‹ Vies choisies des principaux saints (volume 3)Chapitre 73 sur 73 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

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repos. Deux fois le jour il faisait des exhortations à ceux qui le yisitaient ; ses discours roulaient ordinairement sur les jurements, sur l'observation de la justice, sur le crime de l'usure, sur la fréquentation des églises et sur la nécessité de prier non seulement pour soi, mais pour tous ]es hommes en général. Il parlait avec autant de force que d'onction; il avait tellement le talent de convaincre les esprits et de toucher les cœurs qu'on ne pouvait Tentendre sans aimer la vertu et détester le vice.

Cependant un genre de vie si singulier devint bientôt l'objet de la censure publique. Les évoques et les abbés du voisinage pour connaître ses dispositions lui firent dire de quitter la colonne et de rentrer dans la voie ordinaire des serviteurs de Dieu. A peine cet ordre lui eut-il été notifié que sans répliquer il se mit aussitôt en devoir de descendre. « Restez, lui dit le député ; la promptitude de votre obéissance prouve îa pureté desmolifsqui vous font ao-ir : continuez de suivre la volonté de Dieu, et de correspondre fidèlement h votre vocation.

Assuré plus que jamais qu'il était dans l'ordre delà Providence, il persista dans la même manière de vivre, et continua ses exhortations: la force de ses discours jointe b l'éclat de ses miracles opéra tm grand nombre de conversions. Les princes, les rois , les empereurs se recommandaient à ses prières. Il se regardait cependant comme le rebut du monde et le dernier des pécheurs. Sa patience n'était pas moins admirable que son humilité. Que n'aurait-on pas a dire de sa douceur et de sa charité pour ceux qui le visitaient, de la vivacité de son amour pour Dieu, de sa ferveur dans l'oraison et

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de toutes les autres vertus qu'il porta jusqu'au plus sublime degré de perfection !

S'étant incliné pour prier h l'ordinaire, il ne se releva point; cène fut qu'au bout de trois jours qu'on s'aperçut qu'il s'était endormi dans le Seigneur. On met sa mort en 45 9. Son corps fut porté à Antioclie. Les habitants du pays et plusieurs évêques assistèrent au convoi.

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PAPE

(11 avril.)

S. Léon, surnommé le Grand, sortait d'une des premières familles de Toscane; mais il naquit à Rome , comme nous l'apprenons de lui-même et de S. Prosper. La pénétration de son esprit et la maturité de son jugement se manifestèrent par les rapides progrès qu'il fit dans ses études. Il acquit une grande connaissance de toutes les parties de la littérature et surtout de l'éloquence. Il était trop éclairé pour s'en tenir là ; il ne regarda les sciences profanes que comme un préliminaire à l'étude de la théologie et des livres saints. « Dieu, dit un ancien concile général en parlant de lui, Dieu, qui l'avait destiné à remporter des victoires éclatantes sur l'erreur et h soumettre la sagesse du siècle à la vraie foi, avait mis dans ses mains les armes de la science et de la vérité. »

Etant entré dans l'état ecclésiastique , il fut fait archidiacre de l'Église romaine, et eut beaucoup de part aux affaires sous le pape Gélestin. Ce fut avec

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le secours de sa pénétration et de son zèle que Sixte III, successeur de Célestin, découvrit les artifices et rejeta la fausse pénitence de Julien le pélagien , qui employait mille manœuvres sourdes pour rentrer dans le sein de l'Église catholique. Personne ne parut plus propre que lui à terininer le différent survenu entre Aétius et Albin , lequel pouvait avoir des suites très fâcheuses : il se transporta dans les Gaules, où étaient ces deux généraux, et vint heureusement à bout de les réconcilier.

