IMPÉRATRICE
j (dO septembre.)
! Sainte Pulchérie offre h notre admiration un illustre modèle de toutes les vertus, au milieu de réclat des grandeurs et dans les plus cruelles épreuves de l'adversité. Elle eut pour aïeul Théodosele-Grand, pour père l'empereur Arcade, et pour mère Eudoxie. Elle vint au monde en 399. Flacelle, sa sœur aînée, mourut en Las âge ; ses deux autres sœurs, Arcadieet Marine, étaientplus jeunes qu'elle.
Arcade, prince faible, qui fut toujours gouverné par sa femme et par ses eunuques, mourut le 1" mai 4o8, après un règne de trente ans et quelques mois. Il laissait un fils âgé de huit ans, auquel il désigna pour tuteur Anthime, l'un des hommes les plus sages de l'empire, et qui avait été constamment attaché à S. Aphraate et a S. Chrysostome. Pulchérie, qui était presque aussi jeune que son frère, montrait déjà un grand fonds de sagesse et de piété. Enfin, le i4 juillct4i4> elle fut déclarée auguste, pour partager la dignité impériale avec son frère; elle se chargea elle-même du soin de son éducation, quoiqu'elle n'eût que deux ans de plus que lui. Les heureuses dispositions qu'elle avait reçues de la nature suppléèrent en elle au défaut d'expérience. Elle mit auprès de son jrère les maî-
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très les plus habiles et les plus vertueux, et s'appliqua surtout à lui inspirer de grands sentiments de piété, dans la persuasion où elle était que les plus belles qualités sont inutiles et souvent dangereuses sans la religion. Elle lui apprenait à prier avec ferveur, à aimer tout ce qui avait rapport au culte divin et à défendre avec zèle la doctrine de FEglise catholique. En un mot on peut dire que le jeune prince fut redevable à sa sœur de tout ce qu'il y avait de bien en lui , et que ce fut sa faute ou celle de son caractère s'il ne parut point orné d'un plus grand nombre de belles qualités.
Pulchérie prit également soin de l'éducation des deux sœurs qui lui restaient, et elle eut la consolation de les voir constamment suivre le parti de la vertu. Ce ne fut que le désir de la perfection qui la détermina à faire vœu de virginité. Ses sœurs l'imitèrent et eurent part à toutes ses bonnes œuvres. Elles mangeaient toutes trois ensemble et faisaient conjointement leurs exercices de piété. Elles employaient ce qui leur restait de temps à des études sérieuses et utiles, ou à des ouvrages propres à leur sexe. Pulchérie ne les quittait que quand les affaires de l'état l'y obligeaient, et elle trouvait le moyen de se faire partout une solitude dans son cœur. Elle pratiquait des mortifications et des austérités inconnues dans les cours des princes. L'entrée de son appartement et de celui de ses sœurs était interdite aux personnes d'un sexe différent, tant la pieuse princesse craignait jusqu'à l'ombre du danger. Elle ne voyait les hommes et ne leur parlait qu'en pubhc. Le palais impérial sous sa conduite offrait la régularité d'un cloître. Semblable à Moïse, elle con-
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sultait Dieu dans toutes les aflaires qui survenaient, et ne se décidait d'ailleurs qu'après avoir pris l'avis des personnes sages et vcrliicuses qui composaient son conseil. Ses résolutions étaient toujours le résultat des délibérations les plus mûres; elle donnait des ordres en conséquence, et les faisait exécuter avec promptitude, observant de n'agir qu'au nom de son frère afin qu'il eût l'honneur de toutes les entreprises qui ne manquaient point de tourner à la gloire de l'empire.
On admirait en elle une connaissance peu commune de la langue grecque et de la latine ; elle savait parfaitement l'histoire, et était versée dans les différentes parties de la littérature. Elle se déclara la protectrice des sciences et des arts, comme l'ont toujours fait les princes qui avaient l'ame grande et qui avaient une juste idée de l'excellence de l'esprit humain.
