‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 102 sur 104 · S. ATHANASE · texte numérisé non relu

S. ATHANASE

PATRIARCÏÏE d' ALEXANDRIE , DOCTEUR DE l'ÉGLISE.

(2 mai.)

S. Grégoire de Nazianze commence ainsi le panégyrique qu'il prononça en l'honneur du saint dont nous allons donner la vie. « En louant Athanase c'est la vertu même que je loue. N'est-ce pas en effet louer la vertu que de faire l'éloge de celui qui réunissait toutes les vertus dans sa personne?.... Athanase, dit-il en finissant, fut la colonne de l'Eglise. Il devint par sa conduite le modèle des évoques. On n'était orthodoxe qu'autant que l'on professait la même doctrine que lui. »

Athanase naquit dans la ville d'Alexandrie, vers l'an 296. Ses parents, qui étaient chrétiens et recommandablespar leurs vertus, prirent un soinsin-

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gulier de son éducation. A peine eut-il appris la grammaire et les premiers éléments des sciences que S. Alexandre, qui n'était point encore évêque d'Alexandrie, s'aperçut de ses rares dispositions. Il s'attacha à lui et se chargea d'être le directeur de ses études. Il voulut qu'il fût toujours sous ses yeux et qu'il mangeât h sa table. 11 l'employa depuis comme secrétaire. Le disciple s'appliqua tout h la fois à imiter les vertus de son maître, à se pénétrer parfaitement de son esprit et de ses maximes, et à suivre le plan qu'il lui traçait pour ses études, plan dont sa docilité lui fit retirer les plus grands avantages. Il s'accoutuma d'abord, à bien écrire. Les belles-lettres ne lui parurent pas un objet cligne de l'occuper tout entier; il ne les négligea cependant pas, et il en prit cette connaissance requise pour réussir dans des sciences plus sublimes et plus importantes. Ce fut surtout par la lecture des bons auteurs de l'antiquité qu'il se forma un style élégant, facile, clair, énergique, et qu'il se rendit capable de traiter les mystères de la foi avec tant de supériorité.

Les études qui se rapportaient h la religion employaient la plus grande partie de son temps. La suite de sa vie et la lecture de ses écrits feront voir jusqu'à quel point il y excellait. Il cite si souvent et si à propos les livres saints qu'on croirait qu'il les savait par cœur; au moins conviendra-t-on que la méditation les lui avait rendus très familiers. C'était là qu'il avait puisé celte rare piété et cette profonde intelligence des mystères de la foi. Quant au vrai sens des oracles divins, il le cherchait dans la tradition de l'Eglise, et il nous apprend lui-même

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qu'il lisait avec soin les commentaires des anciens pères. Il dit dans un autre endroit qu'il apprenait la tradition des saints maîtres inspirés et des martyrs de la divinité de Jésus-christ. Comme il avait beaucoup de zèle pour la discipline de l'Eglise, il acquit aussi une grande connaissance du droit canonique. On voit encore par ses ouvrages qu'il savait le droit civil, et c'est ce qui lui a fait donner par Sulpice-Sévère le litre de j urlsconsullc.

Alhanase, voulant se perfectionner dans la pratique de la vertu, forma le projet d'aller visiter S. Antoine, qui jouissait de la plus haute réputation. Ce fut vers l'an 3i5 qu'il s'enfonça dans le désert; il y passa un temps assez considérable, s'estimant heureux d'être au nombre des disciples du saint abbé. Il avait pour lui une vénération profonde; il s'empressait de le servir, et il regardait comme un honneur de lui donner à laver. S'étant préparé dans la solitude au service des aulels; il revint à Alexandrie, où après avoir passé par les différents degrés delà cléricature, il fut élevé au diaconat vers fan 3 1 9. Alexandre, son ancien maîlre, occupait alors le siège patriarcal de cette ville. Il avait succédé à Achillas, mort en 3 1 3.

Le saint patriarche, charmé de la pimdence, du savoir et de la vertu d'Alhanase, voulait l'avoir toujours avec lui, et il ne se décidait jamais qu'après l'avoir consulté. Il tira beaucoup d'avantage de ses lumières et de ses talents lorsque les néléciens d'un côté et les ariens de l'autre donnèrent à son zèle les plus vives inquiétudes. Voici quelle fiât l'occasion du schisme des uns et de l'hérésie des autres.

Le saint patriarche Pierre, touché de compassion pour quelques chrétiens qui avaient offert de l'eneens aux idoles pendant la persécution, sollicité d'ailleurs par les martyrs et les confesseurs, dispensa de la rigueur des canons ces malheureux dont la chute était venue de fragilité ; il les reçut même h la communion sur les marques éclatantes qu'ils donnèrent de leur repentir. Cette indulgence trouva des censeurs; elle déplut surtout h Mélèce, évêque de Lycopolis dans la Thébaïde. Cet homme, d'un caractère turbulent, prit de là occasion de fomenter un schisme en Egypte, et d'élever un mur de division entre les fidèles de cette contrée et les patriarches d'Alexandrie.

Àrius, Libyen de naissance et diacre de l'Eglise d'Alexandrie, se j oigni t a Mélèce lorsque ses pratiques séditieuses eurent forcé S. Pierre à le retrancher du nombre des fidèles. Le saint patriarche connaissait trop bien son caractère inquiet et ambitieux pour se laisser gagner par des apparences extérieures de repentir : aussi ne voulut-il jamais le recevoir à la communion ; il n'eut pas même égard aux instantes prières qu'on lui en fit quand il allait au martyre.

Mais Arius trouva le moyen de s'insinuer dans les bonnes grâces d'Achillas, successeur de S. Pierre; il se soumit à l'extérieur et affecta de vifs sentiments de repentir. Achillas y fut trompé; il reçut l'hypocrite dans le sein de l'Eglise ; il l'éleva même au sacerdoce et lui confia le gouvernement d'une des paroisses d'Alexandrie, nommée Bauccdis.

Achillas étant mort, on élut S. Alexandre pour lui succéder. Arius fut vivement piqué de cette élection, pareeque sa vanité lui avait fait croire que

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personne n'était aussi digne que lui du patriarcat. Peu de temps après il se mit h dogmatiser, et il porta le blasphème jusqu'à enseigner que Jésus- Christ n'était point Dieu mais une simple créature, plus parfaite à la vérité que les autres et formée avant elles, non pas cependant de toute éternité. Inutilement S. Alexandre tâcha de le ramener par les voies de la douceur; Arius fut insensible et persista opiniâtrement dans son hérésie. Chaque jour il la répandait parmi les fidèles, et le mal allait toujours en augmentant. Le patriarche ne crut plus devoir dissimuler ,• il excommunia l'hérésiarque dans un synode composé de tous ses suffragants, qui se tint à Alexandrie. Arius se retira dans la Palestine, puis àNicomédie, dont le fameux Eusèbe était évêque. Par ses lettres il avait gagné ce prélat politique et l'avait fait entrer dans ses intérêts. En 519 S. Alexandre informa tous les évoques de ce qui s'était passé dans l'affaire d' Arius. Il le fit dans une lettre circulaire signée par Athanascetpar plusieurs autres personnes dune vertu et d'une probité reconnues.