Pendant son absence le pape Sixte mourut, vers le milieu du mois de juillet de l'an 44^. Le clergé de Piome jeta les yeux sur Léon pour le remplacer; il jugeait avec raison qu'on devait placer sur la première chaire de l'Eglise celui que sa sainteté, sa prudence et son éloquence rendaient le premier homme de son siècle. Ce choix ne pouvait manquer d'avoir l'approbation de tout le monde chrétien. En effet Léon réunissait en sa personne et dans un degré émincnt toutes les qualités et toutes les vertus dont l'assemblage est regardé comme une espèce de prodige ; aussi conçut-on de lui les plus hautes espérances : il les remplit et les surpassa même par les grandes actions qui illustrèrent son pontificat.

Cependant on lui envoya une députation publique pour le prier de venir à Rome, où il était attendu avec une vive impatience ; mais il ne put y arriver que quarante jours après. On le reçut avec des démonstrations de joie qu'il serait difficile d'exprimer, et la cérémonie de son exaltation se fit un dimanche, 29 septembre 44o. iNous apprenons de lui-même quels furent ses sentiments à la nouvelle de son élection. Il regardait une dignité sublime comme

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une place élevée où les chutes sont très fréquentes et toujours fort dangereuses. 11 s'écriait à la vue des périls qui l'environnaient : « Seigneur, j'ai entendu votre voix qui m'appelait, et j'ai été saisi de crainte; j'ai vu l'ouvrage dont vous m'aviez chargé, et j'en ai été frappé de terreur : car quelle proportion y at-il entre le fardeau qui m'est imposé et ma faiblesse , entre cette élévation et mon néant? Quoi de plus redoutable qu'un poste éminent sans mérite , que l'exercice des fonctions les plus saintes lorsqu'il est confié h un homme tout couvert de péchés ? 0 vous qui m'avez imposé ce pesant fardeau, portezle avec moi , je vous en conjure ! Soyez mon guide et mon soutien ; donnez-moi la force dont j'ai besoin , vous qui m'avez appelé au travail et qui avez mis le fardeau sur mes épaules! » De pareilles dispositions ne pouvaient manquer d'attirer le secours du ciel.

Les temps où Léon fut chargé du gouvernement de l'Église étaient fort orageux, mais il ne se découragea point parcequ'il mettait en Dieu toute sa confiance. 11 n'eut pas plus tôt été intronisé qu'il déclara une guerre irréconciliable au vice et h l'erreur. Il était fort exact h prêcher la parole de Dieu à son peuple. Comment aurait-il négligé cette fonction ? il la regardait comme le plus indispensable devoir des pasteurs , et il se serait fait un crime de ne pas suivre Texemple que ses prédécesseurs lui avaient donné. Nous avons encore de lui cent-un serinons sur les principales fêtes de l'année; il y recommande souvent le jeune et l'aumône, qu'il ne veut pas que l'on sépare parcequc ces deux bonnes œuvres se soutiennent mutuellement. On trouve

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parmi ses oiiyrages neuf sermons sur le jeûne du dixième mois ou des quatre temps de décembre. Selon le saint docteur, l'Église a institué les quatretemps dans les quatre saisons de l'année afin de les sanctifier toutes par le jeûne ; elle a voulu encore par là fournir des armes à ses enfants contre le démon, e t les porter à remercier Dieu dés fruits et des autres bienfaits qu'ils reçoivent continuellement de son amour. Le saint pape reuent souvent à l'obligation de faire l'aumône. « Cette obligation , dit-il ^ ne souffre point de dispense. Dieu n'a donné des richesses aux hommes que pour qu'ils les versent dans le sein de l'indigence. C'est donc aller contre son intention que de les entasser par avarice ou de les consumer en superfluités ; aussi la sentence que Jésus-Christ doit prononcer au dernier jour porterat-elle principalement sur la conduite qu'on aura tenue à l'égard des pauvres. Le Sauveur a voulu nous apprendre par là que l'aumône est la clef du ciel et le canal des grâces. L'obligation de faire l'aumône, ajoute-t-il, ne se mesure pas sur la quantité des biens mais sur les sentiments du cœur; elle est commune à tous les hommes puisque tous doivent aimer leurs semblables et désirer de les secourir. Quant aux riches, ils sont tenus de rechercher les pauvres honteux et de les assister sans les mettre dans le cas de rougir de leur misère. » Il montre que l'institution des collectes ou cjuêtes pour les pauvres vient des apôtres mêmes , et qu'on n'a jamais cessé dans l'Église de composer un fonds des libéralités des fidèles pour soulager ceux qui étaient dans le besoin. On ne peut douter que S. Léon ne soit rempli de force et d'éloquence lorsqu'il traite

