‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 34 sur 104 · PRÊTRE , MARTYR · texte numérisé non relu

PRÊTRE , MARTYR

(14 août.)

Eusèbe était un prêtre qui possédait dans un degré éminent l'esprit de prière et toutes les vertus apostoliques. Il versa son sang pour la foi sous le règne de Dioclétien et de Maximien, mais avant que ces princes eussent publié de nouveaux édits contre les chrétiens. Les uns placent son martyre à Rome et les autres en Palestine.

Quoi qu'il en soit, l'empereur Maximien était sur les lieux. Maxence , président de la province , informa contre Eusèbe , qui se distinguait entre tous les fidèles par son zèle à invoquer et àprtcher Jésus- Christ. Animé par les cris des idolâtres , il lui dit : « Sacrifiez aux dieux de bonne volonté, ou je saurai vous y contraindre. — Il est écrit dans une loi plus sacrée : Fous adorerez le Seigneur votre Dieu et vous le servirez seul. — Choisissez de sacrifier ou de souffrir les tourments les plus cruels. — Il est

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contraire à la raison d'adorer des pierres, qui de toutes les choses sont la plus vile et la plus fragile. — Les chrétiens sont une étrange espèce d'homfties; la mort leur paraît préférable à la vie. — Il serait impie de mépriser la lumière pour les ténèbres. — Les voies de douceur ne servent qu'à vous rendre plus opiniâtre. Je vous déclare donc que si vous ne sacrifiez vous serez brûlé vif. — Vos menaces ne • m'étonnent point; l'éclat de ma couronne se mesurera sur la cruauté des tourments que j'endurerai. » Alors Maxence le fit étendre sur le chevalet, où il eut les côtés déchirés avec les ongles de fer. Pendant cette torture Eusèbe répétait souvent ces paroles : « Sauvez-moi , Seigneur Jésus ; soit que nous vivions , soit que nous mourions , nous sommes toujours à vous. » Cette constance étonna le juge. Il fit ôter le saint de dessus le chevalet et lui dit : « Connaissez-vous le décret du sénat , par lequel il est ordonné h tous les sujets de l'empire de sacrifier aux dieux? Les ordres de Dieu, répondit Eusèbe, doivent l'emporter sur ceux des hommes.» Maxence, outré de fureur, ordonna démener le saint au bûcher pour être brûlé vif.

Eusèbe suivit tranquillement les exécuteurs. Sa constance et la joie peinte sur son visage frappèrent d'étonnement le juge et les assistants. Maxence même le rappela en lui disant : « Pourquoi courir à la mort que vous pouvez éviter ? Je ne peux concevoir votre opiniâtreté; changez donc de sentiment. S'il est vrai, répondit Eusèbe, que l'empereur m'ordonne d'adorer un métal insensible , au mépris du vrai Diau , qu'on me fasse paraître devant lui. » Il parlait ainsi pareeque les empereurs

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n'avaient point publié de noiiveaux édits contre le christianisme. Maxence ordonna aux gardes de le renaître en prison jusqu'au lendemain. Etant ensuite allé trouver le prince, il lui dit : «Seigneur, on m'a présenté un homme séditieux qui ne veut point obéir aux lois; il a même osé devant moi nier le pouvoir des dieux; il refuse de leur offrir des sacrifices et d'adorer votre nom. Qu'on me l'amène, répondit l'empereur. Si vous le voyez, reprit quelqu'un qui avait été témoin de ce qui s'était passé devant le tribunal du juge, vous serez touché de ses discours. Est-ce cet homme, répliqua l'empereur, qui pourra me faire changer? Aon seulement, dit Maxence, il vous fera changer, mais il opérera encore le même effet sur l'esprit de tout le peuple. Vous ne pourrez le voir sans vous sentir fortement ému et porté à l'imiter. » L'empereur voulut cependant qu'on le lui- amenât.