Cependant l'arianisme gagnait de toutes parts, et le désordre augmentait tous les jours dans l'Eglise. Ce fut pour en arrêter les progrès que le célèbre concile de INicée fut assemblé en 5 2 5. Le diacre Athanase, qui y fut mené par S. Alexandre, brilla du plus vif éclat dans cette assemblée, et s'y fit admirer universellement par son zèle et son savoir. Il y confondit Arius ainsi qu'Eusèbc de Nicomédie, Théognisel Maris, qui étaientles principaux protecteurs de cet hérésiarque ; il eut aussi beaucoup de part aux affaires qui furent agitées parmi

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les pères, et aux décisions que forma le concile. Le triomphe qu'il remporta sur l'arianisme devint la source de toutes les persécutions qu'il eut à essuyer dans la suite.

Cinq mois après la clôture du concile le saint patriarche Alexandre tomba dans la maladie dont il mourut. Conduit par une inspiration céleste, il recommanda à son clergé et à son peuple de lui donner Alhanase pour successeur, et il répéta son nom jusqu'à trois fois; et comme celui-ci était pour lors absent, il s'écria : « Vous croyez, Athanase, réussir à vous échapper, mais vous vous trompez dans votre attente. » Le saint diacre, au rapport de Sozomène, s'était caché dans la crainte qu'on ne l'élevât sur le siège patriarcal. Au reste son absence lui fut inutile. Alexandre étant mort, le clergé et le peuple élurent Athanase tout d'une voix, et cette élection fut confirmée par les évoques d'Egypte, qui s'assemblèrent à Alexandrie. Il fut sacré en 326, à l'âge d'environ trente ans.

Athanase signala les commencements de son épiscopat par son attention à pourvoir aux besoins spirituels des Ethiopiens. Il sacra Frumence évêque, et le leur envoya afin qu'il pût achever l'œuvre de leur conversion , qu'il avait si heureusement commencée; et lorsqu'il eut établi un bon ordre dans l'intérieur de la ville il entreprit la visite générale des églises de sa dépendance.

Les méléciens donnèrent beaucoup d'exercice à son zèle; ils continuèrent après la mort de Mélèce leur chef de tenir des assemblées et d'ordonner des évêques de leur propre autorité. Partout ils souillaient le feu de la discorde, et par là ils entre-

5o,8 s« athana.se, patriarche.

tenaient le peuple dans l'esprit de révolte. Àthanase essaya tous les moyens possibles pour les ramener a l'unité, mais il n'y en eut aucun qui lui roussît. Austères dans leur morale, ils s'étaient fait un grand nombre de partisans, surtout parmi les gens simples, auxquels ils en avaient imposé. Les ariens résolurent de profiler des dispositions où ils les voyaient; ils s'empressèrent donc de rechercher leur amitié. Les méléciens n'avaient d'abord erré dans aucun article de la foi, ils avaient même été des premiers et des plus ardents a combattre la doctrine d'Arius ; mais bientôt après ils s'unirent aux partisans de cet hérésiarque pour calomnier et persécuter Athanase. Il se forma entre eux une ligue solennelle, afin que les coups qu'ils lui porteraient fussent plus efficaces. S. Athanase observe a cesujetquecommc Hérode et Pilate oublièrent la haine qu'ils se portaient mutuellement pour se réunir contre le Sauveur, de même les méléciens et les ariens dissimulèrent leur animosité réciproque afin de former une espèce nie confédération contre la vérité. Au reste voilà l'esprit de tous les sectaires ; ils font cesser leurs divisions lorsqu'il s'agit de déchirer le sein de l'Eglise et de déclarer la guerre à ceux qui tiennent pour la doctrine catholique.

Cependant Arius trouva le moyen d'obtenir la permission de revenir de l'Illyrie où l'empereur Constantin l'avait exilé après le concile de Nicée. Il ne s'en tint pas là, il demanda encore à rentrer dans l'Eglise, mais Athanase refusa de communiquer avec lui, et s'opposa avec courage à son rétablissement. Arius, soutenu de la protection des amis qu'il avait en Palestine et dans d'autres pro-

S. ATHANASE, PATRIARCHE. 5ç)Ç)

vinccs de l'Orient, engagea Constantin h écrire en sa faveur. Sa lettre ne produisit pas l'effet qu'il en attendait. L'intrépide patriarche répondit au prince que l'Eglise catholique ne pouvait avoir d'union avec une hérésie qui attaquait la divinité de Jésus- Christ.

Eusèbeet Théognis, voyant Arius revenu du lieu de son exil, écrivirent à l'empereur une lettre qui nous a été conservée par Socrale et Sozomène. Ils lui mandaient qu'il n'y avait plus de division par rapport a la doctrine ; qu'après avoir mûrement examiné la force du mot consubstanticl ils ne faisaient plus de difficulté de l'admettre; qu'il ne tiendrait point a eux que la paix ne fût rétablie dans l'Eglise: qu'ils ne pouvaient cependant dire anathème a Arius; qu'ils avaient remarqué, et dans ses écrits et par leurs entretiens particuliers avec lui, qu'il n'était point coupable des erreurs qu'on lui imputait; qu'on trouvait d'ailleurs la preuve de son orthodoxie dans l'accueil favorable qu'il avait reçu de son prince.

L'empereur, séduit par cette lettre artificieuse, révoqua la sentence de bannissement portée contre les deux prélats, et leur permit, après un exil de trois ans, de retourner chacun dans leur diocèse.

Eusèbc, dont nous venons de parler, était un homme ambitieux qui s'était fait transférer du siège de Béryle à celui de JXicomédie. Comme cette dernière ville était alors le lieu de la résidence des empereurs d'Orient, il s'était insinué dans les bonnes grâces des ministres, et par là il avait acquis beaucoup de crédit à la cour. Il avait du savoir et des talents, mais il était en même temps d'un carac-

tère hardi, dissimulé, artificieux. Il fut le principal instrument dont le démon se servit pour persécuter Athanase et l'Eglise catholique.

À peine fut-il revenu à IN'icomédie qu'il commença à faire jouer les ressorts qu'il avait préparés. Il écrivit à S. Athanase une lettre pleine d'honnêtetés, dans laquelle il essayait de justifier Arius. Le saint patriarche ne donna point dans le piège ; sa fermeté ne fut pas non plus ébranlée par les menaces qu'on lui lit de la part de l'empereur. Eusèbe écrivit alors aux méléciens que le temps d'exécuter leurs desseins contre l'ennemi commun était enfin arrivé. Ceux-ci furent quelque temps avant de s'accorder sur l'espèce d'accusation qu'il fallait intenter contre Athanase. A la fin ils envoyèrent a Micomédie trois évoques de leur parti, Ision, Eudémon et Callinique. Ceux-ci accusèrent le patriarche d'avoir imposé au peuple une sorte de tribut sous prétexte de pourvoir aux besoins de son Eglise, et d'avoir envoyé un coffre plein d'or à un certain Philumène, qui ne se proposait rien moins que d'usurper l'autorité souveraine. Athanase fut cité à comparaître devant l'empereur. Il obéit et se rendit au palais de Psammathie, situé dans les faubourgs de Nicomédie. Il plaida sa cause et confondit ses ennemis. L'empereur, frappé de la force de ses raisons, reconnut publiquement son innocence et le renvoya en Egypte avec une lettre adressée aux fidèles d'Alexandrie. Dans cette lettre il faisait l'éloge d'Athanase et lui donnait les titres d'homme de Dieu et de personne vénérable.