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les matières dont nous venons de parler mais il se surpasse en quelque sorte lui-même quand ses discours ont pour sujet le mystère de l'incarnation et l'amour incompréhensible qui porta le fils de Dieu h se revêtir de notre nature et de nos misères.

Ses lettres, qui sont au nombre de cent quaranteune , méritent aussi une attention particulière. Il y est traité de plusieurs points importants qui concernent la foi et la discipline , et elles suffiraient seules pour faire connaître avec quelle ardeur le saint pontife travaillait h étendre le règne de Jésus-Christ dans toutes les parties du monde.

Il eut la consolation d'amener un grand nombre d'infidèles à la connaissance de la vérité, et il trouvait un plaisir incroyable à les instruire lui-même. !1 fut le fléau des hérétiques, et il fit remporter à l'Église des victoires signalées sur les manichéens , les ariens , les apoUinaristes , les nestoriens , les eutychiens , les novatiens et les donatistes.

La ville de Carthage ayant été prise par les Vandales en 409, il y eut un grand nombre de manichéens qui abandonnèrent l'Afrique pour se retirer à Rome; mais ils y cachèrent leurs sentiments, ils feignirent même à l'extérieur d'être catholiques, afin de se soustraire à la rigueur des édits que les empereurs avaient portés contre leur secte. Comme c'était un point de leur hérésie que le vin avait été produit par le mauvais principe, ils s'abstenaient de cette liqueur, qu'ils appelaient le fiel du dragon et qu'ils jugeaient immonde de sa nature. Ainsi, quand ils communiaient avec les fidèles ils ne prenaient jamais l'espèce du vin. On fut quelque temps sans y faire attention parcequ'il était fibre de ne pas recevoir

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les deux espèces; mais on s'aperçut enfin de leur aiFectation , et on découvrit leur hérésie en 44*5. Le saint pape n'eut pas plus tôt été informé defabus sacrilège qu'ils faisaient des choses les plus sacrées qu'il employa des moyens efficaces pour éloigner la contagion de son troupeau. Il vint a bout de connaître plusieurs de ces hérétiques , celui entre autres qu'ils appelaient leur évêquc. Voulant ensuite manifester leur impiété au grand jour afin d'en tlonner plus d'horreur, il convoqua une assemblée, qui fut composée d'évéque.s , de prêtres et des personnes les plus qualifiées du sénat et de l'empire. On fit comparaître en leur présence les élus des manichéens , c'est à dire ceux qui étaient initiés dans leurs mystères. Ces malheureux reconnurent pubhquement qu'ils avaient plusieurs dogmes impies, et s'avouèrent coupables d'un crime que la pudeur ne permet pas de nommer. S. Prosper dit qu'on brûla leurs livres et qu'il y en eut beaucoup 4'cntre eux qui se repentirent et entrèrent dans le sein de l'Eglise. S. Léon en recevant leur abjuration les recommanda aux prières du peuple fidèle. Quant h ceux qui persistèrent opiniâtrement dans Terreur, ils furent bannis.

"\ ers le même temps S. Léon écrasa le pélagiaiiisme, qui commençait à reparaître du côté d'Aquilée. Il empêcha aussi cette hérésie de s'introduire dans la ville de Rome, en quoi il fut merveilleusement aidé par S. Prosper d'Aquitaine. 11 l'avait choisi pour en faire son secrétaire, et l'avait attachéauprès de sa personne ainsi que plusieurs autres savants. C'était à lui qu'il confiait le soin d'écrire ses lettres et celui de conduire plusieurs affaires importante*.

