‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 45 sur 104 · PREMIER MARTYR DE LA GRANDE-BRETAGNE · texte numérisé non relu

PREMIER MARTYR DE LA GRANDE-BRETAGNE

(26 juin.)

La lumière de l'Evangile fut portée en Angleterre dès le temps des apôtres. Le nombre des chrétiens s'y accrut beaucoup par la conversion du roi Lucius, qu'on place en 180. Il parait que la rage des persécuteurs ne pénétra point jusque dans cette ile, ce qui sans doute ne contribua pas peu à y attirer les fidèles lorsqu'ils se voyaient en danger de la part des idolâtres, d'autant plus que l'Angleterre était comme un nouveau monde par rapport au reste de l'empire; mais ils ne purent se mettre a l'abri de la persécution de Dioclétien.

S. Alban fut le premier et le plus célèbre des héros chrétiens qui scellèrent leur foi de leur sang. Il naquit h Vérulam, ville qui fut depuis détruite, et sur les ruines de laquelle s'est élevée celle qui porte aujourd hui le nom du saint. Quoiqu'il ne connût pas Jésus-Christ il était plein de bonté pour les malheureux, et leur donnait l'hospitalité. Dieu le récompensa de ces heureuses dispositions et l'amena à la connaissance de la vérité. Il cacha

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dans sa maison et traita avec beaucoup d'humanité un ecclésiastique qui avait pris la fuite pour se soustraire aux recherches des persécuteurs. Il fut singulièrement édifié de sa conduite ; il admirait surtout sa ferveur, qui lui faisait passer le jour et la nuit dans la prière. Il eut envie de connaître une religion qui opérait de tels effets ; il voulut en être instruit, et il devint chrétien en fort peu de temps. Telle fut sa fidélité à correspondre à la grâce qu'il n'eut bientôt plus que du mépris pour le monde, et môme pour la vie.

Cependant le bruit se répandit qu'un des prédicateurs de la religion chrétienne était caché dans la maison d'Alban. Le gouverneur y envoya des soldats pour s'assurer de la vérité du fait. L'ecclésiastique ne s'y trouva point; le saint l'avait fait évader secrètement, et avait changé d'habit avec lui afin qu'on ne le reconnût point, et qu'à la faveur de ce déguisement il put portera d'autres la nouvelle du salut. Les soldats se saisirent d'Alban et le conduisirent au juge, qui était alors à l'autel pour offrir un sacrifice aux idoles.

Quand le juge le vit il entra dans une grande colère sur ce qu'il s'était revêtu de l'habit de l'ecclésiastique pour prendre sa place. Lui ayant ordonné de participer au sacrifice, Alban répondit qu'en sa qualité de chrétien il ne pouvait obéir h un pareil ordre. Le juge ne se possédant plus de rage fit battre cruellement le saint confesseur ; et comme il le vit inébranlable il le condamna a être décapité. Un miracle opéré par le saint lorsqu'il allait au lieu du supplice fit tant d'impression sur le bourreau qu'il se convertit; il jeta le glaive qu'il tenait en

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main, se prosterna aux pieds d' Alban, et demanda à mourir avec lui, ou plutôt en sa place. Cette conversion subite retarda l'exécution. Il se présenta un nouveau bourreau qui coupa la tête au saint, mais il fut tout h coup miraculeusement renversé par terre et privé de la vue. Quant au premier bourreau, qui s'était déclaré chrétien, il fut aussi décapité, et mérita le bonheur d'être baptisé dans son sang.

Plusieurs de ceux qui assistèrent à l'exécution ouvrirent les yeux à la lumière de la foi. Ils s'attachèrent au prêtre qui avait converti S. Alban, et passèrent avec lui dans le pays de Galles, où ils reçurent le baptême. Mais ils furent mis en pièces par les idolâtres à cause de leur religion. Le prêtre fut lapidé a Rudburn, à trois milles de la ville de Saint- Alban. On met le martyr de S. Alban en 000, au commencement de la grandeperseeulion.de Dioctétien.

Quelques modernes ayant contesté la vérité des miracles opérés par S. Alban, nous allons rapporter ce qu'en dit M. Collier, célèbre protestant. « Les miracles de S. Alban étant attestés par des auteurs si dignes de foi, je ne vois pas pourquoi on les révoquerait en doute. Il est certain par les écrits des anciens que de leur temps il s'opérait des mir racles dans l'Eglise. Iln'y aurait pas de raison à soutenir que Dieu n'a manifesté sa puissance d'une manière surnaturelle que dans le siècle des apôtres. Ceux-ci n'ayant pas converti le monde entier, pourquoi ne voudrions-nous pas convenir que Dieu aura donné aussi à ceux de ses serviteurs qui ont vécu ensuite des lettres de créance auxquelles on

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ne pouvait se refuser? Pourquoi enfin rejetteraiton les miracles de S. Alban, la circonstance où il se trouvait étant assez importante pour que le ciel interposât son pouvoir d'une manière surnaturelle?»

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