Eusèbe ne se rebuta point du mauvais succès de ses intrigues; il espérait toujours que les circon-

stances deviendraient plus favorables à l'exécution de ses desseins. Il travailla dans le même temps a faire exiler S. Eustathe, patriarche d'Antioche, qui montrait beaucoup de zèle pour la pureté de la foi; il revint ensuite à son premier projet et fit accuser Athanase de plusieurs crimes, entre autres de l'assassinat d'un évêque mélécien, nommé Arsène. L'empereur, étonné d'une accusation aussi grave que celle d'un assassinat, ordonna ansaint patriarche d'aller se justifier dans un concile, qui devait se teniràCésarée enPalestine, ville dont Eusèbe étaitévêque. CetEusèbe était différent de celui dont nous venons de parler, mais il favorisait aussi le parti des ariens. Athanase ne comparut point au concile, dans la persuasion qu'il n'y aurait pas la liberté déparier pour sa défense. Le refus qu'il fit de comparaître anima de plus en plus ses ennemis contre lui ; ils le représentèrent à Constantin comme l'effet d'une orgueilleuse opiniâtreté. Le prince trompé changea de sentiment et reçut des impressions fâcheuses dont le patriarche se ressentit bientôt. Il convoqua un concile à Tyr, et lui ordonna de s'y trouver sous peine d'encourir son indignation et d'être rigoureusement puni.

L'ouverture de ce concile se fit au mois d'août 335; il était composé de soixante évêques, presque tous dévoués aux ariens. Parmi les principaux on comptait les deux Eusèbe, Flacillc, patriarche intrus d'Antioche, Théognice de IVicée, Maris de Chalcédoinc, Narcisse de Néroniade, Théodore d'Héraclée, Patrophile deScylopolis, Ursace de Syngidone, Yalens de Murse, George de Laodicée. Il y avait déjà quelque temps que le concile était as-

402 s. ATHANA.SE, patriarche.

semblé lorsque S. Athanase s'y rendit. Il y fut accompagné par un grand nombre d'évêques de sa province, parmi lesquels se trouvaient S. Paphnuce et S. Potamon, qui avaient glorieusement confessé Jésus-Christ. Ses ennemis, qui étaient tout à la fois juges et parties, ne lui permirent point de prendre séance avec eux; ils l'obligèrent même de se tenir debout comme un criminel qui attend sa sentence. S. Potamon, témoin de ce qui se passait, ne put retenir ses larmes. S'adressant ensuite à Eusèbe de Césarée, qui pendant la dernière persécution avait été emprisonné avec lui pour la foi, il s'écria : «Quoi! Eusèbe, vous êtes assis comme juge et Athanase est debout comme coupable! Qui pourrait soutenir un tel spectacle ! Répondez-moi, n'étions-nous pas tous les deux en prison durant la persécution ? Comment s'est-il fait que j'y aie perdu un œil et que vous en soyez sorti avec tous vos membres? Comment avez-vous puéchapper ainsi?» S. Potamon donnait assez à entendre par ces paroles que le bruit qu'on avait répandu de l'apostasie d'Eusèbe n'était pas sans fondement. Les autres évêques d'Egypte firent paraître les mêmes sentiments que l'illustre confesseur; ils persistèrent unanimement a récuser pour juges de leur patriarche ceux qui se déclaraient si visiblement ses ennemis; mais leurs plaintes et leurs réclamations furent inutiles; les ariens procédèrent avec autant de fureur que de désordre à l'examen des chefs d'accusation intentés contre Athanase.

Le premier était queMacaire, son député, avait commis un sacrilège en brisant par son ordre le calice d'un, certain Ischyras pendant qu'il célébrait

les saints mystères. C'était une pure calomnie, et l'on en avait déjà fourni la preuve; mais après le retour des députés qui furent envoyés de Tyr en Egypte pour examiner l'affaire sur les lieux, on vit encore avec plus d'évidence la malice des calomniateurs ; on reconnut aussi qu'Ischyras, qui à la fin se réconcilia avec Atlianase, avait été suborné par quelques évoques de la faction des méléeiens.

En second lieu, on accusa le saint d'avoir ravi l'honneur h une vierge consacrée au Seigneur ; on introduisit même au milieu du concile une femme corrompue qui attesta avec serment qu'Athanase, qu'elle avait logé chez elle de bonne foi, lui avait fait violence, et qu'il avait ensuite tâché de l'apaiser par quelques présents. Alors Timolhée, l'un des prêtres du saint patriarche, dit en s'adressant h cette méchante femme : « Vous prétendez donc que j'ai logé chez vous et que je vous ai fait violence? Oui, répondit-elle en élevant la voix et en montrant Timothée, oui, c'est vous-même qui m'avez déshonorée. » Elle s'étendit ensuite sur les circonstances du lieu, du temps et de l'action. L'imposture étant ainsi dévoilée, les ariens furent couverts de confusion, et dans leur embarras ils firent sortir la femme de l'assemblée. Athanase voulut la retenir et l'obliger de nommer ceux qui l'avaient subornée, mais ses ennemis s'y opposèrent en disant qu'ils avaient des crimes bien plus importants h lui reprocher, et dont l'évidence était si palpable qu'il ne pourrait s'échapper avec tous ses artifices.

On en vint donc au prétendu assassinat d'Arsène, évêque mélécien. On produisit en même temps une main desséchée que l'on disait être celle d'Arsène,

4û4 s« A.THANASE, PATRIARCHE.

et que l'on prétendait avoir été coupée par l'ordre d' Athanase pour servir a des opérations magiques. Cet Arsène, que ceux de son parti appelaient évoque d'Hypsèle, était tombé dans quelque irrégularité et s'était caché en conséquence. On avait profité de sa fuite pour répandre le bruit de sa mort, que l'on attribuait au saint patriarche. Mais Athanasc, sachant qu'il vivait encore, trouva le moyen de le faire venir secrètement a Tyr pour qu'il attestât lai même la vérité. Lorsqu'il eut obtenu un peu de silence il demanda si quelqu'un de l'assemblée avait connu Arsène; et, comme plusieurs répondirent qu'il leur avait été parfaitement connu, il le fit paraître au milieu du concile, où il montra ses deux mains. Ainsi les ennemis du saint furent confondus une troisième fois de la manière la plus éclatante. Peu de temps après Arsène se réconcilia sincèrement avec Athanase et rentra dans le sein de l'Eglise catholique, en quoi il fut imité par un certain Jean , l'un des plus fameux évêques du parti des méléciens.

Les ariens traitèrent Athanase de magicien, et dirent qu'il en imposait aux gens par ses prestiges. Ils étaient transportés de fureur contre lui, et ils l'auraient mis en pièces si le commissaire de l'empereur ne l'eût arraché de leurs mains. Le saint, voyant que sa vie n'était point en sûreté, résolut de s'embarquer pour Constantinople. Quoique les ariens ne l'eussent convaincu d'aucun crime, ils ne laissèrent pas de prononcer contre lui une sentence de déposition. Ils lui défendirent de résider à Alexandrie , sous prétexte que sa présence y pourrait exciter de nouveaux troubles , et ils ne rougi-

rent pas d'insérer dans la sentence les calomnies dont nous avons parlé, quoiqu'elles eussent été si pleinement réfutées.

Lorsque le saint fut arrivé à Constantinople il demanda inutilement audience à Constantin. Ce prince non seulement la lui refusa, mais il ne voulut pas même le voir. C'est qu'il le regardait comme coupable et comme justement déposé par un concile. Il ordonna en même temps aux évêques assemblés àTyr de se rendre à Jérusalem pour y assister à la dédicace de l'église du Saint-Sépulcre, qu'il venait de faire bâtir.

