‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 17 sur 104 · S. NICÉPHORE · texte numérisé non relu

S. NICÉPHORE

personnes de confiance d'aller le trouver de sa part pour l'assurer de la sincérité de son repentir et du dessein où il était de lui faire toutes sortes de satisfactions; mais ces démarches furent inutiles: Sapricc ne voulut point entendre parler de réconciliation. Nicéphore ne se rebuta point ; il fit une seconde, puis une troisième tentative, mais toujours sans succès. Saprice ferma opiniâtrement l'oreille non seulement aux sollicitations des hommes, mais à la voix même du Sauveur, qui lui criait -.Pardonnez, et on vous pardonnera. Enfin Nicéphore, voyant qu'il n'avait pu rien obtenir par l'entremise d'autrui, alla lui-même trouver Saprice; il se jeta à ses pieds, lui avoua sa faute avec humilité et le pria au nom de Jésus-Christ de lui pardonner. Cette dernière démarche ne réussit pas plus que les précédentes.

Cependant la persécution s'alluma en 260, par les ordres de Valérien et de Gallien. Sapricc fut arrêté et conduit devant le gouverneur, qui d'abord lui demanda son nom. «Je m'appelle Saprice, répondit il. — De quelle profession êles-vous? — Je suis chrétien. — Etes-vous ecclésiastique ? — J'ai l'honneur d'être prêtre. Nous autres chrétiens, ajoulat-il. nous reconnaissons pour seigneur et pour maître Jésus-Christ, qui est Dieu et le seul véritable Dieu quia créé le ciel et la terre. A l'égard des dieux des nations, ce ne sont que des démons. »Le gouverneur, irrité de celle réponse, ordonna qu'on le mît dans une machine faite en forme de vis de pressoir que les tyrans avaient inventée pour tourmenter les fidèles. Saprice souffrit celte horrible question avec constance. Il disait au juge : « Mon

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corps est en votre puissance, mais vous n'en avez aucune sur mon ame; il n'y a que Jésus-Christ, mon Seigneur, qui en soit le maître. » Le gouverneur, voyant qu'il ne gagnait rien, prononça cette sentence : « Saprice. prêtre des chrétiens, et ridiculement entêté de l'espérance de ressusciter, sera livré à l'exécuteur delà justice pour avoir la tête tranchée en punition du mépris qu'il a lait paraître pour l'édit des empereurs. »

Saprice entendit prononcer sa sentence avec joie, et se hâta de se rendre au lieu où elle devait s'exécuter, dans l'espérance de recevoir la couronne du martyre. JNicéphore l'ayant su courut au devant de lui, et vint se jeter a ses pieds en lui disant : « Martyr de Jésus-Christ, pardonnez-moi la faute que j'ai commise contre vous. » Mais Saprice ne lui répondit rien. JNicéphore s'étant relevé alla l'attendre dans une autre rue où il devait passer. Lorsqu'il le vit approcher il lendit la presse, et, se jetant une seconde fois à ses pieds, il le pria encore de lui pardonner la faute qu'il avait commise plutôt par fragilité que par un dessein formé de l'offenser. 0 Je vous en conjure, disait-il, par cette glorieuse confession que vous venez de faire de la divinité de Jésus-Christ. » Saprice, dont le cœur s'endurcissait de plus en plus, ne voulut pas seulement le regarder. Les soldats, lassés d'entendre toujours Nicéphore répéter la même chose, lui dirent: « Nous n'avons jamais vu un homme plus insensé que toi; il va mourir, et tu lui demandes pardon ! » Quand on fut arrivé au lieu du supplice iNicéphore revint à la charge et redoubla ses prières avec une ardeur toute nouvelle : mais Saprice n'écouta rien et per-

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sista dans le refus qu'il avait fait jusqu'alors de pardonner. Il en fut bientôt puni de la manière la plus terrible; car Dieu le priva de la foi et de la gloire du martyre. En effet, les bourreaux lui* ayant dit de se mettre a genoux pour recevoir le coup de la mort, il leur répondit: « Et pourquoi me couper la tête? C'est, repartirent les bourreaux, pareeque tu ne veux pas sacrifier aux dieux et que tu refuses d'obéir aux ordres des empereurs pour l'amour de cet homme que l'on appelle Christ. » L'infortuné Saprice leur dit : « Arrêtez, mes amis, ne me donnez pas la mort, je ferai ce que vous voudrez; je suis prêt a sacrifier. »

