‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 12 sur 104 · ÉVEQUE DE CARTHAGE , MARTYR · texte numérisé non relu

ÉVEQUE DE CARTHAGE , MARTYR

i (1G septembre.

S. Cypricn, appelé par les Latins Thascius Cyprianus, eut pour père un des principaux sénateurs de Carthage. Après avoir fait de rapides progrès dans les belles-lettres et la philosophie, il étudia l'éloquence avec un égal succès, et fut fait professeur de rhétorique dans sa patrie. Cet emploi était anciennement très honorable. Pendant tout ce temps-là Cyprien vivait d'une manière convenable à son illustre naissance. Une suite nombreuse et l'éclat de tout son extérieur annonçaient qui il était. Il dit dans son livre h Donat qu'il avait vécu long-temps au milieu des faisceaux, qui étaient chez les Piomains l'emblème de la souveraine magistrature : mais il déplore tout à la fois le malheur qu'il avait eu d'être l'esclave du vice et des habitudes criminelles. Il était déjà avancé en âge lorsqu'il abandonna les superstitions du paganisme.

Il y avait à Carthage un saint prêtre nommé Ce-

cilius. Cyprien se lia d'une étroite amitié avec lui. Frappé des discours qu'il lui entendait tenir sur l'excellence de la religion chrétienne, il commença à goûter" les vérités divines et la sainteté de la morale évangélique. Majs son cœur était encore dominé par l'amour du monde et par la force des passions. Il décrit ainsi dans son livre h Donat les combats qu'il eut h soutenir avec lui-même : « J'étais dans les ténèbres, je flottais sur la mer orageuse de ce monde sans connaître la lumière et sans savoir où fixer mes pas. Je pensais à ce que l'on me disait de la régénération, et je trouvais impraticable le moyen de saint proposé par la bonté divine. Je ne pouvais concevoir comment un homme recevait dans le baptême le principe d'une nouvelle vie, comment il était possible qu'il cessât d'être ce qu'il était auparavant, qu'il devînt un être nouveau, qu'en conservant le même corps il se dépouillât du vieil homme pour être entièrement renouvelé dans son intérieur. Comment, medisais-je à moi-même, un tel changement peut-il s'opérer? Comment quitter en un instant des habitudes invétérées dans lesquelles j'ai vieilli? Comment un homme renoncerat-il h ses premières inclinations en restant toujours au milieu des objets qui ont si long-temps et si puissamment charmé ses sens? Ces inclinations et ces habitudes dont* je dois me dépouiller me sont devenues naturelles, et sont attachées â mon être de la manière la plus intime. A-l-on des exemples d'un homme qui, après avoir vécu dans l'abondance et les délices, se soit réformé au point de devenir un modèle de tempérance et de frugalité? Peut-on se réduire à ne porter que des vêtements

simples et pauvres, quand on a toujours été couvert d'or et de pierreries ? Un homme qui a des yues de fortune, qui se complaît en lui-même, qui se glorifie de paraître avec les marques extérieures du pouvoir et de l'autorité, pourra-t- il jamais aimer l'obscurité d'une vie privée?... C'est une espèce de nécessité de se laisser dominer par l'amour du vin, enfler par l'orgueil, enflammer par la colère, dévorer par la soif des richesses, séduire par l'ambition et tyranniser par la volupté, lorsqu'on a été long-temps esclave de ces différentes passions. Voilà ce que je me disais souvent à moi-même. Comme j'étais profondément plongé dans de vieilles erreurs, auxquelles il me paraissait impossible de m'arracher, cette pensée de désespoir, jointe à la complaisance que j'avais pour mes inclinations vicieuses, ne faisait que leur donner une nouvelle force. Je m'embarrassais de plus en plus dans ma chaîne, qui m'était devenue si naturelle que je la regardais comme une partie de moi même. Mais aussitôt que les eaux du baptême eurent lavé les taches de mon ame, que mon cœur eut reçu la lumière de la céleste vérité, que l'esprit de Dieu fut descendu sur moi, et que par là je fus devenu une nouvelle créature, mes difficultés s'évanouirent, mes doutes furent résolus, et mes anciennes ténèbres se dissipèrent. Ce que j'avais jugé difficile et impraticable ne me parut plus tel ; je fus convaincu que je pouvais faire et souffrir ce que j'avais cru auparavant au dessus des forces de la nature. Je vis que le principe terrestre que je tenais de ma naissance m'exposait au péché et a la mort, et que le nouveau principe que j'avais reçu de l'esprit de Dieu par la

' S. CYPRIEN. . 6g

régénération mç donnait de nouvelles idées, de nouvelles inclinations, et me faisait diriger toutes mes pensées vers Dieu. » Il reconnaît que tous ces avantages sont en lui l'effet de la pure miséricorde de Dieu, et il en attribue toute la gloire à la grâce, qu'il faut, selon lui, demander avec ferveur et avec humilité, parceque sans elle nous ne pouvons ni vouloir ni faire le bien.

Le saint prêtre Cécilius fut l'instrument dont Dieu se servit pour amener Cyprien à la connaissance de la vérité, et Cyprien le regarda toujours depuis comme son père et son ange tutélaire. Il joignit par reconnaissance son nom au sien, et se fit appeler Thascius Cécilius Cyprianus. Cécilius de son côté avait une grande confiance dans la vertu de son fds spirituel. Il lui recommanda en mourant sa femme et ses enfants : car il avait été marié avant de recevoir la prêtrise. Cyprien, au rapport de Pontius, devint l'héritier de sa piété et de ses antres vertus. Le même auteur rapporte que lé nouveau converti se mit à lire avec ardeur l'Ecriture sainte, et qu'il se pénétra de toutes les maximes capables de contribuer au dessein qu'il avait de se rendre agréable à Dieu. Frappé des éloges que les divins oracles donnent à la continence et à la pureté, il résolut de pratiquer ces vertus pour arriver plus facilement à la vraie perfection. Peu* de temps après son baptême il vendit ses biens, et distribua aux pauvres tout ce qu'il possédait. Par là, dit Pontius, il gagna deux points d'une extrême importance : Yxm de renoncer à toutes les vues mon daines, qui sont ordinairement si funestes aux intérêts delà piété; l'autre d'accomplir parfaitement

la loi de la charité, que Dieu préfère h tous les sacrifices.

À la lecture tles livres saints Cyprien joignit celle des plus habiles commentateurs. Il aimait surtout les écrits de Tertullien, son compatriote; il ne laissait passer presque aucun jour sans en lire quelque chose, et lorsqu'il le demandait il avait coutume de dire : « Apportez-moi mon maître » Mais, quoiqu'il admirât la profondeur de son génie et l'étendue de ses connaissances, il se tenait pourtant sur ses gardes pour ne pas tomber dans les mêmes fautes et les mêmes erreurs.

Cyprien menait une vie retirée et pénitente. Sa ferveur fut si grande après sa conversion qu'il faisait chaque jour de nouveaux progrès dans la vertu. On avait tant de vénération pour lui que, quoiqu'il ne fût encore que néophyte, le peuple demanda avec de vives instances qu'on V élevai au sacerdoce. On crut que son mérite extraordinaire devait le dispenser de la règle qu'avait donnée S. Paul par rapport à l'ordination des néophytes^ ou personnes nouvellement baptisées.

