EVEQUE DE TARRAGONE, ET SES COMPAGNONS, MARTYRS
(21 janvier.)
Le feu de la persécution s'étant allumé sous le règne de Valérien et de Gallien, Fructueux, évêque de Tarragone, fut arrêté dans sa maison avec les diacres Augure et Euloge, par les soldats qu'on
cipale des qualités que l'on exige de tout écrivain. Sa narration est ornée, et devient encore plus intéressante parla facilité de l'expression. Ses raisonnements sont forts et serrés, en sorte qu'il réunit tout ce qui fait l'orateur; il sait plaire, instruire et persuader; on ne pourrait même décider lequel de ces trois talents il posséda dans un degré plus ëminent. » 11 y a trop de travail dans sa lettre à Donat ; niais quoiqu'elle ne puisse pas servir de modèle il n'en est pas moins vrai qu'elle annonce un auteur vraiment éloquent.
Dieu, selon S. Augustin, a permis qu'il soit échappé à S. Cyprien quelques vains ornements de rhétorique, dans le premier ouvrage qu'il fit après sa conversion, pour montrer combien l'esprit de la simplicité chrétienne influa sur son style, et eut de pouvoir pour le contenir dans les bornes de la véritable éloquence ; et c'est là le caractère des lettres du saint é\êque de Carthage, qui furent écrites depuis : aussi Fénelon observet-il que nous pouvons en sûreté en admirer et en imiter le style. Ce grand maître remarque cependant que le langage de S. Cyprien se ressent du génie âpre des Africains, et qu'il n'est pas toujours exempt de cette sublimité recherchée qu'on reproche aux auteurs du même temps. Ces observations ne nous empêchent point de reconnaître dans les ouvrages de ce père une éloquence douce, naturelle, et qui n'a rien de semblable à celle des déclamateurs. On n'y aperçoit rien de trivial, rien qui n'annonce une littérature peu commune. On y voit partout une ame grande, remplie des plus beaux sentiments, qui sont exprimés d'une manière noble et touchante. L'auteur parle toujours d'abondance de cœur. Quoiqu'il emploie quelquefois des mots qui paraissent s'éloigner de la pureté de la langue latine, il n'en
nommait bénéficiera (1): c'était un dimanche, îG janvier 2^9. Le saint évêqne s'était jeté sur son lit pour y prendre un peu de repos : le bruit que les soldais faisaient à la porte de son logis étant venu frapper ses oreilles, il se leva promptemcnt et s'avança vers eux. Informé du sujet qui les amenait, il leur demanda seulement le temps de mettre
est pas moins vrai qu'après Lactance il occupe la première place parmi les pères latins qui ont écrit en cette langue.
La première édition des œuvres de S. Cyprien, qui parut peu de temps après l'invention de l'imprimerie, et qui ne porte ni nom d'imprimeur ni nom de lieu, est plus correcte que la plupart de celles qui l'ont suivie. Les oeuvres du même père ont été réimprimées par les soins d'Erasme, de Manuce, de Morel, de Pamélius et de Rigault. Ce dernier éditeur est un calviniste déguisé, selon Fell. On trouve effectivement dans ses notes sur Tertullien et sur S. Cyprien bien des choses qui favorisent certains principes du calvinisme.
Dans l'édition de Pamélius les lettres de S. Cyprien sont placées les premières et rangées selon l'ordre chronologique ; elles n'occupent point la même place dans la plupart des éditions antérieures et postérieures.
L'édition d'Oxford parut en 1681. On la doit au savant Fell, évêque de la même ville, qui y ajouta de nouvelles notes, avec les Annales Cyprianici de Pearson et les tredecim Disscrtaliones Cyprianicœ de Dodwel , qui ont pour objet d'éclaircir certains points de fait et de discipline.
Baluze préparait une nouvelle édition de S. Cyprien lorsque la mort l'enleva. D. Marau, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, a mis la dernière main à son ouvrage. 11 a aussi corrigé quelques notes de Baluze et y en a ajouté de nouvelles. Il a encore enrichi son édition d'une nouvelle vie de S. Cyprien. Elle parut à Paris en 1726 sous le titre suivant : S. Cypriani opéra recognita per Baluzium, iterùm illusirata per D. Maran, unum r monachis S. Mauri, qui prœfationem et vitam S. Cypriani adornavit. Elle a été réimprimée à Venise en 1758.
(i) On les nommait ainsi a cause de certains privilèges qui les distinguaient des autres et qui leur donnaien; le droit d'aspirer »ux charges et aux honneurs de la milice.