‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 46 sur 104 · EVEQUE, ET AUTRES SAINTS MARTYRS A NICOMEDIE · texte numérisé non relu

EVEQUE, ET AUTRES SAINTS MARTYRS A NICOMEDIE

(27 avril.)

L'empereur Dioclélien, qui se défiait delà fidélité des gardes prétoriennes, et qui n'avait point d'enfant mâle, se donna un collègue dans la personne de Maximien Hercule, qu'il jugea digne de toute sa confiance, et qui s'était fait de la réputation par sa capacité dans le métier de la guerre. Ces deux princes, alarmés du péril qui menaçait l'empire de toutes parts, nommèrent chacun un césar. Dioclétien choisit Maximien Galère pour l'orient , et Maximien Hercule nomma Constance Chlore pour l'occident.

Dioclélien n'inquiéta point les chrétiens les premières années de son règne. Cela n'empêcha pas qu'il n'y en eût plusieurs de martyrisés en vertu des anciens édits, qui n'avaient point élé révoqués. Pour Galère, il fit ressentir dans les provinces de sa dépendance les effets de la haine implacable qu'il leur portait. Il lâchait de faire entrer dans ses sentiments Dioclélien, qui d'abord ne se rendit pas. Ce dernier prince évitait d'en venir aux extrémités, de peur que l'effusion du sang chrétien ne troublât le

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repos de l'empire . Enfin il consulta l'oracle d'Apollon à Milet. La réponse fut telle qu'un ennemi de la religion chrétienne pouvait l'attendre. Diocléticn, étant a Antioche en 602, immola quantité de victimes pour trouver dansleurs entrailles la connaissance de l'avenir. Quelques officiers chrétiens qui étaient auprès de sa personnes formèrent sur leur front le signe de la croix. Les aruspices confondus ne trouvèrent point ce qu'ils cherchaient. Ils offrirent de nouvelles victimes, sous prétexte que les dieux n'étaient point encore suffisamment apaisés. Ils ne réussirent pas plus que la première fois. Celui qui présidait à la cérémonie s'écria tout h coup qu'il y avait là des profanes qui trouhlaient les sacrifices ; par ces profanes il entendait les chrétiens. L'empereur irrité ordonna sur-le-champ que tous les chrétiens qui étaient présents ainsi que tous ceux qui tenaient à la cour eussent a sacrifier aux dieux. Il envoya aussi des ordres pour faire casser les soldats qui ne sacrifieraient pas. « Alors il tira contre 1 innocence l'épée qui ne devait être employée que contre le crime; et si l'on peut parler ainsi, il écrivit avec la pointe de cette épéc des édits sanglants contre les chrétiens, et commanda aux juges de se servir de toute l'adresse de leur esprit pour inventer de nouveaux supplices. » C'est ainsi que s'exprime Constantin dans un édit adressé à tout l'empire.

On ouvrit la persécution le 25 de février, jour auquel les païens célébraient la fête de leur dieu Terme. Dès le matin le préfet accompagné de plusieurs officiers se rendit h l'église des chrétiens. II en força les portes, saisit des livres de l'Écriture qu'il y trouva, et les fit brûler. Tout le reste fut

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abandonné an pillage. Dioclétien et Galère voyaient d'nn balcon tout ce qui se passait; ils délibérèrent s'ils n'ordonneraient pas qu'on mît le feu a l'église, mais craignant que les flammes ne gagnassent les autres bâtiments de la ville, ils se contentèrent de la faire abattre. Le lendemain il fut ordonné d'abattre toutes les églises et de brûler nos saintes Ecritures. L'édit portait aussi qu'on appliquerait à la question les chrétiens, de quelque rang qu'ils fussent, qu'ils seraient inhabiles à posséder les charges et les dignités, que l'on recevrait toutes les actions intentées contre eux, qu'eux au contraire ne seraient point recevables h demander justice pour adultère, pour violence, pour dettes, etc. ; qu'ils seraient déchus de tous droits al tachés à la qualité de sujets de l'empire.

