NOTICE SUR LE BON HENRI
S. Crespin et S. Crespinien sont patrons de la pieuse association des Frères cordonniers Elle a été établie par Henri-Michel Buch, communément appelé i&bon Henri. Ses parents étaient de pauvres laboureurs d'Erlon, dans le duché de Luxembourg. Il se distingua dès son enfance par sa sagesse et sa piété. Il apprit, étant encore fort jeune, la profession de cordonnier, et sut s'y sanctifier parla pratique des vertus chrétiennes. Il passait à l'église les dimanches et les jours de fête, et il s'appliquait sans cjsse à mortifier ses sens et sa volonté. Il prit pour modèle S. Crespîn et S. Grespinien. Pendant son travail il les avait toujours présents à l'esprit; il se rappelait comment ils avaient travaillé dans la vue de plaire à Dieu, et les moyens qu'ils avaient employés pour faire connaître Jésus-Christ. Il ressentait une vive douleur toutes les fois qu'il pensait que les personnes de son état et beaucoup d'autres artisans étaient mal instruits de la religion ; qu'ils vivaient dans l'oubli de Dieu, et qu'ils étaient esclaves de leurs passions. Son zèle lui inspira le dessein de travailler à leur conversion. Il en engagea plusieurs à profiter des instructions publiques, à fuir les compagnies dangereuses, à prier avec ferveur, à fréquenter les sacrements, à faire tous les jours des actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition; en un mol à pren-
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dre tous les moyens propres à s'avancer dans la pratique de la vertu.
Son apprentissage fini, il continua d'exercer le même métier en qualité de compagnon. Sa sainteté donnait à ses paroles beaucoup de poids et d'autorité. Il était véritablement le père de sa famille. Il écoutait les plaintes des personnes divisées et les réconciliait. Il consolait les affligés, et trouvait dans sa pauvreté le secret d'assister les indigents. Souvent il lui arriva de partager ses vêtements avec ceux qui étaient nus. Il ne vivait que de pain et d'eau, afin d'avoir de quoi faire l'aumône. Plusieurs années se passèrent de la sorte à Laxetnbourg et à Messen. Enfin la Providence conduisit à Paris le serviteur de Dieu. Il ne changea rien à son premier genro de vie.
Il avait quarante cinq ans lorsqu'il fut connu du baron de ilenty, que sa piété a rendu célèbre. Celui-ci eut envie de voir ie i/on Henri. Il fut aussi surpris qu'édifié de trouver dans un homme du peuple tant de vertus et de connaissances des voies de Dieu. Il admira surtout son courage à entreprendre et à exécuter de grands projets pour la gloire de la religion. Il apprit qu'il avait le talent de convertir des jeunes gens de son état et de les faire rentrer dans les bonnes grâces de leurs parents et de leurs maîtres; qu'après les avoir ainsi gagnés il leur piescrivait des règles de conduite, et qu'il allait chaque jour à l'hôpital de Sainl-Gervais pour instruire les pauvres qui s'y retiraient. Mais .rien ne lui paraissait plus grand que cet esprit de prière et d'humilité, et tous ces dons surnaturels ju'il remarquait en lui. Pensant donc qu'il était plus 3roprc que personne à faire l'œuvre de Dieu, il lui proposa d'établir une pieuse association, dont le but Hait de faciliter la pratique de toutcsles vertus parmi es ouvriers de la même profession. Il commença
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par lui procurer le droit de bourgeoisie. Ensuite il lo fit recevoir maître, afin qu'il pût prendre chez lui en qualité d'apprentis ou d'ouvriers ceux qui désireraient suivre les règlements que le curé de Saint- Paul fut prié de rédiger. Ces règlements recommandaient aux personnes qui s'y assujettissaient la prière fréquente, la participation aux sacrements , la pratique delà présence de Dieu, l'assistance mutuelle dans les maladies, le soin de soulager et de consoler les malheureux.
Le bon Henri eut bientôt un certain nombre d'ap~ prentis ou d'ouvriers. Ce fut avec eux qu'il fonda en 1645 l'établissement connu sous le nom de communauté des Frères -Cordonniers- Il en fut fait le premier supérieur. L'innocence et la sainteté de ces pieux artisans montraient visiblement que Dieu les avait choisis pour glorifier son nom. Ils faisaient revivre en eux l'esprit des premiers chrétiens Cette communauté donna naissance à celle des Frères- Taiilturs, deux ans après. Certains artisans de cette dernière profession, édifiés de la vie sainte que tenaient les Frères-Cordonniers et de la manière dont ils employaient un temps que plusieurs autres passaient dans le désordre ou dans l'oisiveté, prièrent le bon Henri de leur donner une copie de sa règle. Ils s'adressèrent ensuite au curé de Saint-Paul, et formèrent aussi une association. Ces deux communautés ou associations ont divers établissements en France et en Italie; elles sont môme établies à Rome. Les membres dont elles sont composées se lèven à. cinq heures du matin, font la prière en commun récitent d'autres prières particulières à des lemp: marqués, entendent la messe tous les jours, gardent le silence qu'ils n'interrompent que par le chant des cantiques, font une méditation avant le dîner, assistent à tout l'office fêtes et dimanches, visitent les
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pauvres dans les prisons, dans les hôpitaux et dans leurs maisons, font chaque année une retraite de quelques jours, elc.
Le bon Henri mourut à Paris, le 9 juin 1666 , d'un ulcère au poumon, et fut enterré clans le cime'ière de Saint-Gervais. Il avait été le modèle des plus héroïques venus. La part que le baron de Renty eut à rétablissement des Frères-Cordonniers exige que nous donnions un abrégé tle sa vie. El:c ne peut manquer d'édifier le lecteur.