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un temps où l'empereur avait fait porter tous les dieux de la ville au temple de la Fortune et avait ordonné à tous les habitants de s'y assembler pour prier. Ils répondirent qu'ils adoraient le créateur du monde. « Eh quoi ! dit Jacqu es, prenez-vous celte croix pour le créateur du monde? car je vois que vous l'adorez. Nous adorons , reprit Hipparque , celui qui a été attaché à la croix. Nous confessons qu'il est Dieu et fils de Dieu, engendré et non fait, de la même essence que le Père, par la puissance duquel nous croyons que ce monde a été créé et gouverné. Il y a trois ans que nous fûmes baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, par Jacques, prêtre de la vraie foi; et il n'a point cessé depuis de nous donner de temps en temps le corps et le sang de Jésus-Christ. Nous pensons donc qu'il ne nous est pas permis de sortir ces trois jours; nous détestons l'odeur des victimes dont toute la ville est infectée. »
Après quelques autres s'emblables discours les cinq jeunes gens dirent qu'ils désiraient être baptisés, mais qu'ils craignaient la sévérité des lois. Ils ajoutaient que cette crainte pouvait ne pas retenir Hipparque et Philothée, pareequ'ils seraient protégés parl'éminence de leur rang et de leurs dignités; mais que pour euxils étaient jeunes et sans aucune espèce de protection. Hipparque et Philothée répondirent qu'un vase de terre n'était que de la boue jusqu'à ce qu'il eût été préparé et qu'il eût passé par le feu. Ils s'exprimèrent dune manière si touchante sur le martyre et sur le mépris du monde qui est une suite de la foi, que les cinq jeunes gens demandèrent à recevoir le baptême et à portome 11. 9
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ter le sceau de Jésus-Christ. Ils avouèrent qu'en voyant leurs deux amis prier devant la croix ils siélaient sentis embrasés d'un feu secret. Iîipp arque et Philothéc leur conseillèrent de différer quelque temps leur baptême ; mais, charmés de leurs heureuses dispositions , ils écrivirent au prêtre Jacques une lettre conçue en ces termes : « Vous voudrez bien venir chez nous le plus tôt qu'il vous sera possible, et apporter avec vous de l'eau, une hostie et de l'huile pour les onctions. Votre présence est vivement désirée par de jeunes brebis qui se sont réunies à notre troupeau , et qui sont impatientes d'être marquées du sceau du Seigneur. »
Le prêtre vint , portant sous son manteau ce qu'on lui avait demandé. En arrivant il trouva les cinq jeunes gens qui priaient h genoux avec Hipparque et Philothée; il leur adressa ces paroles : Que la paix soit avec vous, serviteurs de Jésus-Christ, qui a été crucifié pour ses créatures. » Tous se levèrent à l'instant. Mais Jacques, Paragrus, Habide, Romain et Lollien, se jetant h ses pieds, lui dirent : « Ayez pitié de nous; marquez- nous du sceau du Christ, que nous adorons. » Il leur demanda s'ils étaient prêts a supporter les tribulations et les tourments pour ce même Jésus- Christ , qui le premier avait souffert pour eux. Comme ils lui répondirent tout d'une Voix que rien ne serait capable de les séparer de l'amour de Dieu, qui est en Jésus-Christ, il leur ordonna de prier avec lui. Quand ils eurent prié ensemble pendant une heure le prêtre se leva et les salua on leur disant : « Que la grâce de notre Seigneur Jésus-
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Christ soit avec vous tous. » Il leur fit faire une confession de leur ni et l'abjuration de l'idolâtrie ; après quoi il les baptisa et leur donna le corps et le sans; du Seigneur : ensuite il se retira chez lui de peur que les païens ne les découvrissent tous ensemble. Ccprètre était un homme âgé, o/ii s'était déguisé sous un habit pauvre. HipparqueetPhiloth.ee avaient moins à craindre pareeque c'étaient des hommes du premier rang qui possédaient des places très honorables. Les cinq jeunes gens étaient également distingués par leur naissance."
Le troisième jour de la fète l'empereur s'informa si aucun des magistrats n'avait méprisé les dieux et si tous avaient sacrifié. On lui dit que depuis trois ans Hipparque et Philolhée ne paraissaient plus lorsqu'il s'agissait de rendre un culte public aux dieux. Il ordonna de les conduire au temple de la Fortune et de les obliger à sacrifier. Les officiers chargés de l'exécution de cet ordre se rendirent h la maison d'Hipparque ; ils le trouvèrent avec les six autres chrétiens. Ils n'arrêtèrent d'abord qu'Hipparque et Philothée. L'empereur, auquel on les conduisit, leur demanda pourquoi ils osaient lui désobéir et mépriser les dieux immortels. Hipparque répondit à Maximien qu'il rougissait pour lui de l'entendre donner le nom de dieu à du bois et h des pierres. L'empereur lui fit donner sur le dos cinquante coups avec des fouets garnis de plomb, après quoi il ordonna de le renfermer dans une prison obscure. Philolhée comparut ensuite. L'empereur le pressa de sacrifier et lui promit, dans le cas où il obéirait, de le faire préteur et de lecombler d'honneurs. Mais le confesseur lui répondit qu'il se couvrirait d'ignominie
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en acceptant (les honneurs à une pareille condition, et que rien ne lui paraissait comparable h la gloire de souffrir pour Jésus-Christ. Ilexpliquaja création du monde, et parla avec beaucoup d'éloquence. L'empereur l'interrompit* en lui disant qu'il voyait bien qu'il était instruit, et qu'il lui épargnerait les tortures dans l'espérance que sa propre raison lui découvrirait qu'il était dans l'erreur. Il fut cependant chargé de fers et conduit dans une prison séparée de celle où était Hipparque.
