PÈRE DE L'ÉGLISE
(7 juillet.)
Ce grand homme, cligne des temps apostoliques, florissait dans le second siècle de l'Église. Il était Sicilien de naissance et faisait profession de la philosophie stoïcienne. Son éloquence lui a mérité de la part de Clément d'Alexandrie le titre a abeille de Sicile. L'amour qu'il avait pour la vertu lui inspira de l'estime pour les chrétiens, et il se lia étroitement avec quelques-uns d'entre eux. Frappé de l'innocence et de la sainteté de] leur vie , il se désabusa des superstitions du paganisme et ouvrit les yeux à la lumière de l'Évangile.
Après sa conversion il étudia les livres saints sous les disciples des apôtres. Pour en acquérir une plus parfaite intelligence il alla fixer sa demeure à Alexandrie en Egypte. Il y avait dans cette ville une célèbre école où l'on enseignait la doctrine chrétienne, et qui devait son établissement aux disciples de S. Marc.
Pantènc fit de rapides progrès dans la science des saintes lettres; mais il cachait par humilité ses rares talents. On les découvrit bientôt malgré lui, et on le tira de l'obscurité dans laquelle il avait cherché à vivre inconnu. Il fut mis à la tête de l'école des chrétiens quelque temps avant l'année 176 de Jésus- Christ, qui était la première du règne de l'empereur Commode. Sa capacité, jointe à l'excellente méthode qu'il suivait en enseignant, lui acquit une
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réputation dont ne jouirent jamais les plus fameux philosophes. Ses leçons, qui étaient un composé du suc des fleurs qu'il ramassait dans les écrits des prophètes et dans ceux des apôtres, portaient la lumière de la science et l'amour de la vertu dans les âmes de tous ceux qui venaient l'entendre. C'est le témoignage que lui rend Clément d'Alexandrie, un de ses disciples.
Les Indiens, que le commerce attirait h Alexandrie, eurent occasion de connaîtra S. Pantène ; ils le priètent de passer dans leur pays pour y combattre la doctrine des brahmanes par celle de Jésus-Christ. Il se rendit h leurs instances, quitta son école et partit pour les Indes avec la permission de son évêque, qui l'établit prédicateur de l'Évangile pour les nations orientales. Cet évêque était Démétrius, qui fut placé sur le siège d'Alexandrie en 189. Nous apprenons d'Eusèbe que S. Pantène en arrivant dans les Indes y trouva quelques semences de la foi, qui y avaient été jetées précédemment; il y vit aussi un livre de l'évangile de S. Matthieu en hébreu, qui avait été laissé dans le pays par S. Barthélemi. Etant revenu h Alexandrie quelques années après il y apporta ce livre avec lui.
L'école de cette ville était alors gouvernée par le célèbre Clément. S. Pantène continua toujours d'enseigner; mais il ne le fit plus qu'en particulier. Il exerça cet emploi jusqu'au règne de Caracalla, et par conséquent jusqu'à l'année 21G. Rufln dit que ce grand homme termina par une heureuse mort une vie noble et excellente. On lit son nom sous le 7 de juillet dans tous les martyrologes d'occident.
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La beauté cl la sainteté de la morale évangélique, qui opérèrent la conversion de S. Panlène, se font principalement sentir lorsqu'on les compare avec ces vertus imparfaites et souvent fausses clés plus fameux sages du paganisme. Dans quelles contradictions et dans quelles erreurs ceux-ci ne sont-ils pas tombés, même par rapport à la Divinité et au souverain Lien ? A combien de vices n'ont-ils pas donné le nom de vertu ? Combien de crimes n'ontils pas préconisés? Il est vrai qu'ils montrèrent du zèle pour la justice, du mépris pour les ricjaesses, de la modération dans la prospérité, de la patience dans certaines épreuves, de la générosité, du courage, du désintéressement; mais si le motif de ces dispositions était vicieux, si elles avaient leur source dans l'orgueil ou dans quelque autre principe semblable que deviennent les vertus? Il n'en reste plus que le vain fantôme. Or c'est ce qui est arrivé presque toujours h ces philosophes, dont quelques gens affectent de relever si haut la sagesse et les vertus. Il n'y a donc que le christianisme dont la morale soit véritablement pure, et qui ait le privilège de former le vrai sage. (1)
(1) Socrate avait coutume dans tout ce qu'il disait d'ajouter cette formule, evec In permission de moti dèmort ; et lorsqu'il était sur le point d'expirer il donna des ordres pour immoler un coq à Esculape. Il fut aussi accusé d'un genre d'impureté contraire à la nature. Crésus ayant demandé à Thaïes, le prince des naturalistes, ce que c'était que Dieu, le philosophe différait toujours de répondre et s'excusait en disant de temps en temps qu'il réfléchirait sur la question qui lui avait été proposée. Il est bien étonnant qu'il ait eu sur la nature de la Divinité moins de lumière que n'en a le plus grossier artisan d'entre les chrétiens. Diogène ne vivait content dans son tonneau que pareequ'il satisfaisait ses passions; et quand il salissait avec ses pieds les
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notice sur Clément d'alexandrie.
