S. SEBASTIEN
MARTYR
(20 janvier.)
S. Sébastien naquit à Narbonne dans les Gaules; mais il fut élevé à Milan, dont sa famille était originaire; il se montra dès sa jeunesse fervent disciple de Jésus-Christ. Quelque répugnance qu'il eût
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pour l'état militaire, il ne laissa pas d'aller h Rome vers l'an 285, et de prendre parti dans les armées de l'empereur Carin. Son véritable dessein était d'être plus h portée d'assister les confesseurs et les martyrs dans leurs souffrances. L'occasion d'exercer son zèle ne tarda pas à se présenter. Marc et Marcellien, tous deux condamnés à mort pour la foi, selaissaicnt attendrir par les larmes de leurs parents et de leurs amis; ils paraissaient presque irrésolus sur la conduite qu'ils avaient a tenir. Sébastien, alarmé du péril qu'ils couraient, vole à leur secours et ranime leur courage par un discours plein de feu dont tous les assistants furent vivement touchés. A peine eut-il cessé de parler que Zoé, femme de INicostrale, qui avait perdu l'usage de la parole depuis six ans, se jeta à ses pieds, tâchant de faire connaître par signes ce qu'elle désirait. Le saint n'eut pas plus tôt formé le signe de la croix sur sa bouche qu'elle parla très distinctement. Zoé, pleine de reconnaissance, se convertit avec son mari, premier greffier de la préfecture. Leur conversion fut suivie de celles des parents de Marc et de Marcellien, du geôlier, nommé Claude, et de seize autres personnes. JS'icostrate, chargé par sa place de la garde des prisons, les conduisit dans sa maison, où ils fuient instruits et baptisés par le saint prêtre Pol) carpe.
Sur ces entrefaites Chromacc, préfet de Rome, apprit que Tranquillin,pèrc de Marc et Marcellien, avait été guéri de la goutte en recevant le baptême. Comme il était cruellement tourmenté par la même maladie, il résolut de se faire instruire de la religion chrétienne afin d'éprouver le même remède. Sé>
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bastiensc rendit h sa maison, Lui donna les instructions nécessaires, puis le guérit et le baptisa avec son fils Tiburce. Le préfet, frappé du miracle qui venait de s'opérer en sa faveur, ordonna qu'on élargît les prisonniers nouvellement convertis, après quoi il affranchit ses esclaves et se démit de sa place.
Carin avant été tué dans l'Illyrie peu de temps après, c'est h dire en 280, eut pour successeur Dioclélien, qui l'année suivante associa Maximien Hercule à l'empire. Quoique ce prince n'eût point publié de nouveaux édits contre les chrétiens, les magistrats de Rome ne laissèrent pas de continuer la persécution. Lorsqu'il fut arrivé à Rome il conçut de l'admiration pour le courage et la vertu de Sébastien, dont il ne connaissait pas encore la religion. Il voulut l'atlacher à sa personne, et ce fut pour cela qu il le créa capitaine d'une compagnie de la garde prétorienne, place alors très considérable. Ce prince étant allé en Orient, son collègue, qui resta dans l'Occident, eut aussi pour le saint une estime toute particulière.
Vers le même temps Chromace demandait l'empereur la permission de se retirer a la campagne, ce qui lui fut accordé. 11 emmena avec lui plusieurs nouveaux convertis. 11 s'agissait de trouver quelqu'un qui pût les accompagner et achever de les instruire. On jeta les yeux sur Sébastien et sur le prêtre Polycarpe; mais on ne savait lequel choisir pareeque ces deux saints voulaient rester à Rome, où ils avaient une espérance plus prochaine de répandre leur sang pour Jésus- Christ. L'impossibilité où l'on était de terminer une contestation occasion-
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née par le zèle fit que l'on s'adressa aupape Caïus. Ce grand homme jugea en faveur de Sébastien, qui par sa place était plus en état de défendre l'Eglise. Il serait a souhaiter, dit S. Augustin, que l'on vît renaître de pareilles contestations entre les ministres de Jésus-Christ.