Àrius vint aussi dans cette ville avec une lettre de l'empereur et une profession de foi qu'il lui avait présentée. Il disait dans cette profession de foi, que Socrate nous a conservée, qu'il croyait en Jésus- Christ engendré avant tous les temps, Dieu le Verbe, par lequel toutes choses ont été faites, etc., mais on n'y trouve point le mot consubstantiel ni rien qui en approchât. Arius avait assuré à Constantin qu'il recevait le concile de j\icée, et il était venu à bout de le tromper par son hypocrisie. Le prince cependant ne s'en rapporta pas entièrement a l'hérésiarque ; il recommanda aux évêques assemblés à Jérusalem d'examiner la profession de foi qui lui avait été présentée. Les eusébiens saisirent avec empressement une occasion qu'ils attendaient depuis long-temps; ils déclarèrent Arius orthodoxe, et l'admirent à la communion.

Athanase , ne pouvant obtenir une audience de l'empereur, demanda à être confronté avec ses juges , et qu'on lui accordât la liberté de former ses plaintes contre eux. Cette demande parut juste à

4o6 S. ATIIANASE, PATRIARCHE.

Constantin; aussi envoya-t-il un ordre aux évêques du prétendu concile deTyr pour qu'ils eussent h venir h Conslantinople, afin d'y rendre compte de tout ce qu'ils avaient fait. Il n'y en vint que six des plus intrigants; savoir , Eusèbe, Théognis, Maris, Patrophile, Lrsacc et "Valens. Ils abandonnèrent, il est vrai, leurs anciennes calomnies; mais ils en inventèrent une nouvelle, qu'ils n'ignoraient pas devoir faire beaucoup d'impression sur l'esprit de l'empereur. Il dirent qu'Àtlianase avait menacé d'empêcher l'exportation du blé que l'on envoyait tous les ans d'Alexandrie à Gonstantinople. Le patriarche eut beau protester contre la fausseté de l'accusation, Constantin prévenu le jugea coupable et l'exila à Trêves, ville considérable delà Gaule belgique. Le saint partit aussitôt pour le lieu de son exil , et y arriva au commencement de l'année 556. Il fut reçu avec de grandes démonstrations de respect par S. Maximin, évêque de Trêves , et par Constantin-le-Jeune, qui commandait l'armée de l'empire. Ce qui le consola principalement dans sa disgrâce ce fut d'apprendre que son Eglise refusait constamment de communiquer avec Arius.

Le peuple d'Alexandrie était inconsolable de l'absence de son pasteur; il écrivît h l'empereur pour solliciter son rappel. S. Antoine joignit ses instances à celles des fidèles, mais on ne put rien obtenir. Constantin répondit qu'il ne lui était pas permis de mépriser le jugement d'un concile.

Ce prince mourut le 22 mai de l'année suivante, après avoir vécu soixante-trois ans et quelques mois et en avoir régné trente-un. Il portait encore l'habit de néophite qu'il avait pris en recevant le bap-

tême peu de temps auparavant. On lit dans Eusèbe, son historien, qu'un peuple innombrable offrit à Dieu de ferventes prières pour le repos de son ame. Il fut enterré dans le vestibule de l'église des douze apôtres, qu'il avait fait bâtir a Constanlinople pour servir de sépulture aux empereurs et aux patriarches. « Il choisit ce lieupréférablcmcnl h tout autre, dit Eusèbc, afin de mériter d'avoir part au sacrifice mystique et aux saintes prières publiques. »

Aussitôt après sa mort ses trois fi!s, Constantin, Constance et Constant, partagèrent entre eux l'empire, suivant les dispositions qu'il en avait faites lui-même. Le premier, sous la domination duquel les Gaules se trouvaient, rétablit Athanase sur son siège. Il le renvoya h Alexandrie avec une lettre, où il donnait de grands éloges a sa sainteté et montrait beaucoup d'indignation contre ses ennemis. Le saint passa par la Syrie, et arriva enfin dans son diocèse. Il fut reçu dans son troupeau avec celte pompe et cette allégresse qui avaient coutume d'accompagner les triomphes des empereurs.

Le rétablissement d'Athanase mortifia sensiblement les ariens; aussi firent-ils jouer de nouveaux ressorts pour le perdre. Ils mirent dans leurs intérêts Constance, qui avait eu l'Orient en partage, et lui représentèrent Athanase comme un esprit inquiet et turbulent, qui depuis son retour avait excité des séditions et commis des violences et des meurtres. Ils l'accusèrent encore d'avoir vendu à son profit les grains destinés à la nourriture des veuves et des ecclésiastiques qui habitaient les contrées où il ne venait point de blé. Ils formèrent les mêmes

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accusations auprès de Constantin et de Constant; mais leurs députés, loin de réussir à persuader ces deux princes, furent renvoyés avec mépris. Pour Constance, il se laissa séduire et ajouta foi au dernier chef d'accusation. Il ne fut pas difficile au patriarche d'en démontrer la fausseté, et il n'eut autre chose à faire pour cela que de produire les attestations des évêques de Libye, où il était marqué qu'ils avaient reçu la quantité ordinaire de froment. La calomnie découverte ne dissipa point les préjugés de Constance. Ce malheureux prince était gouverné parEusèhe de ISicomédie et par d'autres ariens, qui luiinspiraientleurs propres sentiments et qui l'amenèrent au point de leur permettre d'élire un nouveau patriarche d'Alexandrie.

La permission étant accordée, les hérétiques s'assemblèrent à Ànlioche sans délai; ils déposèrent Athanase et élurent en sa place un prêtre égyptien de leur secte, nommé Piste. Ce mauvais prêtre, ainsi que l'évêque qui le sacra, avaient été précédemment condamnés par S. Alexandre et par le concile de ISicée. Le pape Jules refusa de communiquer avec cet intrus, et toutes les Églises catholiques lui dirent an a thème; aussi ne put -il jamais prendre possession d'une dignité qu'il avait usurpée.

Athanase de son côté tint à Alexandrie un concile où se trouvèrent cent évêques. On y prit la défense de la foi et on reconnut l'innocence du patriarche. Les pères écrivirent ensuite une lettre circulaire h tous les évêques, et l'envoyèrent nommément au pape Jules. Le saint alla lui-même à Rome, où se tint en l'année 34 1 un concile de cinquante évêques. Il y fut justifié et confirmé dans h possession

s. athana.se, patriarche. 4og

de son siège; mais le long séjour que les circonstances l'obligèrent de faire dans cette ville donna aux ariens le temps de tout bouleverser en Orient.

Dans la même année 34 1 il y eut un synode à Antiochc, à l'occasion de la dédicace de la grande église. On fit dans ce synode, composé d'évêques orthodoxes et hérétiques, vingt- cinq canons de discipline; mais les prélats orthodoxes ne furent pas plus lot partis que les hérétiques y en ajoutèrent un» vingt-sixième, qui regardait évidemment S. Athanase. Il portait que si un évêque, déposé justement ou injustement dans un concile, retournait a son Église sans avoir été réhabilité par un concile plus nombreux que celui qui avait prononcé la déposition, il ne pourrait plus espérer d'être rétabli, ni même d'être admis à se justifier. Ils élurent ensuite un certain Grégoire de Cappadoce, qu'ils placèrent par la force des armes sur le siège d'Alexandrie. La conduite de cet usurpateur répondit parfaitement à sa vocation.

