‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 103 sur 104 · S. EPHREM D'ÉDESSE · texte numérisé non relu

S. EPHREM D'ÉDESSE

DOCTEUR DE l'ÉGLISE.

(9 juillet.)

S. Ephrem, un des plus illustres docteurs qui brillèrent dans l'Eglise de Syrie , naquit a Nisibe dans la Mésopotamie, de parents qui vivaient à la campagne et gagnaient de quoi subsister à la sueur de leur front. Il ne reçut le baptême qu'à l'âge de dix-huit ans. Il avait avant ce temps-là commis certaines fautes que la délicatesse de sa conscience lui grossissait extrêmement, et qu'il ne cessa jamais de pleurer. Dans un voyage qu'il fit il se trouva surpris par la nuit au milieu de la campagne; il fut obligé de rester avec un berger qui avait perdu dans le désert le troupeau confié à ses soins. Le maître du berger, les ayant vus ensemble l'un et l'autre, les arrêta et les fit conduire en prison, sous prétexte qu'ils lui avaient volé son troupeau. Dans la même prison étaient sept autres personnes coupables de crimes différents de ceux dont on les accusait. L'innocence d'Ephrem ayant été connue, il fut élargi. Vivement frappé delà crainte des jugements de Dieu, il avait toujours présent à l'esprit le compte rigoureux que nous rendrons de toutes nos actions, et cette pensée tirait de ses yeux des larmes continuelles. Il prit l'habit monastique pour ne plus s'occuper que des vérités éternelles. Il couchait sur la terre nue, passait une partie considérable de la nuit en prière et restait quelquefois plusieurs jours sans manger. Il travail-

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lait des mains selon la coutume des moines d'Egypte et de la Mésopotamie, et son travail consistait à faire des voiles de navire. Naturellement il était porté à la colère, mais il avait siparfaitementvaincucette passion que la vertu opposée était devenue une de celles qui brillaient le plus en lui. Jamais on ne le vit contester ou disputer avec personne. Il se regardait comme indigne d'être compté parmi les créatures. Son humilité se fit principalement remarquer dans ses écrits, et surtout dans ses deux confessions. Il fait l'aveu des manquements qu'il découvrait dans ses affections; il s'accuse surtout d'orgueil. Il n'y a point , dit-il, de péché plus funeste que celui-là ; il détruit même les dons de Dieu, il bride en quelque sorte toutes les vertus et en fait une abomination.

Dans sa seconde confession le saint démontre d'abord que la Providence embrasse le gouvernement de toutes les créatures, qu'elle préside h tous les événements et qu'elle en règle les plus petites circonstances. Il déplore ensuite le malheur qu'il a eu d'en douter dans son enfance. Entre autres péchés dont il s'accuse , il nomme la vaine gloire, l'immortification, la lâcheté , le défaut de respect dans l'église , la démangeaison de parler. « Otez, dit-il a ceux qui l'estimaient , ôtez ce masque qui me couvre, et vous ne verrez en moi que puanteur et infection... Le vice, quand on le cache sous l'extérieur imposant de la vertu, acquiert un nouveau degré d'abomination... Puissiez - vous voir l'abîme de misères qui est en moi ! il ne manquerait pas d'exciter votre compassion;, si toutefois vous étiez capable d'en soutenir la vue. » Ayant appris qu'unevillevoulaitlechoisirpourévêque, il contrefît

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l'insensé pour échapper plus sûrement à la violence qu'on aurait pu employer pour obtenir son consentement.

S. Ephrcm possédait dans le plus haut degré l'esprit de componction. « Nous ne pouvons, dit S. Grégoire de Nysse, pensera ses larmes continuelles sans y mêler les nôtres. Il lui était aussi naturel de pleurer qu'il l'est aux autres hommes de respirer. Nuit et jour ses yeux étaient baignés de larmes. Jamais on ne le rencontrait qu'on ne vît ses joues mouillées. « De là cette énergie qui accompagnait toutes ses paroles , et qui se remarque dans ses écrits.

Durant son séjour à Edesse il y fat universellement estimé et respecté. Avant été ordonné diacre, il y devint l'apôtre de la pénitence , qu'il prêcha avec autant de fruit que de zèle. La nature lui avait donné un talent rare pour la parole. Il avait une éloquence naturelle qui cnchanlait. Comme il concevait les choses avec netteté, sa diction était pure et agréable; ses pensées, pour être sublimes, n'en étaient pas moins faciles à saisir. Il était si vivement pénétré de ce qu'il disait qu'on ne pouvait résister h ses-discours; ses paroles impriment dans les âmes les sentiments dont elles sont l'image; elles y portent tout à la fois la lumière et la conviction. « Quel est l'orgueilleux, dit S. Grégoire de Nysse, qui ne deviendrait le plus humble des hommes en lisant ses discours sur l'humilité ? oui ne serait enflammé d'un feu divin en lisant son traité sur la charité ? qui ne désirerait d'être chaste de cœur et d'esprit en lisant les éloges qu'il donne à la chasteté ?» Quoiqu'il fût dur à lui-même, il mon-