Le feu de la persécution s'étant rallumé avec plus de violence que jamais l'an 286, le pape et les autres fidèles se cachèrent dans le palais même de l'empereur : ils étaient dans la maison d'un officier delà cour, plein de zèle pour la religion chrétienne, qu'il professait. Zoé fut arrêtée la première lorsqu'elle priait sur le tombeau de S. Pierre, le jour de la fêle des apôtres; on la suspendit par les pieds sur un feu dont la fumée la suffoqua. Tranquillin, confus de paraître moins courageux qu'une femme, alla prier sur le tombeau de S. Paul, où la populace le saisit et le lapida. INicostrate, Claude, Castor et V ictorin furent pris aussi ; on les appliqua trois fois a la torture, après quoi on les jeta à la mer. Tihurce, ayant été trahi par un faux frère, fut décapité. Castule, qui avait été découvert par le même traître, fut étendu trois fois sur le chevalet, puis enterré tout vivant. Marc et Marcellien furent cloués par les pieds a un poteau et restèrent vingt-quatre heures en cet état. Comme ils ne mouraient point on les tua a coups de lance.
Sébastien, qui avait envoyé tant de martyrs au ciel, soupirait après le moment où il leur serait réuni. Ses vœux ne tardèrent pas à être exaucés. L'empereur, informé qu'il était chrétien, le manda; lorsqu'il fut en sa présence il lui reprocha l'ingratitude prétendue dont il avait payé ses bienfaits. Ille
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remit ensuite entre les mains de quelques archers de Mauritanie, qui après l'avoir percé de flèches le laissèrent pour mort sur la place. Irène, veuve du saint martyr Castule, étant venue pour l'enterrer, le trouva encore vivant; elle le fit emporter secrètement dans sa maison, où en peu de temps il recouvra une santé parfaite. Sébastien, au. lieu de se cacher comme les chrétiens l'y exhortaient, se mit un jour sur l'escalier par où l'empereur devait passer en allant au temple. Quand il le vit auprès de lui il lui adressa la parole, et lui représenta avec beaucoup de force l'injustice de sa prévention contre les chrétiens, qui se faisaient un devoir de prier pour la prospérité de son règne, et de lui garder une fidélité inviolable. Diocléticn, surpris de cette liberté, le fut encore davantage lorsqu'il reconnut Sébastien, qu'il avait cru mort; il le lit prendre de nouveau, et mener dans le cirque ou l'hippodrome attenant au palais, pour y être assommé h coups de bâtons, et jeté ensuite dans le grand cloaque qui était au bout du cirque. Mais pour empêcher que les soldats de la garde prétorienne, qui aimaient et respectaient leur ancien officier, ne causassent quelque tumulte, on publia que Sébastien était mis à mort uniquement à cause de son attachement h la religion chrétienne. Il paraît que notre saint reçut la couronne du martyre le 19011 le 20 janvier 288. Il a toujours été honoré comme un des plus illustres martyrs de l'Eglise occidentale.
Une dame chrétienne, nommée Lucine, après avoir l'ait retirer secrètement le corps de Sébastien du cloaque où l'avaient jeté les idolâtres l'enterra à l'entrée d'un cimetière souterrain, aux pieds des
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apôtres S. Pierre et S. Paul. Les chrétiens allaient ùl'insu des infidèles prier sur son tombeau comme sur celui des apôtres. Ce cimetière, qui était anciennement celui de Galixtc, porte depuis long-temps le nom de catacombes de S. Sébastien. L'église de notre saint, bâtie par le pape Damase à l'entrée de ces catacombes, et que l'on a eu soin de réparer de temps en temps, est une de celles que l'on visite à Rome par dévotion. S. Sébastien est particulièrement invoqué contre la peste. Plusieurs villes et plusieurs pays ont élé redevables a sa puissante intercession auprès de Dieu de la délivrance de ce fléau. On en ressentit surtout les effets h Rome en 680, h Milan en 1575, et à Lisbonne en 1599.