Il n'y avait point encore un an qu'il servait Fbglise de Carthagc en qualité de prêtre quand Douât, évêque de celte ville, mourut. Les grandes choses qu'il avait faites en si peu de temps engagèrent le clergé et le peuple à le demander pour pasteur. Sur la nouvelle de ce qui se passait l'humble serviteur de Jésus-Christ prit la fuite, ne se jugeant point assez fort pour porter un fardeau si pesant, et dans l'espérance qu'on choisirait un évêque parmi ceux qui avaient plus d'âge et d'expérience. Il s'expliqua sur cet article de la manière la plus

S. CÏPBIEN. 71

forte. Mais plus il faisait d'efforts pour éviter l'épiscopat, plus on l'en jugeait digne. Une foule de peuple alla investir la maison où il était renfermé, pour l'empêcher de s'échapper. "\ oyant que sa fuite était impossible, il se montra à ceux qui l'attendaient avec impatience, flottant entre l'espérance et la crainte. On le vit paraître avec la plus grande joie; et, tous les évêques de la province ayant unanimement approuvé son élection, il fut sacré en 248. Il y eut cependant cinq prêtres et quelques personnes du peuple qui se déclarèrent contre lui, alléguant qu'il était encore novice dans l'Église. Gyprien leur donna tant de marques de bonté que tout le inonde en fut dans l'admiration. Il montra dans l'exercice de ses fonctions qu'il avait l'heureux talent d'allier la douceur et la charité avec le courage et la fermeté. On ne pouvait le regardor sans se sentir pénétré d'amour et de respect. On remarquait sur son visage je ne sais quoi de gai et de grave en même temps. Son habillement n'avait rien de Irop éclatant ni de trop négligé. La tendresse qu'il avait pour les pauvres n'étant encore que catéchumène doit faire juger des" soins qu'il > prenait pour les assister dans leurs besoins.

La paix dont jouissait alors l'Église ne fut pas de longue durée. L'empereur Philippe ayant envoyé Dèce en Pannonie pour y châtier les rebelles, celuici prit la pourpre. Le nouvel empereur s'avança vers l'Italie, vainquit Philippe, qui fut tué à Vérone, etdontlefds éprouva le même sort a Rome en '2^. Il commença son règne par persécuter les Chrétiens. Son édit arriva à Carthage au commencement de l'année 200. A peine eut il été publié dans cette

ville que les idolâtres ameutés coururent dans la place, en criant confusément : Cyprîen aux lions ! Cyprien aux bêtes ! » On le proscrivit sous le nom de Cécilius Cyprien, évoque des chrétiens, et il fut expressément défendu de rien cacher de ce qui lui appartenait. Sa conversion et son zèle l'avaient tellement rendu odieux aux infidèles qu'au lieu de l'appeler Cyprien ils l'appelaient Copricn, mot qui dans sa signification grecque renfermait une injure grossière. Le saint évoque, que l'on cherchait de toutes parts, consulta Dieu sur la conduite qu'il devait tenir. Il y avait bien des âmes faibles parmi les chrétiens de Carthage, comme on le vit par le grand nombre de ceux qui tombèrent peu après ; et l'on ne peut douter que les ravages de l'ennemi n'eussent été encore plus funestes si la Providence n'avait conservé Cyprien afin que par l'activité de son zèle et par la force de son autorité il pût «maintenir la discipline et réparer les pertes causées par la persécution. Ainsi, pour se mettre en état de servir son troupeau pendant l'orage qui allait tomber sur lui, il crut devoir suivre le conseil que donne le Seigneur, de fuir de ville en ville. Pontius rapporte dans sa vie, et le saint assure lui même ' qu'il ne prit ce parti qu'en conséquence d'une vision qu'il avait eue. Si le clergé de Rome parut le taxer d'avoir abandonné son troupeau c'est qu'il ignorait et les motifs et les circonstances de sa fuite. Son séjour à Carthage n'aurait fait d'ailleurs qu'augmenter la fureur des païens.

Quoique absent de corps il était toujours en esprit au milieu de ceux qui étaient confiés a ses soins. Il leur écrivait fréquemment pour les exhor-

1er, les consoler, les reprendre, les animer. Il voulait qu'ils priassent continuellement. « Ce qui m'a engagé, dit-il, à vous recommander principalement la prière c'est un avertissement que j'ai reçu dans une vision, pendant laquelle il m'a été dit : Demandez et vous recevrez. » Il les assurait que le relâchement dans lequel ils étaient tombés à l'occasion de la longue paix doht l'Eglise avait joui leur avait attiré le fléau présent pour les forcer à rentrer en eux-mêmes et à se corriger; qu'avant que l'orage éclatât Dieu l'avait découvert aune personne pieuse de Carthage en lui montrant l'ennemi sous la forme d'une espèce de gladiateur qui s'efforçait de détruire les fidèles pareequ'ils n'étaient point sur leurs gardes. Il rapporte dans la même épître une autre révélation, où lui-même, quoique le dernier des serviteurs de Dieu, avait appris des choses concernant la fin de la persécution et le rétablissement delà paix de l'Eglise. Durant son absence il se fit remplacer par des vicaires, dont les uns étaient évêques, tels que Caldoine et Herculan, les autres prêtres, tels que Rogatien, Numidique et Tertulle. Il avait soin d'écrire aux confesseurs dans les prisons pour les animer à souffrir avec courage, il les faisait visiter par les prêtres, qui successivement célébraient avec eux les divins mystères et leur administraient chaque jour l'eucharistie. Deux affaires qui eurent de grandes suites donnèrent alors beaucoup d'exercice a son zèle; le schisme de Novat et de Félicissime et la dispute qui s'éleva sur l'absolution de ceux qui étaient tombés durant la persécution.

Félicissime, homme turbulent et membre du clergé de Carthage, s'était opposé avec les cinq

74 s« CYPBIEN.

prêtres dont nous avons parlé à rélection et à l"ordination de S. Cyprien. Novat, prêtre de la même yille, devint ouvertement sehismatique pendant la retraite de son évêque. C'était un homme d'un caractère inquiet, avare, présomptueux, amateur de la nouveauté et dont la foi était suspecte. On l'accusait d'avoir pillé les veuves et les orphelins, d'avoir dissipé les revenus de l'Eglise, d'avoir laissé mourir de faim dans un village son père, qui était fort âgé, et de n'avoir pas même eu soin de lui rendre les derniers devoirs. Des accusations aussi graves, et dont la vérité était constatée, faisaient juger aux frères qu'il méritait d'être déposé et d'être exclu de la communion des fidèles. Mais il fallait s'assemhler pour cela, et la persécution ne permettait pas de le faire. Novat, pour prévenir la condamnation qui le menaçait, se sépara de son évêque, tacha de gagner des partisans et s'arrogea le droit d'ordonner diacre Félicissime, homme qui lui ressemblait et qui avait été convaincu de fraude et de vol. Ils attirèrent l'un et l'autre cinq prêtres dans leur schisme, et commencèrent à tenir leurs assemblées sur une montagne. Ils virent bientôt grossir leur parli par plusieurs de ceux qui étaient tombés, et même par quelques-uns des confesseurs, ceux-ci se détachant de leur évêque sous prétexte qu'il traitait avec trop de séVérité ceux qui avaient eu la faiblesse de trahir leur religion devant les tribunaux. Novat au contraire recevait tous les apostats qui demandaient la communion delEglise sans leur imposer aucune pénitence canonique.