Athanase, dont les jours n'étaient pointen sûreté, se vit obligé de prendre la fuite; il se retira à Rome, où il passa trois ans, espérant toujours que Dieu aurait enfin pitié de lui et de son troupeau. En34& l'empereur Constant l'invita à se rendre à Milan, et l'y reçut avec les plus grandes marques de vénération. Ce prince écrivit en même temps a son frère Constance pour le prier de le seconder dans le projet qu'il avait d'assembler un concile général pour mettre fin aux troubles qui afïligaient l'Église.

L'ouverture de ce concile se fit au mois de mai '347 dans la ville de Sardique en Illyrie ; il y vint des évêques de trente-cinq provinces, indépendam-

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ment des Orientaux. S. Athanasc, Marcel d'Ancyre, Asclépas de Gaze s'y trouvèrent aussi. Les eusé- Liens ou ariens, s'étant aperçus qu'ils ne seraient pas les maîtres, tinrent entre eux diverses assemblées sur la route et convinrent avant d'arriver à Sardique de ne point se joindre aux évèques orthodoxes. Ce fut donc inutilement qu'on les invita à assister au concile. Ils alléguèrent pour raison de leur refus la présence d'Athanase et d'autres prétextes qui n'étaient pas moins frivoles. A la fin, voyant qu'on les menaçait d'user de rigueur s'ils dilFéraient plus long-temps de comparaître et s'ils ne justifiaient pas des accusations formées contre eux, ils s'enfuirent tous pendant la nuit, et allèrent tenir un conciliabule à Philippopolis. Les pères de Sardique reconnurent l'innocence d'Athanase, de Marcel d'Ancyre et d' Asclépas de Gaze ; ils excommunièrent les principaux d'entre les eusébiens ainsi queGrégoiredeCappadoce, et défendirent à tous les catholiques de communiquer avec eux. Ils envoyèrent en même temps deux députés vers Constance, afin de presser l'exécution de leurs décrets. L'empereur Constant écrivit aussi à ce prince de la manière la plus pressante ; il le menaça même de lui déclarer la guerre s'il ne rétablissait promptement Athanase sur son siège et s'il ne punissait ses calomniateurs.

Quatre mois après le concile de Sardique mourut Grégoire de Cappadoce. Cet intrus, appuyé par les gouverneurs infectés comme lui de farianisme, avait exercé toutes sortes de cruautés contre les orthodoxes. S. Potamon entre autres fut battu avec tant d'inhumanité qu'il en perdit la vie.

S. ATHàNASE, PATRIARCHE. 4*1

Cette circonstance de la mort de Grégoire facilita le retour d'Athanase. Constance n'avait plus de prétextes pour l'empêcher ou même le différer :il était d'ailleurs engagé dans une guerre malheureuse contre les Perses, et il lui importait heaucoup de ne pas se brouiller avec son frère dans une conjoncture aussi critique ; il écrivit donc par trois fois au saint patriarche pour lui marquer le désir qu'il avait de le voir de retour à Alexandrie. Alhanase alla prendre congé de l'empereur Constant, qui était alors dans les Gaules ; de là il se rendit h Rome pour dire adieu à lévêque et a l'Église de cette ville. Ayant satisfait à ces différents devoirs, il ne pensa plus qu'à partir pour l'Egvple :il prit sa route par Antioche. Constance, qui y était alors le reçut dune manière fort gracieuse et l'assura de son amitié. Il ne lui demanda qu'une chose, qui fut d'accorder aux ariens une église dans la ville d'Alexandrie. Le saint répondit qu'en ce cas-là on devait aussi en accorder une aux catholiques d' Antioche, qui étaient attachés à Euslalhe. Une telle réponse déconcerta les ariens, et l'empereur n'insista pas davantage sur cet article. Il donna les ordres nécessaires pour qu'Athanase fût bien reçu par les gouverneurs d'Egypte. Tout semblait annoncer qu'il était parfaitement réconcilié avec lui, et l'on n'en douta plus lorsqu'on le vit procurer son rétablissement, même après la mort de Constant, qui fut assassiné dans les Gaules par Magnence, au mois de janvier de l'année 55o.

Alhanase était à peine rentré dans son Eglise qu'il assembla un concile à Alexandrie. On y confirma les décrets de celui de Sardique. S. Maxime

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.fit la même chose dans un synode nombreux qui se tint à Jérusalem. Plusieurs évêques ariens rétractèrent en cette occasion les calomnies qu'ils avaient avancées contre le saint patriarche, et abjurèrent publiquement l'hérésie. De ce nombre furent Ursace et Valens; mais ils retournèrent ensuite a l'arianisme.

En même temps que Magnence se rendait maître de l'Italie, des Gaules et de l'Afrique, Vétrannion s'emparait de la Pannonie. Constance s'avança dans l'Occident pour combattre les usurpateurs, qui ne purent tenir long-temps. Un stratagème mit la personne de Yétrannion entre ses mains, et il défît Magnence auprès de Murse en Pannonie. Ce dernier s'étant lui-même donné la mort, son parti se dissipa et la paix fut rétablie dans l'Occident.

Constance étant à Sirmium en 35 1, il s'y tint un concile qui fut principalement composé d'évêques orientaux, ariens pour la plupart. On y excommunia Photin, et on y prononça une sentence de déposition contre lui parcequ'il renouvelait l'hérésie de Sabcllius et qu'il enseignait que Jésus-Christ était un pur homme. Ce Photin gouvernait l'Église de Sirmium et avait déjà été condamné dans deux synodes à Milan. L'empereur l'envoya en exil. On dressa dans le concile une formule de foi, qui communément est regardée comme orthodoxe. On l'appelle la première formule de Sirmium.

Le zèle actif d'Athanase causait toujours aux ariens de vives alarmes; ils craignaient qu'à la fin il n'entraînât la ruine de leur parti. Ils essayèrent donc de prévenir le crédule empereur contre lui, et malheureusement ils ne réussirent que trop.

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Constance oublia l'amitié qu'il avait jurée au patriarche d'Alexandrie, et il redevint son persécuteur dès qu'il se vil maître de tout l'empire. Il le fît condamner dans deux synodes, dont l'un se tint à Arles en 555 et l'autre à Milan deux ans après. Il n'avait pas rougi de se porter lui-même^our son accusateur. Sa haine ne fut point encore satisfaite : il bannit S. Eusèbe de Verceil, S. Denys de Milan, S. Paulin de Trêves et plusieurs autres évêques catholiques, qui refusèrent de souscrire à la condamnation d'Athanase; ensuite il députa un de ses chambellans à Rome, afin d'y obtenir l'approbation de tout ce qui venait d'être fait.