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Les priscillianistes dogmatisaient alors en Espagne presque sans aucune contradiction ; il n'y avait que S. Turibe, évèque d'Astorga, qui combattît fortement leurs erreurs. S. Léon écrivit une lettre pour donner de justes éloges à son zèle, et en même temps pour réveiller l'attention des autres évêques d'Espagne. Il leur ordonnait à tous de s'assembler en concile afin d'exterminer l'hérésie, qui, semblable à un cancer, se répandait insensiblement.

S. Hilaire d'Arles ayant déposé un évêque nommé Chélidoine, celui-ci appela de la sentence portée contre lui h S. Léon, qui, après avoir examiné ses raisons, le rétablit sur son siège. Ilôta aussi à l'église d'Arles le droit de métropole, pour le donner, à celle de Vienne. Il ne disputait pas à S. Hilaire sa juridiction sur Chélidoine, mais il renvoya cet évêque absous parcequ'il ne le trouva point coupable de ce qu'on lui reprochait; et l'on ne peut douter qu'il n'eut confirmé la sentence du métropolitain si les chefs d'accusation sur lesquels elle portait eussent été bien prouvés. En clTet S. Léon avait pour maxime de ne jamais juger, surtout au préjudice des droits d'autrui, qu'après avoir pris des informations pour connaître la nature et le fond des affaires.

Notre saint fut toujours fort attentif à bien choisir ceux qu'il admettait aux ordres sacrés; il suffit pour s'en convaincre de lire ses écrits. Il établit par rapport h ceux qui devaient être ordonnés ministres des autels cette règle de l'apôtre, qui est passée de ses ouvrages dans le corps du droit canonique : I\'unposez légèrement les mains à personne. Sa pensée est qu'il ne faut élever au sacerdoce que ceux qui sont d'un âge mûr, qui ont été éprouvés

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durant un temps suffisant, qui ont bien mérité de l'Eglise par leur travail et leurs services, qui ont donné des preuves de leur soumission aux règles, de leur amour pour la discipline et de leur zèle à l'observer.

Les troubles qui s'élevèrent en Orient à l'occasion de l'eutychianisme donnèrent beaucoup d'exercice à la sollicitude pastorale de S. Léon. Eutychès, auteur de la nouvelle hérésie, avait été condamné en 448 par S. Flavien de Constantinople; mais il sut si bien se ménager la protection de l'eunuque Chrysaphius, alors fort puissant, qu'il obtint de Théodose II la convocation d'un concile auquel présiderait Dioscore d'Alexandrie, qui lui était entièrement dévoué. Ce prétendu concile, connu sous le nom de brigandage c/'£^/?/té5£?, et dont l'ouverture se fit le 8 août 449» <^oi^ii^ S^iii ^^ cause h Eutychès et condamnas. Flavien, qui fut traité delà manière la plus indigne. Les légats de S. Léon, qui étaient Jules, évéque de Pouzzoîes, Piéné, prêtre, Hilaire, diacre, et Dulcitius, notaire, ne voulurent point souscrire à l'injuste sentence portée contre l'archevêque de Constantinople; ils prirent même son parti avec un courage qui leur attira l'admiration de tout le monde chrétien.