S. Cypricn, voyant que les remèdes employés jusqu'alors ne servaient qu'à rendre les schismati-

S. CYPRIEN. *j5

qnes plus insolents, envoya une commission aux évêques et aux prêtres qui gouvernaient en sa place pour qu'ils excommuniassent les principaux auteurs du schisme. Ses ordres furent fidèlement exécutés. Au commencement de l'année 201, il écrivit à son troupeau pour le prémunir contre le schisme, qu'il regarde comme plus dangereux que la persécution des païens. «Il y a, dit-il, un Dieu, un Jésus-Christ, une chaire épiscopale originairement fondée sur Pierre par l'autorité de notre Seigneur. On ne peut donc ériger un autre autel ni établir un autre sacerdoce. Tout ce qu'un hommB, quel qu'il soit, emporté par la fureur d'innover, établira de contraire à la divine institution est faux, profane, sacrilège. »

%Novat et Novatien ayant excité à Rome un schisme contre le pape Corneille, S. Cyprien écrivit son livre de l'Unité de l'Eglise, où il développe les mêmes principes, qui seront a jamais la confusion et le désespoir de tous les schismatiques et de tous les hérétiques. Mais l'affaire de ceux qui étaient tombés dans la persécution exerça le zèle du saint évêque beaucoup plus que n'avait fait le schisme.

La vertu qui a résisté aux plus cruelles persécutions ne tient pas toujours contre le premier rayon de prospérité, dont les charmes sont aussi dangereux que séduisants. Aussi voyons-nous que S. Cyprien se plaint en plusieurs endroits de ses ouvrages que la paix dont avait joui l'Église avait énervé plusieurs chrétiens, leur avait fait perdre l'esprit de leur vocation, et avait laissé recevoir parmi les fidèles plusieurs personnes qni n'étaient que faiblement pénétrées des maximes du christianisme. De

. là vint le relâchement dans la discipline et dans les

mœurs. Dèce ayant allumé le feu de la persécution, ces chrétiens faibles manquèrent de courage. Les uns offrirent de l'encens aux idoles, et on les appela lapsi ou tombés', les autres obtinrent par argent des billets ou certificats qui portaient qu'ils avaient sacrifié, quoiqu'ils ne l'eussent pas fait, et on les nomma Ubellatici. Les uns et les autres n'étaient admis à la participation aux saints mystères qu'après avoir passé plusieurs années par les épreuves d'une rigoureuse pénitence publique, que l'on prescrivaitpour des crimes bien moins griefs que l'apostasie, comme on le voit par l'épîtrc canonique de S. Grégoire Thaumaturge, qui fut écrite vers ce temps-la. Ceux qui, durant le cours de leur pénitence, se trouvaient en danger de mort recevaient, l'absolution ; mais s'ils revenaient en santé ils étaient obligés d'achever leur cours d'épreuves, quant aux austérités qui leur avaient été prescrites. On donnait le nom d'indulgences à la relaxation de ces pénitences ; et cette relaxation avait lieu en certaines occasions extraordinaires, comme quand les coupables faisaient paraître une ferveur peu commune. On en trouve plusieurs exemples dans l'antiquité ecclésiastique. On accordait aussi l'indulgence lorsqu'une persécution violente menaçait l'Eglise; et nous voyons que S. Cyprien ordonna en 2 5 2, h l'occasion des édits de Gallus, « que l'on admettrait à la communion tous les pénitents qui paraîtraient disposés à entrer de nouveau dans la lice, à affronter les dangers et à combattre généreusement pour le nom du Seigneur et pour leur salut. Il est, dit-il, nécessaire de réunir dans le camp de Jésus-Christ tous ceux des soldats qui désirent

prendre les armes et qui brûlent d'ardeur pour attaquer l'ennemi Tant que nous avons eu la paix

nous avons éprouvé les pénitents par la mortification, en sorte cependant que nous avons usé d'indulgence h leur égard dans les cas de maladie et de danger. Aujourd'hui les vivants n'ont pas moins besoin de la communion que n'en avaient les morts, et les en priver ce serait laisser sans défense ceux que nous encourageons au combat. Mais nous aimons mieux les fortifier par le corps et le sang de Jésus-Christ, Le propre de l'eucharistie est de servir de défense à ceux qui y participent. Refuserionsnous aux âmes dont le salut nous touche si vivement l'armure du banquet du Seigneur? Comment seront -ils capables de souffrir pour Jésus- Christ si nous les privons de son sang? Comment pourront ils boire la coupe du martyre si nous ne leur permettons point de participer a la coupe du Seigneur. »

Il était ordinaire aussi d'accorder des indulgences aux pénitents qui présentaient des billets ou des martyrs que l'on menait au supplice , ou des confesseurs emprisonnés pour la foi; billets qui sollicitaient leur grâce, et auxquels le clergé avait souvent égard, après les avoir toutefois examinés. Cette pratique s'observait en différents endroits , notamment en Afrique, en Egypte et en Asie. Du temps de S. Cyprien, le nombre des billets dont il s'agit était devenu si considérable en Afrique qu'il en résultait un grand abus. Les termes absolus dans lesquels ils étaient conçus, et qui excluaient l'examen, les rendaient préjudiciables aux âmes et cautome ir. 5

■j8 S. CYPRIEN.

saient du relâchement clans la discipline de la pénitence canonique. S. Cyprien ayant été informé de cet abus le condamna par trois lettres qu'il écrivit au mois de juin de l'année 200, l'une aux martyrs et aux confesseurs, l'autre aux prêtres et aux diacres, et la troisième au peuple. Dans la première il témoigne sa surprise aux confesseurs de ce que, faute de bien savoir les règles de l'Evangile, « ils ont par leur recommandation engagé quelques prêtres h faire les oblations pour ceux qui étaient tombés, à les recevoir h la participation de Feucharislie, et conséquemment h les mettre dans le cas de p.rofaner le corps du Seigneur... Et ce qu'il y a de plus funeste, conlinue-t-il, ils ont admis ces pécheurs avant qu'ils eussent subi répreuve de la pénitence canonique, avant qu'ils eussent confessé leur horrible péché, avant que l'évêque et le clergé leur eussent imposé les mains en signe de pénitence... De tels prêtres au lieu d'être utiles au troupeau en deviennent les meurtriers. En effet une condescendance cruelle devient un piège : on ne relève point par là ceux qui sont tombés; on ne fait que les enfoncer de plus en plus dans l'abîme. Je vous conjure, oui, ajoute-t-il, je vous conjure de la manière la plus pressante de vous rappeler les exemples de vos prédécesseurs, et de considérer avec quel discernement ces sortes de grâces étaient accordées par les martyrs qu;. ont glorifié Jésus-Christ avant vous. Pesez la justice des demandes que vous me faites... Encore une fois , je vous en conjure, examinez les personnes pour lesquelles vous vous intéressez; informez-vous des circonstances où elles se

S. CYPRIEN. 7g

trouvent, et assurez-vous si leurs dispositions peuvent suppléer en elles h ce qui manque à une pleine et entière satisfaction. »