Loin de faire servir la religion h. la politique, elle rapportait à la prière toutes ses vues et tous ses projets: aussi ne manquait-il rien aubonheur de l'état. Elle savait prévenir toutes les révoltes que les diverses passions auraient pu exciter ; elle entretenait la paix avec les puissances voisines, et travaillait à étendre la connaissance du vrai Dieu dans les endroits de l'état où il n'était point encore adoré. Enfin la vertu ne brilla jamais en Orient d'un plus vif éclat, les peuples ne furent jamais plus heureux, et le nom romain ne fut jamais plus respecté, même des Barbares, que quand Pulchérie tint les rênes du gouvernement.
Théodose, son frère, ayant atteint sa vingtième année, elle pensa à lui trouver une épouse digne de
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lui, et jeta les yeux sur Athénaïs. C'était la fille d'un philosophe athénien, et elle avait reçu une excellente éducation. Etant venue à la cour pour y faire casser le testament de son père, qui l'avait déshéritée, elle y fut universellement admirée pour sa beauté, son esprit et ses autres helles qualités. Enfin cette admiration alla si loin qu'on la jugea digne de devenir l'épouse de l'empereur. Comme elle avait été élevée dans le paganisme, elle reçut d'abord le baptême et quitta son nom pour prendre celui d'Eudocie. La cérémonie de son mariage se fit le 7 juin 421. Deux ans après Théodose la déclara auguste. Il n'y avait eu jusque-là aucun changement dans l'administration des affaires ; Pulchérie en était le principal mobile. Mais le pouvoir de cette princesse donna bientôt de l'ombrage à Eudocie; celle-ci conçut de violents mouvements de jalousie contre sa belle-sœur, et elle y fut entretenue par les intrigues de l'eunuque Chrysapliius, qui était le favori de l'empereur.
Après la condamnation de Nestorius dans le concile qui se tint à Ephèse en 43i>Eudocie et Chrysaphius firent jouer mille ressorts pour perdre Pulchérie. L'^empereur, naturellement faible et indolent, n'entra pas d'abord dans leurs vues; mais il se laissa gagner à la fin, et ordonna à S. Flavien^ évêque de Constantinople, de faire Pulchérie diaconesse de son église. Le saint évêque apporta les plus solides raisons pour se dispenser d'obéir; on refusa de les écouter. Toyant donc le prince fortement attaché à sa première résohition, il seretn^a et promit de revenir à la cour dans un temps marqué. Mais il fit avertir secrètement Pulchérie de ce que
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SCS ennemis tramaient contre elle ; cette princesse se retira à la campagne dans le dessein d'y passer le reste de ses jours dans le silence et l'obscurité. Sa retraite, qui arriva en 447» fnl une source de malheurs pour l'état et pour l'Eglise. Eudocie et Chrysaphius pour satisfaire leur ressentiment devinrent les persécuteurs de S. Flavien ; ils se déclarèrent en faveur d'Eutychès, dont les erreurs avaient été condamnées; ils prirent le parti de Dioscoreet des autres eutychéens, et les protégèrent dans tous les actes de fureur et de violence qu'ils commirent en 449? ^i^ brigandage d^Ephèse, A leur instigation Théodose publia un édit par lequel il approuvait tout ce qui avait été fait par les hérétiques.
Pulchérie remerciait Dieu de la tranquillité dont elle jouissait dans sa retraite, et ne s'y occupait que des exercices de la religion. On ne rentendait se plaindre ni de l'ingratitude de son frère ni des violences de l'impératrice, qui luiétait redevable de son élévation, ni de l'injustice des ministres. Elle voulait oubher le monde et en être oubliée, s'estimant heureuse de pouvoir librement converser avec Dieu et méditer sa loi. Si quelque chose la troublait c'était la pensée des dangers qui menaçaient l'Église et l'état; elle se sentait encore touchée de compassion pour son frère qui, par un excès de crédulité, se prêtait aux vues des méchants.
Cependant le mal allait toujours croissant, et il fut bientôt à son comble. Pulchérie en était pénétrée de douleur ; et le pape S. Léon la pressait par ses lettres de travailler à y apporter un prompt remède. Enfin elle résolut de sortir de sa retraite et de faire un dernier effort pour sauver l'état et l'Eglise.
