‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 18 sur 104 · TOME II. n · texte numérisé non relu

TOME II. n

nombre d'idolâtres suffisant pour former une petite Eglise. Le lendemain matin on lui présenta une foule de malades qu'il guérit. Le nombre des chrétiens devint considérable en fort peu de temps, de sorte que le saint fit bâtir une église pour leur usage. Tous travaillèrent a cet édifice, ou contribuèrent de leur argent à sa construction. Malgré les édits portés pour la démolition des églises et un tremblement de terre qui lit beaucoup de ravages a Néocésarée, le temple dont nous parlons ne fut point endommagé; il n'y eut pas même une pierre d'enlevée.

Le Lycus , appelé aujourd'hui Casalmac , qui prend sa source dans les montagnes d'Arménie, passait devant les murailles de Néocésarée. Il se débordait quelquefois avec tant d'impétuosité qu'il enlevait les moissons, les troupeaux et les maisons avec leurs habitants. S. Grégoire, ému de compassion, s'approche du fleuve, sur le bord duquel il enfonce son bâton. Il ordonne ensuite aux eaux de la part de Dieu de ne point passer cette borne, et elles obéissent. Il n'y avait point eu encore de débordement au temps qu'écrivait S. Grégoire de Nysse. Le bâton même prit racine et devint un srand arbre.

Le saint étant en voyage , deux Juifs qui connaissaient sa charité eurent recours au stratagème suivant pour lui en imposer : l'un se couche par terre et contrefait le mort; l'autre feint de se lamenter, approche de l'évêque et lui demande de quoi enterrer son compagnon. Le saint prend son manteau et le jette sur le prétendu mort. Lorsque Grégoire fut h quelque distance l'imposteur court

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avec joie h son compagnon, et lui dit de se lever; mais il le trouve véritablement mort.

Les miracles et la sagesse du saint évoque lui at tirèrent la plus grande réputation. On venait le consulter de toutes parts, et on s'en rapportait a sa décision, même clans les affaires civiles. Deux frères se disputaient un lac, qui faisait partie de la succession de leur père. Grégoire leur proposa inutilement divers moyens de conciliation; ils étaient tellement aigris qu'ils résolurent de soutenir leurs droits par la force des armes. Le jour fut pris pour venir sur les lieux vider la querelle. Le saint, voulant prévenir l'effusion du sang, passa la nuit de la veille de ce jour en prières sur le bord du lac, qui le lendemain se trouva desséché. Par ce moyen la dispute fut terminée. On voyait les restes de ce lac encore long-temps après.

Grégoire fut du nombre de ceux qui assistèrent à l'élection de l'évêque de Comane, qui se fit de son temps. Le peuple jetait les yeux sur des personnes rccommandables par la naissance et les talents extérieurs, et qui avaient de la considération dans le monde. Mais le saint représenta qu'on devait faire moins d'attention h ces qualités qu'à la vertu, a la sainteté et a la prudence. Nous pouvons donc , dit un de l'assemblée , choisir pour évêque Alexandre le charbonnier. Cet Alexandre était un homme d'une rare sagesse, d'une sainteté éminente et d'une profonde humilité, qui, après avoir renoncé à l'élude des sciences, vivait à Comane déguisé en charbonnier, et subsistait du travail de ses mains. Grégoire, ayant appris par rêvé-

lalion ce que c'était que cet homme obscur en apparence, le fit amener; et ses réponses aux questions qu'on lui proposa convainquirent le peuple qu'il était autre qu'il ne paraissait être. Onl'obligea ensuite à se faire connaître et h quitter ses vêtements pauvres pour prendre ceux qui convenaient à la dignité épiscopale. Il gouverna son Eglise avec autant cïczèle que de sainteté, et donna sa vie pour la foi. 11 est nommé dans le martyrologe romain sons le 1 1 août.