Le saint clans sa lettre aux prêtres les reprend avec d'autant plus de sévérité que quelques-uns d'entre eux (qu'il menace de suspendre de la célébration des divins mystères) avaient oublié les règles de l'Evangile et le rang qu'ils occupaient dans l'Eglise, au point d'admettre précipitamment à la communion les pénitents publics, sur la simple présentation des billets des confesseurs. « Quoiqu'ils n'aient, dit-il, ni accompli leur pénitence, ni fait l'humble aveu de leur péché, ni reçu l'imposition des mains de l'évêquc et du clergé, l'eucharistie leur a été administrée au mépris de l'Ecriture, qui dit : Quiconque mangera et boira indignement sera coupable du corps et du sang du Seigneur, » En se servant du mot à'cxomologcse il ne le prend point pour toute la pénitence, comme Tertullien, mais pour une partie, c'est à. dire, suivant la signification du mot grec, pour une confession secrète ou publique que l'on faisait après avoir achevé la pénitence et avant d'être réconcilié par l'imposition des mains.

Dans sa lettre au peuple le saint évoque lui recommande dedonner de sages avis aux confesseurs, et de les engager à, renfermer leur condescendance dans les bornes prescrites par l'Evangile. Il permet cependant que l'on accorde une dispense dans les cas de maladie ou de danger, et que l'on réconcilie alors sur les billets des martyrs, « lorsque les pénitents ont fait une humble confession de leur péché devant un prêtre ou un diacre, s ils peuvent se procurer l'un ou l'autre. »

Lucien et quelques autres confesseurs de Cartilage écrivirent a S. Cyprien une lettre fort impérieuse sur ce sujet; mais le saint évoque ne se relâcha point, et défendit fortement le point de discipline qui était attaqué. ïl écrivit sur cette affaire au, clergé de Rome, dont le siège était alors vacant, et il en reçut une réponse où la doctrine qu'il soutenait par rapport à la pénitence canonique était approuvée de la manière la plus formelle. A Dieu ne plaise, y est-il dit, que l'Eglise romaine porte la facilité et le mépris des intérêts de la religion au point d'approuver le relâchement de la sainte rigueur de sa discipline... Le remède trop tôt appliqué h ceux qui sont tombés ne peut leur être utile. Une compassion mal entendue envenimerait la plaie qu'ils ont reçue parieur crime, et leur deviendrait très funeste en les privant des avantages que leur offre une vraie pénitence. Comment est-il possible que la grâce médicinale du pardon ait son effet si celui qui en est le dispensateur se prête à augmenter le danger en abrégeant le temps des épreuves propres h l'écarter? S'il se contente de pallier le mal au lieu d'attendre le temps favorable pour l'application de ses remèdes, et d'user d'une sage lenteur pour fermer plus sûrement la plaie; cela s'appelle, pour parler sans figure, tuer le malade et non pas le guérir... A la bonne heure, que les pénitents frappent à la porte de l'église; mais ils ne doivent

pas employer la violence pour se la faire ouvrir

Que leurs larmes et leurs soupirs, provenant du fond de leur cœur, plaident leur cause, et expriment la douleur et la confusion qu'ils ressentent de leur péché. S'ils avaient cette douleur, et s'ils dé-

S. CYPRIEN. 8l

siraient que les plaies profondes et dangereuses de leurs consciences fussent pansées par un médecin habile leur requête serait accompagnée d'une honte salutaire. Qu'ils demandent, mais conformément aux règles de l'Evangile, avec modestie et humilité. ..On doit considérer la miséricorde de Dieu ; mais il faut se souvenir aussi de sa justice... S'il y a un paradis il y a aussi un enfer. » Les confesseurs de Rome écrivirent encore à ceux d'Afrique ; et leur lettre, qui n'existe plus, contribua beaucoup à maintenir la discipline.

S. Cyprien, parlant des prêtres qui recevaient à la communion ceux qui étaient lombes, veut qu'on les prive de ce qu'on leur donnait tous les mois. On divisait alors en quatre parts les revenus du clergé, qui étaient principalement composés des oblations des fidèles. Ces quatre parts, qui se faisaient chaque mois, étaient estinées l'une pour l'évêque et l'autre pour le clergé ; en sorte que l'évêque seul avait autant que tout son clergé ensemble. Les deux autres parts étaient employées au soulagement des pauvres et h l'entretien de l'église.

Le clergé de Rome écrivit une seconde lettre à S. Cyprien surlemême sujet. Il lui mandait qu'il espérait que ceux qui étaient tombés renonceraient avec le temps h leur impatience, et qu'ils se féliciteraient enfin du sage délai dont on avait usé h leur égard dans la vue de remédier plus efficacement à leurs maux. Novat et Félicissime soutenaient la cause de ceux qui étaient tombés, et ils se déclarèrent en faveur des prêtres et des confesseurs qui s'étaient révoltés contre leur évêque; mais Novat se retira à Rome au commencement de Tannée 25 1. Au mois

8e S. CYPRIEN.

de juin de la même année S. Corneille fut élu pape, et S. Cyprien lui écrivit pour le féliciter sur son élection. Ils se réunirent ensemble contre le schisme qui troublait l'Égliscs tant à Piome qu'en Afrique.

Cette province ayant changé de proconsul à la Un de Tannée 2Ôo, la 'persécution avait diminué considérablement à Carthage. Au mois de novembre de l'année suivante l'empereur Dèce périt avec son fils, parle trahison du général Gallus , en combattant contre les Scarpes, nation scylhe , près d'Abrulum dans la Mysie. Cet événement laissa respirer les fidèles. S. Cyprien était retourné h Carthage dès le mois d'avril. Il dit, en parlant de son exil, qu'il fut de deux ans, ce qui ne doit pas s'entendre h la rigueur, puisqu'il paraît n'avoir été absent qu'environ quatorze mois. Peu de temps après son retour il tint à Carthage un concile nombreux, dans lequel les schismaliques furent condamnés. On y ordonna aussi que ceux qui étaient tombés dans la persécution achèveraient le cours de leur pénitence. Mais dans un second concile, qui se tint à Carthage l'année suivante, peu de temps après Pâques, ils obtinrent une indulgence plénière, à l'occasion de la persécution de Gallus, qui menaçait l'Eglise, comme nous l'avons déjà remarqué. On pense que ce fut durant la tenue du premier des conciles dont nous venons de parler que le saint évoque écrivit son traité de Lapsis (ou de ceux qui étaient tombes), et qu'il le publia peu de temps après qu'il fut revenu de Carthage.