Le pape n'eut pas plus tôt été informé de ce qui Tenait de se passer qu'il annula les actes du conciliabule d'Ephèse. IlécrivitenmêmetempsàS. Flavien pour l'exhorter à ne pas démentir les sentiments qu'il avait montrés. Il écrivit aussi à l'empereur une lettre fort touchante sur la conduite que l'on avait tenue à l'égard de l'archevêque de Constantinople. « Seignem% lui disait-il, vous devez laisser aux évê-

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qnes la liberté de cléfcntlrc la foi ; elle subsistera malgré le pouvoir et les menaces des bommcs..... C'est h vous h protéger l'Eglise et à réprimer ceux qui veulent en troubler la paix, afin que Jésus-Cbrist se déclare le protecteur de votre empire. Je crains, ajoutait-il, de voir tomber sur votre tête les coups delà vengeance divine. » C'était une espèce de prédiction des malbeurs qui affligèrent depuis ce prince, et de la mort qui l'enleva subitement de ce monde. Théodose commençait cependant h ouvrir les yeux lorsqu'il alla paraître devant Dieu.

Marcien et Pulchérie, qui lui succédèrent dans le gouvernement de l'empire, se déclarèrent fortement pour la doctrine catholique. Ils secondèrent de tout leur pouvoir les. vues de S. Léon, qui convoqua un concile général composé de six cents ou même six cent trente évêques. L'ouverture s'en fit h Calcédoine le 8 octobre 45 1. Le saint pape y présida par ses légats, qui furent Paschasin, évêque de Lilibée, Lucence, évêque d'Ascoli, et Boniface, prêtre de Piome. OnyrétabhtlamémoiredeS. Flavien. Quant à Dioscore, il fut excommunié et déposé pour plusieurs crimes, dont les principaux étaient d'avoir supprimé malicieusement la lettre de S. Léon dans le concile d'Ephèse, d'avoir osé excommunier le même saint et d'avoir prétendu tenir un concile général sans l'autorité dupapc, ce qui n'avait jamais été permis, et ce qui ne s'était jamais fait.

Lalettre dont il s'agit était celle queS. Léon avait écrite h S. Flavien le i3 juin 449 ; ^^^^ contenait une explication nette et précise de la doctrine catholique sur le mystère de l'incarnation, attaqué par Neslorius etEutychès. Les pères du concile de Cal-

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cédoine n'en eurent pas plus tôt entendu la lecture qu'ils s'écrièrent tout d'une voix qu'elle avait été dictée par le Saint-Esprit, et qu'elle devait servir de règle à toute l'Eglise. Théodoret entre autres bénit Dieu de ce qu'il avait conservé le précieux dépôt de la foi.

Dans la lettre synodale que les pères de Calcédoine adressèrent h S. Léon ils le prièrent de confirmer leurs décisions, «^ousnous avez présidés, disaientils, comme la tête préside aux membres. »Le saint pape confirma tous les décrets concernant les matières defoi,etils furent reçus de toute l'Eglise avec le plus grand respect; mais comme il était ennemi des innovations, il s'opposa fortement au vingthuitième canon du concile, qui avait été fait en l'absence de ses légats. On y donnait à l'archevêque de Constantinoplc le titre de patriarche, et même de premier patriarche d'Orient. Ce canon ne laissa pas d'avoir lieu dans la suite; il subsista et fut exécuté malgré l'opposition de S. Léon et de ses successeurs. D'ailleurs les évêques orientaux, qui avaient souvent besoin de l'archevêque de Constantinoplc pour trouver accès auprès de l'empereur, lui accordèrent volontiers le titre et la prééminence de patriarche, que l'usage, ayant acquis force de loi, lui confirma.

Le concile de Calcédoine déclara Tévêque de Jérusalem indépendant de celui d'Antioche, et le reconnut pour primat des trois Palestines. 11 rétablit sur les sièges Théodoret de Cyr et Ibas d'Edesse, après qu'ils eurent anathématisé Nestorius. Ces deux évêques avaient été injustement déposés dans le brigandage d'Ephèse. Ibas n'avait jamais eu beaucoup

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d'ardeur pour la défense deNestorins; mais il s'était fortement déclaré en faveur de Théodore de Mop sueste, qu'il regardait comme un docteur orthodoxe parcequ'il était mort dans la communion de l'Eglise. Il fut justifié de l'accusation de nestorianisme par Domnus, patriarche d'Anlioche, et par un concile tenu dans la même ville en 44^. Cela n'empêcha pas le cinquième concile général de condamner sa lettre à Maris Persan.