Cet édit n'eut pas plus tôt été affiché qu'un chrétien fort considérable par sa place l'arracha et le mit en pièces. Son zèle, que Laclance condamne à juste titre comme indiscret, venait, selon Eusèbe, d'un principe divin. Ce dernier auteur ne considérait que l'intention. Le chrétien fut arrêté et condamné h diverses tortures. On l'étendit ensuite sur un gril ardent, et il montra durant son supplice une patience admirable.

Cn second édit ordonna d'arrêter les évêques et de les obliger a force de tourments de sacrifier aux idoles. On croit que S. Ànthime fut arrêté en cette occasion. La ville de Nicomédie fut alors inondée du sang chrétien. Galère pour engager Dioclétien à traiter les fidèles avec beaucoup plus de rigueur s'avisa d'un moyen qui décèle toute la barbarie de son caractère. Il fit mettre le feu au palais impérial

par ses créatures. Les idolâtres, comme l'avait prévu Galère, accusèrent les chrétiens d'être les auteurs de l'incendie. On les disait ligués avec quelques eunuques pour attenter à la vie des deux princes, et pour les brûler tout vifs dans leur propre palais. On mit une seconde fois le feu au palais; mais on nedécouvritpoint les auteurs de l'incendie parcequ'on n'informa point contre les gens de Galère. On rendit encore les chrétiens responsables de ce second incendie.

Dès lors la fureur de Dioctétien ne connut plus de bornes. Les plus affreux supplices étaient le partage de ceux qui refusaient d'adorer les idoles. Valérie, fille de l'empereur, et Prisca, sa femme, qui étaient toutes deux chrétiennes, se virent dans l'alternative de souffrir une mort cruelle ou de sacrifier. Elles eurent la lâcheté d'apostasier, mais Dieu les en punit d'une manière terrible. Leur vie ne fut plus qu'un tissu de malheurs, après quoi elles eurent publiquement la tête tranchée par l'ordre de Licinius. Les plus puissants eunuques devinrent les premières victimes de la persécution. Ils aimèrent mieux périr que de trahir leur religion. Du palais la persécution s'élendit sur l'Église de Nicomédie, dont S. Anthime était évêque; on lui trancha la tête. Il fut accompagné dans son triomphe par les prêtres et les autres ministres de son Eglise, qui moururent pour la foi avec tous ceux qui appartenaient à leur famille.

Les simples fidèles ne furent pas plus épargnés quelesecclesiastiques.il y avait dans les temples des juges pour condamner à mort tous ceux qui refuseraient de sacrifier. On dressa des autels dans

toutes les cours de justice, et personne n'était admis à réclamer la protection des lois qu'il n'eûj, auparavant abjuré le christianisme. On ne souffrit point que le peuple vendît ou achetât, qu'il emportât de l'eau dans sa maison, qu'il fît moudre le blé, qu'il traitât aucune sorte d'affaires à moins qu'il n'offrît de l'encens h certaines idoles placées aux coins des rues, aux fontaines publiques, dans les marchés, etc. Mais toutes les tortures furent inutiles. On brûlait par troupes des personnes de tout âge et de tout sexe. Plusieurs furent décapités, et d'autres précipités dans la mer.

De Nicomédie la persécution passa dans toutes les provinces de l'empire. Les édits se succédaient les uns aux autres. Les gouverneurs regardaient comme une grande gloire de triompher de la constance d'un chrétien. Le sang des fidèles ruisselait de toutes parts; c'en était fait de notre religion si son origine eût été humaine. Mais Dieu, qui veillait sur son Eglise, se servît pour l'étendre d.es moyens mêmes que les hommes employaient pour la détruire. Ceux mêmes qui s'étaient le plus déchaînés contre elle subirent la peine que méritaient leur injustice et leur cruauté. Nous lisons dans Lactancc que les auteurs des premières persécutions générales éprouvèrent aussi visiblement les effets de la colère du ciel. Ainsi, tandis que les martyrs gagnaient des couronnes immortelles, leurs ennemis souffraient dès cette vie les châtiments dus à leurs crimes.

NOTICE SUR LA MORT DES PERSÉCUTEURS. 2l3

NOTICE

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