Nicéphore, qui était présent, ressentit la plus vive douleur de son apostasie. « Mon frère, s'écria-t-il, que failcs-vous? Ah! gardez-vous bien de renoncer Jésus-Christ, notre bon maître. » Mais Saprice ne fit aucune attention à ce que lui disait son ancien ami. Alors le bienheureux Nicéphore, pleurant amèrement sa chute, dit aux bourreaux : « Je suis chrétien et je crois en Jésus-Christ, que ce malheureux vient de renoncer. Me voilà prêt a mourir h sa place. » Celte déclaration si peu attendue surprit tous les spectateurs. Un des officiers se détacha pour courir au palais du gouverneur. « Seigneur, dit-il, Saprice promet de sacrifier aux dieux; mais il y a un autre homme qui veut mourir pour le même Christ; il ne cesse de répéter qu'il est chrétien, qu'il ne sacrifiera jamais à nos dieux et qu'il n'obéira point aux édits des empereurs. » Le gouverneur ayant ouï ce rapport rendit ce jugement: « Si cet homme persiste à refuser de sacrifier aux dieux immortels, qu'il meure par le

glaive. » Nicéphore, étant inébranlable dans sa première résolution, eut la tête tranchée. Ainsi il reçut avec la palme du martyre trois couronnes immor- ' telles, celle de la foi, celle de l'humilité et celle de la charité, couronnes dont Saprice s'était rendu indigne par l'inflexible dureté de son cœur. Les Grecs ainsi que les Latins en font mémoire en ce jour.

S. NEMESIEN

ET SES COMPAGNONS, LES UNS MARTYRS ET LES AUTRES CONFESSEURS EN NUMIDIE.

(10 septembre.)

Dans la première année de la huitième persécution, excitée par Valérie», S. Gyprien fut exilé à Curube par le proconsul de Cartilage. Les autres chrétiens ne furent pas plus épargnés ; le président de Numidie les traita avec beaucoup de cruauté. Les uns souffrirent des tortures horribles, les autres subirent une riort barbare; ceux-ci furent envoyés aux mines; on en choisissait quelques-uns d'entre ces derniers pour les tourmenter de nouveau, ou pour leur ôter la vie de la manière la plus inhumaine. Les autres souffraient un martyre prolongé dans la faim, la nudité, l'infection, dans des travaux pénibles, des fustigations journalières, dans des ignominies continuelles. S. Cyprien leur écrivit du lieu de son exil pour les exhorter a persévérer généreusement dans la confession de leur foi; il leur dit que, sur la nouvelle des glorieux combats qu'ils soutenaient, il avait ardemment désiré aller

leur rendre service en personne, mais qu'étant exilé lui-même il ne pouvait se réunir à eux. a Cependant, continue-t-il, je suis avec vous de cœur et d'esprit. Ma lettre suppléant à ma langue vous exprimera la joie que je ressens de la gloire de vos vertus, et la part que j'espère y avoir, non par la participation a vos souffrances mais par la corn- . munion de la charité. Pourrais-je garder le silence lorsque j'apprends des choses si glorieuses touchant ceux qui me sont unis d'une manière si tendre et si intime, et que Dieu a daigné honorer de grâces si précieuses et si extraordinaires ? Quelques-uns d'entre vous ont déjà reçu la couronne du martyre. Les autres sont chargés de fers, ou occupés au travail des mines; mais par le délai de leur sacrifice ils encouragent nos frères à suivre leurs exemples et à prétendre au même honneur qu'eux. La prolongation de leurs tourments embellit leur couronne, et chaque jour de souffrances devient pour eux un nouveau principe de récompense. Je ne suis point surpris que notre Seigneur vous destine à un si haut degré de gloire, puisque vous avez été toujours si constants dans l'exercice delà foi et la pratique de l'obéissance; que l'Église a toujours trouvé en vous des membres paisibles et amis de l'ordre; que vous n'avez jamais manqué de fidélité dans l'accomplissement de vos devoirs; que vous avez été toujours charitables envers les pauvres, courageux et inébranlables dans la défense de la vérité, fermes et inflexibles dans l'observance de la discipline. Et, pour mettre le comble à vos vertus, vous conduisez par vos exemples le reste de nos frères au martyre... Vous avez com-

