‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 10 sur 104 · S. HIPPOLYTE, MARTYR · texte numérisé non relu

S. HIPPOLYTE, MARTYR

plus fameux. S. Prudence ne marque point clairement dans lequel de ces deux endroits Hippolyte reçut la couronne du martyre.

Quoi qu'il en soit, le préfet s' étant assis sur son tribunal, qu'il fit environner de bourreaux et de divers instruments de supplice, on lui présenta un grand nombre de chrétiens, qui furent rangés devant lui en différentes bandes. La maigreur de leurs visages, la longueur de leurs cheveux, l'état déplorable de tout leur extérieur, annonçaient ce qu'ils nient eu à souffrir dans la prison. Le juge les voyant inébranlables les condamna tous à morl. Les uns furent décapités, les autres crucifiés ou brîilés; on en mit quelques-uns sur des bateaux pourris, et par la ils périrent dans la mer.

Quant à Hippolyte, le peuple cria qu'étant chef de chrétiens on devait lui faire subir un nouveau genre de peine. Le juge ordonna qu'il fût traité comme celui dont il portait le nom. Il faisait allusion par celte sentence à l'histoire d'Hippoly te, fils de Thésée, qui, fuyant la colère de son père, rencontra un mmstre dont la vue effraya tellement ses chevaux qu'étant tombé de son char, et s'étant embarrassé dans les harnais, il fut traîné long-temps par ces animaux, qui le mirent en pièces.

L'ordre était a peine donné que le peuple aida *ux bourreaux h l'exécuter. Ils choisirent deux des chevaux les plus furieux qu'ils purent trouver dans ie pays , et les attachèrent ensemble avec une longue corde, a laquelle on lia le martyr par les pieds ; ils les excitèrent ensuite à coups de fouet et par de grands cris. Les dernières paroles qu'on entendit prononcer à Hippolvte furent cettes-ci :

/$ S. niPPOLYTE, MARTYR.

« Seigneur, ils déchirent mon corps ; recevez mon ame.» Les chevaux, franchissant tout ce qui s'opposait à leur passage, le traînèrent à travers les épines, les ronces et les pierres. Les fidèles, fondant en larmes, le suivirent long-temps h la trace de son sang, qu'ils recueillaient respectueusement avec des éponges. Ils ramassaient aussi les lambeaux épars de sa chair et de ses habits. Ces précieuses reliques furent portées a Piome et enterrées dans les souterrains qu'on appelle catacombes, et dont S. Prudence fait une longue description.

On déposa, dit-il, les sacrées reliques de S. Hippolyte près d'un autel où les fidèles étaient nourris du banquet céleste, et obtenaient promptement l'effet des prières qu'ils adressaient h Dieu. Etant à Rome, je n'y ai jamais inutilement prié pour mes infirmités, tant spirituelles que corporelles ; et toutes ces grâces que j'ai reçues, je reconnais les devoir à Dieu par l'intercession de son serviteur Hippoîyte. Il ajoute que la chapelle qui renfermait les reliques du saint martyr était ornée du plus beau marbre en dehors, et qu'en dedans les murailles étaient incrustées d'or et d'argent. Depuis le lever du soleil , continue-t-il, on y accourt non seulement de Rome , mais encore des pays les plus éloignés ; surtout h la fête du martyr, qui se célèbre aux ides ou le 10 août. Les sénateurs comme le peuple y viennent implorer la miséricorde divine, et tous baisent respectueusement la châsse du saint. II donne encore la description d'une magnifique église, bâtie auprès du tombeau, et sousl'invocation du même saint, dans laquelle la piété attirait un grand nombre île fidèles. Il parle enfin de l'histoire

S. FÉLIX DE ISOLE. 4y

du martyr, que des mains habiles avaient gravée sur son tombeau.

S. Augustin observe que si, à l'exemple des martyrs, nous considérions les promesses de l'autre vie, nous regarderions comme rien toutes les peines de celle-ci; que nous nous étonnerions même de ce que la bonté divine accorde une telle récompense à un travail si petit. Pour obtenir un repos éternel ce ne serait pas trop d'un travail qni eût la même durée ; il semble qu'un bonheur sans bornes devrait s acheter par une éternité de souffrances. Peut-il en effet y avoir de la proportion entre ce qui est fini et ce qui est infini ? Dieu cependant, par un effet de sa miséricorde , n'exige point de nous de si longues souffrances. Il ne nous dit point : Travaillezpendant un million d'années, mais il nous dit seulement : Travaillez pendant le peu d'années que dure votre vie, et je vous ferai goûter dès ici bas la douceur de mes consolations; après quoi je récompenserai votre patience par une gloire qui n'aura point de fin. Fussions-nous accablés de misères et dans la douleur pendant toute notre vie. la pensée du ciel nous fera supporter avec joie les plus rudes épreuves.

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