Les visions continuèrent d'être fort fréquentes dans l'Eglise. S. Cyprien en rapporte plusieurs dont

S. GYPRIPN. 85

il dit que Dieu le favorisa, ainsi que d'autres personnes. 11 assure que ce fut par un ordre du ciel qu'il s'enfuit et se cacha lorsqu'il fut proscrit sous le règne de Dèce. On lit dans sa Vie, par Pontius, que la crainte seule d'offenser Dieu l'engagea à suivre l'ordre qu'il avait reçu plutôt qu'à chercher lacouronne du martyre contre la volonté de celui auquel il était parfaitement soumis cnloutes choses. La Providence, suivantle même auteur, lui conserva la vie pour empêcher la dispersion totale de son troupeau et pour maintenir la sévérité de la pénitence, qui reçut de si dangereuses atteintes des persécutions des païens et du relâchement de ceux qui étaient tombés. Les circonstances où se trouvait alors l'Eglise suffiraient seules pour empêcher qu'on ne rejetât les visions , quand bien même on ne saurait point que le pouvoir des miracles n'a-^ vait point cessé. S. Cyprien rapporte plusieurs de ces visions dans sa lettre à ses prêtres et à ses diacres. Dans l'une il entendit une voix qui lui disait : Demandez et vous recevrez. « Dans la même vision, dit-il, mon peuple se mit à demander pour certaines personnes; mais ils ne pouvaient tous s'accorder dans l'objet de leurs demandes , ce qui déplaisait extrêmement à celui qui avait dit : Demandez et vous receviez, pareequ'il est écrit : « Dieu « a fait les hommes pour n'avoir qu'une seule ame « dans la même maison. » Dans une autre vision il lui fut montré que la persécution approchait de sa fin. « Dieu, dit-il, par son infinie miséricorde a fait donner cet avertissement au dernier de ses servi teurs, qui s'est rendu coupable d'un grand nombre de péchés, et qui est très indigne d'une pareille

grâce : Dites-lui d'être tranquille; le temps marqué pour la paix est sur le point d'arriver. Le délai ne vientque decequ'ily a encore quelques fidèles à éprouver. Nous avons aussi un commandement céleste touchant la sobriété dans le boire et le manger, afin que la vigueur de nos âmes ne soit point énervée par les charmes de la sensualité, et qu'étant affranchis du poids de la satiété nous soyons plus en état de vaquer a la prière avec ferveur. »

Celle lettre fut écrite en a5o, et conséquemment dans un temps où il n'y avait aucune apparence pour le relourde la paix. Les deuxDèce étant partis de Rome peu de temps après pour l'expédition dont nous avons parlé, le feu delà persécution ne se ralentit point, et il ne s'éteignit qu'à leur mort, à laquelle on ne s'attendait point. L'événement prouva que S. Cyprien n'était ni un enthousiaste ni un imposteur lorsqu'il comptait avec assurance sur les visions qui lui étaient envoyées, et principalement sur celles qui avaient pour objet la paix de l'Eglise. «Animons-nous les uns les autres, disait-il en parlant de ces dernières , et faisons tous nos efforts pour nous perfectionner dans la verlu, afin que quand le Seigneur aura effectué la promesse qu'il a faite de rendre la paix h l'Eglise nous puissions y retourner comme des hommes nouveaux. »

Ceux qui étaient tombés ayant écrit à S. Cyprien pour lui demander avec autant de modestie que d'humilité la pénitence et la réconciliation , le saint évêque loua leur conduite comme régulière et chrétienne, et dit qu'il avait appris par révélation qu'elle était très agréable à Dieu. Il parle ailleurs de plu-

sieurs autres révélations dont il fut favorisé. Elles lui servirent souvent de règle de conduite dans le choix des ministres de l'Eglise et dans diverses autres circonstances. Il apprit aussi par la môme voie que Gallus allait devenir persécuteur, et en écrivit de la manière suivante au pape Corneille : « Une tempête nous menace, et un ennemi furieux va se déclarer contre nous. Le choc sera bien plus terrible qu'il ne l'a été dernièrement (sous Dèce). Cet événement nous a été précédemment révélé, et la Providence divine pleine de miséricorde nous le rappelle souvent. Nous espérons du secours et de la bonté de Dieu qu'après avoir prédit la guerre a ses soldats en temps de paix il les couronnera de la victoire lorsqu'ils seront engagés dans le combat. » Ce fut surtout d'après ces révélations que S. Cyprien admit à la réconciliation et a la communion ceux qui pour leur apostasie étaient en pénitence.

Nous avons dit dans la vie de S. Corneille que ce saint pape ayant confessé généreusement la foi h Rome, au commencement de la persécution de Gallus, il fut exilé à Centumcelles, aujourd'hui Civita-Vecchia. S. Cyprien le félicita du bonheur qu'il avait de souffrir pour Jésus-Christ, et il prédit dans sa lettre qu'ils auraient bientôt l'un et l'autre la gloire de remporter la couronne du martyre. «Puisqu'il a plu à Dieu, dit-il, de m'avertir du sort qui nous attend, jo ne cesse d'exhorter mon peuple a se préparer h cette épreuve et à se joindre h moi dans la pratique continuelle des veilles, du jeûne et de la prière. Crions vers Dieu pour détourner sa colère; voila notre armure qui nous rendra ca-

pables de combattre avec courage. K appelonsnous l'un à l'autre ce temps de danger et de détresse... Que celui de nous que le Seigneur enlèvera le premier de ce monde continue d'aimer ses frères daus le ciel, et qu'il ne cesse d'offrir des prières pour eux. »

Ces deux grands saints vivaient dans l'union la plus étroite. Nous avons huit lettres de S. Cyprien à S. Corneille , outre une épîtrc synodale ; et il paraît en les lisant qu'il lui en écrivit plusieurs autres. Après le martyre du saint pape, arrivé le 1 4 septembre 202, S. Cyprien adressa une lettre de félicita— tion à S. Luce, son successeur. Celui-ci n'eut pas plus tôt été élu qu'on le bannit. On le rappela de son exil; mais il mourut le 4 mars, environ cinq mois après son élection. ,

La peste , qui fit sentir ses ravages en Ethiopie, sous le règne de Dèce, gagna successivement les autres provinces de l'empire et dépeupla surtout l'Afrique. Sa violence s'accrut encore sousGallus; elle enleva depuis la plus grande partie de l'armée de Valérien, en Perse, et parut encore plus destructive sous le règne de Gallien. On dit qu'elle. n'avait point encore cessé en 270 , sous l'empereur Claude; mais il est certain qu'elle fut principalement redoutable depuis l'an 2Ôo jusqu'à, l'an 262. S. Cyprien donne la description de ce fléau, qui commença par causer une grande faiblesse, accompagnée d'évacuations excessives et d'inflammation au larynx et aux parties voisines. Ces symptômes étaient suivis d'une chaleur d'entrailles, de douleurs d'estomac, de convulsions, de vomissements violents, d'une rougeur enflammée dans les yeux, d'une espèce de

gangrène dans les membres , qui obligeait à les couper, d'un affaissement général qui rendait presque tout le corps incapable de mouvement , d'un affaiblissement considérable dans les organes de l'ouïe et de la vue. Cette cruelle maladie faisait tous les jours périr beaucoup de monde et précipitait dans le tombeau des familles entières. La consternation était générale; ebacun ne pensait qu'à soi et à se garantir de la contagion par la fuite. Les païens abandonnaient leurs meilleurs amis; ils mettaient les malades hors de leurs maisons, comme s'ils eussent pu par là chasser la mort. Les rues étaient remplies de moribonds qui imploraient le secours des passants. On en voyait plusieurs qui profitaient de cette affreuse circonstance pour piller leurs frères. Cependant S. Cyprien assembla les chrétiens de Carthage pour les exhorter à pratiquer la charité dans ce temps de désolation. 11 leur représenta fortement qu'ils devaient assister non seulement ceux de leur religion, mais encore leurs ennemis et leurs persécuteurs. Ses exhortations eurent le succès qu il en attendait. Les riches donnèrent des sommes considérables d'argent et les pauvres offrirent leur travail... Chacun s'empressait de contribuera une bonne œuvre, qui devait être si agréable à Dieu le Père, à Jésus-Christ, le juge de tous les hommes, et à la tète de laquelle ils voyaient leur évèque. On peut juger de l'amour du saint pour les malheureux, non seulement dans cette calamité, mais encore dans toutes les circonstances, par le zèle qu'il témoignait à leur égard et parles ordres fréquents qu'il donnait en leur faveur dans ses lettres , lorsqu'il était absent. Il avait coutume de dire « qu'il