mcncé votre confession par de cruelles fustigations : mais vn chrétien ne redoute point de pareils supplices, lui qui met toute son espérance dans le bois de la croix, par lequel le droit à la vie éternelle lui a été rendu. Un serviteur de Jésus Christ découvre dans ce bois le gage de son salut, et il l'embrasse comme l'instrument qui le rend digne de la gloire du martyre... On a chargé vos pieds de fers, et on a cru par là vous déshonorer, mais vos ennemis n'ont pu pénétrer jusqu'à vos âmes; ces fers sont d'ailleurs un véritable ornement pour les personnes qui aiment Dieu... Heureux sont les pieds que l'on a liés de la sorte ! Chaque pas qu'ils font conduit à la bienheureuse éternité... Epuisés par le travail du jour, vous n'avez que la terre nue pour vous reposer: mais vous ne regardez point comme un supplice d'être traités comme Jésus-Christ, votre maître. Vous êtes privés du secours du bain ; mais ce que votre extérieur a de rebutant est amplement compensé par la beauté intérieure de vos âmes (1). Vous ne vous plaignez point d'avoir de mauvais pain et en petite quantité; vous savez que l'homme ne vit point seulement de pain, mais de la parole de Dieu. Vous n'avez point d'habits ; mais on est suffisamment couvert et orné lorsqu'on est revêtu de Jésus-Christ. Votre tête à moitié rasée offre aux yeux des hommes quelque chose d'ignominieux ; mais rien ne peut déshonorer une tête renouvelée par son union à Jésus-Christ. De quelle gloire ne sera pas récompensée toute cette diffor-

(1) Dans les pays chauds on était obligé d'avoir souvent recours au bain avant que l'usage du linge fût introduit.

Il4 S. NÉMÉSIEN ET SES COMPAGNONS.

mité extérieure, qui est un objet d'horreur pour les infidèles !... Votre religion ne souffre même pas de ce que les prêtres qui sont parmi vous n'ont ni la la liberté ni la facilité d'offrir et de célébrer les divins mystères (1); vous vous offrez vous-mêmes à Dieu avec le sacrifice d'un cœur contrit et humilié qui ne sera point rejeté, et ce sacrifice vous le répétez nuit et jour. »

Le saint évêque exhorte ensuite les fidèles d'une manière fort pathétique à se saisir de la coupe du salut avec promptitude et avec joie; à recevoir avec courage une mort précieuse devant Dieu, qui est le spectateur de leurs combats, qui approuve et soutient leur ardeur, qui les couronne quand ils sont victorieux en récompensant les vertus dont il est lui même le principe. Puis il continue en s'adressant aux évêques et aux prêtres : « Un grand nombre de laïques ont suivi votre exemple, ont confessé notre Seigneur, et sont par 1b devenus dignes de votre bonheur, vous étant unis dans les liens d'une charité invincible et ne voulant être séparés de leurs évêques ni dans les mines ni dans la prison. On voit aussi avec vous de tendres vierges, qui s'empressent de joindre la couronne du martyre à

(1) Dans la première persécution de Dèce les confesseurs avaient la liberté de célébrer l'eucharistie en prison , ou du moins ils trouvaient le moyen de la célébrer secrètement. S. Cyprien envoyait un prêtre et un diacre, qui offraient chaque jour le sacrifice dans toutes les prisons; mais il voulait que le* mêmes n'y allassent point deux jours de suite, afin que ce changement ne portât point ombrage. Les confesseurs recevaient l'eucharistie tous les jours. Dans la circonstance dont il s'agit il fut impossible à S. Cyprien de procurer aux évêques et aux prêtres le moyen de célébrer ou d'avoir quelqu'un qui célébrât pour eux.

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:elle de la virginité. Les enfants eux-mêmes ont oublié leur faiblesse naturelle ; en sorte que chaque âge et chaque sexe ont leurs martyrs. Qui pourrait, mes frères bien-aimés, exprimer le sentiment [jue votre victoire doit produire en vous? Quelle joie pour vous dépenser que vous allez recevoir des mains de Dieu la récompense qui vous est promise, que vous n'aurez rien h craindre des suites du jugement dernier ! Quelle consolation pour vous de savoir que Jésus-Christ vous honore de sa présence, qu'il aime h voir la patience et le courage de ses serviteurs, qui arrivent à la gloire par le même chemin que lui ! Vous vivez tous les jours dans l'espérance de recouvrer votre liberté et de parvenir a votre céleste patrie, etc. »