Les miracles que nous venons de citer sont rapportés par S. Grégoire de Nysse. On trouve aussi dans S. Basiîe le récit dune partie de ces mêmes miracles. Du temps de ces deux saints il n'y avait pas cent ans que le grand évêque de Néocésarée était mort. Ils avaient appris ce qu'ils en ont dit de Macrinc, leur aïeule, qui s'était chargée elle-même de leur éducation, et qui dans sa jeunesse avait connu Grégoire Thaumaturge et l'avait entendu prêcher. C'était suivant S. Basile un homme doué de l'esprit des prophètes et des apôtres. Toute sa conduite portait l'empreinte d? la perfection évangélique; dans tous ses exercices de piété il montrait le plus grand respect et le plus profond recueillement: jamais il ne priait que la tête découverte; il parlait avec modestie et simplicité; il avai! en horreur le mensonge, l'artifice et ces détours qui ne s'accordent point avec la plus exacte vérité; il ne connaissait ni l'envie ni l'orgueil; il haïssait souverainement tout ce qui pouvait blesser la charité ou donner la plus légère atteinte h la réputation du prochain. Toujours maître de lui-

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même, il ne se livrait jamais a la colère; il ne lui échappait pas même une parole qui annonçât de l'amertume.

Pendant la persécution de Dèce, qui commença en 200, S. Grégoire conseilla aux fidèles de son troupeau de prendre la fuite et de ne pas s'exposer au combat, de peur qu'ils n'eussent point assez de courage pour résister aux ennemis de leur Foi. Il eut la consolation de n'en voir aucun tomber dans l'apostasie. Il se relira lui-même dans le désert, accompagné du prêtre idolâtre qu'il avait converti, et qu'il avait élevé au diaconat. Les païens, qui surent qu'il éîail caché sur une montagne, envoyèrent des soldats pour l'arrêter; mais ceux-ci revinrent peu de temps après et dirent qu'ils n'avaient rien vu que deux arbres. On ordonna de faire de nouvelles perquisitions. Celui qui en fut chargé trouva l'évêque et son diacre en prière; c'étaient eux que les soldats avaient pris pour des arbres. Persuadé qu'ils avaient échappé par miracle, il vint se jeter aux pieds de levêque; et après avoir embrassé le christianisme il voulut être le compagnon de sa retraite et partager les mêmes périls. Les païens, furieux d'avoir manqué le pasteur, tournèrentleur rage contre le troupeau; ils saisirent ce qu'ils purenttrouver de chrétiens, hommes, femmes et enfants, et les mirent en prison. S Grégoire, toujours caché dans le désert, vit en esprit les combats du martyr Troade : c'était un jeune homme j distingué dans la ville, qui après avoir souffert divers tourments eut le bonheur de mourir pour la loi.

La persécution finit en 25 1 avec la vie de l'em-

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pereur. Grégoire revint à Néocésarée. Peu de temps après il entreprit de visiter tout le pays. Il fit d'excellents règlements pour réparer les abus qui avaient pu s'introduire, et il institua des fêtes anniversaires en l'honneur des martyrs qui avaient souffert durant la persécution.

lin des jours spécialement consacrés au culte des divinités païennes , il se fit à Néocésarée un concours prodigieux; les infidèles s'y étaient surtout rendus pour assister aux jeux et aux spectacles qui se donnaient sur le théâtre. Mais la foule était si grande que quelques-uns prièrent Jupiter de leur procurer de la place. L'évèque, qui en fut informé, dit qu'ils ne seraient pas long-temps ù se plaindre de manquer de place. Effectivement la peste fit sentir ses ravages , et les étendit par tout le Pont. Ce fléau ne cessa h Néocésarée que par les prières du saint évoque. La plupart de ceux qui étaient encore idolâtres ouvrirent alors les yeux et crurent en Jésus-Christ.