Libère, qui occupait alors la chaire de S. Pierre» refusa généreusement ce qu'on lui demandait et ne fut ébranlé ni par les promesses ni par les menaces. Non seulement il ne voulut pas recevoir les présents qu'on lui avait apportés, mais ayant appris qu'on les avait déposés, en forme d'offrande, dans la basilique du prince des apôtres, il les en fit aussitôt retirer. L'empereur, irrité d'une conduite aussi hardie, donna des ordres pour que l'on conduisît Libère à Milan sous bonne escorte. Il eut avec lui une conférence dont il ne dut pas être content. Le pape dit qu'Alhanase avait été déclaré innocent à Sardique, que ses ennemis y avaient été reconnus pour calomniateurs, qu'il y avait par conséquent de l'injustice a condamner un homme qui n'avait pu êtreconvaincu juridiquement d'aucun crime. Constance n'eut rien à répondre; il se contenta de dire à Libère qu'il lui accordait trois jours, et que si, ce. terme expiré, il ne souscrivait à la condamnation d'Alhanase, il l'exilerait à Bérée dans la Thrace. Il tome h^ 19

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eut encore recours aux présents pour le gagner, et il lui envoya cinq cents pièces d'or. Le pape les refusa en répondant qu'il fallait les distribuer aux flatteurs du prince. Il refusa aussi un présent qui lui fut envoyé par l'impératrice, en disant a celui qui l'apportait qu'il devait apprendre à croire en Jésus-Christ et non point à persécuter l'Église de Dieu. Les trois jours expirés, il partit pour le lieu de son exil. Ce fut en 556.

L'empereur alla a Rome en 5Ô7 pour y célébrer la douzième année de son règne. Les dames romaines, profilant de cette occasion, lui demandèrent le rappel de leur pasteur. Il répondit qu'il n'y consentirait qu'autant que Libère entrerait dans les sentiments des évoques qui étaient pour lors à la cour.

Ce fut vers ce temps -là que Libère commença à se démentir : la rigueur de son exil ébranla sa constance. Les entretiens qu'il eut avec Démophile de Bérée et Fortunatien d'Aquilée, dont l'un était arien et l'autre politique, achevèrent de le perdre. Séduit par une apparence d'accommodement qui ne pouvait que scandaliser l'Eglise, il signa la condamnation d'Alhanase et la formule de foi que les ariens avaient dressée h Sirmium , sans cependant y insérer leur hérésie en termes formels. Il écrivit ensuite aux Orientaux qu'il avait reçu la vraie foi catholique que plusieurs évoques avaient approuvée h Sirmium.

Ainsi tomba le pape Libère , qui avait si généreusement pris la défense de la foi et de ceux qui étaient persécutés pour elle. Sa chute est un terrible exemple de la fragilité humaine ; mais si Libère tomba comme S. Pierre, il se releva aussi

S. ATHANASE , PATEIARCHE. 4 1^

bientôt à son exemple , et répara promplenient le scandale qu'il avait donné. 11 n'eut pas plus lot été remis en possession de son siège qu'il se déclara ouvertement pour la justice et la vérité; et lorsque les pères du concile de Pumini curent été séduits par les ariens, il écarta par son zèle les malheurs dont l'Église catholique était menacée.

Ce fut en 559 fIue s'assembla le fameux concile de Rimini. Les évoques ariens y prévalurent à la lin, et firent adopter par tous les pères une formule de foi où n'était pas le mot consubslantiel; mais les prélats orthodoxes, ayant vu l'hérésie tirer avantage de leur souscription , se reprochèrent avec amertume la faiblesse qu'ils avaient eue de la donner. Ils se relevèrent d'autant plus aisément de leur chute qu'ils ne perdirent jamais la pureté de la foi, et qu'ils étaient uniquement tombés ou pour avoir manqué de courage , ou pour n'avoir pas bien pénétré les artifices des ariens.

Il est temps de revenir aux persécu lions qui furent suscitées a S. Àthanasc. L'empereur ne se contenta pas de bannir les évoques qui prenaient sa défense , il condamna aussi a des peines rigoureuses les officiers et les magistrats qui paraissaient attachés au saint patriarche, et qui refusaient de communiquer avec les ariens.

Tandis que Constance remplissait l'Occident de confusion et qu'il y exerçait une puissance tyrannique , Athanase gémissait à Alexandrie sur les maux de l'Eglise et adressait à Dieu de ferventes prières pour la conservation de la foi; mais on ne le laissa pas tranquille. Le duc Syrien eut ordre de le persécuter, lui et son clergé. Deux notaires arri-

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vèrent en même temps à Alexandrie : Constance les y avait envoyés pour voir s'il était obéi. On essaya de persuader au saint de quitter la ville; mais il répondit que l'empereur l'ayant rétabli sur son siège , il ne l'abandonnerait que quand il y serait forcé par le même prince, et jamais avant qu'on lui eut signifié un ordre exprès de sa part. Il ajouta cependant qu'il sortirait d'Alexandrie si le duc Syrien ou le préfet Maxime lui donnaient un tel ordre par écrit : aucun des deux ne l'ayant voulu faire , les choses en restèrent là pour le moment. Syrien, convaincu de la justice de ses raisons, lui promit de ne point l'inquiéter et de laisser au peuple la liberté de faire ses assemblées de religion. Cette promesse fut même confirmée par un serment; mais le duc ne rougit pas de le violer vingt-trois jours après.

Les fidèles assemblés clans l'église de Saint- Tliéonas allaient y passer la nuit en prières à l'occasion d'une fête qui devait se célébrer le lendemain. Ils s'y virent tout à coup investis par une nombreuse troupe de gens de guerre, h la tête desquels était Syrien. Les portes de l'église ayant été forcées , les soldats y entrèrent et commirent de$ désordres horribles. Alhanasc resta sur son siège fortement résolu de ne point abandonner son troupeau; en même temps il ordonna à un diacre de chanter le psaume 1 56, tandis que le peuple répéterait ù la lin de chaque verset : car sa 'miséricorde est éternelle. 11 dit ensuite aux fidèles de se retirer dans leurs maisons, prolestant qu'il ne sortirait que le dernier. Lorsque le plus grand nombre fut sorti, les clercs et les moines qui étaient restés auprès de

lui le forcèrent de les suivre et de se mettre au milieu d'eux ; par là il échappa à la vigilance et à la fureur des gardes qui cherchaient à s'assurer de sa personne.

La première chose que firent les ariens fut de placer sur le siège d'Alexandrie une personne dévouée à leur parti. Ils choisirent un certain George, homme de basse extraction et d'un caractère féroce. Cet intrus marcha sur les traces de Grégoire, dont nous avons parlé plus haut, et ne servit que trop fidèlement la haine des ariens contre les catholiques.

Cependant Alhanase se relira dans les déserts d'Egypte; mais on ne lui permit pas de jouir longtemps de la compagnie des solitaires qui les habitaient. Ses ennemis mirent sa tête h prix; des soldats furent chargés de faire partout des perquisitions pour le découvrir. On eut beau maltraiter les moines, ils furent fermes et donnèrent à entendre qu'ils souffriraient plutôt la mort que de déceler le lieu oii Athanase était caché. Quelque agréable que fut au patriarche la compagnie de ses saints hôtes, il résolut de les quitter afin de ne pas les exposer à de plus rudes souffrances. Il se retira donc dans un lieu plus solitaire, où il pouvait h peine respirer. La seule personne qu'il vît était un fidèle, qui lui apportait ses lettres et les choses dont il avait besoin pour subsister ; encore ce fidèle courait-il de grands dangers, tant les recherches des ariens étaient opiniâtres.

La persécution se ralentit un peu par la mort de l'empereur Constance, qui arriva le 5 novembre 36 1 . On détestera à jamais la mémoire de ce prince, qui

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h un caractère faible, léger, inconslant, dissimulé, joignit un attachement opiniâtre a l'hérésie et une cruauté qui le porta à maltraiter si indignement les catholiques et a tremper ses mains dans le sang de ses proches.

