comme on voulait lui montrer fimpiété de sa doctrine, il répondit qu'il n'était point venu pour disputer, mais seulement pour rendre compte de sa foi. Le concile lui dit aussitôt anathème, et le déposa. Flavien prononça la sentence, qui fut souscrite par trente- trois évêques et par vingt-trois abbés, dont dix-huit étaient prêtres. Eutychès, se voyant condamné > dit tout bas h ses gardes qu'il en appelait aux évêques de Rome, de Jérusalem et d'Egypte, Il écrivit en môme temps une lettre captieuse au pape S. Léon pour le prévenir contre le concile de Constantinople ; mais cette lettre ne produisit pas feiFet qu'il en attendait. S. Léon ne donna point dans le piège; il fut instruit du véritable état des choses par Flavien, qui lui envoya une relation exacte de tout ce qui s'était passé. Il écrivit ensuite à notre saint une fort belle lettre, où il expliquait avec autant de clarté que de solidité le dogme combattu par le nouvel hérésiarque. Cette lettre fut insérée depuis dans les actes du concile de Calcédoine, qui proscrivit solennellement les erreurs d'Eutychès.
Cependant l'empereur, sollicité par Chrysaphîus ordonna la révision des actes du concile assemblé par Flavien à Constantinople, et il se tint pour cet effet un synode au mois d'avril de l'année suivante,
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Il fut composé de trente érêques, dont dix avaient assisté au concile de Constantinople. Thalassius de Césarée y présida, attendu que Flavien aurait été regardé comme juge et partie. L'examen que l'on fit tourna à la confusion d'Eutycbès, et ne servit qu'à mettre dans un plus grand jour la justice des procédés de l'archevêque de Constantinople. Ce dernier ayant été ensuite accusé par ses ennemis de favoriser le nestorianisme, se justifia pleinement, en présentant à l'empereur une profession de foi où il condamnait la doctrine impie de Nestoriuset celle d'Eutychès. Chrysaphius, dont les projets avaient été déconcertés, ne se rebuta point; il fit jouer d'autres ressorts pour parvenir h ses fins. Il écrivit à Dioscore, patriarche d'Alexandrie, homme d'un caractère impétueux et violent, pour lui promettre son amitié et sa protection s'il voulait prendre la défense d'Eutychès et se liguer avec lui contre Flavien et Eusèbe de Dorylée. Lorsqu'il se fut assuré du patriarche il travailla Ii gagner l'impératrice Eudoxie , et il y réussit d'autant plus aisément que cette princesse était charmée d'avoir une occasion de mortifier Pulchérie, qu'elle savait attachée au saint archevêque. L'intrigue étant bien nouée, on persuada à fëmpereur de faire assembler un concile à Ephèse, afin, disait-on, de terminer toutes les disputes. Théodose séduit ne pensa plus qu'à la convocation de ce concile, dont on lui avait exagéré la prétendue nécessité; il manda à Dioscore de venir y présider et d'amener avec lui dix métropolitains de sa dépendance, dix autres évêques, et Tarchimandrite Barsumas, qui était entièrement dévoué aux ennemis de Flavien. Les autres patriar-
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ches et le pape S. Léon furent aussi invités au concile ; mais ce dernier ne reçut que fort tard la lettre de l'empereur ; il envoya toutefois quatre légats pour le représenter. Ces légats étaient Jules, évêquc de Pouzzoles ; René, prêtre, qui mourut en chemin; Ililaire, diacre, et Dulcius, notaire. Ils étaient porteurs d'une lettre à Flavien, dans laquelle S. Léon démontrait l'ignorance d'Eutychès, et établissait la doctrine catholique de la manière la plus solide et la plus lumineuse.
Ce fut le 8 août de l'année 449 4"^ ^^ ^i* l'ouverture du concile d'Éphèse, connu dans l'histoire ecclésiastique sou s le nom de brigandage, à cause des violences qui s'y commirent. Il s'y trouva cent trente évêqucs d'Egypte et d'Orient. Eutychès vint aussi à Éphèse avec deux officiers de l'empereur et une troupe de soldats. Il fui aisé de voir dès le commencement du concile que tout s'y ferait par cabale et qu'Eutychès y avait un parti puissant. Les légats du pape n'eurent pas même la liberté de lire les lettres dont ils étaient porteurs. Enfin, après de longues contestations, Dioscore prononça une sentence de déposition contre Flavien et Eusèbe de Dorylée. Les légats de S. Léon protestèrent contre cette sentence, et le diacre Hilaire entre autres dit à haute voix : Contradicitar (on fait opposition). Ce mot latin fut inséré dans les actes du concile. Lorsque Dioscore commença h lire la sentence plusieurs évêques se jetèrent à ses pieds et le conjurèrent dans le s termes les plus pressants de He point passer outre ; mais, loin de se laisser fléchir, il se leva de son siège et appela les commissaires â,e l'empereur. Les portes ayant été aussitôt ou- TOME m. 21
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vertes, Procle, proconsul d'Asie, entra avec une compagnie de soldats qui tenaient des chaînes, des bâtons et des épées. La plupart des évêques , effrayés a la vue d un tel spectacle, souscrivirent tout ce que Dioscore et ceux de son parti voulurent ; il n'y eut que les légats du pape qui, toujours inébranlables, protestèrent jusqu'à la fin contre ces Tiolences inouïes. Ln d'entre eux fut mis en prison. Le diacre Hilaire, après s'être sauvé avec beaucoup de peine, prit la route de lOccident et arriva enfin à Pvome. Pour Flavien, il appela au saint siège de la sentence prononcée contre lui, et remit l'acte de son appel aux légats du pape. Dioscore en fut si irrité qu'il se jeta sur le saint avec Barsumas et plusieurs autres personnes de son parti. Ils le renversèrent par terre, et le maltraitèrent si rudement à coups de pied qu'il en mourut peu de temps après à Epipe, où il avait été exilé.
L'impie Dioscore ne s'en tint pas là; il eut encore l'insolence, de concert avec deux évêques d'Egypte, d'excommunier le pape S. Léon ; mais. Dieu ne permit pas que le triomphe de l'injustice durât long-temps. L'empereur ayant enfin ouvert les yeux, Chrysaphius, l'auteur de tant de maux, fut disgracié, puis condamné à mort. Eudoxie fut eUe-méme obligée de se retirer à Jérusalem. Le rappel de Pulchérie à la cour produisit cette heureuse révolution. L'année suivante cette princesse, étant montée sur le trône après la mort de Théodose, ordonna que le corps de notre saint fût solennellement transféré à Constantinople et enterré avec les archevêques ses prédécesseurs. S. Léon, informé de tout ce qui s'était passé àEphèse^ avait
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écrit h Flavicn pour le consoler ; mais il était mort quand la lellre arriva. Il avait aussi écrit en sa faveur h Théodose, h Pulcliérie et au clergé de Gonstantinople. Le concile général tenu à Calcédoine en 4^1 mit Flavien au nombre des saints et des martyrs , et rendit de grands honneurs à sa mémoire ; il rétablit aussi Eusèbe de Dorylée sur son siège. Le pape Ililaire, qui avait été légat de S. Léon Il Ephèse, avait une telle vénération pour le saint archevêque de Gonstantinople qu'il fit représenter, son martyre dans l'église qu'il fonda eu l'honneur de la croix du Sauveur.