Les confesseurs remercièrent S. Cyprien de la lettre qu'il leur avait écrite. Elle a, lui disent-ils dans leur réponse, adouci l'amertume de nos peines; elle nous a rendu insensibles à l'odeur infecte qui s'exhale du lieu où nous sommes renfermés. En confessant vous-même la foi devant le proconsul, en nous précédant dans l'exil vous nous avez appris ce que nous devions faire, vous avez animé tous les soldats de Jésus-Christ au combat. Ils finissent leur lettre par lui demander le secours de ses prières. a Prions, disent-ils, les uns pour les autres, afin que Dieu, Jésus-Christ et les anges viennent à notre secours dans nos besoins. » Les principaux noms de ces saints, qu'on lit dans le martyrologe romain, eont Némésien, Félix, Luce, un autre Félix, Littée, Polien, Victor, Jaderet Datif, évêques.

Il6 S. GRÉGOIRE THAUMATURGE.

ÉVEQUE DE NÉOCÉSARÉE.

(17 novembre.)

Théodore, appelé depuis Grégoire, el surnommé Thaumaturge h cause de ses miracles , naquit à Néocésarée dans le Pont. Ses parents, distingués par leur fortune et leur rang, étaient engagés dans les superstitions du paganisme. Il commença dès lors a découvrir le faible de l'idolâtrie, et a mesure que l'éducation développait et perfectionnait sa raison il sentait augmenter ses doutes sur ce point. Les réflexions, occasionnées par les lumières qu'il acquérait tous les jours, le disposaient insensiblement h reconnaître l'unité d'un Dieu et la vérité de la religion chrétienne.

Sa mère lui fit suivre le plan d'éducation que son père avait tracé. On le destinait au barreau , où l'art oratoire était alors si nécessaire. Il eut les plus grands succès dans l'étude de la rhétorique, et il fut aisé de prévoir qu'il serait un jour un des plus célèbres orateurs de son siècle. Il apprit la langue latine, que devaient savoir ceux qui aspiraient aux premières dignités de l'empire. Ses maîtres lui conseillèrent aussi de s'appliquer au droit romain , dont la connaissance ne pouvait que lui être très utile, quelque état qu'il dût embrasser.

Grégoire avait une sœur, qui fut mariée h l'assesseur du gouverneur de Césarée en Palestine. Son mari lui manda de venir le trouver. Elle fit le voyage aux frais de l'état, et eut la liberté de mener avec

elle les personnes qu'elle jugerait àpropos. Grégoire l'accompagna ainsi qu'Athénodore, son autre frère, qui fut depuis évèque et qui souffrit beaucoup pour le nom de Jésus-Christ.

DcCésarée les deux frères allèrent à Béryte, qui était dans le voisinage, et où il y avait une célèbre école de droit romain. Peu de temps après ils revinrent à Césarée; Origène s'y était retiré vers l'an 25 1, pour éviter les poursuites de Démétrius, évêque d'Alexandrie. Ce grand homme y ouvrit une école, et sa réputation lui attira bientôt une foule d'auditeurs. Dans la première entrevue qu'il eut avec Grégoire et Athénodoie il découvrit qu'ils avaient l'un et l'autre une capacité extraordinaire pour les sciences et des dispositions rares pour la vertu. Il travailla donc avec un soin particulier à leur inspirer l'amour de la vérité et un désir ardent de parvenir a la connaissance et à la possession du souverain bien. Grégoire et son frère, charmés de trouver un tel maître, se mirent au nombre de ses disciples, et ne pensèrent plus à retourner h Béryte.

Origène commença par leur faire l'éloge de la philosophie, entendant par ce nom la vraie sagesse: il leur fit observer que le premier pas que doit faire un être raisonnable est de se connaître soi-même; qu'on ne mérite pas ce titre lorsqu'on ignore les moyens de parvenir à cette connaissance et de perfectionner ses facultés; que de plus il faut connaître les obstacles a surmonter, et quelles sont les actions permises ou défendues. Rien, disaitil, n'est plus ridicule pour un homme que de vouloir connaître tout ce qui est hors de lui-même et d ignorer ce qu'il y a de plus important pour lui

el ce qui doit faire son bonheur : il doit donc tourner ses recherches du côté du vrai Lien et du vrai mal, afin d'embrasser l'un et d'éviter l'autre. Origène traita ce point plusieurs jours de suite, mais sans avoir l'air d'un homme qui aime la dispute et qui cherche a embarrasser ou h confondre ses adversaires. Au contraire il se comportait en homme qui no se propose autre chose que de conduire ses disciples h la connaissance de ce qui peut faire leur bonheur; ses raisonnements élaientpleins de force, et il les présentait avec tant de douceur qu'il était impossible d'y résister. Grégoire et Athénodore, oubliant leur patrie et leurs amis, renoncèrent aux vues qu'ils avaient eues d'abord.

