NOTICE SOB LE BARON DE RE3ITY
Gas!on-Jean-Bap»iste, baron de Pienty, issu d'une ancienne maison d'Artois, naquit en 1611 au château de Beny , au diocèse deBayeux en Normandie.
On l'envoya fort jeune au collège de Navarre à Paris; on le mil ensuite chez les jésuites de Caen avec un précepteur et un gouverneur. A dix-sept ans il revint à Paris pour y faire ses exercices, où il excella bientôt parmi les jeunes gens de son âge. Son commerce avec le monde ne diminua rien de cette tendre piété dont il avait toujours fait profession , et qni s'était toujours entretenue par la lecture de l'Imitation de Jésus-Christ II se proposait d'entrer chez les Chartreux , mais ses parents l'en empêchèrent.
Lorsqu'il eut atteint l'âge de vingt-deux ans on lui fit épouser Elisabeth de Balzac, fille du comte de Gra ville, de la maison d'Ei.lragues. Il en eut quatre enfants, deux filles et deux garçons. Ses talents, sa modestie et sa prudence lui acquirent une grande réputation dans le monde II assista aux états de Rouen en qualité de député de la noblesse. Il servit avec distinction dans les guerres de Lor-
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raine. Louis XIII l'honora de son estime. Mais ce qu'il y a de plus admirable en lui c'est qu'au milieu des grandeurs humaines il était aussi détaché du monde que les Paul, les Antoine et les Arsène dans leurs déserts.
Il eut occasion, à l'âge de vingt-sept ans, d'entendre prêcher un oraiorien qui faisait une mission à quelques lieues de Paris. Il fut extrêmement touché de.-, discours de ce pieux missionnaire; il lui fit une confession générale, et forma par son avis la résolution de mener un nouveiu genre de vie, de renoncera tout ce qui le retenait dansle monde et de ne plu? faire de visites inutiles, afin de se consacrer uniquement à Dieu. 11 choisit pour directeur le père de Comlren, général de l'Oratoire, qui était très versé dans la connaissance des voies intérieures, comme le prouvent ses ouvrages et l'histoire de sa vie. Il travailla de toutes ses forces à régler son cœur et ses 9ens; ses penchants furent assujettis au devoir; il réforma tout ce qu'il pouvait y avoir de déréglé dans ses inclinations, et se rendit tellement maître de kri-même qu'on n'apercevait plus en lui de traces du vieil homme. Tous les jours il examinait deux fois sa conscience, à midi et le soir. II communiait trois ou quatre fois la semaine, se levait à minuit et disait ma'.ines, qui étaient suivies d'une heure de méditation. Il avait des moments réglés pour ses exercices personnels et pour ceux qui lui étaient communs avec s:i famille. Son abstinence et ses jeûnes étaient rigoureux et continuels , ses vêlements simples et modestes. La sérénité constante de son visage était une suite le la tranquillité de son ame. Supérieur à tous les événements, il ne considérait que Dieu dans ia prospérité et dans l'adversité. Son amour pour •ia pauvreté se manifestait par le retranchement de toutes les choses superflues. Il se regardait
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comme la plus misérable de toutes les créatures , prenait dans la signature de ses lettres le titre de pécheur et saisissait toutes les occasions de s'humilier. Quand il parlait de Dieu il s'anéantissait en quelque sorte jusqu'au centre de la terre, et disait qu'une créature aussi vile que lui devait adorer Dieu en silence et avec tremblement, sans oser prononcer son nom. Il fuyait l'estime et les honneurs; il eût désiré mener une vie inconnue; et c'eût été pour lui un grand plaisir que de pouvoir être banni de tous les cœurs et oublié de tous les hommes. Sans cesse il se recommandait aux prières de ses amis, et les conjurait de solliciter pour lui la grâce de ne vivre que pour Jésus-Christ. Souvent il renouvelait la consécration qu'il avait faite à Dieu de son corps, de son ame, de sa femme, de ses enfants . de ses biens et de tout ce qui lui appartenait; tout son désir était de faire tout purement pour Dieu, sans aucun retour sur lui-même, sans éprouver aucun sentiment qui ne se rapportât à cette grande fin. Chaque jour il passait plusieurs heures à genoux devint le Saint-Sacrement auquel il avait une tendre dévotion. Si quelqu'un lui paraissait surpris de ce qu'il restait si long-temps à genoux, il répondait que c'était ce qui fortifiait et faisait vivre son ame. Il fit rebâtir l'église de Beny et fournit des calices et des ciboires à un grand nombre de paroisses pauvres. Il serait trop long de rapporter les soins qu'il se donnait pour procurer la sanctification de sa famille, de ses vassaux et surtout de ses enfants. Il allait servir les malades dans les cabanes ou dans les hôpitaux. Il fit ressentir les effets de sa libéralité aux galériens de Marseille, aux chrétiens esclaves en Barbarie, aux missionnaires des Indes , à plusieurs catholiques exilés d'Irlande et d'Angleterre, etc.