L'année suivante mourut George, cet usurpateur du siège d'Alexandrie : les païens le massacrèrent à cause de ses cruautés. Ainsi Athanase se vit délivré de ses principaux ennemis.

Julien, successeur de Constance, permit h tous les évêques exilés de retourner chacun h leur siège. Ce n'était pas qu'il fût bien intentionné pour eux; 11 voulait par leur rétablissement augmenter les divisions qui déchiraient l'Église et empêcher les chrétiens de se réunir contre lui. Il voulait encore flétrir la mémoire de Constance en le faisant passer pour un tyran et un persécuteur.

La plupart des évêques orthodoxes profitèrent de la permission que Julien avait accordée , et S. Athanase revint à Alexandrie après une absence de plus de six ans : ce fut au mois d'août de Tannée 3G2. Son entrée dans la ville fut une espèce de îriomphe; les ariens confondus se virent en peu de temps chassés de toutes les églises qu'ils possédaient.

Pour rétablir la foi dans toute sa pureté, S. Athanase convoqua la même année un concile à Alexandrie. Entre les évêques qui y assistèrent, on compte S. Eusèbe de Verccil, qui revenait de la Thébaïdc où il avait été banni , S. Astère de Pélra, etc. On y condamna ceux qui niaient la divinité du Saint-Esprit, et on y arrêta que les auteurs de l'hérésie arienne seraient déposés, et que,

dans le cas où ils se repentiraient, on ne les recevrait qu'à la communion laïque. On décida aussi que les évêques qui s'étaient laissé séduire pour quelque temps, tels que les pères de Rimini, conserveraient leurs sièges , pourvu toutefois qu'ils donnassent des preuves de leur repentir et de leur changement. Cette décision fut adoptée dans la Macédoine, l'Achaïe, l'Espagne, les Gaules, etc., et fut même approuvée par l'Église romaine. Le pape Libère ordonna qu'on suivît celte discipline en Italie. Nous avons encore la lettre qu'il écrivit alors aux évêques orthodoxes de ce pays. Il les y exhorte à se conformer à ce qui avait été réglé sur ce sujet dans l'Achaïe et l'Egypte , et à exercer leur zèle contre ceux qui étaient tombés, en sorte cependant qu'ils eussent égard a la vivacité du repentir que les coupables témoigneraient.

Mais quelque sage que fût la décision du concile d'Alexandrie elle n'eut point une approbation universelle. Lucifer de Cagliari et quelques autres évêques traitèrent de lâcheté la conduite pleine de douceur que l'on y prescrivait envers les coupables; ils soutenaient que ceux qui étaient tombés à Rimini ne pouvaient malgré leur repentir être reçus à la communion parmi les évêques , on même parmi les prêtres. Une rigueur aussi contraire à l'esprit de l'Évangile excita l'indignation publique et fut condamnée par tonte l'Eglise.

Quelque temps après Athanase se vit exposé à de nouvelles épreuves de la part de Julien. Ce prince avait enfin levé le masque, et il ne déguisait plus ses sentiments par rapport au paganisme. Les prêtres des idoles d'Alexandrie se plaignirent à lui

de l'efficacité des moyens que le patriarche employait contre leurs superstitions, et ils ajoutèrent -que s'il restait plus long-temps dans la ville on y Terrait bientôt les dieux sans aucun adorateur. Leurs plaintes furent écoutées favorablement. L'empereur répondit qu'en permettant aux chrétiens, qu'il appelait Galiléens par dérision, de revenir dans leurs pays, il ne leur avait point accordé le droit de rentrer dans leurs églises; qu'Athanase en particulier n'aurait pas dû porter la témérité si loin que les autres, lui surtout qui avait été exilé par plusieurs empereurs. Il lui fit donc signifier de sortir de la ville aussitôt Tordre reçu, et cela sous peine d'être sévèrement puni; il arrêta même sa mort, et un de ses officiers fut chargé de 1" exécution de cet arrêt.

Lorsque les ordres du prince furent arrivés à Alexandrie la douleur et la consternation s'emparèrent de tous les fidèles. Athanase les consola, et leur dit de mettre en Dieu leur confiance, les assurant que forage passerait bientôt; ayant ensuite recommandé son troupeau h ses amis, il s'embarqua sur le Ail pour aller dans la Théhaïde.

L'officier qui avait Tordre de le mettre à mort n'eut pas plus tôt été informé de sa fuite qu'il le poursuivit avec ardeur. Le saint fut averti à temps du danger. Ceux qui l'accompagnaient lui conseillèrent de s'enfoncer dans les déserts; mais il n'en voulut rien faire : il ordonna même qu on le ramenât Ters Alexandrie, en disant : « Montrons que celui qui nous protège est plus puissant que celui qui nous persécute. » L'officier, les ayant joints sans les connaître, leur demanda s'il n'avaient point vu

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Athanase. « Il n'est pas loiu d'ici, répondirent-ils , et pour peu que vous vous hâtiez, vous ne tarderez pas à l'atteindre. » L'officier continua sa route pendant qu' Athanase se rendit h Alexandrie, où il demeura quelque temps caché.

Julien ayant donné de nouveaux ordres pour qu'on le mît à mort , il se retira dans les déserts de la Thébaïde. Il s'y voyait souvent obligé de changer de demeure pour échapper aux perquisitions de ses ennemis. Il était à Antinoé lorsque S. Théodore de Tabennc et S. Pammon, tous deux abbés de solitaires, vinrent lui rendre visite. Ils le consolèrent, en lui assurant que ses peines allaient finir. Ils lui racontèrent ensuite comment Dieu leur avait révélé la mort de Julien. Ils ajoutèrent encore qu'ils avaient appris par la même voie que Julien aurait pour successeur un prince religieux, mais que son règne serait fort court.

Ce prince était Jovien. Il refusa d'accepter l'empire qu'on lui offrait jusqu'à ce que l'armée se fût déclarée pour la religion chrétienne. A peine eut-il été placé sur le trône impérial qu'il révoqua la sentence de bannissement portée contre Athanase. Il' lui écrivit en même temps une lettre, où, après avoir donné de justes louanges à sa fermeté et h ses autres vertus , il le priait instamment de venir reprendre le gouvernement de son Église.

Athanase n'avait point attendu les ordres de l'empereur pour quitter sa retraite; il en était sorti immédiatement après la mort de Julien, et il était revenu à Alexandrie. Son arrivée imprévue avait causé autant de joie que de surprise. Son premier soin quand il se vit rendu à son troupeau fut de re-

prendre ses fonctions ordinaires. L'empereur , le connaissant pour un des plus zélés défenseurs de l'orthodoxie , lui écrivit une seconde lettre, dans laquelle il le priait de lui envoyer une exposition de la vraie foi, et de luitracerle plan de conduite qu'il devait suivre par rapport aux affaires de l'Eglise. Àthanasc ne voulut répondre qu'après avoir conféré avec de savants évêques , qu'il fit assembler pour cet effet. Sa réponse portait qu'il fallait s'attacher à la foi de Nicée, qui était celle des apôtres, qui avait été prcchée dans les siècles suivants, et qui était encore la foi de tout le monde chrétien , « h l'exception d'un petit nombre de personnes qui avaient embrassé les sentiments d'Anus. »

Les Ariens firent d'inutiles efforts pour noircir Athanase dans l'esprit de l'empereur: ils ne retirèrent que de la confusion de leurs calomnies. Jovien eut envie de voir le saint patriarche , dont il avait conçu une haute idée ; il le manda donc a Antioche, où la cour était alors, et il lui donna mille marques d'estime et d'amitié. Athanase ayant satisfait au désir et aux consultations du prince, partit d'Antioche et se hâta de retourner à Alexandrie.