Origène, après avoir gagné leur confiance etfixé leur attention , examina leurs dispositions, pour bien s'assurer de la trempe de leur esprit. Tout étant ainsi préparé, il résolut de leur faire un cours réglé d'instruction. Sa méthode doit servir de modèle h tous les maîtres. Elle leur apprendra qu'il ne faut point commencer par établir sèchement les régies, mais qu'il faut montrer d'abord les raisons qui leur servent de fondement. Les disciples, une fois convaincus de l'importance de ces règles, ne trouveront plus rien que d'instructif et d'agréabla clans l'étude qu'ils en feront.

Origène fit commencer par la logique son cours de philosophie : cette logique avait pour objet d'enseigner a n'admettre et a ne rejeter aucune preuve légèrement , mais a faire examiner le fond d'un raisonnement sans s'arrêter aux termes. À cette, science succéda la philosophie naturelle, qui expose la puissance et la sagesse infinie de Dieu, et qui le

fait adorer dans l'œuvre admirable de la création. Vinrent ensuite les mathématiques, qui comprenaient la géométrie et l'astronomie. Le but d'Orîo-ène dans ses leçons était d'élever les esprits de ses disciples au dessus des choses de la terre, et de les enflammer du désir de se livrer h la recherche de la vérité. Ces études étaient entremêlées de lectures sur la morale. S. Grégoire dit en parlant de son maître qu'il portait ses disciples à la vertu autant par ses exemples que par ses discours ; qu'il leur inculquait sans cesse que de toutes les connaissances, celle d'une première cause était la plus précieuse comme la plus nécessaire, et que par là il les conduisait à la théologie.

Il voulut que cette étude commençât par l'exposition de tout ce que les philosophes et les poètes avaient dit sur la Divinité; il faisait observer ce qu'il y avait de vrai et d'erroné dans la doctrine de chacun : de là il concluait l'insuffisance de la raison humaine pour parvenir à la plus importante de toutes les connaissances, à celle de la religion. Il fortifiait celte conséquence par l'énumération des erreurs capitales dans lesquelles étaient tombés les plus fameux philosophes, de ces opinions monstrueuses qui se détruisaient les unes et les autres, de ces systèmes qui se réfutaient eux-mêmes par leur absurdité et leur extravagance. Il lui fut alors aisé défaire comprendre à ses disciples que, par rapport à la Divinité , nous ne pouvons nous en rapporter qu'à Dieu lui-même, qui a parlé par ses prophètes, et il leur expliqua les saintes Ecritures. Grégoire et Athénodore furent si frappés de la lumière qui brillait à leurs yeux qu'ils se sentaient déjà dans la

disposision de tout abandonner pour ne plus s'occuper que de ce grand Dieu qu'ils avaient le bonheur de connaître.

Mais le feu de l'a persécution s'étant allumé en Orient sous Maximien, Origène fut obligé des ortir de Césarée en 2 55. Il resta caché cette année et les deux années suivantes. Grégoire se relira a Alexandrie , où il y avait deux fameuses écoles, l'une de médecine et l'autre de philosophie platonicienne. Sa conduite fut si régulière dans celte ville que les étudiants devinrent jaloux de sa vertu, qu'ils regardaient comme une censure tacile de leurs dérèglements. Ils se servirent pour s'en venger du ministère d'une infâme prostituée. Voici comment îc fait se passa. Comme Grégoire s'entretenait sérieusement avec quelques savants de ses amis, on vit approcher une femme qui lui demanda le paiement de ce dont ils étaient convenus, donnant à entendre par là que Grégoire avait eu des familiarités honteuses avec elle. Ceux qui étaient présents la regardèrent comme une calomniatrice, pareequ'ils connaissaient la vertu de Grégoire, et la repoussèrent avec indignation. Mais l'accusé, conservant toute la sérénité de son ame, pria un de ses amis de donner h cette malheureuse ce qu'elle demandait, afin qu'elle cessât de les interrompre et qu'ils pussent continuer leur conversation. Quelques-uns de ses amis , choqués d'une telle complaisance, ne savaient que penser, et ils lui en firent des reproches. Mais les soupçons qu'on commençait à former sur son innocence furent bientôt dissipés. A peine la femme prostituée eut-elle reçu l'argent qu'on lui donna que le malin esprit s'em-