Des officiers eurent ordre en même temps de se saisir des cinq autres chrétiens qu'on avait trouvés avec Hipparque et Philothée. L'empereur, après leur avoir représenté qu'ils étaient à la fleur de leur âge, les exhorta fortement h ne pas mépriser la vie. « La foi en Jésus-Christ, répondirent-ils, est préférable h la vie, et rien ne sera capable de nous faire renoncer à l'amour de notre Dieu. Nous avons le précieux avantage de porter en nous le corps et le sang de Jésus-Christ... Nos corps sont consacrés par l'attouchement de celui du Seigneur; ces corps qui sont devenus saints ne doivent point être profanés ; nous ne pouvons donc sacrifier, ce serait faire outrage a la dignité à laquelle nous avons été élevés. » L'empereur les pressa de nouveau d'avoir pitié de leur jeunesse et de ne point s'exposer a perdre la vie. Il jura par ses dieux qu'ils périraient au milieu des supplices s'ils persistaient dans leur opiniâtreté ; il ajouta qu'il les ferait crucifier comme leur maître. Ils répondirent qu'ils ne craignaient point les tourments. L'empereur ordonna de les charger de chaînes, et de les renfermer dans des cachots séparés; il défendit en même
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temps de leur donner à boire ou à manger jusqu'après la fête.
Les cérémonies de celte fête étant achevées , l'empereur fit élever un tribunal hors de la ville, dans une prairie située sur les bords de TEuphrate. On tendit tout autour des tapisseries qui formaient des espèces de tentes. Maximien, s'étant assis sur le tribunal, se fit amener les confesseurs. Hipparque et Philothée comparurent les premiers avec des chaînes au cou; les cinq autres les suivaient, les mains liées derrière le dos. Sur le refus qu'ils firent de sacrifier, on les étendit sur le chevalet, et ils reçurent chacun vingt coups de fouet sur les épaules ; on les frappa ensuite avec des courroies sur la poitrine et sur le ventre. Lorsqu'ils eurent souffert ce supplice on les remena en prison. L'empereur défendit de leur laisser voir personne , et voulut qu'on ne leur donnât de nourriture qu'autant qu'il en faudrait pour les empêcher de mourir. Ils restèrent dans cet état depuis le 1 5 d'avril jusqu'au 21 de juin. Au second interrogatoire qu'ils subirent ils ressemblaient plus à des squelettes qu'à des hommes vivants. L'empereur dit que s'ils voulaient obéir il les ferait raser et conduire au bain ; que de là on les mènerait au palais, et qu'ils seraient rétablis dans leurs dignités. Tous le prièrent de les laisser dans la voie que Jésus-Christ leur avait ouverte. L'empereur, que cette réponse transporta de fureur, leur dit : « Méchants que vous êtes, vous cherchez la mort, vos désirs vont être accomplis; vous cesserez au moins d'insulter les dieux. » Il les fit lier avec des cordes et ordonna qu'ils fussent crucifiés. Ces cordes leur entraient dans la bouche
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en sorte qu'on ne pouvait plus les entendre parler. Ils louaient le Seigneur , et s'entr'exhortaient mutuellement; ils se réjouissaient d'être sur le point de quitter une vie misérable pour être réunis a Dieu, à Jésus- Christ et au Saint-Esprit. On les traîna auTétradion, situé à quelque distance de la ville; c'était ainsi qu'on appelait le lieu où s'exécutaient les personnes condamnées à mort. Les sainls confesseurs étaient suivis d'une grande foule, et particulièrement de leurs parents, de leurs amis, de leurs serviteurs, qui faisaient retentir l'air de leurs lamentations.
Quelques seigneurs chargés du -gouvernement de la ville vinrent trouver l'empereur en corps pour lui représenter qu'une multitude d'habitants suivait les prisonniers \ et témoignait par l'abondance de ses larmes la doYdcur qu'elle avait de voir sept des principaux du pays destinés a une mort aussi cruelle qu'ignominieuse. Ils ajoutèrent qu'IIipparquc et Philothée étaient leurs collègues , et qu'à ce titre il fallait qu'ils rendissent compte ■des affaires qui leur avaient été confiées ; que les cinq autres étaient sénateurs , et qu'on devait leur donner au moins la liberté de faire leur testament. Ces raisons obtinrent un délai de l'empereur. Les magistrats les conduisirent sous le vestibule du cirque ; et, après avoir ôté les cordes qu'ils avaient dans la bouche , ils leur dirent en particulier :
* Nous vous avons obtenu cette liberté sous prétexte de traiter avec vous d'affaires civiles ou publiques, mais dans la réalité notre but a été de
vous prier d'intercéder pour nous auprès du Dieu pour lequel vous mourez, afin qu'il répande ses