S. NIC INDRE ET S. MARCIEN
leur loi d'abandonner le Dieu immortel pour adorer du bois et des pierres.
Darie, femme de Nicandre, qui était présente, exhortait fortement son mari h demeurer fidèle à Jésus-Christ. Maxime l'interrompant lui dit : «Oh! la méchante femme, qui souhaite la mort de son mari ! Vous vous trompez, répondit-elle, je désire qu'il vive en Dieu, pour ne pas mourir éternellement.
— Il est aisé de pénétrer votre dessein ; vous voulez être défaite de celui ci pour eu épouser un autre.
— Si vous avez de moi cette pensée vous n'avez qu'à me faire mettre a mort la première. » Maxime n'ayant point d'ordre pour les femmes chrétiennes, parceque l'édit de l'exécution duquel il était chargé ne regardait que l'armée, commanda qu'on la mît en prison; mais on lui rendit bientôt la liberté , et elle revint pour voir l'issue du combat où son mari était engagé.
Maxime se tournant vers Nicandre lui dit : «Je vous donne quelque temps pour délibérer, afin que vous choisissiez entre la vie et la mort. Ce délai est inutile, répondit Nicandre; ma résolution est déjà prise , je ne désire autre chose que de me sauver.» Le juge croyant qu il pariait de la conservation de sa vie, et conséquemment qu'il allait sacrifier aux idoles, en rendit grâce h ses dieux. Déjà même il se félicitait de sa prétendue victoire avec Suétone, l'un de ses assesseurs; mais Nicandre le détrompa bientôt, en priant le vrai Dieu de le garantir des dangers et des tentations de ce inonde. « Quoi, reprit Maxime, vous paraissiez tout à l'heure vouloir vivre, et vous désirez présentement la mort? La vie que je désire, répliqua Nicandre, est éternelle et
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bien différente de celle-ci, qui ne peut avoir une longue durée. Faites ce qu'il vous plaira de mon corps, que je vous abandonne; je vous déclare que je suis chrétien. »
Le gouverneur interroge:! ensuite Marcien; voyant qu'il était dans les mêmes sentiments que Nicandre , il les envoya l'un et l'autre en prison. Yingt jours après il leur fit subir un second interrogatoire. Comme il leur demandait s'ils étaient enfin résolus de se conformer aux édits des empereurs, Marcien répondit : « Tous vos efforts ne me feront jamais abandonner le vrai Dieu. Nous le voyons ici présent par la foi, et nous savons où il nous appelle. Nous vous conjurons de ne pas retarder plus longtemps noire bonheur, liàlez-vous de nous envoyer à celui qui a été crucifié, que vous ne craignez pas de blasphémer, mais que nous honorons et que nous adorons. » Maxime leur accorda ce qu'ils demandaient, en les condamnant h perdre la tète. II s'excusa toutefois sur la nécessité où il était d'exécuter les ordres des empereurs. Les deux martyrs le remercièrent et reconnurent qu'ils avaient é'é traités avec beaucoup d'humanité. Ils allèrent au lieu du supplice en louant Dieu; la joie dont ils étaient pénétrés éclatait sur leur visage.
Nicandre était suivi de sa femme et de son fils encore enfant, quePapinicn, frère du saint martyr Pasicrate , portait dans ses bras. Marcien était environné de tous les parents qu'il avait dans le pays. Sa femme surtout se lamentait et fondait en larmes, mais avec des sentiments bien différents de ceux de Darie. Elle tâchait d'ébranler la constance de son mari par tout ce que la douleur pouvait lui inspirer de plus
touchant. Tantôt elle loi montrait l'enfant qui était ne de leur mariage pour l'attendrir, tantôt elle le tirait par derrière afin de le retenir. Il ne put s'en débarrasser qu'en priant Zotique, chrétien zélé, de l'arrêter. Lorsqu'il fut au lieu de supplice, il l'envoya chercher et l'embrassa tendrement; puis, prenant son fils, qu'on avait aussi amené, il le baisa et dit, les yeux levés au ciel : « Seigneur , Dieu toutpuissant, prenez cet enfant sous votre protection.» Il ordonna ensuite a sa femme de se retirer , puisqu'elle n'avait pas le courage de le voir mourir.
Pour Darie, elle ne se sépara point de son mari, qu'elle exhortait elle-même a persister généreusement dans la foi. « Prenez courage, disait-elle. J'ai été dix ans privée de votre présence, et pendant ce temps-là je n'ai cessé de demander h Dieu la grâce de vous revoir. J'ai présentement cette consolation; je suis même assez heureuse que de devenir la femme d'un martyr. Rendez témoignage à Dieu et pensez aussi à me délivrer de la mort éternelle. » Son but en prononçant ces dernières paroles était de le solliciter de lui obtenir miséricorde par ses souffrances et ses prières. Le bourreau ayant bandé les yeux à Nicandre et à Marcien consomma leur sacrifice en leur coupant la tête.