La faiblesse du règne de l'empereur Gallien ayant enhardi les Golhs et les Scythes, ils parcoururent la Thrace et la Macédoine. De là ils passèrent en Asie, où ils brûlèrent le temple de Diane à Ephèse i ils dévastèrent le Pont et plusieurs autres contrées, laissant partout des traces de leur fureur et de leur cruauté. Durant ces temps de confusion il se trouva des chrétiens qui, ayant élé pillés par les barbares, pillèrent les autres à leur tour et achetèrent des infidèles leur injuste butin. Un évoque -consulta Grégoire sur l'espèce de pénitence qu'il fallait imposer à ces chrétiens. Les: int écrivit alors son épîlre canonique, qui tient un rang dis-

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tingué parmi les canons pénitentiaux de la primitive Eglise. On y lit ce qui suit : « Que personne ne se trompe soi-même, sous prétexte qu'il a trouvé une chose. Il n'est point permis de faire usage de ce qu'on a trouvé.... Si en temps de paix il nous est détendu de chercher notre avantage aux dépens même d'un ennemi qui, par sa négligence, laisse ce qui lui appartient, h combien plus forte raison sera-t-il défendu de s'approprier ce que des infortunés abandonnent par nécessité et dans la vue de se soustraire par la fuite à la fureur de leurs ennemis? D'autres s'imaginent faussement pouvoir retenir ce qui appartient a un autre parcequ'ils l'ont trouvé sur leur propre fonds. Ainsi, parcequc les Borades et les Goths exercent des hostilités contre eux, il leur sera permis de devenir des Borades et des Goths à l'égard des autres? Ceux, ajoule-t-il, qui en restituant ce qu'ils ont trouve accomplissent le précepte du Seigneur doivent le faire sans vues humaines, sans rien demander ou exiger, sous quelque prétexte que ce puisse être. » Cette maxime de justice est fortement inculquée par S. Augustin. S. Grégoire Thaumaturge fait mention dans son épitre canonique des différents ordres depénilents.

En 2G4 il se tint un concile à Anlioche pour condamner Paul de Samosatc, qui avait été quatre ans évoque de cette ville. Cet hérésiarque enseignait entre autres erreurs qu'il n'y avait qu'une personne en Dieu, et que Jésus-Christ était un pur homme; c'était d'ailleurs un homme d'une vanité et d'un orgueil insupportables; il faisait chanter dans l'église des hymnes en son honneur. S. Gré-

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goire Thaumaturge et Alhénodore, sou frère, sont nommés les premiers parmi ceux qui souscrivirent le concile. On n'y prononça point Je censure personnelle contre Paul de Samosate parcequ'il dissimula ses erreurs : mais il les renouvela depuis; et un second concile d'Antiochc , qui s'assembla en 270, le condamna et le déposa. 11 resta cependant maître delà maison épiscopale jusqu'en 272, que fut vaincue Zénobie, reine d'Orient, qui s'était déclarée sa protectrice.

On ne sait pas précisément en quelle année mourut S. Grégoire Thaumaturge; l'opinion la plus probable est quece fut en 270 ou 271, le 17 novembre. Sentant approcher sa dernière heure, il s'informa s'il y avait encore beaucoup de païens dans la ville; il ne s'y en trouva que dix-sept. Il leva les yeux au ciel en soupirant de ce que la vraie religion n'était pas la seule de son diocèse. En même temps il remercia le Seigneur de ce que n'ayant trouvé que dix-sept chrétiens a son arrivée il ne laissait en mourant que dix-sept infidèles. Il demanda la conversion de ceux-ci et la persévérance de tous les autres. Il fit promettre h ses amis qu'on n'achèterait aucun lieu particulier pour l'enterrer, et qu'on mettrait son corps dans le lieu destiné h la sépulture commune. « Ayant toujours vécu, disait-il, comme étranger a la terre, je ne voudrais pas perdre ce litre après ma mort. Il ne faut donc pas que j'aie une sépulture particulière. Aucun lieu ne doit porter le nom de Grégoire. La seule possession dont je sois jaloux est celle qui ne me fera soupçonner d'aucun attachement alalerre. » S. Grégoire Thaumaturge est nommé sous le 1 7 novembre dan» tou6 les martyrologes d'Orient et d"Occidenl.

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