Lorsque Eusèbe parut tous les assistants furent singulièrement frappés d'un certain éclat que l'on remarquait sur son visage, d'un aimable mélange de joie, de douceur et de courage qui brillait dans ses yeux, de la beauté de sa chevelure et de tout son extérieur, qui dans un âge vénérable semblait respirer un air de vertu plus qu'humain. L'empereur l'ayant regardé fixement sembla remarquer en lui quelque chose de divin, etlui parla delà sorte : « Vieillard , pourquoi paraissez-vous devant moi? Parlez cl ne craignez rien. » Et comme Eusèbe gardait le silence il ajouta: «Parlez, encore une fois, et répondez aux questions que je vous fais. Je désire vous sauver la vie. Si j'espère, répondit le saint, être sauvé par un homme, je ne dois plus attendre le

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salât que Dieu m'a promis. Quoique vous surpassiez les autres hommes en dignité et en pouvoir , vous n'êtes pas moins mortel qu eux. Je ne craindrai point de répéter devant vous ce que j'ai déjà déclaré : je suis chrétien, et en celte qualité je ne puis adorer du bois et des pierres. Je suis résolu d'obéir au vrai Dieu, que je connais et dont j'ai éprouvé tant de fois la bonté. Quel mal y a-t-il, dit l'empereur au président, que cet homme adore le Dieu dont il parle, comme supérieur à tous les autres. Invincible empereur, reprii Maxence, ne vous en laissez point imposer; ce qu'il appelle Dieu n'est pas ce que vous pensez : il entend un Jésus, que je ne connais point et qui n'a jamais été connu de nosancêtres. Allez, dit l'empereur, jugez- le selon les règles de l'équité, et conformément aux lois. Pour moi, je ne veux pas être juge en celte affaire. »

Maximien était d'un caractère naturellement féroce; cependant le courage et la vertu modeste d Eusèbe le pénétrèrent pour lui de vénération. Il désirait le sauver; mais, semblable h Pilatc, il ne voulait se donner aucune peine, et il craignait de déplaire à ceux qu'il méprisait en d'autres occasions. C'est ainsi que les hommes mondains et corrompus, qui ne connaissent ni frein ni retenue dans le vice, montrent la plus coupable indifférence pour la pratique de la vertu.

Maxence s étant retiré s'assit sur son tribunal et ordonna h Eusèbc de sacrifier aux dieux. « Je ne sacrifierai point, répondit le saint, à des êtres qui ne peuvent ni voir ni entendre. — Sacrifiez ou je vous condamnerai au feu; celui que vous craignez ne sera point capable de vous en délivrer. — Le feu

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ni le glaive ne me feront point changer. Mettez mon corps en pièces; traitez-le comme il vous plaira; moname, qui est à Dieu, ne recevra aucun dommage de vos tourments. Je n'abandonnerai point la loi sainte à laquelle je suis attaché dès l'enfance. » Le juge désespérant de le vaincre le condamna à être décapité. Lorsque Eusèbe eut entendu prononcer la sentence il dit : « Seigneur Jésus, je rends grâces à votre honte, et je loue votre puissance de ce qu'en mettant ma fidélité à l'épreuve vous me traitez comme un de vos disciples. » Il entendit en même temps une voix du ciel qui lui disait : « Si vous n'aviez été trouvé digne de souffrir vous n'auriez pu être admis dans la cour du roi céleste ni vous asj seoir au milieu des justes. » Etant arrivé au lieu de l'exécution , il se mit à genoux et eut la tête tranchée. C'est ce S. Eusèbe qui est nommé en ce jour dans les anciens martyrologes qui portent le nom de S. Jérôme.

Les martyrs par leur douceur et leur constance vainquirent les plus cruels tyrans et les plus redoutables puissances du monde. Ils inspirèrent une vénération secrète à ceux qui les tourmentaient, et dont la malice opiniâtre rendait les cœurs impénétrables aux rayons de la lumière et de la vérité. Tel est l'aimable pouvoir 'de la vertu; telle est la paix qu'elle procure ; tels sont les triomphes qu'elle mérite , au sein même des persécutions.

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