S. SIMÉON STYLITE
(5 janvier. )
Les laits rapportés dans la vie de S. Siméon Stylyte sont assurément bien étonnants, mais on ne peut les révoquer en doute; ils ont pour garants le témoignage de plusieurs auteurs très graves, et notamment de Tliéodoret, un des plus savants et des plus judicieux écrivains ecclésiastiques, lequel vivait dans le même pays et avait souvent visité le saint. Mais si cette vie devient h notre égard plus admirable qu'imitable, celan'empêche pourtant pas qu'elle ne puisse contribuer h notre édification et à notre avancement spirituel. Comment en effet réfléchir sérieusement sur la ferveur de ce grand homme sans condamner notre lâcheté, et sans nous confondre à la vue de notre tiédeur dans le service de Dieu ?
S. Siméon, né dans le bourg de Sisan, sur les frontières de la Gilicie et la Syrie, était fils d'un pauvre berger. A l'âge de treize ans il fut singulièrement frappé de ces paroles de l'Évangile qu'on lisait à l'église: Bienheureux sont ceux (jui pleurent; bienheureux sont ceux dont le cœur est pur. Il pria un sage vieillard de les lui expliquer et de lui indi-
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quer les moyens qui poiirraient lui procurer le bonheur promis. Ces paroles de rÉcriture, répondit le vieillard, signifient que la prière, les veilles, les larmes, les opprobres et la patience dans les persécutions sont la voie qui conduit au vrai bonheur. Il ajouta qu'on trouvait dans la solitude plus de facilité qu'ailleurs pour pratiquer ces bonnes œuvres et pour s'affermir solidement dans la vertu.
Siméon, plein de ce qu'il vient d'entendre, prie Dieu de féclairer et de lui servir de guide dans les routes de la sainteté et de la perfeclion. Il alla ensuite se présenter à la porte d'un monastère voisin, et y resta prosterné plusieurs jours de suite sans boire ni manger, ne demandant d'autre grâce que celle d'y être reçu en quahté de serviteur, destiné aux plus basses fonctions de la maison. On l'admit enfin. Il eut bientôt gogné l'amitié de tous les frères, qui admiraient principalement son humilité et sa charité.
Deux ans après il entra dans un autre monastère 011 l'on menait une vie encore plus austère. Il avait tellement l'esprit de prière que son ame ne perdait jamais Dieu de vue. Il ignorait tout ce qui se passait dans le monde, même les choses les plus communes. Il ajouta encore aux austérités du monastère; il fallut que les supérieurs arrêtassent les pieux excès de son zèle, et la crainte qu'une telle singularité ne préjudiciât à l'uniformité qu'exige la discipline monastique porta son abbé h le renvoyer.
Il se retira dans un ermitage au pied du mont Tendisse, où il résolut de passer tout le carême sans prendre aucune espèce de nourriture. Au bout de la sainte quarantaine on le trouva étendu par
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Icrrc, presque sans aucun signe tic vie. Un vertueux prêtre, qui dirigeait sa conscience, lui humecta la bouche avec une éponge, puis lui donna la sainte eucharistie. Siméon, fortifié par cette divine nourriture, se leva et mangea quelques feuilles de laitue. Ce fut ainsi qu'il passa depuis tous les carêmes.
Il quitta son ermitage au bout de trois ans pour aller vivre sur le sommet de Ja montagne. Il s'y renferma dans un enclos de pierres sèches, sans avoir de toit qui pût le garantir de l'intempérie des saisons. Il y fit faire une chaîne, dont un bout était attaché à son pied et l'autre à une grosse pierre, afin de rendre plus inviolable la résolution qu'il avait prise de rester en ce lieu. Melèce, évéque d'Antioche, lui ayant représenté que la bonne volonté, aidée de la grâce, suffisait pour le retenir dans son enclos, il fît ôter la chaîne sans contester. L'éclat de ses vertus rendit bientôt la montagne célèbre: il s'y fit un concours de monde prodigieux, même des pays les plus éloignés. Les païens mêmes s'empressaient comme les autres de recevoir la bénédiction du saint, qui avait la vertu de guérir les malades,
S. Siméon, pour se soustraire aux distractions qui troublaient sa retraite , imagina un genre de vie dont on n'avait point encore eu d'exemple. Il fit faire une colonne de six coudées de haut, ensuite une de douze coudées, puis une troisième de vingtdeux; enfin il passa sur une quatrième colonne haute de quarante coudées. L'extrémité de ces colonnes, qui étaient environnées d'une balustrade, n\ivait que trois pieds de diamètre ; ce qui faisait qu'il ne pouvait ni se coucher, ni s'asseoir. Il s'inclinait sur la balustrade lorsqu'il avait besoin do