88 S. CYPBIEN.

ne fallait point laisser renfermé dans son coffre ce qui peut être utile aux pauvres; qu'il était de la sagesse de distribuer ce qu'on serait obligé de quitter tôt ou tard, de sorte qu'on pût en recevoir de Dieu une récompense éternelle. »

Sa sollicitude avait surtout pour objet la régularité du clergé. Il voulait que les clercs s'occupassent entièrement des fonctions de leur ministère. Il s'appliquait h reconnaître les abus qui s'étaient glissés dans l'Eglise durant le long calme qui avait précédé la persécution de Dècc, et il les attribuait principalement à ce que quelques évoques, au mépris de leur dignité, s'étaient mêlés des affaires du siècle. Dans la ville de Furnes, Géminius \iclor avait nommé le prêtre Géminius Fauslinus son exécuteur testamentaire. Ceci était contraire au sixième des canons apostoliques et à plusieurs autres décrets synodaux des premier? siècles , qui défendaient auxévêques, aux prêtres et aux diacres de s'engager dans les affaires civiles sous peine d'être déposés. Les lois romaines h la vérité sévissaient contre ceux qui refusaient de faire l'office d'exécuteur testamentaire ou de gardien lorqu'ils en étaient requis ; mais les conciles d'un autre côié avaient décerné des peines contre celui qui demanderait un évêque, un prêtre ou un diacre pour cet office. Cette peine allait jusqu'à défendre « qu'on fît mémoire de lui dans la célébration des divins mystères, ou qu'on fit aucune oblalion pour lui

après sa mort La raison de cette conduite de

l'Eglise, selon S. Cyprien, était fondée sur la crainte où l'on était que les clercs ne fussent détournés des fonctions de leur ministère, ainsi que sur l'obliga-

tion dans laquelle ils étaient de servir h l'autel sans interruption et de remplir avec la plus grande ferveur les devoirs saints attachés à leur état. Il fui donc ordonné que ce Victor dont nous venons de parler ne serait point nommé a l'autel,- qu'on ne ferait point d'oblalion pour le repos de son ame, et qu'on lui refuserait les prières que l'on avait coutume d'offrir pourlcs fidèles qui mouraient dans le sein de l'Eglise. S. Cyprien pensait que cet exemple de sévérité était nécessaire pour empêcher que l'on ne chargeât d'un emploi purement civil les prêtres et les autres ministres du Seigneur, dont tout le temps et les soins devaient être employés au culte des autels. »

Durant la persécution de Gallus quelques prêtres, qui célébraient f eucharistie de très grand matin, ne mettaient que de l'eau dans le calice : ils se conduisaient de la sorte dans la crainte que les païens ne les découvrissent à l'odeur du vin. S. Cyprien s'éleva fortement contre cet abus et prouva qu'il fallait s'en tenir à la pratique de l'Eglise.

Nous voyons encore par les écrits du même père que la plupart des cérémonies de notre religion sont aussi anciennes que la religion même. Du temps de S. Cyprien on employait le signe de la croix au baptême et en plusieurs autres occasions. «In chrétien, dit ce saint évêque, est fortifié par la défense de ce signe sacré.»

Les barbares ayant pillé plusieurs villes de la Numidie emmenèrent en captivité un grand nombre de chrétiens. Huit évêques mandèrent cet accident à S. Cyprien, et le prièrent de venir a leur secours et de leur aider à procurer la liberté à

tant de malheureux. Notre saint ne put retenir ses larmes en apprenant une si triste nouvelle ; ce qui le touchait le plus c'était le danger auquel les vier ges étaient exposées. Il fit faire une quête parmi les fidèles de Carthage , et il ramassa une somme considérable qu'il envoya aux évêques de Numidie, e|n leur mandant de s'adresser toujours a lui dans de semblables occasions.

Ce fut vers l'an a55 que s'éleva la dispute touchant la validité du baptême conféré par les hérétiques. S. Cyprien , ayant été consulté sur ce point par dix-huit évêques de Numidie, répondit qu'un tel baptême était nul et qu'on devait le réitérer. Peu de temps après il fit confirmer sa décision dans un concile tenu h Carthage et composé de soixantedouze évêques. Il rapporte dans sa lettre h Jubaïen les raisons sur lesquelles il appuyait les fausses idées qu'il s'était faites sur cette matière. On a vu dans la vie de S. Etienne ce que fit ce saint pape pour maintenir la tradition touchant la validité du baptême conféré par lcshérétiques,quandils ne s'écartaient point de la forme usitée dans l'Eglise catholique. Les principes que S. Cyprien établit dans ses ouvrages ne laissent aucun doute sur la conduite qu'il eût tenue si la dispute dont il s'agit avait été terminée de son temps par une décision de l'Eglise. Il ne contestait point l'autorité de S. Etienne; s'il ne s'accordait point avec lui c'était sur un article qu'il croyait appartenir uniquement à la discipline, et il pensait qu'il lui était permis de maintenir une pratique qu'il avait trouvée établie à Carthage par Agrippin, son prédécesseur. Il n'ignorait pas la dignité du siège de Rome, qu'il appelle «la chaire de

S. CYPUIEN. gi

Pierre, la principale Eglise, l'origine de l'unité sacerdotale, et auprès de laquelle -la perfidie ne peut avoir accès.» Si pendant quelque temps il mit beaucoup de chaleur dans cette dispute , il s'en repentit depuis , comme on le voit par son livre de la Patience; en un mot s'il fit une faute elle fut effacée , selon S. Augustin , par sa parfaite charité et par son glorieux martyre.

L'Eglise était assez tranquille lorsque la dispute dont nous venons de parler s'éleva. Gallus fut massacré par ses troupes, et ne régna point deux ans entiers. Emilien, qui s'était révolté contre lui , eut le même sort quatre mois après. "Valérien, qui fut élevé à l'empire , favorisa les chrétiens jusqu'à l'an 267, que Marcien, son général , le porta à les persécuter. Cette persécution fut cruelle et dura trois ans et demi, c'est à dire jusqu'à la prise de l'empereur par les Perses. S. Cyprien ne cessait d'encourager son troupeau au martyre , et il eut la consolation d'en voir un grand nombre sceller leur foi de leur sang, surtout parmi ceux qui étaient tombés sous Dèce, et qu'il avait réconciliés à l'Eglise aux approches de la persécution de Gallus. Cet exemple est apporté en preuve contre Novatien , dans un ouvrage fait pour réfuter cet hérésiarque; cet ouvrage d'un auteur contemporain a été quelquefois attribué à S. Cyprien. Ce saint évêque montrait un zèle infatigable quand il s'agissait d'exhorter les confesseurs et de leur procurer tous les secours dont ils avaient besoin.