para d'elle ; renversée par lerre , elle pousse d'affreux hurlements ; sa bouche écume ; elle s'arrache les cheveux, et l'on découvre dans l'agitation violente où elle est tous les signes d'une véritable possession. Grégoire, touché de commisération, invoque le ciel en sa faveur, et elle est délivrée sur-le-champ.

Le séjour de Grégoire h Alexandrie fut de trois ans; il y demeura depuis 255 jusqu'en 208.

La persécution ayant cessé, il retourna à Césarée pour y achever ses études sous Origène. Il passa cinq ans en tout dans l'école de ce grand homme. On ignore si Grégoire fut baptisé h Alexandrie ou s'il ne reçut le baptême qu'après son retour h Césarée. Quoi qu'il en soit, il voulut avant de quitter Origène lui donner un témoignage public de sa reconnaissance, et il le fit dans un discours qu'il prononça en sa présence et devant un nombreux auditoire. Il y loue la sage méthode qui avait dirigé ses études; il y rend grâces à Dieu de lui avoir donné un si habile maître, et à son ange gardien de l'avoir conduit dans une telle école. Il y fait le plus beau portrait d'Origène, et il représente comme un véritable exil son éloignement de l'école de ce grand homme ; il y enseigne clairement, entre autres dogmes, le péché originel et la divinité du Verbe. Enfin il le termine par prier son ange gardien de le conduire toujours dans ses voies.

Grégoire était à peine arrivé à Néocésarée qu'Origène lui écrivit une lettre pleine de sentiments de tendresse; il l'y appelle son seigneur très saint et son véritable fils ; il l'exhorte a faire servir à la gloire de la religion tous les talents qu'il a reçus

de Dieu; h n'emprunter des philosophes païens que ce qui peut contribuer a ce but, imitant en cela les Juifs qui employèrent les dépouilles des Égyptiens à la construction du tabernacle du vrai Dieu. Il lui recommande de joindre la prière h l'étude do l'Écriture sainte.

Les compatriotes de Grégoire s'attendaient à voir le fruit de ses études ; les principaux d'entre eux le pressaient de briguer les premières places , et de faire usage de ses grands talents, qu'il avait cultivés avec tant de soin. Mais il abandonna tout ce qu'il possédait dans le monde, et se retira a la campagne dans un lieu solitaire, où il ne voulut converser qu'avec Dieu.

Phédimc, archevêque d'Àmasée et métropolitain de la province de Pont, résolut de le faire évêque de Néocésarée; il jugea que ses vertus et ses rares talents devaient faire oublier sa jeunesse. Grégoire, instruit de ce qui se passait, changea de demeure, et fut quelque temps à errer de solitude en solitude pour empêcher qu'on ne le découvrît. Il se rendit cependant à la longue, mais ce fut à condition qu'on lui accorderait quelque temps pour se disposer à recevoir l'onction épiscopale. Ce terme expiré il fut sacré selon les cérémonies usitées dans l'Eglise.

Ce fut vers le même temps qu'il mit par écrit le symbole qu'il avait reçu. C'est une règle de foi concernant le mystère de la Sainte Trinité. Nous lisons dans S. Grégoire de Nysse que ce symbole lui fut donné dans une vision par la sainte Vierge de la manière suivante. Une nuit que le saint était dans une méditation profonde sur les mystères

augustes de la religion, il aperçut un vénérable vieillard, qui se dit envoyé de Dieu pour lui enseigner les vérités de la foi. A côté du vieillard élail

une femme qui paraissait au dessus de la condition humaine; elle l'appela Jean l'Evangéliste , et lui recommanda d'instruire le jeune homme des mystères de la vraie religion Le vieillard répondit qu'il était prêt a obéir à la mère de Dieu. Aussitôt il expliqua la doctrine céleste, et Grégoire la mit en écrit; ce qui étant achevé, la vision disparut. Le saint évêque en fît depuis la règle de ses instructions. Il laissa ce symbole a son Eglise, qui s'y est toujours conformée, suivant S. Grégoire de Nyssc; aussi a-t-elle eu le bonheur d'être préservée de toute hérésie, nommément de celle des ariens et des semiariens. C'est que ce symbole explique clairement la doctrine de l'Eglise sur la Trinité. S. Gré goire de Nysse rapporte que de son temps l'original s'en gardait dans les archives de l'Eglise de rSéocésarée. Il est cité par S. Grégoire de Nazianzc, par Rufiu et par plusieurs autres écrivains ecclésiastiques.