Titus Flavius Clemens, que quelques auteurs font Athénien de naissance, commença ses études dans la Grèce; il les continua dans l'Italie, l'Asie mineure , l'Assyrie et la Palestine, et les acheva en Egypte. Un désir incroyable "d'apprendre lui fit parcourir ainsi différentes parties du monde. Il eut en outre cinq maîtres célèbres : un dans la Grèce, qui était de la secte ionique, deux dans la Calabre, et deux en Orient. Quoiqu'il fût très versé dans la philosophie de Platon, il donnait la préférence aux principes des stoïciens, mais il ne voulait tenir à aucune secte particulière; il choisissait ce qu'il y avait de meilleur partout où il se trouvait. Un des maîtres qu'il eut en Palestine était Juif d'extraction; il paraît même qu'il était chrétien. Le dernier qu'il écouta, et qu'il met lui-même au dessus de tous les autres, fut le célèbre Pantène, qui était à la tête des catéchèses d'Alexandrie/
Clément , dont les éludes avaient pour objet la recherche de la vérité, découvrit les erreurs de l'idolâtrie, et vit briller à ses yeux la lumière de la fof.
riches tapis de Platon, disant qu'il foulait aux pieds l'orgueil de ce philosophe, il n'agissait que par un plus grand orgueil, comme Platon lui-même le lui reprocha. Pythagore affecta la tyrannie à Thurium, et Zenon à Pryène. Lycurgue se donna la mort de dépit de ce que les Lacédéinoniens pensaient à mitiger la sévérité de ses lois. Anaxagor.: refusa à des étrangers un dépôt qu'ils lui avaient confié. Aristote avait la petitesse de ne vouloir s'asseoir que quand il voyait son ami Hermias assis au dessous de lui, et il ne rougit point de flatter Alexandre par vanité , comme Platon avait flatté Denys par amour de la bonne chère. C'était de Platon et de Socrate que les stoïciens tenaient cette orgueilleuse maxime : Le sage se suffit à lui-même. Epictète avoue qu'il est fier d'avoir remporté la victoire sur tous les vices. Aristote et Cicéron préconisent la vengeance
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Quelque versé qu'il fût dans les différentes branches de la littérature profane, il vit qu'il lui manquait la plus essentielle des connaissances, celle de laquelle dépend le bonheur de l'homme, et qui ne peut se trouver que dans la vraie religion. Il se mit donc à étudier la théologie, science qui, selon lui, n'a d'autre but qu'une vie perfectionnée far toutes les vertus. Il nous apprend que quelques-uns des successeurs immédiats des apôtres , qui avaient conservé la vraie tradition de la bienheureuse doctrine enseignée par S. Jacques, S. Jean et S. Paul, vivaient encore de son temps. « Ils sèmeut, disait-il, dans nos cœurs la divine semence qu'ils ont reçue des apôtres, leurs prédécesseurs.»
Pantène ayant été envoyé dans les Indes par l'évêque Démétrius en 189, Clément lui succéda dans la place de catéchiste d'Alexandrie, qu'il remplit avec un grand succès. On compte parmi ses principaux disciples Origèneet S. Alexandre, depuis évêque de Jérusalem et martyr. Sa méthode était d'instruire d'abord ceux qui venaient l'écouter de ce qu'il y avait de bon dans la philosophie païenne, afin 4e les conduire par degrés à la connaissance du christianisme. Pour le leur faire aimer et leur inspirer le désir de l'embrasser, il insistait sur certains points de moi aie que découvrent les lumières naturelles, et qui se trouvent semés dans les écrits des philosophes. Il fut ordonné prêtre vers le commencement du règne de Sévère, car Eusèbe lui donne ce titre en 195.
La persécution qu'excita cet empereur en 202 l'obligea d'abandonner son école. Il se retira dans la Cappadoce. Nous le voyons à Jérusalem peu de temps après, et nous apprenons par une lettre de S. Alexandre, évêque de cette ville, qu'il y prêcha avec beaucoup de zèle et de succès. De Jérusalem
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il se rendità Antiocîie. Dans tous les lieux parlesquels il passait il encourageait les disciples de Jésus-Christ et tâchait d'en augmenter le nombre. D'Antioche il revint à Alexandrie.
Les anciens ont donné de grands éloges à sa vertu et à son savoir, et ces éloges se trouvent bien justifiés par ce qui nous reste de ses écrits.
Photius observe que le style de Clément est fleuri, élégant et sublime dans le Pédagogue et dans l 'Exhortation aux gentils, quoique sa diction ne soit point parfaitement pure. On a observé que le style des Str ornâtes avait quelque chose de plus dur que celui des autres ouvrages du saint docteur; mais on admire dans tous une vaste érudition. S. Jérôme appelle Clément le plus savant des écrivains ecclésiastiques. Théodoret dit qu'il surpassait tous les autres par l'étendue de ses connaissances. S. Alexandre de Jérusalem et les anciens auteurs font de grands éloges de la sainteté de sa vie.
Clément mourut à Alexandrie avant la fin du règne de Caracalla, qui fut assassiné en 217. On ne trouve point son nom dans le nfartyrologe romain ; mais il est dans celui d'Usuard, qui a été long-temps en usage dans la plupart des églises de France. Benoît XIV a fait une savante dissertation (1 ) pour prouver qu'il n'y a point de raison suffisante d'insérer son nom dans le martyrologe romain.
(1) Elle est à la tête du martyrologe romain, qu'il donna en i749j et il l'adressa en l'orme de bref au roi de Portugal.