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trait beaucoup de douceur et de condescendance envers les autres. Il ne voulait point que les nouveaux convertis s'abandonnassent à l'impétuosité de lenr zèle, ni que par une ferveur mal entendue ils pratiquassent d'abord de grandes mortifications; 11 leur conseillait de ne rien l'aire sans l'avis des personnes sages. Ses exhortations a la ferveur étaient fort touchantes, «puisse la tiédeur, disait-il, être à jamais bannie de mon ame ! » Puis il ajoute, en parlant de celui qui n'a de la ferveur que par accès : « Ce qu'il édifie aujourd'hui d'une main par la mortification il le détruit le lendemain par le relâchement. « Il observe que le démon, vaincu par ]es âmes ferventes , a coutume de dire : « J'irai trouver les tièdes, qui sont mes amis, et avec lesquels je n'ai pas besoin d'user de stratagèmes ; il me suffit de les tenir dans les chaînes qu'ils aiment. » ïl veut que nous nous animions en nous disant souvent à nous-mêmes : «Il ne reste plus qu'une petite partie de la course que tu avais a parcourir, et tu arriveras dans le lieu du repos ; ne t'arrête donc pas sur la route. »

Le saint docteur amena plusieurs idolâtres â la connaissance de la vérité. Il convertit aussi un grand nombre d'hérétiques. Les manichéens ayant répandu leurs erreurs à Edcsse parle moyen de certains vers que le peuple avait appris h chanter , Éphrem pour remédier au mal fit apprendre aux habitants de la ville et de la campagne d'autres Ters qu'il avait composés, et qui contenaient la doctrine catholique.

Yersl'an 072 il fit une visite a S. Basile, archevêque de Césarée. « 0 mon père ! s'écria-t-il en

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l'abordant, ayez pitié d'un misérable pécheur, et daignez le conduire dans la véritable voie. » S. Basile lui donna , conformément a ses désirs , des règles pour mener une vie sainte. Avant de le laisser partir il éleva son compagnon au sacerdoce ; mais pour lui, il ne voulut jamais permettre qu'on lui conférât cette dignité.

De retour a Edesse il se renferma dans une petite cellule, où il composa la dernière partie de ses ouvrages. Il sortit de sa retraite, h l'occasion des ravages que causait une grande famine, pour voler au secours du prochain et surtout pour assister les pauvres. Il engagea les riches à ouvrir leurs bourses; il fit mettre des lits dans les places publiques; il visitait chaque jour les malades elles servait de ses propres mains. Après la cessation du fléau il retourna daus sa solitude, où il fut bientôt pris de la fièvre. Durant sa maladie il donna de nouvelles preuves de sa ferveur et surtout de son humilité. Il mourut vers l'an 5j8 , dans un âge fort avancé.

Le recueil des œuvres de S. Ephrem est composé de sermons ou traités de piété, de prières, de commentaires sur l'Ecriture, d'ouvrages de controverse contre les ariens, les eunomiens,les manichéens, les novatiens et les marcionites, des vies de S. Abraham, de S. Julien, etc. Son style dans ses écrits polémiques n'a rien'de sec et de rebutant; il est au contraire rempli de piété et d'onction : on y remarque que l'auteur en réfutant les hérétiques brûle d'un désir ardent de voir Dieu loué et glorifié.

S. Grégoire de Nysseet d'autres auteurs nous apprennent que S. Ephrem avait commenté tous les

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livres de l'ancien et du nouveau Testament avec autant de clarté que d'érudition. Nous n'avons plus «jue ses commentaires sur les livres historiques et sur les prophètes , lesquels se trouvent dans les tomes IV et V de la dernière édition de ses œuvres.

Une partie des œuvres du saint docteur fut traduite en latin et imprimée à Rome en 1589 par les soins de Gérard Yossius ou Voskens, prévôt de Tongres. Edouard Thavvaites en donna une édition grecque h Oxford en 1 709.

La plus complète de toulcsles éditions des œuvres de S. Ephrcm est celle qui a paru à Rome en 1702-1745. sous la direction du cardinal Quérini, bibliothécaire du Vatican, et de M. Joseph Assémani, premier préfet de la même bibliothèque. On y trouve le texte syriaque d'une grande partie des œuvre du saint, avec l'ancienne version grecque des autres ouvrages. La traduction latine est de Gérard Vossius et du père Pierre Bencditti, jésuite maronite. Celle des derniers volumes est de M. Etienne Assémani, archevêque d'Àpaméc, qui a publié en chaldaïque les Actes des martyrs, et qui est neveu de M. Joseph Assémani. Il est fâcheux pour les savants que le texte grec des derniers volumes et snrlout du sixième soit rempli de fautes.

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