En même temps que l'empire d'Orient était troublé par les factions des hérétiques celui d'Occident était livré en proie h la fureur des barbares. Attila, roi des Huns, enrichi des dépouilles de plusieurs nations, tourna sa marche du côté de Rome. Les habitants de cette ville, saisis d'effroi, supphèrent S. Léon d'aller trouver ce prince, dans l'espérance qu'il viendrait à bout d'adoucir sa férocité. Le saint partit accompagné d'Aviénus, homme consulaire, et de Trigétius, qui avait été préfet de Rome; ils rencontrèrent Attila à Ambuleium près deRavenne, au passage du Menzo. Ce prince, contre l'attente de tout le monde, reçut le saint pontife avec de grands honneurs ; il lui donna une audience favorable, et promit de vivre en paix avec l'empire moyennant un tribut annuel,* et pour preuve de la sincérité de ses dispositions il fit aussitôt cesser tous les actes d'hostihté. Quelque temps après il repassa les Alpes et se retira dans la Pannonie au-delà du Danube; mais tandis qu'il retournait dans son pays il fut pris d'un horrible vomissement de sang, dont il mourut en 455. Telle fut la fin d'Attila,, appelé la terreur du monde et le fléau de Dieu parcequ'ilfut l'instrument d,ontle ciel se servit pour punir lespé-

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• chés des chrétiens. De quelle gloire ne se couvrit pas S. Léon en désarmant la fureur d'un pareil ennemi et en préservant Rome des malheurs qu'elle n'eût pu éviter, n'étant point en état de défense?

Le général Aétiiis ayant été assassiné par l'ordre de Valcntinien III, qui suspectait sa fidélité, ses amis vengèrent sa mort en ôtant la vie à l'empereur lui-même. L'impératrice Eudoxie, irritée de la fin tragique de son mari, et de ce qu'on lui avait fait épouser de force le tyran Maxime, qui venait d'usurper l'empire, chercha du secours en Afrique contre ses ennemis. Elle invita Genséric , roi des Vandales, à venir avec une nombreuse armée, afin de tirer vengeance de tous ceux qui avaient trempé leurs mains dans le sang de Yalentinien. Le prince vandale se mit aussitôt en marche; Maxime, désespérant de pouvoir lui résister, prit la fuite; mais il fut massacré par les domestiques de "V alentinien, le 12 juin /{OD , le vingt-septième jour de son règne. Genséric arriva trois jours après, et trouva les portes de Rome ouvertes pour le recevoir. S. Léon alla au devant de lui , et le pria d'ordonner à ses troupes de se contenter de piller la ville sans y verser le sang et sans y njettre le feu, ce qui lui fut accordé. Tant il est vrai qu'un saint pasteur est la meilleure ressource de son troupeau dans les calamités publiques.

Les ^ andales se retirèrent après avoir fait un Lutin immense et un grand nombre de prisonniers. S. Léon pourvut à leurs besoins spirituels et corporels, en envoyaot en Afrique des prêtres zélés et des aumônes considérables ; il fit rebâtir les basiliques et substitua de nouveaux vases et de nou-

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veaux ornements à ceux qui avaient été pillés. On n'avait pu sauver que ceux des églises de Saint- Pierreet de Saint-Paul, auxquelles Genséric accorda le sanctuaire, comme cela se pratiquait souvent en de pareilles occasions.

L'humilité , la douceur et la charité étaient les vertus qui faisaient comme le fond du caractère de notice saint pontife ; aussi fut-il toujours respecté et aimé des empereurs , des princes , des hommes de tout état, même des infidèles et des barbares. Il mourut le lo novembre 4^1» après avoir siégé vingt-un ans^, un mois et treize jours. Son corps fut enterré dans l'église de Saint-Pieïre ; on le leva ensuite de terre pour le transporter dans un autre endroit de la même église. Cette cérémonie se fit le 1 1 avril, jour auquel son nom se trouve dans le calendrier romain; il. y eut une nouvelle translation de ses reliques en 1 7 1 5 ; on les mit, enfermées dans une boîte de plomb, sur l'autel dédié sous l'invocation de S. Léon dans l'église du Vatican.