S. YICTOR DE MARSEILLE,
MARTYR
( 21 juillet )
L'empereur Maximien, les mains encore fumantes du sang de la légion thébéenne et de celui de plusieurs autres martyrs, qu'il avait répandu dans différentes provinces des Gaules, vint a Marseille, où il y avait une Eglise aussi nombreuse que florissante. Son arrivée remplit de crainte les fidèles qui la composaient. Dans cette consternation générale un officier chrétien, nommé Victor, allait durant la nuit de maison en maison visiter les frères pour les exhorter au mépris de la mort et pour leur inspirer le désir des biens éternels.
Ayant été surpris dans une action si digne d'un
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soldat de Jésus Christ, on le conduisit devant les préfets AstériusetEntychius. Ceux-ci lui représentèrent le prétendu danger qu'il courait, et lui dirent qu'il y avait folie de s'exposer à perdre le fruit de ses services avec la faveur du prince en adorant un homme mort. C'était ainsi qu'ils appelaient Jésus- Christ. Victor leur répondit qu'il renonçait a tous les avantages dont il ne pourrait jouir qu'en devenant infidèle h Jésus-Christ, le fils éternel de Dieu, qui avait daigné se faire homme pour notre salut, mais qui s'était ressuscité lui-même après sa mort, et qui régnait avec son Père céleste, auquel il était parfaitement, égal en toutes choses. Celte réponse excita partout des cris tumultueux d'indignation et de rage; mais comme le prisonnier était un homme de qualité, on l'envoya à l'empereur. L'air furieux de Maximien ne fut poinlcapahlc d'ébranler la constance de Victor. Le prince voyant ses menaces inutiles lui fît lier les pieds et les mains et ordonna. qu'il fût traîné par les rues de la vilie, pour y être exposé aux coups et aux insultes de la populace. Il n'y a point de païen qui ne s'empressât de témoigner son faux zèle en lui faisant quelque indignité. On se proposait par là d'intimider les chrétiens, mais le courage du martyr les remplissait d'une nouvelle ardeur.
Victor fut ramené tout couvert de sang de\ ant les préfets, qui, le croyant moins ferme après ces souffrances, se mirent à blasphémer notre sainte religion en sa présence, et a le presser de nouveau d'adorer leurs dieux; mais le martyr, que l'Esprit saint fortifiait intérieurement, se montra plein de mépris pour les idoles qu'on voulait lui faire ado-
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rcr. « Je méprise vos dieux, dit-il, et je confesse Jësus-Cbrist; ainsi vous pouvez me condamner à tels supplices que vous voudrez. » Il s'éleva une contestation entre les préfets sur le choix des tortures. Comme ils ne purent s'accorder ensemble Eulychiusse relira, laissant le prisonnier entre les mains d'Àstérius. Celui-ci ordonna qu'on l'étendît sur le chevalet, où il fut tourmenté long-temps. "Victor, les yeux levés au ciel, demandaitla constance, qu'il savait être un don de Dieu. Jésus-Christ lui apparut une croix à la main, et le consola enl'assuranl qu'il souffrait dans ses serviteurs, et qu'il les couronnait après la victoire. Cette vision adoucit merveilleusement le sentiment de ses douleurs. Enfin, les bourreaux étant las , on le détacha de dessus le chevalet pour le mettre dans un noir cachot.
A minuit Dieu le visita par le ministère de ses anges. La prison fut remplie d'une lumière plus brillante que celle du soleil, et le martyr chantait avec les esprits célestes les louanges du Seigneur. Trois soldats chargés de garder la prison lurent si frappés de cette lumière miraculeuse que, venant se jeter aux pieds de Victor, ils lui demandèrent pardon et Je prièrent de lui accorder la grâce du baptême. Leurs noms étaient Alexandre, Longin et Félicien. Le saint.- après les avoir instruits autant que la circonstance put le. lui permettre, envoya chei cher des prêtres la nuit même. Us allèrent tous ensemble au bord de la mer, et revinrent à la prison lorsque les nouveaux convertis eurent été baptisés. \ictor leur servit de parrain.
Le lendemain matin l'empereur apprit tout ce