Il était aussi fort exact à honorer la mémoire des martyrs après leur triomphe. Durant sa retraite, occasionnée par la persécution de Dèce, il écrivait de

g 2 S. CYPRIEN.

la sorte h son clergé: «Quant aux confesseurs qui sont morts en prison, observez les jours où ils ont quitté cette vie afin que l'on puisse faire d'eux une mémoire honorable, comme l'on fait des martyrs... Nous offrons les sacrifices et les oblations accoutumées en mémoire d'eux. «Dans une autre lettre a son clergé il dit en parlant de certains martyrs : « Nous avons coutume d'offrir des sacrifices pour eux l'anniversaire des jours où nous célébrons la mémoire des souffrances des martyrs. »

S. Cyprien décrit dans ses lettres la constance admirable que faisaient paraître les soldats de Jésus- Christ au milieu des plus affreux supplices. On les frappait avec des verges et des bâtons; on les étendait sur le chevalet, et on les faisait rôtir; on leur déchirait le corps avec des tenailles brûlantes; on coupait la tête aux uns, on perçait les autres avec des lances. Souvent on employait pour tourmenter le même homme plus d'instruments de supplices qu'il n'avait de membres dans son corps. On les chargeait de fers dans les prisons et on les en tirait ensuite pour les exposer aux bêtes ou les livrer aux flammes; quand les bourreaux avaient épuisé les tortures ordinaires, ils en imaginaient de nouvelles pai un raffinement de barbarie. Ils se relevaient les uns les autres quand ils étaient fatigués. Ils portaient la cruauté jusqu'à tourmenter sans laisser l'espérance de mourir bientôt. Il y avait des chrétiens qu'on gardait étendus sur Je chevalet pour qu'ils mourussent comme par degrés, et que la prolongation de leurs douleurs en augmentât la vivacité. On ne leur donnait pas le temps de respirer, afin que le sentiment de leurs tortures fût continu.

s. cyprien. g3

Une telle barbarie ne servait qu'à faire éclater davantage la foi et la patience des martyrs. Ils lassaient les bourreaux, se montraient supérieurs à leur cruauté et riaient souvent tandis qu'on déchirait leur corps. Quoique leur chair fut en lambeaux rien ne pouvait ébranler leur courage. Les spectateurs surpris étaient hors d'eux-mêmes ; ils ne pouvaient comprendre comment les chréliens , privés de tout secours humain et uniquement soutenus par la puissance invisible de leur Dieu, pouvaient être si courageux et si tranquilles.

S. Cyprien ne cessait de préparer son peuple au combat. « Il faut, disait-il souvent, que l'espérance des biens à venir nous fasse supporter tous les maux présents. «Dieu lui sauva la vie pendant deux violentes persécutions pour être l'appui de son troupeau et le père d'un grand nombre de pénitents et de martyrs. Il ne devait remporter la couronne que dans la huitième persécution générale, qui fut excitée l'an 257 de Jésus-Christ, et le quatrième du règne de l'empereur Valérien.

11 fut arrêté à Carthage en celte année, et le 20 d'août on le conduisit dans la chambre du conseil pour le présenter au proconsul d'Afrique, nommé Aspasius Patentas. « Les très sacrés empereurs Gailien et Valérien, dit ce magistrat, m'ont écrit pour m'ordonner d'obliger tous ceux qui ne suivent pas la religion des Romains à s'y conformer. Quel est votre nom, quelle est votre qualité? Je suis chrétien et évêque, répondit Cyprien. Je ne connais qu'un seul Dieu, qui a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils renferment : c'est ce Dieu que nous servons, nous autres chrétiens. Nuit et jour nous

(^ S. CYPBIEN.

implorons sa miséricorde pour nous, pour tous les hommes et pour la prospérité des empereurs. » Le proconsul lui ayant demandé s'il persistait toujours dans les mêmes sentiments, il lui dit : « Une résolution appuyée sur des fondements si solides et une volonté qui s'est une fois dévouée au Seigneur ne peuvent jamais changer. — Allez en exil dans la ville de Curube. — J'y vais aller. — Les empereurs m'ont chargé de rechercher non seulement les évêques, mais encore les prêtres. Dites- moi donc combien il y a de prêtres dans cette ville ? — Je ne peux les découvrir selon les lois romaines, qui ont sagement proscrit les délateurs; mais on peut les trouver chez eux. — Je saurai les trouver; j'ai de plus donné des ordres pour empêcher que l'on ne tienne vos assemblées et que l'on n'entre dans les cimetières. Quiconque osera les enfreindre sera mis à mort. »

Curube, où le saint fut exilé et où il arriva le iô ou le i/\ de septembre, était une petite ville éloignée de Carthage d'environ cinquante milles, et située dans une péninsule sur la côte de la mer de Lyhie, a peu de distance de la Pcntapole. Cyprien y fut suivi par le diacre Pontius et par quelques autres chrétiens. La nuit d'après son arrivée il eut une vision dans laquelle Dieu lui fit connaître qu'il mourrait bientôt pour Jésus-Christ. Il la raconte de la manière suivante : « Avant de m'endormir je vis un jeune homme d'une taille extraordinaire qui me conduisit au palais. Le proconsul, devant le tribunal duquel il me plaça, jeta les yeux sur moi et se mit à écrire une sentence sur des tablettes. Le jeune homme qui était derrière lui la lut, et me fit con-

S. CYPRIEN. 9j5

naître par signes ce qu'elle contenait. Il figura par signes l'action d'un homme qui est sur le point d'en décapiter un autre. Je compris qu'il s'agissait de la mort qui m'était préparée. Je m'adressai au proconsul et lui demandai quelque temps pour mettre ordre à mes affaires. Il écrivit de nouveau sur ses tablettes, et je vis par la tranquillité de son visage qu'il avait égard à ma demande. Le jeune homme me fit entendre en tournant lesdoigts les uns derrière les autres que l'on m'avait accordé délai jusqu'au lendemain. » En effet ce geste chez les Romains était le signe d'un délai dans les poursuites. Le délai d'un jour signifiait une année, et le saint évêque souffrit à pareil jour l'année suivante. Il regarda cet avertissement comme une promesse que Dieu lui faisait de lui accorder l'honneur du martyre. S'il désirait quelque délai ce n'était que pour régler les affaires de son Eglise et pour donner une dernière marque de son amour envers les pauvres en leur distribuant tout ce qu'il possédait.