Ln auteur qui se plaît à lancer contre les papes les traits de la satire la plus envenimée n'a pu s'empêcher de payer un tribut de louanges à S. Léon. « C'était , dit-il , un homme qui avait des talents extraordinaires. Il a surpassé de beaucoup tous ceux qui l'avaient précédé dans le gouvernement de l'Église romaine , et il y en a eu peu parmi ses successeurs dont le mérite ait approché du sien. » S. Léon doit h ses écrits une partie de la gloire dont il a toujours joui dans l'Eglise ; ils sont en effet les monuments les plus authentiques de sa piété, de son savoir et de son génie. Ses pensées sont vraies, pleines d'éclat et de force : ses exprès-

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sions ont une beauté et une magnificence qui charment, étonnent, transportent; il est partout semblable à lui-même , partout il se soutient sans jamais laisser paraître d'inégalités; sa diction est pure et élégante; son style est concis, clair et agréable. Ce qui passerait pour enflure dans un écrivain ordinaire n'est que grandeur dans S. Léon. On remarque dans les endroits mêmes où il est le plus élevé une facilité qui écarte toute apparence d'affectation, et qui montre qu'il ne faisait que suivre l'impression d'un génie naturellement noble et porté au sublime.

Mais la manière dont S. Léon rend ses idées mérite encore moins d'attention que l'importance des sujets qu'il a traités; on trouve dans ses sermons et dans ses lettres une piété consommée et une connaissance parfaite de la théologie , ce qui fait que le lecteur est tout à la fois instruit et édifié. On peut les comparer h une espèce d'arsenal où l'Eglise trouvera dans tous les siècles des armes propres à confondre les hérétiques. Le saint explique avec autant de solidité que de clarté la doctrine orthodoxe sur l'incarnation, et prouve contre les eutychiens que Jésus -Christ a un vrar corps parceque son corps est véritablement reçu dans l'eucharistie. En déplorant les maux spirituels qui régnaient à Alexandrie durant la persécution des eutvchiens, il ne voit rien de comparable à l'interruption du sacrifice et de la bénédiction du saint chrême; il est très formel sur la primauté de S. Pierre et sur celle de ses successeurs. Souvent il se recommande aux prières des saints qui régnent dans le ciel, et surtout h celles de S. Pierre; il

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exhorte aussi les fidèles h réclamer leur intercession avec une ferme espérance d'être exaucés; il se montre fort religieux envers leurs reliques et leurs fêtes, et nous apprend qu'on entretenait des lampes dans les églises dédiées sous leur invocation ; il pense comme l'Église d'aujourd'hui sur le jeûne du carême et des quatre-temps, etc.

Benoît XIY fait de grands éloges du profond savoir et de la sainteté éminente de S. Léon; c'est dans le décret qu'il puhlia en 1744 ^our ordonner que Ton dît le jour de sa fête la messe propre des docteurs.

L'édition des Œuvres de S. Léon , donnée par le P. Quesnel, avec des sommaires et seize dissertations, est plus ample que toutes celles qui l'avaient précédée. Elle parut à Paris en iGyô, et fut condamnée l'année suivante par l'inquisition de Rome, dont le décret fut inséré dans l'Index romain. Le P. Cocciari, religieux carme, publia à Rome en 1755 les OEuvres de S. Léon, avec des notes, 2 vol. in-folio. Les lettres du saint, au nombre de. cent quarante-cinq , avec quelques autres lettres des empereurs et d'autres personnes qualifiées, renferment des choses très intéressantes pour l'histoire, le dogme et la discipHne.

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