La ville de Néoeésarée était grande, riche et peuplée; mais les habitants en étaient si corrompus et si attachés aux superstitions de l'idolâtrie que la religion chrétienne n'avait pu y pénétrer, quoiqu'elle fût florissante en plusieurs endroits de la province de Peut. S. Grégoire, brûlant de zèle et de charité, mit tout en œuvre pour remplir dignement les fonctions du ministère qui lui avait été confié. Un pouvoir extraordinaire d'opérer des miracles assura le succès de ses travaux. Nous allons

rapporter quelques-uns de ses prodiges, d'après S. Grégoire de Nysse.

Le saint allant un jour de la ville dans le désert fut surpris par un violent orage. Il entra pour se mettre à l'abri dans un temple d'idoles, qui était le plus renommé du pays à cause des oracles qui s'y rendaient. En y entrant il fit plusieurs fois le signe de la croix, afin de purifier l'air. Il passa la nuit en prières avec son compagnon, suivant sa coutume. Le lendemain matin il continua sa route. Le prêtre du temple étant Tenu pour son service ordinaire, les démons déclarèrent qu'ils ne pouvaient plus y rester, et que l'homme qui y avait passé la nuit les forçait de se retirer. Il tenta inutilement de les rappeler ; il courut après le saint, et le menaça de porter des plaintes contre lui aux magistrats et à l'empereur. Grégoire lui répondit tranquillement qu'il avait reçu de Dieu le pouvoir de chasser et de rappeler les démons à sa volonté. Le prêtre fut étonné de voir ses menaces inutiles, et d'entendre dire au saint qu'il pouvait commander aux démons. Alors sa fureur se changea en admiralion, et il pria le saint de faire l'essai du pouvoir divin qu'il prétendait avoir reçu , et d'ordonner aux démons de revenir dans le temple. L'évêque acquiesça à sa demande, et lui remit un morceau de papier sur lequel était écrit : Grégoire à Satan; entre. Le papier ayant été mis sur l'autel, et le prêtre ayant fait les oblations ordinaires, les démons rendirent leurs oracles comme auparavant. Ce qui se passait remplit le prêtre du plus grand étonnement. Il alla retrouver le saint, et le pria de lui

faire connaître le dieu auquel obéissaient ceux qu'il adorait. Grégoire lui expliqua les principes de la religion chrétienne. Voyant que le mystère de l'Incarnation le choquait, il lui représenta que cette «rande vérité ne devait point èlreprouvéepar le raisonnement humain, mais par les prodiges delapuissancedivine. Alors le prêtre, montrant une grande pierre, demanda qu'il lui fût ordonné de changer de place etdese transporter dansunlieu qu'il désignait. Grégoire donne l'ordre, et la pierre obéit par le pouvoir de celui qui promit à ses disciples que leur foi serait capable de transporter les montagnes. Ce miracle convertit le prêtre païen; il abandonna sa famille et ses amis pour devenir un véritable disciple de Jésus-Christ.

Les habitants de Néocésarée, qui entendirent parler des actions miraculeuses de Grégoire, eurent envie de voir un homme si extraordinaire, et ils le reçurent avec acclamation la première fois qu'il reparut dans leur ville. Mais il passa au milieu de la foule du peuple avec modestie, sans faire attention h la circonstance, sans même lever les yeux. Ses amis, qui étaient venus avec lui du désert, paraissant inquiets sur le lieu où ils logeraient, il leur reprocha leur peu de confiance en la protection divine : il ajouta qu'ils ne devaient point s'inquiéter de ce qui concernait leurs corps, mais jpenserà leurs âmes, qui étaient infiniment plus précieuses, et auxquelles il fallait préparer une demeure dans le ciel. Cependant plusieurs personnes lui offrirent leurs maisons ; il accepta celle de ftfusonius, un des habitants les plus distingués de la rille. Il prêcha le jour même, et convertit un

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