Vers le même temps il lui vint un envoyé de Rome, qui lui dit de la part du saint pape Xiste qu'on allait publier conlre les chrétiens de nouveaux édils. À peine paraissaient-ils que le saint pape fut mis à mort. Cypricn en apprenant son martyre fut en même temps informé queValérien, dors occupé à faire la guerre aux Perses, avait ïnvoyé au sénat un ordre portant qu'il fallait conlamner les évoques, les prêtres et les diacres. Il ne i attendait plus de jour en jour qu'à voir les bour- 'eaux immoler ceux qui avaient été désignés pour -ictimes. Plusieurs personnes de distinction, même îarmi les chrétiens, tâchèrent de lui persuader de

se cacher, et s'offrirent de lui procurer une retraite assurée; mais il saisissait toutes les occasions d'encourager les serviteurs de Jésus-Christ ; sans cesse il leur rappelait ce que leur religion exigeait d'eux, regardant comme le plus grand bonheur qui pût lui arriver de mourir dans l'exercice des fonctions de son ministère. Il redoublait chaque jour de ferveur, afin de se préparer à paraître devant Dieu. Sans cesse il pensait h la maxime qu'il établit à la fin de son livre delà Mortalité, où il dit: « Hâtonsnous, mes frères, de nous élever sur les ailes du désir cl de l'amour ; hâtons-nous d'aller rejoindre l'aimable société des bienheureux et Jésus-Christ qui en est le chef. Que Dieu et Jésus- Christ soient témoins que c'est là où tendent nos désirs et toutes nos espérances. Notre récompense sera proportionnée h l'ardeur de nos désirs présents si l'amour en est le principe. »

S. Cypricn était encore àCurube lorsque Galère Maxime succéda à Paterne dans le gouvernement de l'Afrique. Le nouveau proconsul le rappela à Carlhage, afin de l'avoir auprès de lui quand il aurait reçu les nouveaux édils qu'il attendait de Rome. Le saint par l'ordre du magistrat resta dans une maison de campagne qu'il avait auprès de la ville. Il l'avait achetée pour le profit des pauvres quand il eu? reçu le baptême; mais elle lui était revenue depuis. Il désirait la donner de nouveau aux pauvres avec ce qui pouvait lui appartenir encore. Il ne le fit cependant point clans la circonstance où il se trouvait, de peur d'aigrir les païens. Enfin les édits arrivèrent h Carthagc vers le milieu du mois d'août. Le proconsul était alors à Utique,

où il résidait une partie de l'année. Il envoya chercher le saint évêqne, voulant qu'on le lui amenât à Utique; mais S. Cyprien se cacha parcequ'il voulait mourir au milieu de son troupeau, bien résolu toutefois de se faire voir dans ses jardins quand le magistrat serait de retour à Carthage. Galère, intruit de ce qui se passait, chargea deux officiers d'aller se saisir de lui. Le saint évêque, préparé h tout, se présenta avec un visage gai et tranquille qui annonçait qu'il ne craignait rien. Les officiers l'ayant fait monter dans un chariot le conduisirent h un tribunal de la campagne où le proconsul s'était retiré pour sa santé. Galère remit l'interrogatoire au lendemain, etle martyr fut conduit h Carthage pour être gardé dans la maison du premier des deux officiers qui l'avaient arrêté.

Aussitôt que le bruit se fut répandu que l'on s'était saisi de Cyprien, toute la ville fut alarmée. Les païens mêmes témoignaient de la compassion; ils connaissaient le saint évêque, et se rappelaient la charité extraordinaire dont il leur avait donné tant de preuves durant la peste. Il se fit un grand concours de peuple dans la ville de Carthage, qui ne le -cédait qu'à celle de Rome pour le nombre des habitants.

L'officier qui garda Cyprien pendant la nuit eut pour lui beaucoup d'égards ; il permit à ses amis de le voir et de souper avec lui. Le lendemain, matin qui, au rapport de Pontius, fut un jour de joie pour le saint évêque, on le conduisit sous bonne escorle au prétoire, qui était éloigné d'environ un stade. Le proconsul ne paraissant point encore, on lui permit de sortir de la foute

0,8 S, CYPRIE.N.

et de se retirer à l'écart. Il s'assit sur un siège couvert d'un linge qui se trouva là par hasard. On avait coutume de couvrir ainsi par honneur les sièges des évêques. Comme il était tout en sueur à cause du chemin qu'il avait fait, un soldat qui avait été chrétien lui proposa de changer d'habits; il voulait garder ceux du saint, qui étaient tout trempés de sueur. L'évêque s'en excusa en lui disant : « Nous voulons remédier a des maux qui finiront aujourd'hui. »

Cependant le proconsul arriva. Lorsqu'il fut assis sur son tribunal on fit entrer le saint dans la salle des criminels. «Thascius Cyprien, lui dit ce magistrat, es-tu chrétien ? — Oui, je le suis, répondit le saint évêque. — Es-tu celui qui a été l'évêque et le père de ces hommes impies! — Je ne vous dissimulerai pas que j'ai été évêque de ceux que vous traitez d'impies. — Les très sacrés empereurs t'ont ordonné de suivre les cérémonies de la religion romaine. — Je ne veux point obéir à de pareils ordres. — Aie plus de soin de ta vie. — Faites ce qui vous est prescrit. La justice de la cause que je soutiens ne me permet pas de balancer sur le parti que je dois prendre. » Le proconsul ayant pris 1 avis de son conseil continua ainsi : « 11 y a long-temps que lu vis dans l'impiété et que lu engages un grand nombre de malheureux a conspirer avec toi contre les dieux de l'empire et contre leurs cérémonies. Nos 1res sacrés empereurs Yalérien et Gallien n'ont pu te ramener à leur culte. Puisque lu n'as pas rougi d'êlre le principal auteur d'un pareil crime, tu serviras d'exemple à ceux que tu as séduits, et l'obéissance aux lois sera rétablie par ton sang. » Il lut en-

S. CYPRIEN. gxjr.

suite la sentence, qui était écrite sur des tablettes et conçue en ces termes : « J'ordonne que Thas cius Cyprien soit décapité. » Gyprien dit : « Dieu soit loué ! » Les chrétiens qui étaient présents s'écrièrent qu'ils voulaient être décapités avec lui.

Quand le saint fut sorti de la porte du prétoire une troupe de soldats l'accompagna, et des centurions et des tribuns marchèrent à ses côtés. On le conduisit h la campagne dans un lieu uni et couvert d'arbres, sur lesquels plusieurs montèrent pour le voir de loin, à cause de la foule. Arrivé à l'endroit marqué pour son supplice, il ôla son manteau, se mit à genoux et se prosterna pour prier Dieu. Il se dépouilla ensuite de sa dalmalique, qu'il donna aux diacres, et demeura en chemise. Quand le bourreau fut auprès de lui, il lui fit donner vingtcinqsous d'or. Il se banda lui-même les yeux et dit audiacre de lui lier les mains. Les chrétiens mirent autour de lui des linges et des mouchoirs pour recevoir son sang. On lui coupa la tête le 14 septembre a58. Pour éviter les insultes des païens les fidèles portèrent son corps dans un champ voisin et l'enterrèrent pendant la nuit avec beaucoup de solennité, sur le chemin de Mappale. On bâtit depuis deux églises en son honneur, l'une sur son tombeau et qui fut appelée Mappalïa, l'autre à l'endroit où il avait souffert et qui l'ut appelée Mensa Cypriana, c est à dire table de Cyprien, pareeque le saint s'y était offert à Dieu en sacrifice. (1)

(1) S. Jérôme et Lactance donnent de justes éloges à l'éloquence de S. Cyprien. o II a, suivant le second, une invention facile, variée, agréable, et ce qu'il y a de plus essentiel beaucoup de clarté et de netteté dans les idées, c'est à dire la pria-

Page 1