Jovien étant mort le 17 février 564, après un règne de huit mois, Valcntinien lui succéda h l'empire. Comme il voulait faire sa résidence dans l'Occident, il partagea ses états avec son frère Valons, et lui donna l'Orient h gouverner. Ce dernier, qui avait toujours eu du penchant pour l'arianisme, ne tarda pas h manifester ses sentiments. Ayant reçu le baptême, en 0G7, des mains d'Eudoxe, évoque des ariens de Constantinople, il publia un éditpar

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lequel il bannissait tous les évoques que Constance avait privés de leurs sièges.

A la nouvelle de fédit le peuple d'Alexandrie s'assembla en tumulte pour demander au gouverneur de la province qu'on lui laissât son évoque. Le gouverneur promit d'en écrire h Yalens, et les esprits se calmèrent. Atlianase, voyant la sédition apaisée, s'enfuit secrètement de la ville pour se retirer h la campagne, et il s'y cacha durant quatre mois dans le caveau où son père avait été enterré. La nuit suivante , le gouverneur et le général des troupes s'emparèrent de l'église où il faisait ordinairement ses fonctions; ils l'y cherchèrent inutilement; sa retraite l'avait dérobé à leur poursuite. C'était la cinquième fois qu'on l'obligeait h quitter son siège.

Dès que le peuple sut le départ du saint patriarche il en témoigna sa douleur par ses cris et par ses larmes. Tous s'adressèrent au gouverneur, et le prièrent de ménager le retour de leur évêque. Valens, informé de tout ce qui se passait, craignit qu'il ne s'élevât quelque sédition; il prit donc leparti d'accorder aux habitants d'Alexandrie ce qu'ils lui demandaient avec tant de chaleur. En conséquence il manda qu'Athanase pouvait demeurer en paix â Alexandrie, et qu'on ne le troublerait point dans la possession des églises.

Le détail des autres actions de S. vVthanase nous est inconnu. Nous ne savons plus de lui autre chose sinon qu'en 069 il rassembla â Alexandrie un concile, au nom duquel il écrivit aux évèques d'Afrique de ne pas se laisser surprendre par ceux qui préféraient les décrets du concile de Rimini a ceux du concile de Nicée.

Mais ce serait peu connaître le saint patriarche d'Alexandrie que de s'en tenir h ces traits éclatants qui ont fait de lui un des principaux héros du christianisme: sa vie privée doit aussi fixer notre admiration. « Il était, dit S. Grégoire de Nazianze, d'une humilité si profonde que personne ne portait cette vertu plus loin que lui. Doux et affable, il n'y avait personne qui n'eût auprès de lui un accès facile. 11 joignait h une honte inaltérable une tendre compassion pour les malheureux. Ses discours avaient je ne sais quoi d'aimable qui captivait tous les cœurs; mais ils faisaient encore moins d'impression que sa manière de vivre. Ses réprimandes étaient sans amertume, et ses louanges servaient de leçon; il savait si bien mesurer les unes et les autres qu'il reprenait avec la tendresse d'un père et louait avec la gravité d'un maître. 11 était tout à la fois indulgent sans faiblesse , et ferme sans dureté. Tous lisaient leur devoir clans sa conduite; et quand il parlait ses discours avait tant d'efficace qu'il n'était presque jamais obligé de recourir aux voies de rigueur. Les personnes de tout état trouvaient en lui de quoi admirer et de quoi imiter. Il élait fervent et assidu à la prière, austère dans les jeûnes, infatigable dans les veilles et dans le chant des psaumes, plein de charité pour les pauvres, condescendant pour les petits, intrépide lorsqu'il s'agissait de s'opposer aux injustices des grands. » Il avait, selon le même auteur, le talent de persuader ceux qui étaient d'un sentiment contraire au sien, à moins qu'ils ne fussent endurcis dans le mal, et alors ceux qui ne se laissaient pas gagner ressentaient une vénération

secrète pour sa personne. Quant h ses persécuteurs, ils trouvaient en lui une ame inflexible et supérieure à toutes les considérations humaines. Semblable h un roc, rien n'était capable de le faire fléchir en faveur de l'injustice.

Athanasc, après avoir soutenu de rudes combats et remporté de glorieuses victoires sur les ennemis de la foi, passa à une meilleure vie le 2 mai dyô; il gouverna quarante-six ans l'Église d'Alexandrie. Voici de quelle* manière sa mort est décrite par S. Grégoire de Nazianze. « Il termina sa vie dans un âge fort avancé, pour aller se réunir à ses pères, aux patriarches, aux prophètes, aux apôtres, aux martyrs, à l'exemple desquels il avait généreusement combattu pour la vérité. Je dirai, pour renfermer son épitaphe en peu de mots, qu'il sortit de cette vie mortelle avec beaucoup plus d'honneur et de gloire qu'il n'en avait reçu à Alexandrie, lorsque après ses différents exils il y rentra de la manière la plus triomphante. Qui ne sait en effet que tous les gens de bien pleurèrent amèrement sa mort, et que la mémoire de son nom est restée profondément gravée dans leurs cœurs?.... Puisset -il du haut du ciel abaisser sur moi ses regards, me favoriser, m'assister dans le gouvernement de mon troupeau, conserver dans mon Église le dépôt de la vraie foi! Et si, pour le% péchés du monde, nous devons éprouver les ravages de l'hérésie, puisse- l-il nous délivrer de ses maux et nous obtenir par son intercession la grâce de jouir avec lui de la vue de Dieu ! »

Si l'on joint les vertus que S. Athanase pratiqua dans la vie privée à cet héroïsme de courage, de

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patience et de zèle qui ne se démentit jamais au milieu des plus horribles persécutions, on ne s'étonnera point du respect que tous les siècles ont eu pour sa mémoire. L'Église le révère d'autant plus qu'il continue encore de l'instruire et de l'édifier par ses admirables écrits.

Photius observe que le style de S. Athanasc est clair, nerveux, plein de sens et de vivacité, sans avoir rien de superflu. Ce père paraît digne d'être placé, pour le mérite de l'éloquence, immédiatement après S. Basile, S. Grégoire de Nazianze et S. Chrysoslome.

Erasme était grand admirateur du style de S. Àthanase, et il le préférait à celui de tous les autres pères. Il trouvait qu'il n'était point dur et difficile comme celui de Tertullien, point gêné et embarrassé comme celui de S. Hilaire, point recherché comme celui de S. Grégoire de Nazianze, point entortillé comme celui de S. Augustin. Il est partout, selon le même auteur, facile, élégant, orné, fleuri et admirablement adapté aux différents sujets que traite le saint docteur; et si quelquefois il n'a pas toute la politesse qu'on pourrait désirer il faut s'en prendre aux embarras des affaires et aux persécutions, qui ne permettaient pas à S. Athanase de mettre la dernière main à tous ses ouvrages. Un ancien moine, nommé Côme, avait coutume de dire touchant les écrits de notre saint: « Quand vous trouverez quelque chose des ouvrages de S. Athanase, si vous n'avez pas de papier écrivez-le sur vos habits. »

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