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Elle se rendit a la cour et demanda une audience à l'empereur. L'ayant obtenue, elle lui parla avec tant force qu'il ouvrit les yeux sur-le-champ. Aussi indigné qu'effrayé h la vue du précipice dans lequel on l'avait jeté, il disgracia Chrysaphius et le relégua dans une île, où il fut mis h mort en punition de ses crimes. Théodose étant mort le 29 juillet 45o, Eudocie se retira dansla Palestine, où elle finit ses jours. ;f Pulchérie devint parla mort de son frère maîtresse de l'empire d'Orient. Pour affermir son autorité elle crut devoir la partager avec Marcien, né en Illyric. C'était un homme très versé dans le métier de la guerre, et qui joignait à une connaissance profonde des affaires un zèle aident pour la foi catholique, une rare vertu et un amour extraordinaire pour les pauvres. Il était veuf et avait eu de son premier mariage une fîllc nommée Euphémie, laquelle épousa Anthème, qui fut depuis empereur d'Occident. Pulchérie en lui offrant sa main lui déclara le vœu qu'elle avait fait de vivre dans la virginité, et il fut convenu entre eux que le mariage n'y donnerait aucune atteinte. Ces deux grandes âmes, concourant au même but , ne s'occupaient que des moyens de rendre leurs sujets heureux et de faire fleurir la rehgion et la piété.
S. Léon ayant envoyé quatre légats h Constantinople, l'empereur et l'impératrice les reçurent avec autant de joie que d'affection. Leur zèle pour l'orthodoxie leur mérita de grands éloges de la part du saint pape et de celle du concile général de Calcédoine^ qui condamna l'eutychianisme en 45 1. Ils employèrent toute leur autorité pour faire exécuter les décrets de ce concile dans tout l'Orient; mais ils
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éprouvèrent de grandes difficultés en Egypte et en Palestine, h cause de l'opiniâtreté des eiilychiens qui étaient dans ces contrées. Pulchérie écrivit deux lettres, adressées l'une h des moines, et l'autre h une ahbesse de Palestine, pour dissiper les fausses idées qu'on leur avait données des pères de Calcédoine: elle y prouvait que le concile, loin de faire revivre le nestorianisme, le condamnait avec l'eutyehianisme, qui y élait opposé.
Cette pieuse princesse fit un grand nombre d'éla blissements utiles, et fonda plusieurs hôpitaux auxquels elle assigna des fonds considérables. Entre autres églises qu'elle bâtit on en distingue trois, qui furent dédiées sous l'invocation de la mère de Dieu : celle de Biaqacrna ^ celle de Clialcopratam et celle de Hodegus. Elle plaça dans la dernière la célèbre image de la sainte Yierge que l'impératrice Eudocic lui avait envoyée de Jérusalem , et qu'on regardait comme l'ouvrage de S. Luc. Les affaires de l'état ne l'empêchaient point de conserver la ferveur; tous les moments qu'elle pouvait dérober aux fonctions du gouvernement, elle les employait à prier, à lire^, h visiter et à servir les pauvres de ses propres mains. Elle fut, au rapport de Sozomène, favorisée de plusieurs grâces extraordinaires , et ce fut en conséquence d'une vision qu'elle fit faire une translation solennelle des reliques des quarante martyrs, que l'on renferma dai^s une châsse magnifique. Le même historien, qui fut témoin oculaire de la cérémonie, ajoute que le peuple y assista avec la plus grande dévotion, et qu'il s'empressait de faire toucher aux saintes reliques des linges et d'autres choses semblables»
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Pulchérie, ayant été pendant sa vie la protectrice de l'Eglise et la mère des pauvres, donna par son testament h Tune et aux autres tous les biens dont elle pouvait librement disposer. Enfin, si l'on considère ses actions et ses vertus, on conviendra qu'il n'y a nulle exagération dans les louanges qu'elle reçut de S. Procle, de S. Léon et des pères du concile de Calcédoine. Elle mourut le i o septembre 453 , dans la soixante-neuvième année de son âge.
Marcien exécuta ponctuellement le testament de son auguste épouse. Il continua les bonnes œuvres qu'elle avait commencées et se montra le fidèle imitateur de toutes ses vertus. Il lui fut réuni dans le ciel le 26 janvier 457, dans la soixante-cinquième aanée de son âge et la septième de son règne. Les services qu'il rendit à la religion feront bénir sa mémoire dans tous les siècles.
Les Grecs et les Latins honorent sainte Pulchérie avec le titre de vierge. Le pape Benoit XI\ avait une vénération singulière pour cette sainte.