‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 28 sur 104 · S. VICTOR DE MARSEILLE · texte numérisé non relu

S. VICTOR DE MARSEILLE

qui s'était passé. Transporté de rage, il envoya chercher le saint avec les trois gardes , et les fit amener au milieu de la place publique. Le peuple accabla \ ictor d'injures, et voulut l'obliger à faire rentrer les nouveaux convertis dans le paganisme; mais il répondit qu'il ne pouvait détruire ce qui était bien fait; puis se tournant vers les gardes, il leur dit : « Vous êtes toujours soldats, combattez avec courage, Dieu vous donnera la victoire. Vous appartenez à Jésus-Christ , soyez-lui fidèles. Une couronne qui ne se flétrira jamais vous est préparée. » Alexandre, Longin et Félicien persévérèrent dans la confession de Jésus-Christ, et furent décapités par l'ordre de l'empereur. Victor, saintement jaloux de leur bonheur, demandait avec larmes de leur être bientôt réuni dans la gloire. Ayant été de nouveau exposé aux insultes de toute la ville, et cruellement frappé avec des bâtons et des courroies, il fut reconduit en prison.

Trois jours après l'empereur le fit reparaître devant son tribunal, et lui ordonna d'adorer une idole de Jupiter qu'on avait mise sur un autel avec de l'encens. Victor, saisi d'horreur, pousse l'autel avec son pied et le renverse ainsi que l'idole. Le prince pour venger ses dieux lui fait aussitôt couper le pied. Le soldat de Jésus-Christ souffre avec joie, et offre a Dieu les prémices de son sang. Quelques moments après Maximien commande qu'on le mette sous la meule d'un moulin et qu'on l'y écrase; mais, la machine qui faisait tourner le moulin s'étant cassée, on le relira presque mortel les os tout brisés; après quoi on lui trancha latêlc. Son corps ainsi que ceux d'Alexandre,, de Longin et de

l68 S. VICTOR DE MARSEILLE.

Félicien, furent jetés dans la mer; mais les chrétiens les trouvèrent sur le rivage, où ils avaient été poussés, et les enterrèrent dans une grotte taillée dans un roc. L'auteur des Actes de ces saints mar^ tyrs ajoute : «Ils ont été honorés jusqu'à ce jour par plusieurs miracles. Ceux qui réclament leur intercession obtiennent beaucoup de grâces de Dieu et de notre Seigneur Jésus-Christ. »

Dans le cinquième siècle Cassien bâtit près du tombeau de S. Victor un monastère, qui reçut depuis la règle de S. Benoît. Il aélé sécularisé par une bulle de Clément XII, dalée du 16 des calendes de janvier de l'année 1709, mai* fulminée et publiée seulement a Marseille dans l'église de Saint-Victor, le 8 octobre 1743, sous le pontificat de Benoît XIV. Les reliques du saint martyr se gardent dans l'église de cette maison, laquelle est une des plus anciennes de la France et des plus riches en monuments de saints qui ont illustré les premiers temps du christianisme. On en transporta une portion h Paris, et on la déposa dans une chapelle bâtie en l'honneur de S. Victor. Celle chapelle, ayant été agrandie sous le règne de Louis VI, servait d'église a un monastère royal de chanoines réguliers, qui y fut fondé et qui porte encore aujourd' hui le nom de son glorieux patron. ( 1 )

(1) L'abbaye cl l'institut de Saint-Victor de Paris doivent leur naissance à Guillaume de Champcaux , arebidiacre de la même ville. C'était nn homme d'une piété rare et d'un savoir extraordinaire. Après avoir enseigné la rhétorique et la théologie avec beauco.up de réputation dans le cloître de la cathédrale de Paris il se retira auprès de la petite chapelle de Saint- Victor, qui dans ce temps-là était hors de la ville : là, s'étant associé quelques ecclésiastiques pleins de ferveur, il vécut dans une grande retraite , dans l'exercice d'une prière continuelle et

Page 1